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 Pitié pour les justes | Bérénice


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Pseudo : gavroche Messages : 91 depuis le : 17/06/2018 Avatar : Cillian Murphy Points : 595 A Reykjavik depuis : 10 ans Âge du perso : 36 ans Emploi/études : Chef cuisinier

MessageSujet: Pitié pour les justes | Bérénice   04.10.18 0:25
Les moments de silence. Ca aurait pu être le titre de leur livre, du livre de leur vie, du roman de leurs non-aventures, du calme agréable et apaisant, du silence qui s’apprivoise et s’épouse pour nous laisser enfin profiter d’une paix bien méritée. Tout ce qu’on entend, c’est les pages qui se tournent, ce fond de musique si basse qu’elle pourrait tout aussi bien ne pas être là, les respirations qui tentent de se faire inexistantes, et deux mots échangés, par ci par là, en cas d’extrême nécessité. Ca semble si étrange, et c’est pourtant si semblable à ce qu’ils sont, ou à ce dont ils ont besoin. Et de temps en temps, ses yeux quittent les pages trop remplies d’un livre qu’il estime pourtant fascinant pour se poser sur son visage, sur ses traits concentrés, sur ses yeux qui bougent bien trop vite au fil des mots. De temps en temps, il se souvient de leur rencontre, de ces quelques mots échangés qui voulaient déjà tant dire, de toutes ces confessions faites avant même d’avoir enregistré les prénoms, de toute cette vérité inavouée et trop tangible. Peut être qu’ils compensaient, maintenant. C’est ce que le reste du monde pourrait penser. Et pourtant, entre ces lignes de livre, entre ces quelques mots, entre ces commentaires de lectures qui pourraient sembler si absurdes et inutiles, il a le sentiment qu’ils peuvent être avec l’autre comme ils ne sont avec personne d’autre. Parce que qui à part Bérénice voudrait s’asseoir pendant des heures pour dévorer un roman à côté de quelqu’un, sans rien faire de plus, sans rien demander de plus, et recommencer la semaine d’après, ou le mois d’après ? Personne. Parce qu’elle est unique au monde.

C’est ce qu’il a en tête, alors qu’il gratouille les oreilles d’Oblivion en longeant cette rue qu’il connaît déjà par cœur pour rejoindre sa maison, pour frapper à sa porte, pour réitérer ce qui avait semblé rapidement devenir une routine étrange, entre eux. Alors qu’au fond, il ne savait pas grand-chose de plus que ce qu’elle lui avait révélé à leur première rencontre. Si ce n’est une chose. Une chose qu’il avait réalisé comme on réalise que notre corps arbore un nouveau hématome, et qu’on se demande pourquoi, quand, et comment. Une chose qu’il avait aussitôt acceptée, et mis de côté, parce qu’elle était futile, qu’elle relevait des sentiments, qu’elle s’effacerait logiquement avec le temps.  Une chose qu’il ne mettrait certainement jamais en parole. Ou du moins c’est ce qu’il pense, encore maintenant, alors qu’il s’approche de la porte, alors qu’il s’arrête pour peser le pour et le contre, alors qu’il finit par se dire qu’il n’a pas envie de rater ce rendez-vous, peu importe les excuses qu’il devra donner. Ou ne pas trouver, parce qu’il n’y a pas d’excuse.

Son nez se fronce alors que la tête d’Oblivion trouve malin de se frotter contre une des plaies qui commence à s’étaler trop facilement sur son visage, et il soupire doucement en murmurant un « Arrête çaaaa. On arrive. » plus réticent qu’autre chose. Parce qu’il n’avait pas besoin de se voir dans un miroir pour savoir que rien de tout ça ne pourrait passer inaperçu, pour sentir son visage envoyer des signaux de douleur à son cerveau à chaque mot, à chaque sourire, à chaque nouvelle expression, pour savoir que le reste de son corps n’était pas en meilleur état, probablement même en pire. Pour se traiter de sombre imbécile et maudire son explosion de colère de ne pas avoir attendu juste un jour de plus, juste quelques heures, juste pour qu’il ait le temps de passer quelques moments de silence avec Bérénice avant de voir rouge et de ne chercher que les coups à donner et recevoir. Pire timing possible.

Son doigt appuie sur la sonnette alors que son visage va se perdre une nouvelle fois dans les poils sombres, comme pour se donner du courage, ou se cacher une dernière fois avant d’avoir à affronter son regard. Et pendant quelques secondes, il manque de faire demi-tour, de partir en courant et d’inventer une excuse pour repousser le rendez vous de quelques jours, quelques jours nécessaires pour la cicatrisation, pour le camouflage. Mais ses pieds semblent plantés dans le sol, et il se contente de se mordiller la lèvre comme un enfant pris en faute pour avoir pensé à fuir alors que la porte s’ouvre, alors qu’il reconnaît son parfum avant même de la voir elle, alors que déjà, le chat gigote pour qu’il le libère et brise ce moment de gêne qui aurait pu naître et est étouffé dans l’œuf.

« Obli … » Trop tard, un miaulement agacé lui a déjà répondu alors qu’il perd sa prise, et que le félin probablement sorti du même enfer que Satan part en courant dans la maison à la recherche de la moitié de lui-même que Bérénice a emporté avec elle. Ca lui suffit déjà pour se détendre un peu, pour oublier momentanément qu’il doit faire peur à voir, que même les jointures de ses poings à vifs sont visibles, maintenant, et que son souffle se coupe, comme toujours en sa présence, un peu plus à chaque fois. « J’ai rien pu faire. » Ca sonne comme des excuses, ou une plaisanterie, alors qu’il se redresse, alors qu’enfin il lui fait face, alors qu’il la regarde dans les yeux et observe la réalisation naître sur son visage avec une petite grimace désolée. Ne pas laisser planer de silence trop longtemps. Ne pas la laisser poser trop de questions. Et surtout, ne pas lui faire peur. Et puis qu’est ce qu’il pourrait bien lui dire ? Qu’il a des crises de colère qui le poussent à frapper des inconnus ? Qu’il est trop instable pour être laissé en liberté ? Que le sang sur ses mains n’est pas toujours que dans sa tête ? Non. Il ne pouvait pas lui dire ça. Il voulait juste lire avec elle.

« Oui, euh … Je sais que ça paye pas de mine, mais je voulais pas annuler pour des égratignures. » Imbécile. Mauvais point de départ. Très mauvais. Surtout avec cette tête. Surtout alors qu’il n’avait même pas pris la peine d’essayer de se soigner, si ce n’est pour essuyer le sang séché par simple réflexe maniaque. Surtout alors que juste rester debout lui faisait mal, et qu’il avait du mal à le cacher trop longtemps. « J’ai un peu trop bu, et je suis un peu bête quand je bois trop. Mais ça va, hein. » Mauvaise excuse, aussi. Décidément, il ne pouvait rien faire de bien, aujourd’hui. Un soupir franchit ses lèvres et il brasse l’air de sa main comme pour s’excuser aussitôt de ses mots qui ne servent à rien, et des excuses qu’il ne peut pas inventer. Il aurait peut être dû repousser, finalement. « Laisse, peu importe. Je sais pas pourquoi je me justifie. Je … peux entrer ? J’ai apporté Guerre et Paix, sinon, je pense que ça me donne de quoi lire pour trois mois sur ton perron. » Peut être même quatre.
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MessageSujet: Re: Pitié pour les justes | Bérénice   04.10.18 21:31
Tout à coup Aurélien retrouve l'émotion de cette main dans sa main, de cette main prisonnière, comme un oiseau qui frémit, et ce n'est pas l'oiseau qui est pris, c'est l'oiseleur. Il frotte la paume de sa main et s'étonne. Une brûlure. Une présence. Une absence. Les deux à la fois. Une chanson.


Ces moments hors du temps et de la logique. Elle les attendait à chaque fois avec ce même mélange d'impatience et de hantise. Elle avait peur qu'un jour il ne vienne plus. Elle avait peur qu'un jour, sans prévenir, ces moments qu'ils partagent ne deviendront plus que des souvenirs. Elle avait peur qu'ils redeviennent des étrangers, que son simple regard suffit de nouveau à la figer de peur. Elle avait peur d'être qu'une distraction, qu'un jouet, jeté une fois usé. Elle avait tellement peur de s'accrocher à ces moments qui étaient devenus une habitude. Ce n'était jamais vraiment régulier, c'était parfois deux jours de suite puis trois semaines de silence. C'était parfois le matin, parfois en fin d'après-midi. Ces moments, ils étaient tellement pour Bérénice, alors qu'ils n'étaient rien. Rien que deux personnes qui profitaient de la respiration apaisée de l'autre et du silence pour lire. Quelques mots glissés de temps en temps, avec l'impression de briser quelque chose de sacré. Quelques mots pour partager une phrase qui touche, un personnage ennuyeux, un trait de caractère qui ressemble. Pour rire de la bêtise d'un des chatons. C'était le contrat. Ils ne posaient pas plus de questions qu'ils ne l'avaient fait le premier jour, ils ne se connaissaient et se découvraient pas plus qu'ils ne l'avaient fait le premier jour. L'idée qu'ils aimaient tous les deux le silence et les livres avait juste creuser sa place quand Bérénice avait un jour eu le courage de le recontacter pour savoir si Oblivion allait bien et qu'ils s'étaient retrouvés devant l'université. Elle ne le connaissait pas, ne savait toujours pas pourquoi il était ici, ce qu'il aimait, ce qu'il pouvait bien faire quand il n'était pas occuper à lire, mais elle avait pourtant l'impression de l'avoir connu toute sa vie. Peut être justement parce qu'il ne posait pas de questions. Parce qu'ils vivaient dans le silence et la contemplation et que c'était tout ce qu'ils leur fallait.

Pour se voir chez elle, il fallait que James ne soit pas là. Et ne risque pas de rentrer. Ca aussi, c'était une partie du contrat. Elle n'imaginait pas la rencontre entre les deux. Un duel, surement. La troisième guerre mondiale. Mais bien plus courte que les deux premières. Le temps d'une bombe, à peine. Elle n'imaginait pas la rencontre entre les deux tellement ils étaient différents et tellement elle était différente avec chacun d'eux. Ils se complétaient, d'une certaine façon. James lui apportait la vie et le soleil, s'il devait être un moment de la journée il serait le milieu d'après midi un jour d'été, ou le soleil tape sans faiblir et vous réchauffe agréablement la peau. Aodhan serait l'aube et le crépuscule, ce moment entre deux, ce moment d'incertitude mais de paix, néanmoins. Avec James elle pouvait être ce qu'elle aimerait être tous les jours, quelqu'un de joyeux et d'insouciant et de libre. Avec Aodhan elle n'était que le reflet de son âme, le calme le plus profond, l'effacement le plus complet. Mais ils avaient ce point commun d'apprécier la présence de la jeune femme, et cela ne cessera jamais de l'étonner et l'émerveiller.

Si d'un commun accord ils s'étaient mis d'accord de se revoir pour les chats et la lecture, et sans l'avouer la présence de l'autre, en vérité Bérénice se souvenait rarement des mots que ses yeux parcouraient. Elle était plus occupée à laisser ses yeux dépasser les pages pour se poser sur le visage qui lui faisait face, pour se perdre dans l'éclat bleuté, toujours. Pour sourire doucement devant le visage qui semblait alors si jeune, et apaisé, ce visage qui était alors le reflet de ce qu'il lisait plutôt que ce qu'il pensait. Ce visage qui se mettait à sourire naturellement parfois, ou bien au contraire à se refermer et a grimacer. Elle ne cessait de se perdre dans ce caractère qui lui échappe, qu'elle voudrait saisir mais qu'elle arrive à peine à frôler du bout des doigts. Elle reprenait rapidement sa lecture quand elle sentait l'autre regard couler sur elle, ses joues ne manquant jamais de rougir. Elle avait le sentiment de l'épier contre son gré, et c'était à la fois intimidant, et plaisant. L'impression d'en apprendre un peu plus sur lui à chaque fois sans rien apprendre. L'impression de pouvoir l'empoigner pour se rendre compte qu'il n'était qu'une poignée d'air et d'oxygène. Mais l'oxygène est indispensable à la survie.

Elle était entrain d'essayer d'attraper Brona qui s'était perchée sur le haut d'une bibliothèque sans réussir à redescendre quand la sonnette avait retentit. Et son cœur s'était arrêté pendant deux secondes. Envoyant le chaton au diable, elle s'était précipitée vers la porte d'entrée avec une impatience qui lui faisait secouer la tête en même temps. Elle était presque ridicule à se comporter comme une adolescente de quinze ans qui recevait la visite de son petit ami tandis que ses parents n'étaient pas là. A peine la porte ouverte, alors qu'elle s'attend à voir le visage et a oublier tout les mots de son répertoire, alors qu'elle s'attend à ces quelques secondes de silence qui les caractérise tellement avant de l'inviter à entrer joyeusement, elle se retrouve face à la scène presque comique du chat qui se sauve des bras de son maitre. Qui tente vainement de l'appeler et le retenir alors que la bête est déjà sans foi et loi à la recherche de sa moitié, de sa jumelle. Bérénice en aurait surement fait autant si elle était dans cette situation. Il s'excuse presque, en lui disant qu'il n'a rien pu faire. Et alors qu'elle s'apprête déjà a lui dire que ce n'est pas grave, que c'est normal, les mots se noient dans sa gorge quand enfin le visage se redresse. Quand les mots prennent presque une autre signification. Ce qu'elle avait d'abord pris pour une stupide reflet, un jeu de lumière, était en fait un énorme hématome sur son visage. Et d'autres. Des entailles, plus ou moins profondes. Les phalanges à vif. Aodhan, putain.

Elle se retient de toute ses forces de ne pas le prendre dans ses bras là sur le perron, de laisser ses doigts glacés glisser sur chaque plaie, d'y déposer un baiser. Elle se retient de toute ses forces de ne pas agir comme elle le ferait avec James, Luna ou Carron. Avec quelqu'un qu'elle connait et qu'elle aime. Elle se retient de toute ses forces de ne pas avoir l'air trop surprise, choquée ou mécontente. De lui demander pourquoi et comment. Dans ce qui semble être des excuses encore, ou une vaine tentative de la rassurer, il s'explique. Et elle applaudirait l'ironie si elle l'en savait capable et si ce n'était pas aussi inquiétant à voir. Elle fourre ses mains dans la poche de son sweat-shirt pour éviter à ses doigts tremblant et incontrôlables de faire une connerie. Elle se mord le coin de la lèvre pour se retenir de l'engueuler alors que la seule chose qui passe dans sa tête est une insulte de six lettres. Putain. Elle avait un faible pour les choses belles et brisées, mais parfois elles étaient juste trop.  Trop d'attachement et d'inquiétude, trop de culpabilité à se dire que si elle avait été là, les choses auraient pu être différentes. Mais elle ne pouvait pas toujours être là, autant elle le voudrait. Elle ne pouvait pas toujours effacer la douleur aux autres, la faire sienne. Il ne lui restait qu'a panser les plaies et les cœurs.

Elle décide de tout mettre de côté quelques instants, trouve la force de lui répondre "Non tu ne peux pas entrer. Je peux te prêter Les Misérables si tu veux, une fois que tu auras fini Guerre et Paix. Ou alors tu pourras relire Guerre et Paix mais en russe, j'ai une édition presque centenaire que j'ai récupérer de ma grand-mère." Elle l'invite tout de même à entrer d'un geste de la main, le suit jusqu'au salon, vigilante à chacun de ses mouvements, à tout ce qui pourrait être une preuve qu'il souffre, que ça ne va pas. Elle le pousse doucement dans le canapé du bout des doigts et même s'il est très bon comédien, il est rapidement clair que quelque chose ne va pas. Timidement, elle tend sa main vers lui avec l'intention de la passer sur sa joue, de relever le visage pour l'observer, avant d'abandonner et de les laisser retomber. Avec une grimace, elle lui demande "Tu veux de la glace ? Pas dans ton whisky hein, pour ton visage. Ou n'importe quel autre endroit qui te fait mal. Ou n'importe quoi en fait. Si tu à besoin de quelque chose dit le, ok ? Ce n'est pas juste des égratignures." C'était des reproches, un peu. Parce qu'elle s'était attaché à lui et que l'idée de le voir souffrir lui était insupportable.  Parce qu'il s'était déjà creuser une place dans son cœur à la manière de ronces, et que l'idée de l'en arracher était plus douloureuse que de le laisser continuer à grimper. Elle se souvient de la première fois ou leurs regards se sont croiser et du pas en arrière qu'elle avait fait, instinctivement. Aujourd'hui, c'est un pas en avant que son instinct lui dicte de faire, alors qu'elle s'agenouille devant lui, alors qu'elle s'apprête quand même a faire quelque chose.

Et elle aurait pu, si cette maison n'était pas remplie de chats. Si Vicken n'avait pas décidé de se glisser entre eux en râlant, se frottant rapidement contre la jambe d'Aodhan en ronronnant. Le grattant entre les oreilles, Bérénice lui dit en souriant "Les jeunes t'ont réveillé mon amour ?" Ce a quoi le chat répond, hasard ou intuition ?, par un miaulement affirmatif. Et même si ces bêtes passent leurs temps à gâcher toutes leurs situations, ils avaient au moins le mérite de rendre les silences et les regards moins gênant. Ils avaient au moins le mérite de les faire regarder autre chose que soi même, ou l'autre. Mais aussi vite qu'il est arrivé, Vicken repart grommeler dans un autre coin du salon, et les yeux de Bérénice se relèvent vers ceux d'Aodhan avec cette même envie de le prendre dans ses bras et de lui dire que même si ça ne va pas immédiatement, ça ira. Alors qu'elle n'en savait rien. Qu'elle était à des années lumières de comprendre.

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MessageSujet: Re: Pitié pour les justes | Bérénice   10.10.18 0:11
Il la voit enfouir ses mains dans ses poches, se mordre la lèvre, et il est presque curieux de savoir ce qu’il se passe dans sa tête, en cet instant précis. Est-ce qu’elle a peur ? Est-ce qu’il a réussi à rallumer dans ses yeux la première chose qu’il y avait vue, est ce qu’elle allait se méfier de lui et de ce qu’il pourrait faire, maintenant ? Ce serait justifié, après tout. Il n’avait jamais nié que son premier instinct était certainement le bon. Ou est ce qu’elle est déçue ? Il y a quelque chose qui ressemble à de la déception, mais qui n’en est pas vraiment. Comme si elle se retenait. Quelque chose sur lequel il n’arrive pas à mettre de mots. Se retenait de quoi ? De lui dire de partir ? De l’insulter ? De pleurer ? Non, ce serait idiot. On ne pleure pas pour les coupables. Sans qu’il ne le réalise, il s’est mis à la dévisager, à chercher à voir dans son expression ce qui lui arrive, si elle réagit trop ou pas assez, si elle se retient d’hurler ou de rire, si elle va parler ou se taire à jamais. Et quelque part, il sait qu’elle a mille questions à poser, parce que lui aussi en aurait eu, mais il sait aussi qu’elle ne le fera pas. Que les explications vaseuses qu’il donne, malgré leur part de vérité, malgré les échos d’un problème plus grave qu’une simple bagarre exceptionnelle de bar, ne sont pas celles qu’elle imagine. Pourtant, les mots lui manquent, comme toujours. Alors faute de mieux, il reste debout, puisque ça, il s’en sait capable.

Une grimace répond à la réponse plus naturelle qu’il ne l’avait espéré, plus valable encore. Alors on fait comme si de rien n’était ? Est-ce qu’elle peut faire ça ? Il en serait bien incapable, à sa place. Il l’aurait sûrement déjà forcée à s’asseoir pour la noyer sous les crèmes et les bandages, à sa place. Il aurait sûrement déjà essayé de déduire qui lui avait fait ça et monté trois différents plans valables pour lui rendre la pareille, à sa place. Mais elle n’était pas comme lui, et il ne la comprendrait jamais vraiment, en dehors de ses moments de silence. Elle ne réagissait pas comme qui que ce soit, encore moins comme lui. Elle internalisait beaucoup trop bien, et beaucoup trop fort. Peut être que ça n’avait aucune importance, pour elle. Peut être qu’elle le relevait à peine. « Pitié pas du russe … » Il entre dans son jeu, parce que si ça peut l’aider à être plus à l’aise, il n’y a rien qu’il ne ferait pas. Et elle se décale, et il entre, comme une danse cent fois répétée qu’ils ne dansent jamais vraiment séparément, jamais vraiment ensemble.

Il ferme les yeux un millième de seconde pour contrôler chaque pas, pour ravaler chaque moue de douleur, pour compter mentalement les probabilités que quelque chose soit véritablement cassé, pas juste blessé, pour s’assurer qu’il ne risque pas de mourir bêtement et simplement sur le canapé de celle qui lui coupe encore le souffle. Hors de danger. Si ce n’est pour la grimace quand il s’assoit qu’il n’a pas le temps de maîtriser, qui lui fait porter discrètement ses doigts à ses côtes pour les longer. Pas cassées. Bien. Ses yeux se relèvent pour voir les doigts s’approcher, et automatiquement, un mouvement de recul à peine dissimulé secoue son visage, avant qu’il ne se souvienne d’où il est, de qui est devant lui, et que le regard brun ne le happe de nouveau. Mais la main se baisse, et lui recommence à respirer, autant qu’il le peut en sa présence. Stupide réflexe.

Une moue désolée est la seule chose qui arrive à répondre à la voix de laquelle il n’entend presque que les reproches, sans réussir à en comprendre la source. Il était presque sûr de ne pas pouvoir mettre du sang sur son canapé, pourtant. « Je … » Suis désolé ? Peut être. Sûrement. Ce qui aurait dû être une suite à leur rituel silencieux était en train de tourner en quelque chose qu’il n’arrivait pas à comprendre, après tout. Ou alors je suis un abruti, peut être. Ca aussi, ça aurait été valable. Mais elle s’est agenouillée, et ses yeux se sont perdus dans les traits de son visage en chassant les mots de sa gorge. Parce qu’elle est belle, et qu’il y a quelque chose dans ses yeux qu’il ne lui semble pas avoir vu depuis des siècles. De l’inquiétude. Elle n’a pas peur. Elle est inquiète.

Le chat vient le sauver des yeux inquisiteurs, alors qu’il lui semble entendre son cœur essayer de s’échapper de sa poitrine pour sauter dans les mains de Bérénice, alors que son monde semble trembler pour essayer d’assimiler l’information, alors que tout semble prendre une nouvelle couleur. Ses lèvres s’étirent dans un léger sourire, et il ne sait même plus si c’est à la vue du chat, ou à l’idée qu’elle puisse s’inquiéter de ce qui peut bien lui arriver. Alors même qu’il avait dérangé leurs habitudes, et qu’il n’avait pas donné de raison valable à cela. Alors même qu’il ne pouvait, lui, se résoudre à lui faire comprendre à quel point elle comptait déjà pour lui. Peut être que c’était ça, leur principale différente. Que lui avait moins de mal à poser des questions, mais qu’elle avait moins de mal à montrer ses sentiments. Peut être que c’était pour ça qu’elle semblait être moins un mystère pour lui, malgré l’incompréhension qu’elle faisait naître dans son cœur, qu’il n’avait l’impression de l’être pour elle. Alors quand son regard revient, le sien se baisse sur ses propres mains qui se sont remises à trembler un peu, et il n’arrive pas à chasser son sourire en constatant que ce n’est pas la colère, qui les anime, pour une fois. C’est sûrement juste l’amour et la reconnaissance de son inquiétude imprévue.

« La prochaine fois j’emmènerai Satan aussi, comme ça ils pourront se plaindre des gosses ensemble. Comme des petits vieux. » Combler le silence en cherchant comment expliquer. Comment calmer l’inquiétude tout en la remerciant d’exister. Il se mord la lèvre, un peu, avant de se décider à soutenir son regard de nouveau, avant de secouer doucement la tête. Calmement. Si étrange, d’être si calme avec elle, quand la veille il n’arrivait à voir que du rouge. « Et non, t’en fais pas. Ca fait pas vraiment mal. Enfin si, mais c’est rien d’exceptionnel. » Parce que c’est une habitude. Une petite grimace vient remplacer le sourire, comme s’il tiquait à ses propres paroles, et il soupire doucement avant d’oser bouger sa main pour attraper celle de Bérénice du bout des doigts. En essayant de ne pas trop la toucher, pour ne pas la salir, et en abandonnant l’idée, stupide par rapport à son objectif, en la posant doucement sur son propre visage. « Tu vois ? Plus de peur que de mal. T’as pas à t’en faire pour moi. Je suis juste venu pour lire, je voulais pas t’inquiéter. » Et il ne s’y attendait pas, surtout. Ce qui, quand il se souvient de qui est Bérénice, semble être complètement idiot.

Il relâche sa main, pour la laisser s’éloigner, si elle le souhaite. Mais sans qu’il ne le réalise, la sienne est venue remettre une des mèches brunes de la jeune femme en place, et est partie s’enfuir sur son livre au moment où il l’a réalisé. « Pa … rdon. Je … La vérité c’est que je suis pas très doué en gestion de la colère. Vraiment pas très doué. Alors tout ça, c’est un peu mérité. » Parce qu’il n’a même pas envie de se souvenir de ce qui est arrivé aux autres. Mais que quand il croise son regard inquiet, il ne peut pas s’empêcher de se dire qu’ils sont probablement moins chanceux que lui, si ce n’est physiquement, au moins sur la compagnie et l’attention accordée. « Je suppose que tu mérites la vérité, si je veux m’écrouler sur ton canapé plutôt que de simplement attendre quelques jours avant de venir. » Parce qu’il n’a pas envie d’avoir à attendre. Parce que chaque seconde d’attente est une torture.
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MessageSujet: Re: Pitié pour les justes | Bérénice   11.10.18 20:59
Tu n'as pas besoin de parler Car je suis et resterai libre Tant que j'ai le droit de te regarder Je n'ai plus le moindre désir Je ne ressent plus le poids des années Sans toi je suis prié d'arrêter de vivre Et personne ici pourra me plamer Donnez moi ne serait-ce qu'encore une heure à vivre ensemble Je pourrai mourir demain Pour te couvrir le cœur, que tes rires m'enfantent Je pourrais m'ouvrir le mien.


Il est Achille. Il est un guerrier, il est un héro, il est juste et orgueilleux. Il a quitté la guerre par lassitude, fatigué des trahisons, fatigué d'être manipulé, fatigué d'être une bête de foire. Il a quitté la guerre et n'aspirait qu'a une vie heureuse avec ceux qu'il aime. Mais la vie l'a rappelé à la guerre, impitoyable. La vie lui a tout pris, la vie lui a pris son meilleur ami pour que plus rien ne le retienne à elle, pour qu'il ne devienne qu'une autre créature au service du combat et de la lutte. C'est ainsi qu'elle le voit. Il est Achille, et tout comme lui, rien ne semble le blesser, rien ne l'atteint. Il est Achille, et sa colère ne s'épuisera pas avant d'être mort, il est Achille et il ne trouvera jamais le bonheur. Parce qu'aucun héro n'a été heureux. Il semble intouchable et pourtant quelque part il a un point faible, une faille. Il est mortel et vulnérable. Il suffirait de gratter contre l'armure assez longtemps pour trouver ce point faible, pour avoir en main toute les cartes de son destin.

Elle ne sait pas quel est son point faible, pourtant il semble si fragile, face à elle. Il semble plus brisé que jamais, prêt à s'effondrer au moindre contact. Elle aurait voulu pouvoir le rassurer sans lui faire plus de mal, elle aurait voulu pouvoir faire quelque chose, n'importe quoi, pour qu'il aille mieux. Elle voudrait l'aider mais a si peur de lui faire encore plus de mal. Elle a peur de ses réactions. Elle n'a pas peur de lui mais elle a peur d'elle même. De ce qu'elle serait capable de faire pour lui, pour un sourire, pour un fugace éclat de joie dans le regard azur, presque violet. Elle a peur qu'a trop vouloir l'aider, elle ne ferait que le repousser un peu plus dans ses retranchements. Il avait dit que ce n'était que des égratignures, qu'il allait bien, pourquoi ne pouvait-elle pas juste accepter cette réponse et passer à autre chose ? Parce qu'elle tenait à lui, indéniablement. Parce que cela la frappe soudainement qu'elle ne pourrait pas le perdre lui aussi, et pas juste parce que ce serait compliqué de faire disparaitre le corps. Elle ne pouvait plus imaginer lire un livre sans lui écrire un message rempli de haine pour un personnage à trois heures du matin, elle ne pouvait plus imaginer sa vie sans sa froideur presque désintéressée, sans son air toujours un peu trop hautain, un peu trop poli. Elle s'en veut de ne pas pouvoir l'aider et elle s'en veut de vouloir l'aider. Parce que s'il est venu, c'est pour honorer le contrat. C'est pour passer un moment loin de tout et loin de soi-même. C'est pour oublier pendant quelques minutes, quelques heures, le feu de la révolution et le rouge de la colère et du sang. Il est venu pour elle, pas pour ses reproches. Pourtant elle ne peut les retenir, elle ne peut les oublier.

Il ne lui répond rien d'autre qu'un je étouffé, comme si il n'avait pas l'envie, ou les moyens d'expliquer. Elle le connait peu, peut être plus qu'elle ne le pense, ou moins, mais elle sait au moins une chose. C'est que jamais il ne serait juste un peu bête en ayant bu. C'est qu'il ne s'oublierait jamais autant pour un peu d'alcool. Ses blessures n'étaient pas les blessures d'une petite bagarre à la sortie du bar. C'était les blessures de quelqu'un qui avait sciemment voulu faire mal et avoir mal. C'était les blessures de quelqu'un que plus rien ne retenait, qui vivait au gré des battements de son cœur et du soulèvement de sa poitrine. Et elle bénit l'arrivée du chat qui lui permet de quitter son regard, elle bénit l'arrivée du chat qui lui permet de se concentrer sur autre chose que l'étrange mosaïque de couleur qu'est devenu le visage. Elle bénit l'arrivée du chat qui lui fait oublier le regard qui coule sur elle, qui l'aurait encore plus fait rougir et perdre ses moyens. Peut être à cause de lui, ou d'elle, ou de la situation, quelque chose était différent, aujourd'hui. Comme s'il y avait une légère tension dans l'air. Comme si l'orage se préparait et que le ciel se mettrait à gronder d'ici quelques instants. Elle ne savait juste pas si c'était une bonne ou une mauvaise chose qui se préparait. Elle ne savait pas que ce serait un cyclone.

Ses mots la font rire, mais elle s'arrête rapidement, tant cela lui semble déplacé. Tant elle a envie de pleurer plutôt que de rire. Et ils réchauffent son cœur. Parce qu'ils sont presque la promesse d'une prochaine fois, d'un autre moment, encore, toujours plus. Parce qu'elle arrive à capturer cette image très précise de Vicken la pipelette entrain de raconter sa vie à Satan qui l'observerait d'un air curieux et intéressé. Parce qu'elle voyait Vicken se taire pour boire les paroles de celui qu'il verrait forcément comme plus instruit, plus sage. Ne dises-t-il pas toujours que les animaux sont à l'effigie de leurs maitres ? Au moins avec ces deux, cela devait surement se réaliser. Les chats, eux, l'inquiétude qui lui tord les entrailles, tout cela semble déplacé. Elle se demande comment il fait, pour être si calme, pour sembler presque heureux juste en la regardant. Elle se demande comment il fait pour la rassurer encore, pour minimiser sa douleur, pour dédramatiser. Elle se demande pourquoi les gens pensent la protéger en n'étant jamais vraiment honnête avec elle. Elle était fatiguée d'être traitée comme une enfant et c'est pourquoi un "Arrête ça" murmuré se perd entre eux. Se perd parce qu'au même moment, la main d'Aodhan vient chercher la sienne. Parce qu'au même moment, elle sent directement cette chaleur familière lui monter au visage et son cœur s'arrêter et battre à la vitesse d'une souris tout à la fois. Arrête ça aussi...

Elle laisse les doigts légers poser sa main contre une joue meurtrie, qu'elle imagine douloureuse malgré tout. Elle aurait pu arracher sa main, si elle l'avait voulu. Elle aurait pu reculer, elle aurait pu fuir. Elle aurait du, peut être. Mais elle se contente de glisser son pouce contre la pommette saillante, doucement, un geste qu'elle même ne comprend pas vraiment. Parce que sa raison s'est envolée à l'ouverture de la porte et qu'il ne restait que les stupides actions de son cœur. Elle l'aurait serré contre elle si elle n'avait pas tellement peur de lui faire mal, malgré ses mots. Malgré ses tentatives infructueuses pour la rassurer. Elle n'arrêtera pas de s'inquiéter avant que tout cela ne soit qu'un souvenir du passé. Et même ainsi, il lui faudra sûrement un moment avant de sortir cette image de sa tête, avant de ne plus la voir se superposer à la réalité à chaque fois qu'une porte s'ouvrira sur eux. Aussi vite que sa main a été faite prisonnière, elle fut relâchée. Un hoquet de surprise semble s'échappe de ses lèvres sans qu'elle ne le remarque a son prochain geste. Oh parce que le monde tourne un peu plus rapidement soudainement. Oh parce qu'elle ne s'y attendait pas, qu'elle ne s'attendrait surement jamais à un tel geste de sa part. Oh parce qu'elle ne savait pas comment réagir, parce qu'elle était prise au dépourvu par un geste qu'elle avait répété des milliers de fois avec le propriétaire de la maison qu'ils occupaient. Oh parce qu'il semblait aussi surpris qu'elle, finalement.

Puisqu'une brèche s'est creusée dans les fondations de leur distance et de leurs silences, Bérénice prend doucement la main qui était venue fuir sur le livre entre les siennes, se perdant dans l'observation de la chair à vif, des rougeurs, de l'absence de sang. Elle écoute attentivement les mots prononcés, les aveux, tandis que ses mains finissent par chercher la deuxième mains ravagée, qui n'est pas dans un meilleur état. Et elle ne répond pas immédiatement, concentrée sur les mouvements de ses doigts qui tracent les contours des blessures, les caressant doucement, espérant ne pas faire plus de mal. Elle ne répond pas immédiatement parce qu'elle ne sait pas comment lui répondre. Parce qu'il n'a pas a s'excuser. Et qu'il ne mérite sûrement pas ça. Mais l'autre, les autres ?, non plus, sûrement. Parce qu'aucune colère ne devrait justifier ça, mais qu'étrangement elle est incapable de lui en vouloir, incapable d'être objective. "Merci..." D'avoir dit la vérité, au moins. De lui avoir accordé assez de crédit pour cesser d'embellir les choses. Elle n'ose toujours pas poser son regard sur lui pour la suite, elle n'ose pas le soutenir, l'affronter. "J'aimerai... Pouvoir faire quelque chose. J'aimerai pouvoir t'alléger d'un peu de souffrance, ou de colère... J'aimerai être utile..." Vraiment utile. Pas juste en prononçant de belles paroles ou en posant ses doigts glacés sur les blessures. Mais lui ne voulait surement rien de tout ça. Et elle n'avait ni le pouvoir, ni le mérite de le forcer. Alors elle se transforme encore une fois tel un caméléon, elle prend sur elle pour ne pas l'étouffer davantage. Se relevant doucement, elle se penche contre Aodhan pour attraper sa dernière lecture qu'elle avait abandonner sur le dossier du canapé, en prenant milles précautions pour ne pas le toucher, pour ne pas le frôler. Elle rampe ensuite sur le sol de façon à se retrouver adossée contre le canapé, sa tête à quelques centimètres des genoux d'Aodhan, recouverts par le petit pavé qu'il avait choisi pour aujourd'hui. Guerre et paix. L'histoire de leur humeur. L'histoire d'une quête de soi-même face à ce qui semble inéluctable, face à l'Histoire impitoyable. Fermant les yeux quelques secondes, à la recherche des bons mots, de la tournure de la phrase, elle récite "The whole world is divided for me into two parts: one is she, and there is all happiness, hope, light; the other is where she is not, and there is dejection and darkness..." Ces mots qui avaient été toute sa vie un jour. Ses mots qui lui rappelaient cruellement sa mère et son absence. Ces mots universel sur l'absence d'un être aimé, sur sa perte. D'un monde sans elle...

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MessageSujet: Re: Pitié pour les justes | Bérénice   18.10.18 0:25
Elle rit, et pendant quelques secondes, il pense que tout va revenir à la normale, qu’elle fera comme les autres, comme si ça ne changeait rien, comme si ce n’était pas surprenant, comme si ça faisait partie de lui. Parce que c’est le cas, un peu. Parce que les gens ne s’inquiètent pas probablement justement parce que lui ne s’en fait pas. Parce que chaque marque fait partie de lui aussitôt qu’elle apparaît, comme cette violence, comme cette colère, et comme cette foutue culpabilité qui ne part jamais, qui ne se repose jamais, qui ne laisse jamais vraiment la paix s’installer plus longtemps que pendant ces moments de silence, ces moments hors du temps, ces moments où rien n’existe d’autre qu’elle. Il se dit que ça y est, ce n’était que la surprise du début, et elle va vite arrêter de s’en faire, parce qu’il n’est pas le genre de personnes pour qui on s’en fait. Parce que ça n’a aucune importance, au même titre que lui n’en a aucune. Parce qu’il n’y a que les actions qui comptent, et que les conséquences sont toujours méritées. Parce qu’il respire encore, et que c’est déjà plus que ce que le monde devrait supporter. Parce qu’elle est en sa présence, et que cette chance n’aurait sûrement jamais dû lui être accordée. Mais ce n’est que quelques secondes où il oublie qui elle est, où il oublie qu’elle pense trop, où il oublie que son cœur bat sûrement trop fort, sûrement trop vite, et sûrement un peu pour lui, quelque part, même si ce ne sera jamais comme le sien bat pour elle.

C’est l’ordre murmuré qui le rappelle à l’ordre, qui le fait se figer, quelques secondes. Alors qu’il la regarde, alors qu’il se demande ce qu’il a fait de mal, alors qu’il ne trouve qu’une réponse logique à cette question. Il a voulu la ménager, il a voulu améliorer son image de lui par une excuse bien ficelée. Et elle ne mérite pas ça. Et lui non plus. Alors il rompt la distance physique qu’il apprécie tant en prenant sa main, en la posant sur sa joue, en sentant son cœur se serrer face à la douceur de sa paume, face à la tendresse de ses gestes qu’elle ne semble même pas maîtriser vraiment. Comme si c’était instinctif. Et c’est ça le plus fou. Parce qu’elle est instinctivement le genre de personnes qui s’inquiètent, le genre de personnes qui veulent aider. Ils ne sont sûrement pas du même monde. Il y a sûrement un océan ou un univers entre eux, qui devrait les séparer. Quelqu’un, quelque part, a dû changer les règles universelles. Parce que sa main n’a rien à faire contre sa joue, et que pourtant, aucun des deux ne semble décidé à repousser l’autre réellement.

Comme des aimants, alors que son pouce caresse sa joue, sa main à lui vient toucher ses cheveux. C’est peut être la douleur, peut être parce qu’il est touché, peut être parce que quelques heures plus tôt il s’était demandé s’il serait vivant pour les prochains moments de silence, peut être parce qu’elle est si proche de lui et qu’il n’a pas l’impression que ce soit déjà arrivé, peut être parce qu’il se force à parler de ça alors que c’est la honte de son cœur et de son être, peut être parce qu’il a enfin compris ce qu’il ressentait quand il la voyait et que son souffle se coupait, mais il se sent différent. Il se sent plus libre, moins triste, et plus apte à glisser. Trop apte à glisser, sûrement. Et rien de bon ne peut venir de ça, parce qu’il ne devrait pas se permettre d’exister trop fort. Parce qu’il ne devrait pas lui imposer tout ça. Il regarde la main qu’elle touche, et il se retient de l’enlever, alors qu’il se force à cligner des yeux, alors qu’il se répète qu’il n’est pas en train de la salir, que le sang qu’il voit couler depuis ses mains jusqu’aux siennes n’est pas vraiment là. Pourtant, alors qu’il parle, il continue de le voir, et quand elle ne la relâche que pour prendre l’autre, il prend son mal en patience avant de craquer. Avant de doucement retirer sa main pour venir essuyer les mains trop douces avec un bout de sa manche, le plus naturellement possible. Que ce soit propre. Que tout soit propre. Comme elle.

Alors il parle, il avoue, il laisse sortir une raison de le haïr, la meilleure de toutes, et il écoute le silence qui suit comme un aveu de dégoût mérité, en laissant échapper un léger soupir presque soulagé. Au moins, elle sait. Il n’a pas vraiment besoin d’en dire plus, il n’a pas besoin d’entrer dans les détails. Pas pour la ménager elle, parce qu’elle n’a pas besoin de ça, parce qu’elle le comprend sûrement seule, parce qu’elle n’a pas besoin de savoir plus. Pour se ménager lui, sûrement un peu. Et son remerciement prend du sens presque aussitôt, alors qu’il murmure un « Avec joie. » presque amusé, surtout ironique. Pas parce qu’il a parlé, mais parce que ce n’est sûrement pas ce qu’elle voulait entendre. Qu’il était loin d’être une simple victime. Qu’il était le coupable. Le reste le prend de court, par contre. Parce que ça sonne comme un aveu, comme une confession, comme un amour qui est bien assez, et qui est déjà plus qu’il n’aurait osé rêver. Elle s’inquiète. Et pas juste pour les marques, mais un peu pour lui. Surtout pour lui. Alors c’est à son tour de sentir un « Merci … » trop sincère, trop fragile, trop touché s’échapper de ses lèvres pourtant closes quelques secondes auparavant. Parce qu’il ne s’y attendait pas. Alors merci de s’inquiéter, merci de vouloir faire quelque chose, merci d’exister, aussi. Parce que c’est tout ce qu’elle peut faire, et que c’est déjà énorme, pour lui.

Ses cheveux passent devant ses yeux comme pour le réveiller, et sa main vient se perdre au bout des mèches brunes machinalement, l’aimant rejouant son tour avant qu’elle ne s’éloigne, avant qu’il ne réalise, avant qu’il ne détourne le regard en se flagellant mentalement. Il faut se calmer. Il faut reprendre contact avec la réalité, ne pas laisser la douleur et la douceur qu’elle avait mis comme un baume sur son âme gagner sur son contrôle de soi. Il fallait redevenir froid, indifférent, et calme. Il fallait reprendre le dessus sur ses émotions, avant de les laisser s’échapper, avant de perdre, avant de craquer, avant de lui faire peur, avant de la perdre elle. Bâillonner son cœur, une nouvelle fois, avant qu’il n’explose. Et il la regarde, et il oublie de vivre alors qu’elle parle, alors qu’elle n’utilise pas ses propres mots et qu’elle ne réalise certainement pas à quel point ce qu’elle dit est lié à elle, pour lui. A quel point ça fait sens, d’une toute autre manière que pour elle.

Deux mondes. Faits par elle. Ca paraît si absurde, si soudain. Il la connaît si peu. Et pourtant. Pourtant après s’être dit qu’elle n’aurait pas pu choisir une citation qui fait plus de sens, il n’arrive qu’à rire un peu, doucement. Pas trop longtemps, parce que la douleur est atroce, mais assez pour qu’elle l’entende. « C’est pas du tout le genre de citation qui me serait revenu comme ça, c’est marrant. » Probablement plus « Yes, death is an awakening. » Ou pire encore, « He recalled his mother’s last letter. ‘What would she feel’, he wondered, ‘if she saw me here now, on this field, with cannon aimed at me?' ». Parce qu’ils n’avaient pas la même manière de voir les choses, et que ça ne les empêchaient jamais d’en parler. Parce qu’ils ne venaient pas du même monde.

Il soulève le livre de ses jambes pour se laisser glisser du canapé, pour se retrouver assis à ses côtés, trop près, bien trop près, bien plus près qu’il n’a l’habitude de l’être, qu’il n’a l’habitude de l’imposer, presque. Et pourtant, son cerveau n’envoie aucun signal d’alerte, ses doigts font voler les pages du livre alors que ses yeux partent à la recherche de cette phrase, de celle qui traîne dans sa tête mais dont quelques mots manquent, de celle qui colle parfaitement, de celle qu’il veut lui dire. Ou plutôt, de celle qui pourrait rattraper celle qu’il veut réellement lui dire. « I’m afraid I’m very far from understanding – how shall I put it – I’m afraid my way of thinking about the universe is so much the opposite of yours that we won’t understand each other. » Tout sonne coller bien trop facilement à ce qu’il voudrait lui dire. A la crainte et au plaisir qu’il a face au fait qu’il ne la comprend pas, et ne la comprendra jamais vraiment. Et peut être que c’est plus simple, pour eux qui ne parlent pas, pour eux qui ne veulent pas déranger, pour eux qui ne font du bruit que quand ils ne sont pas concernés par les regards qui traînent, de parler avec les mots des autres. « Mais je crois que c’est pas grave. Parce que j’aime bien ne pas comprendre. Et que je crois qu'on est deux à pas aimer poser des questions. Mais t'as pas besoin de pas être toi même avec moi, tu sais ? Je veux pas te mettre mal à l'aise. Si je dois être honnête, toi aussi. » Et parce que même s’il n’ose plus la regarder, même si ses mains se sont mises à trembler légèrement d’anticipation, ou simplement à cause du manque de distance, même s’il regrette encore à peine un peu d’avoir tenu à venir malgré tout, même s’il a peur qu’elle ne le regarde plus jamais dans les yeux, ces mots sonnent déjà un peu comme une confession, pour lui. Même si ce n’est pas la citation qui traînait sous ses yeux, quelques secondes auparavant. Même si ce n’est pas un « I loved you the moment I saw you. May I hope? » qui manquait de réalisme. Parce que l’espoir était pour les abrutis, et l’amour pour les autres.
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MessageSujet: Re: Pitié pour les justes | Bérénice   21.10.18 12:34
That's the worst of sorrow . . . it's always a vicious circle. It makes one tense and hard and disagreeable, and this means that one repels and antagonises people, and then they dislike and avoid one--and that means more isolation and still more sorrow.


Il y a quelque chose de différent en lui, aujourd'hui. Quelque chose de différent dans sa façon de la regarder, dans sa façon toujours lointaine de la toucher, légère. Comme s'il avait peur de lui faire mal, de la brusquer. Autre chose, aussi. Mais elle n'arrive pas vraiment à mettre le doigt dessus, à pointer ce qui est différent. Elle le sent juste. Comme si une réalisation s'était doucement imposée entre eux, mais qu'elle n'était pas encore venue à elle. C'était déroutant. Tout aussi déroutant que sa main qui papillonne contre une mèche de ses cheveux. Tout aussi déroutant que ce regard hagard sur leurs mains liées, avant qu'il ne brise doucement l'étreinte. Sans faire de mal, sans rien dire. Juste en se retirant. Tout aussi déroutant que ce réflexe qu'il a de toujours tout essuyer, comme s'il voyait quelque chose qu'elle était incapable de voir. Elle l'avait déjà observé à plusieurs reprises, cela l'intriguait. Une question de plus à la multitude de questions qu'elle ne posera jamais, dont elle n'aura surement jamais l'explication. Elle se contente juste de remarquer toute la douceur et la tendresse qu'il essaye de mettre dans ses gestes, toutes ses précautions. Et son cœur fond, un peu plus encore. Ils sont presque des enfants, qui s'émerveillent devant l'autre, et leur naïveté leur permet encore d'accepter les choses comme elles sont sans chercher à les questionner.

S'attendait-il a ce qu'elle le déteste, après son aveux ? S'attendait-il a ce qu'elle lui demande de partir, et de ne plus jamais revenir ? Elle le connait assez pour penser que oui. Mais c'était mal la connaitre, elle. Elle n'avait pas le droit de le juger pour ses actes, elle n'en savait rien. Au fond, elle s'en fichait un peu. On pourrait dire qu'elle manque d'objectivité et de recul, et ce serait probablement vrai. Parce qu'il ne lui avait jamais fait de mal à elle, alors qu'il aurait pu. Il aurait pu profiter d'elle sans qu'elle ne s'y oppose tant elle était vulnérable quand ils s'étaient rencontrés. Tant elle l'était encore, même si elle prétendait que tout allait bien, que ce n'était qu'un mauvais souvenir. Rien de ce qu'il ne pourrait dire la ferait partir. Leur échange de remerciement est maladroit, à leur image. Il est trop sincère, trop sérieux. Mais il est aussi un baume pour son cœur meurtri d'inquiétude et d'angoisse. Elle ne le déteste pas pour ses colères, il ne la déteste pas de trop penser et de trop se soucier. Alors elle lui dit ces mots qu'elle emprunte à Tolstoï, au prince Andrei, mais elle n'apporte pas d'explication. Parce que lui dire que ces mots n'étaient pas juste là pour rappeler sa mère décédée était probablement trop sincère.

Son rire, court mais sincère, est une mélodie si douce qu'elle voudrait l'écouter éternellement. Elle vivait pour ces moments où ils n'étaient que tout les deux, ou plus rien ne faisait vraiment de sens et ou ils se perdaient dans cette torpeur. Même si l'idée n'était pas de le faire rire, c'était une réaction. C'était une preuve qu'il est toujours vivant. Et elle voudrait le faire rire plus souvent, elle voudrait le faire vivre plus souvent. Elle voudrait animer son corps et son âme. Mais il semblait qu'elle n'y arrivait que dans les moments les moins réfléchis, ceux ou elle laissait son cœur parler, plutôt que sa raison. Ceux ou elle laissait les mots des autres devenir les siens. Mais ils devraient peut être un jour arrêter ce jeu. Ils devraient peut être un jour arrêter de faire passer des messages en citant les mots de personnes plus douées qu'eux. Elle n'aurait jamais pu imaginer un monde sans sa mère, pourtant c'était sa réalité depuis huit ans. Un monde sans Aodhan devait donc être possible, aussi. Mais il était inimaginable, il était sombre et terrifiant. Mais elle ne pouvait pas penser ainsi. Elle n'en avait pas le droit. Elle n'avait pas le droit de s'inquiéter pour lui, elle n'avait pas le droit de tant l'aimer, d'être aussi vulnérable avec lui et loin de lui. Elle n'en avait pas le droit. Et pourtant ce n'est pas le genre de chose qu'elle pouvait contrôler, qu'elle pouvait retenir. Elle l'aimait, et elle s'inquiétait pour lui. Aodhan, putain...

Quand il parle, c'est a son tour de sourire en haussant les épaules. Bien sur que ce n'est pas le genre de citation dont il se serait souvenu. Probablement parce que tout était déjà noir pour lui, et que l'idée d'un sentiment plus puissant que cette noirceur était impossible. Elle se demande égoïstement s'il avait aimer, un jour. Si son cœur si froid pouvait lui aussi battre un peu plus vite, un peu plus fortement. Elle se demande qui pourrait être assez chanceux pour être aimer de lui. Et elle ne pouvait s'empêcher de ressentir un petit pincement au cœur à cette idée, a l'idée que lui aussi un jour partira peut être, parce qu'il aura trouver le soleil de sa vie et qu'elle ne pouvait rien y faire. Egoïste, toujours. Alors qu'elle essaye de se changer les idées, de détourner son imagination d'un monde qui n'existera jamais, qui n'a surement jamais ne serait-ce qu'effleurer sa pensée, il se laisse glisser à ses côtés et son premier reflexe est de se tourner vers lui, à la recherche du moindre signe de douleur, à la recherche du moindre moyen de l'aider. Mais comme à son habitude, s'il souffre, il ne laisse rien paraitre. Et c'est peut être une des chose qui les sépare le plus, qui les fait si différent l'un de l'autre. Parce qu'elle est incapable de cacher quoi que ce soit, et que lui y excelle. Parce qu'elle est un livre ouvert et lui un livre refermé, un de ces ancien journal de voyage protégé d'un cordon noué. Il était impénétrable et illisible. Elle était tout en un regard. Et si il la regardait en ce moment, il verrait toute la crainte dans son regard. Celle de le perdre, celle de le voir souffrir, celle de ne pas suffire. Et si il la regardait en ce moment, il verrait aussi tout l'amour qu'elle lui porte et tout les troubles qu'il lui cause. Il verrait en un regard tout ce qu'elle n'avait pas le droit de penser et de ressentir et qu'elle ne pouvait empêcher.

Mais ses yeux semblent concentrés sur son livre, faisant voler les pages. Bérénice le regarde curieusement, attendant la suite, attendant de découvrir ce qu'il choisirait lui, dans cette gigantesque fresque du  bonheur et du malheur humain. De l'amour et de la déception, des mauvais et des bons choix. Il est si proche. Peut être plus proche qu'il ne l'avait jamais été, depuis cette fois ou ses bras étaient bêtement venus se glisser autour de sa taille. Depuis cette fois ou elle s'était bêtement convaincue d'avoir tout ruiner. Il était si proche et tout son corps lui hurlait de faire quelque chose, de bouger, de ne pas rester là a attendre. Mais elle attend, elle se perd dans la contemplation de son propre livre, du salon qui s'étend devant elle, de chaque grain de poussière qui flotte dans l'air. Elle se perd dans n'importe quoi que ses yeux arrivent à saisir pour ne pas se perdre en lui. Enfin, ses doigts arrêtent de chercher. Enfin, il semble avoir trouver. Et la phrase que lui choisi est presque douloureuse, tant elle est vraie. Ils ne se comprennent pas. Ne le feront probablement jamais. Parce qu'elle ne pouvait s'empêcher de s'émerveiller devant chaque petite chose belle, devant chaque petit bonheur, alors que pour lui tout était plat. Parce qu'elle ne pouvait s'empêcher d'avoir toujours encore de l'espoir malgré tout et qui l'avait déjà perdu depuis longtemps. Mais devaient-ils se comprendre pour s'apprécier ? Elle espère que la réponse est non. Elle espère que ce n'est pas grave si ils passent l'un a côté de l'autre, parce que même ainsi, leurs mains se frôlent. Elle espère, et ses mots vont dans le même sens. Ils n'ont pas besoin de se comprendre dans les mots puisque leurs cœurs le font tout de même.

Les mains tremblantes, elle se saisit doucement du visage d'Aodhan pour le tourner vers elle. Elle le regarde dans les yeux quelques secondes, avant que ça ne soit trop douloureux, avant de se sentir mise à nue par son regard. Lentement, comme pour lui indiquer qu'il pouvait la stopper à tout moment s'il le désirait, elle tend une main vers ses cheveux, la fait courir entre les mèches pour finir sa course contre la nuque. Il est trop proche. La pensée la traverse, mais elle ne sait pas quoi en faire. Il est trop proche, et elle est trop faible pour se retenir. Elle est trop vulnérable pour résister. Parce que l'idée qu'il ne vienne plus jamais s'était présentée et qu'elle avait tout envoyer en éclat. Il est trop proche, et sa main est trop à sa place dans sa nuque pour qu'elle ne la retire. Si il la voulait honnête, c'était aussi ainsi. Elle était honnête parce qu'elle n'avait jamais su mentir sur ses sentiments, elle n'avait jamais été capable de cacher ses troubles et ses affections. Elle était honnête et elle s'inquiétait pour lui, tout simplement, naturellement, parce qu'il avait réussi a percer son âme, il avait réussi à repousser sa carapace et s'était imposé comme le maitre des lieux. Elle s'inquiétait parce qu'elle ne pouvait pas retenir une partie de son cœur de l'aimer. "Aodhan... Moi aussi j'aime ne pas comprendre. Moi aussi, je n'aime pas poser de questions, c'est vrai. Mais je suis honnête. Je n'ai pas peur de toi. Je ne te hais pas pour qui tu es, pour ce que tu fais. Pour ces choses que j'ignore. Je suis honnête, quand je m'inquiètes pour toi, quand je dit que j'aimerai pouvoir faire quelque chose pour toi. Parce que pour moi, ta présence suffit à me rassurer. Elle suffit à faire taire toutes mes interrogations." Voila pour l'honnêteté.

Soudainement, elle réalise son geste, elle réalise ses mots. Et les habituels regrets suivent, l'envie de remonter le temps et de répondre quelque chose de simple, de banal. Elle avait un don pour rendre les choses plutôt simples compliquées. Elle avait un don, pour créer des problèmes la ou il n'y en avait pas. Il était venu pour lire, pour profiter du silence qu'elle lui offrait, et voila qu'elle se mettait à l'étouffer sous une foule d'aveux et de sentiments. Un "pardon" étouffé s'échappe d'entre ses lèvres en même temps qu'une larme traitresse file contre sa joue. Pourquoi ?... Soudain, sa main semble bien lourde contre la nuque, et elle la retire, encore plus tremblante. Elle pourrait se flageller d'être aussi stupide. Elle partirait, si ce n'était pas chez elle. Alors elle choisit l'option des faibles, elle choisit de fuir. Précipitamment, elle se relève, trébuche sur ses propres pieds, manque de tomber. Elle ne le regarde pas. Ne regarde pas la probable horreur de ses gestes et de ses mots. Elle ne veux pas voir la colère dans ses yeux, la déception. Peut être qu'elle devrait avoir peur de lui, finalement. Peut être que ce serait plus facile. Ils devraient arrêter de se voir. Ils devraient arrêter ce massacre. Et cela lui brise le cœur. Elle s'installe en tailleur dans le fauteuil qui fait face au canapé, lui demande toujours sans le regarder "Tu veux que je mette de la musique ?" Ils allaient juste lire. C'est pour ça qu'il était venu. Juste pour ça. Il n'avait pas laisser ses blessures le retenir, et elle allait faire un putain d'effort pour arrêter de penser pendant quelques heures. C'était faisable.

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I was lost in this world and she smiled because she was too we were all lost somehow but we didn't care we had in each others chaos found each other.
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Pseudo : gavroche Messages : 91 depuis le : 17/06/2018 Avatar : Cillian Murphy Points : 595 A Reykjavik depuis : 10 ans Âge du perso : 36 ans Emploi/études : Chef cuisinier

MessageSujet: Re: Pitié pour les justes | Bérénice   11.11.18 2:48
Il y a peu de choses dont il est persuadé. Elles doivent se compter sur les doigts d’une main. Il est persuadé que la liberté est fragile, éphémère, précieuse, et est la seule bonne raison pour se battre. Il est persuadé qu’il y a toujours des conséquences à nos actions et des prix à payer pour nos péchés. Il est persuadé qu’on a toujours plus de chances de frôler la vérité dans les pages d’un livre que dans les mots de quelqu’un d’autre. Il est persuadé que toute vie n’est qu’un minuscule éclat dans la nuit qui ne brille que pour s’éteindre brutalement un jour. Et il est persuadé qu’il l’aime, plus qu’il n’a jamais aimé qui que ce soit. Probablement parce qu’il ne s’est pas laissé aller à aimer avant elle. Probablement parce que c’est elle qui lui a appris à aimer, sans le vouloir, sans le savoir. Et dans la naïveté de son regard, il sait aussi qu’elle n’en a pas la moindre idée. Que peut être, pour une fois, son inaptitude à montrer ses sentiments, les murs en béton entourés de barbelés, et la fuite de son regard ont servi à quelque chose. Alors tant mieux. Parce qu’il est aussi profondément persuadé qu’elle n’aura jamais à l’apprendre, qu’elle n’aura jamais à subir ça, qu’elle n’aura jamais à devoir lui refuser la réciprocité de ses sentiments. Parce qu’il ne les attend pas, ne les espère pas, n’en rêve même pas. Parce qu’elle ne doit pas savoir, jamais, et d’aucune façon. Et que rien ni personne ne pourront le faire changer d’avis. A part peut être …

Son souffle se coupe alors que les mains tremblantes et glacées se posent sur son visage brûlant depuis les coups, et il sent sa bouche s’ouvrir et se refermer comme s’il cherchait à le retrouver, quelque part entre eux. Mais tout a fuit, petit à petit. D’abord le malaise du rapprochement, puis l’agacement face au geste imposé, puis la peur de croiser son regard, et enfin, ses pensées. Tout fout le camp, alors qu’il plonge dans le regard trop clair, trop lisible, trop  honnête, et il se sent déglutir pour essayer de calmer le cœur qui s’est mis à battre dans sa cage thoracique comme s’il avait attendu le moment de se faire entendre trop longtemps, comme si le bâillon était en train de se défaire et qu’il essayait de s’enfuir, de hurler. Non. Et la main se perd, se pose dans sa nuque, et lui se demande quand est ce qu’il a arrêté de respirer, si jamais il recommencera un jour, ou si c’est ça, la fin. Bien moins désagréable qu’il ne l’avait imaginée. Bien plus semblable à un paradis inatteignable.

Les gestes sont hésitants, comme pour lui donner l’occasion de les arrêter, mais lui ne bouge plus. Trop occupé à lutter contre soi même pour lutter contre elle. A empêcher ses yeux de descendre vers les lèvres bien trop proches, à éviter à son cerveau de court circuiter trop souvent alors qu’il a besoin de lui pour se raisonner, à respirer, aussi, si jamais il en est encore capable. Mais plus encore que de lire dans ses yeux ce qu’elle n’a pas dit jusque là, c’est ses mots qui portent le coup fatal, qui se répercutent dans sa boîte crânienne, puis dans tout son corps, comme des milliers d’aiguilles douces et cruelles. Elle n’a pas peur, elle s’inquiète, et elle le veut ici. Ce n’est pas censé vouloir dire je t’aime, et pourtant ça le fait. Même s’il est conscient que ce n’est pas celui qu’il a prononcé. Même si il essaie de se rappeler qu’elle parle à un ami. Même si tout cela paraît bien trop irréel, et bien trop apte à construire sa chute. « May I hope ? » Non.

Et comme en écho à ce que son cerveau essaie de lui murmurer entre deux battements de cœur trop bruyant, elle rompt le contact en lui brisant le cœur d’une larme et d’un tremblement. D’une excuse trop doucement murmurée pour atteindre ses oreilles, et qui n’a pas de sens. Pourquoi  pardon ? Pourquoi pleurer ? Pourquoi ? Un mystère enveloppé dans une énigme. Voilà ce qu’elle était. Le Sphinx, dans toute sa complexité. Et lui reste statue de cire, muet, immobile, figé dans le souvenir du contact, dans le capharnaüm de son corps qui demande un élan de vie, qui demande du bruit, de l’espoir, et de l’amour, alors même que son cerveau défaitiste se fait enrouler dans le bâillon jusque là fermement accroché à son palpitant. Non. Non, pitié. Plutôt repartir dans les ruelles violentes. Plutôt repartir au milieu des bombes et des cris. Plutôt être enfermé dans des cauchemars d’enfants en pleurs. Plutôt rester figé pour l’éternité, et devenir une statue qu’on redécouvrira dans un musée, un jour, sans comprendre pourquoi elle semble tant au bord des larmes, mais que rien ne semble pouvoir couler de ses yeux.

Il la regarde trébucher, la regarde fuir, et il ne peut plus faire un geste, ne peut plus penser, ne peut plus vraiment la voir. Comme si son image était désormais gravée dans ses iris, qu’il ne la verrait désormais qu’assez proche pour qu’il puisse toucher ses cheveux, qu’assez proche pour qu’il puisse l’embrasser. Il ne comprend même pas d’où vient la voix qui pose cette question qui ne semble pas avoir sa place en ce lieu hors du temps, hors des réalités. Qui n’a pas de sens à ses oreilles, maintenant que plus rien n’existe que ce cœur qui bat trop fort pour s’exprimer enfin. Alors il murmure un « Non … » étouffé, cassé par une voix retenue trop longtemps. Un non qui devrait être la réponse à sa question à elle, mais qui n’est qu’un ordre pour lui-même. Non, n’y pense même pas. Mais il ne peut plus penser. Non, tu n’as pas le droit. Tu ne peux pas lui faire de mal. Pas à elle. Pas comme ça. Non, n’existe pas. Pas si fort. Pas si réellement. Non. Mais c’est déjà trop tard, le mal est fait, et il est avalé vivant par une pulsion qui ne semble même plus lui appartenir.

C’est presque en tremblant, qu’il se relève lentement, et ses jambes, comme conscientes de ce que son instinct veut faire, peinent à rester plantées sur le sol. La douleur des blessures engourdit chacun de ses membres, mais il lui semble ne rien ressentir tant ses côtes s’embrasent, tant ses émotions se mêlent et s’entremêlent plus vite que n’importe quel organe qui saigne. Et il lui faut du temps pour reprendre l’équilibre, dans ce silence qui doit lui paraître interminable, à elle. Elle doit penser qu’il va partir. Si elle savait. Si elle savait, elle aurait peut être su que ça aurait été la meilleure chose à faire. Partir, et ne plus jamais revenir. Partir, et la laisser l’oublier, la laisser oublier tout ce qui aurait pu se passer et qui, grâce au ciel, n’est jamais arrivé. La laisser vivre sans lui, enfin libre, enfin libérée de ses tracas et de ceux qu’il ne fera qu’ajouter.

Pourtant quand son corps lui permet de nouveau d’avancer, c’est vers elle qu’il l’emmène. Quand ses pas résonnent dans la pièce, c’est pour se rapprocher du fauteuil ou elle a trouvé refuge. Ou elle aurait dû trouver la paix. Et il aurait pu dire quelque chose, si son cerveau avait décidé de fonctionner. Il aurait pu la remercier d’exister, et de lui avoir rappelé que son cœur était censé battre, et que c’était bien trop douloureux, bien plus douloureux que les coups, quand il battait trop fort. Il aurait pu lui dire qu’il l’aimait, mais que ça n’avait pas à changer quoique ce soit, parce que l’amour, ce n’était pas quelque chose qu’il attendait, et certainement pas d’elle. Parce qu’ils n’étaient pas du même monde, et qu’il ne devrait même pas la frôler trop longtemps. Il aurait pu expliquer, lâcher un mot, n’importe lequel. Mais au lieu de ça, c’est ses doigts qui viennent de nouveau se perdre sur les mèches brunes, doucement. Comme dans un état second, c’est son corps qui se penche pour venir à sa hauteur, c’est sa main qui vient à son tour trouver sa place dans sa nuque. C’est ses lèvres qui auraient dû prononcer tous ces mots, qui auraient dû demander pardon, elles aussi, qui auraient dû avouer, qui auraient dû dire adieu, mais qui surtout auraient dû rester closes, qui se posent sur les siennes.

Et si dans les romans, c’est toujours beau, c’est toujours tendre, c’est toujours le moment où l’on réalise qu’on s’était trompé, qu’on s’était sous estimé, qu’on avait enfin trouvé la réponse au sens de la vie, au moment même où ses lèvres rencontrent les siennes, il a conscience que c’est triste. Que c’est un aveu, mais que c’est surtout une larme. Ca ne dure que quelques secondes, mais ça lui semble durer des heures, tant son cœur semble fondre et se briser en même temps. Tant ses émotions s’entremêlent sans savoir s’il est heureux ou triste, soulagé ou désolé, coupable ou bourreau. Ca lui semble manquer de clarté, tant il n’y a plus que la passion et l’amour qui lui permettent de bouger, et pourtant, il ne peut plus garder les paupières fermement closes plus longtemps. Il ne peut plus refuser de voir la réalité trop longtemps. Pas alors que les battements de son cœur diminuent d’anticipation, et laissent entendre les pleurs de son cerveau perdant le bâillon. Echec et mat.

Sa main relâche la nuque comme si elle l’avait brûlé, comme s’il l’avait trop tenue prisonnière, alors même qu’elle n’avait jamais été si douce, et il fait un pas en arrière, puis deux. En plantant son regard sur le sol, en enregistrant ce qu’il vient de faire, en comprenant qu’il a perdu, et qu’elle n’a certainement rien vu venir. « Pa … Pardon … » Qu’est ce qu’il a fait ? Pourquoi ? Pourquoi a-t-il ruiné sa certitude à ce point ? Pourquoi a-t-il osé ? Elle doit être épouvantée, maintenant. Elle doit être morte de peur. Elle doit avoir envie de vomir. Elle doit le détester, cette fois. Sa gorge se serre brutalement alors que son cœur traître semble se craqueler doucement, petit bout par petit bout, prenant son temps pour se briser de nouveau. Au moins il n’aura plus à l’entendre battre pour elle. Au moins il ne le poussera plus à lui faire du mal. Sa respiration semble devenir anarchique, alors il l’étouffe, sentant une larme couler sur sa joue sans savoir ce qu’elle fait là. Le début d’un deuil, sûrement. Un autre. Et il se force à la regarder, de nouveau, en s’éloignant encore, en manquant de s’écrouler, en murmurant un « Je … Je suis désolé je … Je voulais pas … Ca … Ca va ? Je … Pardon … » Mais il n’y a pas de pardon qui tienne. Il n’y a aucune raison pour qu’elle le pardonne.

Il devrait partir. C’est le dernier conseil que lui donne son cerveau, alors qu’il redevient statue de cire, alors qu’il essaie de la regarder et échoue en boucle. Il devrait partir, et la laisser. Il devrait trouver quelqu’un en qui elle a confiance, et le lui envoyer. Il devrait s’en aller, et ne jamais revenir, pour qu’elle n’ait pas à se souvenir de ça. Peut être qu’un jour, il devrait expliquer cet acte injustifiable, aussi. Peut être qu’un jour, il devra lui dire qu’il l’aime et qu’un cœur bâillonné trop longtemps saute sur la première occasion pour se faire entendre en sa possession. Mais pour l’instant, il ne peut rien faire qu’attendre. Attendre ses larmes pour aller chercher quelqu’un pour la serrer contre lui, ou attendre sa haine pour lui tendre la joue. Attendre sa déception pour lui donner raison, ou sa confusion pour lui offrir une explication qui ne justifiera rien. Il ne peut que devenir statue, et attendre un seul de ses gestes pour s’animer de nouveau. May I hope ? Jamais plus.

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MessageSujet: Re: Pitié pour les justes | Bérénice   14.11.18 23:56
I came here without a choice, I'm sorry I could never thank you
For saving me more trouble, I didn't want any trouble
If you were given one more chance would you bring me back to life ?
Bring me back into the light, Into the light
And let it shine on, let it shine on us
And if I say I love you, then I love you
And if I say I love you, then I love you



Un monde fait de lumière, c'est ce qu'elle voudrait lui montrer. Elle voudrait prendre sa main et le guider. Mais elle n'a pas le droit, n'est-ce pas  ? Elle à a peine le droit de respirer le même air que lui, de vivre le même temps. Elle voudrait créer pour lui une utopie où rien ne compte, où tout est un peu trop blanc et un peu trop parfait. Un monde où les bombes et les cris et le sang n'évoquent rien dans un cerveau qui ne cesse jamais de réfléchir et de calculer. Un monde fait de lumière et de neige en été. Elle voudrait prendre sa main et lui montrer que si elle n'avait pas peur de lui, il n'avait pas a avoir peur des doigts fragiles qui enserrent maladroitement les siens. Ils n'auraient jamais besoin de parler, de toute façon c'est ainsi qu'ils se comprenaient le mieux. Par leurs gestes maladroits et leurs cœurs palpitants. Par le rouge qui monte aux joues et les regards fuyants. Par un sourire fugace et une ride au coin de l'œil. Dans ce monde, ils pourraient vivre éternellement dans la contemplation de l'autre et la lecture ne serait qu'une distraction, une façon de se détourner des choses vraiment importantes, de se souvenir ce qu'elles sont. Un monde ou l'espoir et l'anéantissement ne seraient pas si proches. Même totalement éloignés. Un monde ou ils n'auraient pas à se questionner. Un monde fait de lumière, sans ombre. Mais elle n'avait même pas le droit d'en rêver, n'est-ce pas ?

Parce qu'elle, parce qu'ils, vivaient dans ce monde sombre et cruel qu'ils avaient fini par accepter comme étant le leur. Ils avaient appris à composer avec lui. Ils avaient essayer de le rendre un peu meilleur, surement. Pas franchement certains d'y êtres parvenus. Ils vivaient dans ce monde où tout allait beaucoup trop vite, où des fondements s'écroulaient en un battement de cils, dans un claquement de doigts. Ils vivaient dans ce monde où leur refuge était constamment attaqué, où la paix étaient si fragile. Où un visage meurtri et un cœur trop soucieux suffisaient à faire basculer l'équilibre. Où ils sont à peine sur de leurs sentiments mais certains qu'il était préférable de ne pas les partager. Dans ce monde sombre et cruel qui était le leur, peut être devraient-ils se regarder, vraiment. Plutôt que de fuir le regard de l'autre quand c'était important et de l'épier en douce. Si elle l'avait regarder avant de fuir, si elle avait vu que son regard exprimait ni colère, ni déception, peut être que les choses auraient été différentes. Même si l'issue serait probablement restée la même. Fatalement. Si elle arrêtait d'être une girouette qui oscille entre ce qu'elle devrait faire et ce qu'elle aimerait faire, peut être que les choses auraient été différentes. Fuir était la réponse raisonnable, c'était la seule façon de rompre avec cette demi-étreinte trop incertaine et la certitude qu'ils étaient trop proche. Si elle l'avait vraiment regarder, peut être qu'elle aurait compris. Peut être qu'elle aurait vu le reflet de ces trois mots qui dansent inlassablement dans son esprit et qu'il se force à réprimer. Peut être qu'elle aurait compris qu'il ne serait jamais capable de la détester, que son cœur était à l'opposé. Mais le regarder était trop douloureux. Parce qu'il était impénétrable, parce qu'elle ignorait tout de lui tandis qu'il pouvait tout deviner d'elle. C'était inégal. C'est déséquilibré. Parce que ses réactions étaient basées sur des suppositions ô combien fausses, ô combien éloignées de la vérité.

Son non la fait légèrement sursauter, tant elle a déjà oublié avoir poser une question. Tant la réponse ne lui parait pas forcément destinée. Tant cela sonne davantage comme un ordre plutôt qu'un simple refus. Tant cela lui parait difficile à dire. Et elle aussi aurait du dire non. Elle aurait du dire non alors qu'il se relève, alors que cette fois elle est certaine qu'il va partir. Elle aurait du lui promettre d'être sage maintenant, de garder ses distances, de respecter le contrat. Juste, par pitié, ne pars pas, Aodhan. Il ne devait pas disparaitre de sa vie aussi soudainement qu'il était apparu, presque théâtralement, au plus mauvais moment. Non, ne pars pas. Et pourtant elle ne fait rien pour le retenir, elle ne tend pas sa main vers lui dans un geste désespéré et vain. Elle le regarde juste tendrement, un peu timidement. Grave son image dans son esprit une dernière fois, même si elle aurait aimé que ce soit autrement que battu et brisé. Même si c'était probablement l'image la plus fidèle qu'elle pourrait avoir de lui, la plus honnête. Brisé. A cause du monde. A cause d'elle. Elle se raidit quand ses pas le portent finalement vers elle et pas à l'opposé. Peut être qu'elle a peur de lui, finalement. Elle a certainement peur de ne pas savoir comment il va réagir. Elle a peur mais n'importe quelle réaction serait une délivrance puisqu'elle serait toujours meilleure que cette attente qui semble interminable. N'importe quelle réaction, sauf celle ci, celle qui n'avait jamais seulement effleurer ses pensées et qui paraissait pourtant si logique.

Sa respiration se bloque avant qu'elle ne réalise. Il est trop proche et cela lui fait tout oublier. Son fauteuil pourrait probablement prendre feu et elle ne le remarquerait pas. Parce qu'il ne devrait pas être aussi proche, que ses doigts ne devraient pas se perdre dans ses mèches et son visage se rapprocher. Parce que ses lèvres ne devraient certainement pas être posées sur les siennes. Elle aurait du dire non. Elle aurait du se débattre, le repousser. Faire quelque chose. Mais elle réalise que c'est triste. Elle réalise que c'est un geste fou et désespéré, que c'est un moment d'abandon. C'est si doux et léger que ça pourrait être parfait, dans l'autre monde. Comme si elle avait enfin trouver sa place avec des années d'errance, comme si la réponse à tout était lui. C'est certainement triste. C'est perdu d'avance. Et elle n'a pas la force de le repousser, n'a pas la force de briser davantage son cœur, pourtant c'est ce qu'elle devrait faire. Briser l'idée à peine germée, ne pas le laisser espérer. Quand Guerre et Paix prend encore un peu plus de sens. Quand elle ne sait plus si il est le prince Andrei qui recherche la mort pour le délivrer d'une vie sans passion ou Pierre, damné à voir le bonheur autour de lui sans pouvoir le saisir, sans pouvoir changer le cours de l'histoire.

Elle devrait le détester, tandis qu'il recule, tandis qu'il refuse de croiser son regard. Elle devrait le détester, lui. Et pourtant elle ne peut que se haïr elle même. De l'avoir si longuement sous-estimé, de ne pas avoir eu le moindre soupçon. Elle se déteste de ne pas avoir eu la force de le repousser, de l'avoir probablement encourager. Elle se déteste parce que pendant que ses yeux étaient clos et que ses lèvres dansaient sur les siennes, les siens étaient écarquillés et pensaient à Luna. Pas à lui. Il méritait mieux qu'elle. Parce qu'elle ne l'aime pas, pas ainsi. Parce qu'il faisait battre son cœur plus vite mais pas accompagné de cette douce mélodie. Pourtant elle ne l'avait pas repousser parce que c'était rassurant d'être aimée sans avoir peur. D'être aimée juste pour qui elle est, et pas pour qui il aimerait qu'elle soit. Parce qu'elle était certaine qu'il n'essayerai jamais de la changer et de l'influencer. Parce qu'elle est certaine aussi qu'il était résigné avant l'heure, que tout cela n'avait que peu d'importance après tout. Peut être s'était-il réveillé un matin avec la réalisation que quelque chose avait changé, pourtant cela n'avait rien changer entre eux. Elle se demande juste depuis combien de temps, depuis combien de temps ses gestes et ses mots faisaient apparaitre des lueurs d'espoirs et d'attente qu'il s'acharnait à réduire à néant, jusqu'à ne plus en être capable. Jusqu'à être finalement trop vulnérable pour résister plus longtemps. Pour céder, résigné.

Il ressemble à un enfant, soudainement. Il semble perdu. Et elle est incapable de bouger, incapable de le rassurer, cette fois. Elle ne peut que assister, impuissante, a ses excuses, a son murmure alors qu'il semble s'écrouler, physiquement et intérieurement. Il était juste devant elle trois secondes plus tôt et si loin maintenant. Et l'aimant la rappelle à lui, l'urge à le rejoindre. Elle saute sur ses pieds, vacille légèrement avant de le rejoindre en quelques enjambées. Et son réflexe est probablement le plus mauvais, le plus inadapté, mais elle glisse ses bras entre les siens et le sert contre elle comme si leurs vie en dépendait en espérant ne pas lui faire trop de mal. Même s'il devait probablement accueillir la douleur comme un salut puisqu'elle était quelque chose à quoi se raccrocher. Sa tête vient doucement se nicher dans le creux de sa nuque et ils restent ainsi quelques secondes, quelques minutes, une éternité. Assez longtemps pour que son cœur ne se calme, assez longtemps pour se persuader qu'elle n'avait rien fait de mal, et lui non plus. Que tout les problèmes ne pouvaient pas toujours avoir une issue heureuse. Qu'ils faisaient partis de ceux qui feront toujours les mauvais choix. Quand elle se recule un peu, elle desserre à peine l'étreinte, et son regard vient plonger dans celui d'Aodhan. Qu'importe si elle n'arrive pas à le déceler, qu'importe si c'est son propre reflet qu'elle y voit. Les mots se mêlent dans son esprit tandis qu'elle murmure "Je savais... pas... Je pensais pas... J'imaginais pas... " Qu'il l'aimait ? Qu'elle allait briser son cœur dans la pire des façon possible ? Est-ce que cela à encore une quelconque importance, maintenant ?

Avec toujours cette douceur et cette précaution, comme si elle avait peur de le casser soudainement, un bras vient se libérer de l'étreinte, ses doigts viennent se glisser doucement contre les paupières afin de les fermer. se hissant sur la pointe des pieds, ses lèvres viennent se poser sur celles d'Aodhan, et c'est presque comme si elle embrassait une statue. Un adieu, pour la fin de quelque chose qui n'avait jamais vraiment commencer. Pour quelque chose qui n'aurait jamais du exister. Toujours doucement, elle se recule assez pour briser tout contact physique, mais pas assez pour s'éloigner de lui, pour le quitter. Elle murmure un simple "Regarde moi" qui est presque un ordre, qui l'éblouit. Avec un sourire désolé et une voix beaucoup trop assurée pour être certaine que c'est la sienne elle lui dit "Ca va, d'accord ? Ne t'inquiètes pas. Ne t'excuse pas. Nous laisse pas redevenir des inconnus, s'il te plait, Aodhan." Parce qu'elle ne pourrait pas vivre avec. Parce qu'elle était égoïste, et qu'elle le voulait malheureux à ses côtés, plutôt qu'absent. Parce qu'elle avait besoin de lui dans sa vie, même si elle ne pouvait pas l'aimer. Pas ainsi. Parce qu'elle avait envie de lui dire que pour lui aussi, les choses s'arrangeront, qu'un jour il ira bien. Mais elle en était incapable parce qu'elle n'en savait rien, et qu'elle venait probablement de briser son cœur.

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