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 autour de moi les fous || belle bérénice


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MessageSujet: autour de moi les fous || belle bérénice    15.07.18 22:00

autour de moi les fous
Toujours pire je suppose au plus bas du tréfond, de la nature humaine, naufragé dans la nuit, direction la sortie.



« Tout ça, c’est de ta faute. »
Voilà les mots que tu avais le plus entendu durant toute cette semaine, cette semaine longue, cette semaine abominable. Tu n’aimais pas les hôpitaux, pourtant tu as y a passé presque toute ta semaine. A marcher dans ces couloirs trop froids, t’asseoir sur ces chaises trop dures, attendre encore et encore, et sentir ton cœur se serrer et encaisser les coups, sans arrêt. Parce qu’ils étaient là eux aussi, tout le temps. Comme des charognards, des vautours dégoutants qui restaient sans arrêt devant sa porte. Celle de Mélissa. Ta sœur aînée, la seule qu’il te restait dans cette famille de porcs gavés à la cupidité et l’égocentrisme. Ca a été dur de la retrouver, il vous a fallu deux ans après cet exil, mais après, vous êtes devenus encore plus proches qu’avant, des vraies sœurs, malgré vos mondes totalement différents. Avant cette tragédie, elle était médecin généraliste, tellement fière de son travail, dans cette grande maison luxueuse, fiancée à cet homme parfait mais peut-être un peu trop comme votre famille. Car après cet accident, elle a tout perdu. Son travail, sa maison devenue impossible à vivre, son mari qui ne supportait pas son handicap. Sa paraplégie. Mais toi, tu es restée. Vous vous êtes serré les coudes, vous vous êtes écoutées. Tu as été là, durant toute les démarches, tu l’as aidé à déménager, trouver ce nouveau travail à domicile, et elle, elle t’a soutenue et t’as aidée à rester forte face à ton handicap, moins grave que le sien, mais qui pourrissait également la vie à sa manière. Malgré ta vie de famille totalement brûlée et consumée, ta sœur et toi étiez soudées. Alors, lorsqu’elle a fait cette chute, que tu as eu l’appel de cette infirmière qui te disais qu’elle était tombée des escaliers, qu’elle a fait une mauvaise chute, tu es venu jusqu’à cet hôpital, tu as voulu rester à son chevet, tu t’es inquiété, tu as eu tellement peur. Mais quand tu es arrivé dans ce bâtiment que elle et toi détestiez tant, on t’a barré la porte, comme si tu n’étais rien, comme si tu n’étais qu’une pauvre paumée qui passait par là. Car eux, ils étaient déjà là. Ta mère, ton père, tes oncles et tantes. Ils étaient tous là, à faire mine de s’inquiéter, et t’insulter de tout les noms. Tu as tout entendu durant cette semaine : "Erreur de la nature" "Monstruosité" "Incapable" "Pauvre merde" "Clocharde"… Mais allez savoir pourquoi, ça ne te faisait rien. Peut-être parce que tu avais l’habitude, peut-être parce que cette froideur qui s’est construite en toi t’a permis d’en rester indifférente, ou encore, peut-être que cette inquiétude que tu avais pour ta sœur te faisait tout passer au-dessus de la tête. Tellement, que tu en avais oublié tout le monde, que tu t’es totalement effacée du monde extérieur, encore. Durant toute cette semaine, tu n’as pas touché ton téléphone. Tu as dormi peu, tu as passé tes journées à l’hôpital à essayer d’entrer dans cette foutue chambre toujours gardée tel la porte de la maison blanche par ses chiens de garde, tu n’as fait que te tracasser, tourner en rond dans ces couloirs, t’inquiéter à en avoir l’estomac douloureux, sans avoir le moindre appétit. Alors, tu avais oublié tout le monde autour de toi. Parce que tu avais toujours cette mauvaise habitude, depuis des années. Tes proches s’y étaient habitués, qu’il arrivait parfois que tu disparaisses sans donner de nouvelles. Mais pas Bérénice. A elle aussi, tu n’as pas répondu à ses messages et ses appels, parce que tu n’avais plus la tête à ça, tu étais beaucoup trop ailleurs, parce qu’il était hors de question que la mort touche encore quelqu’un dans ta vie, alors tu as totalement disparue dans cette semaine qui se résumait à hôpital, boule au ventre, insultes et intimidation de ta famille. Mais aujourd’hui a été le plus dur, aujourd’hui a été de trop.

Tu as été forte jusque-là. Tu n’as pas versé la moindre larme, malgré les insultes, malgré les regards noirs. Tu n’as pas beaucoup vu ton père durant cette semaine, parce que monsieur était trop occupé à travailler pour voir sa fille. Tu as surtout vu tes oncles, tantes, et ta mère. Ciel, tu ne l’as jamais vu, ou alors, on faisait en sorte qu’il ne te croise jamais, lorsque tu partais aux toilettes ou que tu devais travailler. Ca te dégoûtait ça aussi, ça te faisait mal, toi qui te demandais sans arrêt ce qu’il a bien pu devenir, lui qui te manquait tellement, ce gamin qui n’avait rien demandé à personne. Aujourd’hui, lorsque tu es arrivée à l’hôpital ce matin, il y avait ta mère et sa sœur, ta tante maternelle. Elles te dégoûtaient tellement. Entre la blonde et son faux air de chien battu derrière ce surplus de maquillage presque orange et ses lèvres refaites, et la grande rousse aux airs suffisant, portant son manteau de fourrure hors de prix et sa coiffure toute fraîche du coiffeur à domicile. Tu les as observées de loin, la chambre n’était jamais inoccupée par ces deux femmes. Soit elles y étaient toutes les deux, soit elle se relayait de façon à ce que tu ne puisses pas entrer, l’une allant manger, puis l’autre, etc etc. Bref, le vice était bien là. Tu es restée patiente comme ça toute la matinée. Et finalement, ton ventre à tout de même crié famine et tu es allé faire un tour à la cafétéria t’acheter un club-sandwich bien trop petit et maigre pour suffire à faire du bien à ton corps. Mais au moins, ton estomac ne grognait plus. Et lorsque tu es arrivée, magie. Plus personne. Alors tu t’es empressée, tu as fait de ton mieux pour atteindre cette chambre que tu voulais tant visiter, voir enfin ta sœur et pouvoir lui parler, savoir comment elle allait. Mais non, tu as été stoppée, par cette main sur la tienne lorsque tu l’as posé sur la poignée de la porte, qui t’as serrée et jetée. Ta mère était là, juste face à toi. Elle était toute aussi grande que toi, et te regardait d’un œil noir. « C’est bon, laisse-moi passer. » « Parce que je vais laisser entrer une petite salope comme toi voir ma fille ? » Tu expirais fort, mais tu ne disais rien, tu étais si calme. « C’est ma sœur. » « Ca, ce n’est écrit nulle part. » Tu le regardais, vos yeux verts se fixant sans rien dire, le tien froid, le sien, si haineux. « Par contre, c’est bien écrit que c’est de ta faute, tout ça. » Ca, ça t’as fait mal, mais tu n’as rien laissé paraître. « Peut-être que c’est la tienne ? T’aurais peut-être dû m’avorter quand t’en avait l’occasion ? » Et là, elle a eu cette réaction. Cette réaction tellement étrange. Directement, elle a pincé ses lèvres, et ses yeux se sont mis à briller de larmes. Elle a serré les dents, elle a levé la main, et là, tout est allé beaucoup trop vite. Un bruit raisonnant dans tout le couloir, une douleur vive, ta tante qui hurlait le nom de ta mère : Isar. Sans que tu ne t’y attendes, elle venait de te gifler. Si fort, que ton visage avait virevolté sur le côté, si fort, que ta joue te brûlait. Tu as écarquillé les yeux après ça, alors que ta tante un peu trop ronde courait vers vous, attrapant la main de ta mère, puis posait sa main sur ton épaule pour te faire reculer. Tu as fait un pas en arrière, tellement sous le choc, le temps que toutes tes pensées soient en ordre, puis tu avais levé la tête, regardé le plafond, avant de fixer à nouveau ta mère. Une larme coulait sur sa joue, son regard était tellement différent, à la fois enragé et tellement triste, presque… Détruit.. ? C’était beaucoup trop étrange. Et alors, ta tante vous secouait ses mains devant vous pour vous réveiller. « Mais Isar, tu perds la tête ! » Toi, finalement, tu roulais des yeux, tu soupirais, puis retirais la main sur ton épaule, doucement, parce que toi, tu n’étais pas une brute comme eux. « C’est bon. C’est bon… » Tu faisais un signe de stop de ta main, aussi tremblante que ta voix à cet instant, tu serrais les dents, et tu tournais les talons. Tu t’en allais, serrant la poignée de ta canne, sans le moindre mot, juste silencieusement.

C’est comme ça que tu as atterris ici, sur ce banc devant l’hôpital, à fumer une cigarette et regarder ces vieilles personnes et patients sous perfusions faire leur promenade sur ce petit coin de verdure. Personne ne te parlait, parce que tu étais seule sur ce banc, vêtue de ton manteau noir, tes longs cheveux blancs lâchés, la main qui tenait ta cigarette totalement tremblante et… Les larmes aux yeux. Ca te faisait tellement étrange, tu ne savais pas quoi penser, tu ne pensais pas, en fait. Tu fixais juste le vide, devant toi. Malgré la mentalité monstrueuse de ta famille, jamais on avait levé la main sur toi. Et puis… C’était quoi ce regard ? Tu ne comprenais rien. Tu voyais presque flou, tant ton esprit était totalement perdu, et ton cœur, douloureux. Tu as été tirée de cet état lorsque tes doigts t’ont soudainement brûlé, te faisant jeter ta cigarette qui s’était consumée jusqu’au mégot sans que tu le remarques. Ca t’a fait craquer, cette douleur en plus, et tu as fini par lâcher un sanglot, cachant ton visage derrière cette main qui sentait désormais la brûlure et le tabac froid. Tu passais ta main sur ta joue, tu avais sans doute une marque vu les gants en cuir de ta mère et ta peau si blanche et facilement marquée. Tu as sursauté, lorsque tu as senti ton téléphone vibrer dans la poche de ton jean noir. Tu le regardais, puis tu soupirais, en voyant le nom de Bérénice s’afficher sur l’écran. Tu serrais les dents, tu regardais son message puis tu fixais le smartphone. Tu aurais tellement besoin d’elle à cet instant. De son petit sourire, sa voix, ses bras. Mais… Est-ce que tu pouvais l’appeler, après tout ce temps à l’avoir ignoré ? Bah. Au final, tu te disais merde. Vu ce que tu venais de te prendre, une gifle en plus, ce n’était pas grand-chose. Alors tu as appuyé sur le bouton, tu l’as appelé, et après qu’elle a décroché, tu lui a juste dit ces mots, la voix tellement tremblante, la gorge serrée et douloureuse, ne lui laissant pas vraiment le temps de parler : « Je suis à l’hôpital. »


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MessageSujet: Re: autour de moi les fous || belle bérénice    28.07.18 19:20
Come find me
Let me be the lesser of a beautiful man
Without the blood on his hands
Come and make me a martyr
Come and break my feeling
With your violence
Put the gun in my hand



Bérénice n'avait jamais vraiment eu ce que l'on peut appeler une famille. Elle était née et mourra seule, en quelque sorte. Sa seule famille avait toujours été sa mère, qui remplissait tous les rôles préétabli, et bien plus encore. Ses grands-parents avaient toujours refusés de la voir, après que sa mère soit partie sans un mot quand elle avait à peine un an. Sa mère étant fille unique, elle n'avait eu ni oncle et tante pour la choyer, ni cousins pour partager ses jeux. Ca avait toujours été sa mère, et elle. Et pendant dix-huit ans, cela avait suffit. Amplement. Bérénice ne s'était jamais sentie seule, ou délaissée, ou ennuyée. Puis d'un jour à l'autre, elle s'était retrouvée seule, âme en perdition. Seule face et contre la vie, elle qui n'en connaissait rien, qui s'apprêtait à fêter les fêtes de noël avec son monde, son soleil, son univers. Elle avait fuit son pays et sa solitude sans un regard en arrière, atterrissant comme un chien lors d'un orage devant la porte de son père, qu'elle n'avait jamais vraiment vu.  Mais il n'était pas une famille, à lui tout seul. Il était à peine un père. Il s'entendaient bien, il arrivait même qu'il arrive à la faire sourire malgré son cœur brisé. Mais il lui avait manquer dix-huit ans à ses cotés pour établir une autorité et une complicité. Un ami, voila ce que son père était. Un ami, pas une famille. En allant à Paris, elle s'était trouvée une famille. L'avait créer. James. Son frère , plus que ça. Son tout. Il avait réussi à combler tous les trous vides, sans jamais poser de questions. Ezra, aussi. D'abord. Qui donnait l'impression à Bérénice d'être importante, d'être spéciale, de valoir la peine d'être aimée. Avant de tout lui reprendre, avant de la laisser doublement orpheline et doublement brisée. Le chemin avait été long, avant de retrouver ses marques dans ce pays qu'elle avait tant voulu oublier. Les amis abandonnés et perdus, ceux abandonnés et retrouvés, les nouveaux venus. Celui qu'elle pensait avoir perdu à tout jamais mais qui lui a donner envie de vivre une deuxième fois. Et puis elle, que Bérénice pensait ne jamais revoir, ne jamais reconnaitre. Elle, avec qui tout avait été si simple, si rapidement. Cette complicité, après ce café promis. Presque le retour d'un sentiment d'importance et d'appartenance. Elle, avec qui elle avait tout repris du début, qui ne se souvenait pas de la Bérénice d'avant. Cette Bérénice légère et insouciante, mais aussi horriblement timide et effacée. Qui posait seulement rarement son livre pour tenir compagnie aux humains. Cette Bérénice qui ne savait pas encore que chaque minute compte, que tout peux basculer d'un jour à l'autre. Que votre famille qui vous semble naturelle et acquise ne tient pourtant qu'a un fil.

Elle s'était habituée, rapidement, à discuter avec Luna. De tout et n'importe quoi, à n'importe quel moment. Entre deux cours, ou tard le soir quand Luna rentrait de ses concerts. Parfois seulement quelques mots, s'inquiéter de l'état de l'autre, être soulagée par quelques mots doux et réconfortants. Pour souhaiter bonne nuit parce que cela paraissait important, même si le sommeil ne viendrait pas. Petit à petit, Bérénice s'était imprégnée de la jeune femme comme d'une drogue, impuissante face à son addiction. Mais une drogue douce, de celles qui répare le cœur plutôt que de le détruire davantage. Alors que pourtant, elles ne se connaissaient pas. Ne savaient rien du passé de l'autre, très peu sur le futur que chacune s'était imaginé. Bérénice portait ce lourd secret de leur première rencontre ratée, inexistante. Et d'autres. Luna avait ses secrets aussi. Mais à la longue, trop de secrets finit par vous étouffer. Alors quand la jeune fille blonde s'était mise à ne plus répondre à ses messages ou ses appels, Bérénice ne s'était pas vraiment inquiétée. Elle s'était dit que c'était normal, que c'était de sa faute. Qu'elle avait dit quelque chose de mal, qu'il était arrivé quelque chose qui faisait que Luna ne voulait plus lui parler. Très bien. Elle avait l'habitude, des gens qui partent. Des gens qui s'éloignent pour ne plus qu'être un souvenir lointain, affreusement douloureux. Les souvenirs, tant de souvenirs dont sa mémoire ne semble jamais vouloir se débarrasser, qui se plait à en choisir les plus beaux et les plus blessants au milieu de la nuit. Alors quand les quelques jours étaient devenus une semaine, Bérénice avait pris une décision finale. Un dernier message. Un oui ou un non. Un bonjour tu vas bien ou un au revoir, à jamais. Un simple "Luna ?". Elle ne s'attendait pas à une réponse.

Mais la réponse était venue. Un appel, presque instantané. Et alors que Bérénice s'apprêtait à prononcer ce discours qu'elle avait préparer et répéter des milliers de fois dans sa tête, s'excusant pour tout ce qu'elle aurait pu dire et pour le monde, alors qu'elle voulait lui dire qu'elle acceptait son silence, mais qu'elle ne pourrait pas vivre avec cette incertitude, cette attente, tout ses mots s'étaient bloqués dans sa gorge. Ils y formaient une boule douloureuse alors qu'elle entendait ces quatre mots précipités, d'une voix beaucoup trop faible et fragile. Ces quatre mots qui expliquaient tout en n'expliquant rien. "Je suis à l'hôpital." Comment ça, elle est à l'hôpital ? Ne réfléchissant plus, elle laisse son corps agir. Sa voix étonnamment forte et déterminée murmure un "Bouge pas, j'arrive" avant de raccrocher, d'enfiler une paire de bottines et son imperméable jaune, de fourrer son téléphone au fond de son sac à main et de claquer la porte. Elle dévale les escaliers, deux par deux et manque de chuter plusieurs fois. S'installe précipitamment dans sa fidèle voiture Eugène, hésite peut être trois secondes à boucler sa ceinture de sécurité en se disant que maintenant n'était pas le moment de devoir prendre une chambre pour deux à l'hôpital. L'idée de Luna allongée sur un de ces lits, dans une chambre aux murs froids et déprimants lui tordait le cœur. Elle se préparait mentalement à batailler avec l'accueil qui ne voudra peut être pas lui indiquer les coordonnées de ladite chambre, dépendant de la gravité des blessures. Enfin, si elle avait pu l'appeler, cela ne pouvait pas être aussi grave, n'est-ce pas ? Milles questions se formaient et se déformaient, comme un fourmillement, tandis que la voiture avançait beaucoup trop lentement à son gout, que tous les feux tricolores de la vie s'étaient ligués contre elle et décidaient d'afficher rouge. Enfin, le parking visiteurs. Enfin, une place libre, tout au fond, forcément. Les talons qui claquent contre le bitume, trop précipités. Et puis finalement, la vision presque divine de ce corps si frêle, flottant dans son manteau. Rien ne fait plus de sens que cette vision d'une Luna vivante, respirant et visiblement indemne. Laissant tomber son sac au sol, Bérénice s'agenouille devant le banc et prend délicatement les mains de la jeune femme dans les siennes. Les serre et les couvre, essaie d'y insuffler un tant soi peu de chaleur, y dépose milles baisers de soulagement. Ses yeux se plongent dans ce visage insondable et ahuri, remarquent la coloration rougeâtre sur l'une de ses joues mais ne commente rien. Elle semble vraiment indemne, sans blessure. Mais pourquoi l'hôpital alors ? Glissant sa main sur la joue étrange, ses doigts viennent cueillir les larmes qui se sont formés au creux de l'œil, les effaces doucement. Et puis doucement elle murmure "Hey Europe ma lune, je suis là maintenant." Elle n'avait pas besoin d'en dire plus, elle lui laisserait le temps de parler si elle le voulait, ou de bouger. Elle lui laisserait le temps de s'expliquer, aussi longtemps qu'il lui faudrait. Le surnom avait franchi ses lèvres sans réfléchir, encore un des secrets de Bérénice. Europe, cela lui allait bien. Comme cette lune de Jupiter si blanche et totalement gelée, mais probablement habitable par une forme de vie. Comme ce personnage de la mythologie grecque, qui s'était laissée ravir par un taureau blanc, ou qui avait fuit, éternel mystère...

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MessageSujet: Re: autour de moi les fous || belle bérénice    01.08.18 20:33

autour de moi les fous
Toujours pire je suppose au plus bas du tréfond, de la nature humaine, naufragé dans la nuit, direction la sortie.



C’était toujours dur, lorsque tu voyais ta famille. Tu avais beau t’être forgée cette froideur presque effrayante après ton accident, ta famille restait, et restera sans doute à jamais, un sujet sensible. Et te retrouver face à eux, ça te démolissait le cœur à chaque fois. Pas parce qu’ils te manquaient, mais parce que ça te rappelait tout ce qu’ils t’ont fait subir, entre ta vie avec eux, puis ton exil et tout ce que tu as enduré à cause de cela. La pauvreté, cette université qui te mettait sans arrêt la pression et la boule au ventre, ce travail au café qui t’en demandait beaucoup trop. Et puis de les voir, se pavaner avec leur richesse et leur vie parfaite, t’insulter et te juger du regard, c’était un couteau qu’on te remuait dans la plaie. Face à eux, tu redevenais la jeune Luna tout juste majeure, détruite et sensible. Parce qu’ils avaient ce don pour te faire du mal. Pourtant, tu sais que tu avais pris le meilleur chemin pour mener ta vie, que cet exil, au final, était sûrement une bonne chose pour toi. Dans tous les cas, tu aurais été bannie un jour ou l’autre, et que ce soit aussi jeune, n’ayant pas encore eu de pilier de leur part comme un boulot pistonné ou familial, était sûrement le meilleur. Car quoi, tu aurais travaillé dans l’entreprise de ton père comme secrétaire ou quelque chose d’autre, qu’est-ce qu’il se serait passé ? T’aurais eu une bonne paye, un bel appartement qu’il t’aurait trouvé, de beaux bijoux et de beaux vêtements et puis bam, du jour au lendemain il t’aurait tout enlevé, et être à la rue aurait été encore plus dur. Au final, tu avais su rouler ta bosse, te débrouiller pour ne passer aucune nuit dehors, et ça, ce n’était pas rien, et tout ce courage et cette force que tu as su avoir étaient aujourd’hui récompensés. La roue avait tourné, et maintenant, tu avais ta propre fortune que tu avais dignement gagnée. Et ce, grâce à ta passion, grâce à ton don à toi, ta voix si belle, et sûrement aussi ta rage de vivre. Maintenant, malgré toutes les embûches que tu as pu croiser, tu avais ta maison, ton permis, ta voiture, et même des économies dans ton propre compte bancaire. Et en partant de rien, tout ça, c’était bel et bien immense.

Mais malgré ça, malgré ta vie que tu as su mener sans famille, malgré la page que tu avais tourné sur eux, c’était toujours douloureux de les voir. Surtout tes parents, surtout ton père. Hannibal, lui qui a été si dur avec toi, lui qui a presque levé la main sur ta petite-amie lorsque tu as fait ton coming-out à ses côtés, lui qui a eu tellement de froideur à te jeter dehors. Ta mère, ça a toujours été particulier. Elle suivait ton père, ta famille, qui lui a totalement bourré le crâne. Tu sais que ça lui a fait mal, au fond, que tu sois jeté, ou plutôt, que tu ne sois pas "dans la norme". Tu étais un monstre malgré toi, pour elle. Alors elle te haïssait, avec une certaine tristesse de devoir le faire. Alors oui, peut-être de dire qu’elle aurait dû t’avorter, ça lui a fait quelque chose. Ca lui a fait mal. Et ça, tu y pensais pendant que tu attendais Bérénice. Tu passais ta main sur ta joue chaude et sûrement rouge, et tu réfléchissais à cela. Tu l’aurais blessé, donc ? Tu ne savais pas vraiment quoi y penser, sachant que toi, ton cœur était à vif. Tu avais croisé ta famille toute la semaine, ta mère venait de te gifler, et on t’interdisait de voir ta sœur aînée sur son lit d’hôpital, sans te dire comment elle allait. Alors… Tu n’avais pas forcément d’idée à penser à la peine de ta mère, surtout après ce geste.
Mais finalement, elle était là. Bérénice. Tu sursautais sur le coup, lorsque son sac s’écroulait au sol, mais tu te détendais, tu relevais doucement la tête, lorsqu’elle s’agenouillait là, devant toi. Elle prenait tes mains, et aussitôt, tu les serrais, doucement. Parce que tu en avais tellement besoin à cet instant, d’un peu de réconfort, et surtout, d'elle. Tes larmes cessèrent lorsqu’elle arrivait, et ton cœur se réchauffait un peu malgré ses plaies à vif. Tu fronçais les sourcils, comme par instinct simplement, lorsqu’elle déposait sa main sur ta joue, vu la douleur que tu as ressentie il y a quelques minutes. Mais sa main à elle, sa caresse, t’apaisait, et te faisait tellement de bien que tu n’as pas pu t’empêcher de laisser échapper une larme qu’elle essuyait de ses doigts. Ta joue était toujours chaude, et picotait de douleur, tandis que la main de Bérénice l’apaisait avec toute cette douceur. Tu souriais, légèrement, à ses mots. Parce que ses paroles étaient toujours remplies de poésie, parce que même lorsqu’elle parlait c’était beau et subtile. Et même si c’est toi qui avais coupé contact avec elle durant tout ce temps, tu te rendais compte à quel point elle t’avais manqué. « Je suis désolée… D’avoir disparue comme ça. » Ta voix, elle était si faible, tu murmurais presque, alors que tu regardais ta main dans la sienne, parce que tu n’osais pas croiser son regard. « Ma sœur elle… Elle est à l’hôpital, et… On m’interdit de la voir, je sais même pas si elle va bien, je… » Ta voix s’était mise à trembler, tu déglutissais et tu soupirais pour tenter de ne pas craquer encore une fois. Parce que tu n’avais pas envie, tu ne voulais pas être faible, et t’avouer vaincue par ces parasites. Mais tu ne parlais plus, tant ta gorge te brûlait. Tu finissais par lever l’une de tes mains pour la poser sur la sienne, sur ta joue, avant de dire simplement : « C’est de ma mère. » Tu serrais les dents, toujours pour te retenir de partir en sanglot, puis tu relevais enfin les yeux pour les poser sur ceux de Bérénice. Tu voyais toute l’inquiétude qu’elle a pu avoir dans son regard, tu voyais tout. Et ça, ça te serrais le cœur. Parce que tu as été conne encore une fois, tu as encore ignoré une personne qui se souciait réellement de toi. Parce que tu es conne, c’est comme ça. Mais peut-être que ça aussi, un jour, tu réussiras à le soigner.

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MessageSujet: Re: autour de moi les fous || belle bérénice    09.08.18 0:56
Love is joy coupled with misery, elation bound to despair. It is a fire that beckons me gently and then burns when I get too close. I hate love. I yearn for it. And it drives me mad.


Au fond, elle ne la connaissait pas. Elle s'était fait une certaine image de Luna, une jeune femme un peu brisée, un peu silencieuse, très distante. Souvent, Bérénice se disait qu'elle avait l'air encore plus brisée qu'elle ne l'était elle même. Peut être que c'est pour cela, qu'elles s'étaient comprises d’emblée. Peut être que c'était pour cela, qu'elles s'entendaient si bien, sans se connaitre. Que même sans savoir toutes les choses qui s'étaient mal passées dans la vie de l'une et de l'autre, il y avait ce lien qui s'était noué au premier regard d'un double nœud.  Il y avait presque toujours de regard si triste et mélancolique sur le visage de la jeune femme, comme si elle avait perdu tout espoir, toute force d'au moins prétendre que tout allait bien. Et ces fantômes du passé qui dansaient sans cesse devant ses yeux. Ou peut être que Bérénice voyait les siens, en la regardant. Peut-être qu'en la regardant, c'est les yeux verts rieurs et les cheveux mi-bouclés mi-désordre indescriptibles d'Ezra qu'elle voyait. Peut être que c'est pour ça, qu'elle avait tant envie de l'aimer mais que cela l'effrayait aussi. Plus que jamais rien ne l'avait jamais effrayée. Aimer Luna, cela ressemblait un peu à du saut à l'élastique. C'était à la fois terrifiant et excitant, il fallait vider son esprit et se laisser aller. Ce n'était pas facile. Ça demandait un courage que Bérénice n'était pas certaine d'avoir.

Pourtant en la voyant là, si seule et perdue sur son banc, écrasée par le poids du monde, Bérénice avait envie de l'aimer. Elle avait envie de l'envelopper de son amour et de la bercer jusqu’à ce qu'elle aussi vide son esprit. Elle voudrait tout lui faire oublier, remplacer chaque souvenirs douloureux par quelque chose de beau, d'heureux. Pas forcément par un souvenir d'elle même, elle n'était pas égoïste à ce point. Juste quelque chose qui apporterait un peu de lumière dans ses yeux éteints, qui relèverait les coins de la bouche trop longtemps tournés vers le sol. Vers l'abysse. Mais pour l'instant, elle ne peux pas faire grand chose à part serrer ses mains et caresser son visage, lui montrer qu'elle ne prononce pas juste des mots dans le vide. Qu'elle était là, pour elle. Qu'elle était venue aussi rapidement qu'elle l'avait pu, laissant toute sa vie en suspens. Alors que la petite voix dans sa tête qui ne semble jamais vouloir se taire lui dit que Luna ne la mérite probablement pas. Qu'elle ne mérite pas que Bérénice accoure à sa demande alors qu'elle l'avait laissée dans le noir et le flou pendant cette longue et interminable semaine. Heureusement pour Bérénice, cette petite voix était assez facile à opprimer, et avait peu d'influence la majorité du temps. Elle se mord presque la langue, se retient de dire qu'être désolée ne suffisait pas pour être pardonnée. Qu'elle désolée ne suffisait pas pour effacer tout le mal infligé à l'autre. Mais pour l'instant, rien de tout ça n'était important. Pour l'instant ce qui importait, c'était la main dans la sienne, la joue contre sa paume, les larmes aux bouts de ses doigts. La voix si faible qu'elle ressemblait davantage à un murmure, la voix qui se brisait au fur et a mesure des révélations. Une sœur, donc. Bérénice ne savait pas ce que c'était, d'avoir un frère ou une sœur. D'avoir quelqu'un qui partage ses gènes, mais qui pourtant peut être si différent. Elle ne savait pas ce que c'est, de ne pas être seule. Il n'y avait toujours eu qu'elle. Sa mère avait consacré toute sa vie au bonheur de sa fille, et elle ne connaissait pas de relation assez durable à son père qui ne s'était jamais vraiment remis de cette séparation un peu naïve, un peu tragique, assez stupide. Mais elle pouvait essayer d'imaginer. C'était comme si une amie était là, dans une chambre, et qu'elle ne savait rien de son état. Une amie, mais en mille fois plus puissant, surement. Elle pouvait imaginer que c'était insupportable. Devant les faits, Bérénice se rend compte qu'elle a toujours été très seule, finalement.

Elle s'apprête a dire quelques mots doux et réconfortants, des mots surement vides de sens mais les mots que chacun voulait entendre dans ce genre de moment quand la main sur la sienne la surprend. Elle semble si petite, alors qu'elles ont probablement la même taille. Elle semble si légère, si fragile, comme un papillon. C'est de ma mère. Le petit oh... s'échappe trop vite d'entre les lèvres de Bérénice pour qu'elle ne le retienne. Ça aussi, elle ne peux pas le comprendre. Jamais sa mère n'avait ne serait-ce que fait semblant de hausser la main sur elle. Elle haussait à peine le ton, rarement. Mais elle savait très bien ce que c'était d'être frappée, battue, réduite à néant. Elle savait ce que c'était d'être giflée par une personne que l'on aime, ou qu'on a un jour aimé. Ce sentiment d'humiliation, mais aussi de colère. Ce sentiment d'impuissance. Ce n'était pas le genre de souvenirs auxquels elle repensait avec joie, ce n'était même pas le genre de souvenirs auxquels elle voudrait repenser. Mais ils ne la quittent pas, ne le feront jamais. Avec une infinie douceur, Bérénice rompt doucement le lien entre eux, se contente de garder une main dans la sienne tout en s'asseyant en tailleur sur ce banc à ses côtés. Elle brise volontairement le contact, pas pour fuir Luna, mais pour fuir tout ce que sa vision apporte. Pour fuir ses démons à elle, qui ne sont pas aussi simples qu'une mère. Bien sur rien n'est simple. Mais comment expliquer que son ex petit-ami la frappait régulièrement, et qu'elle continuait à l'aimer malgré tout ? Qu'il a fallu qu'il fasse bien pire pour qu'enfin ses yeux s'ouvrent sur deux ans à retenir sa respiration, sur deux ans d'effroi.

Inconsciemment, sa main se met à serrer celle qu'elle tient tandis que sa mâchoire se crispe. Avant qu'elle ne se souvienne qu'il n'était pas question d'elle. Se regard se perd au loin, quelque part entre les quelques arbres et les malades qui se promènent au bras d'un proche, d'une infirmière ou seuls. Et après ce qui lui semble un moment beaucoup trop long, elle murmure de cette même voix à peine audible "Je suis fille unique, et j'ai vécu déjà si longtemps sans parent que je ne peux même pas imaginer ce que tu traverses. Mais je suis là, pour t'écouter. Pour te soutenir. Pour retourner dans ce bâtiment que je déteste et dont je connais chaque recoins. Pour défoncer la porte de la chambre à ta sœur, si c'est ce que tu veux. Je suis là." L'honnêteté. Peut être un peu trop. Peut être un peu trop honnête pour que Luna puisse comprendre sans qu'elle ne doive expliquer des choses qu'elle n'avait pas envie d'expliquer. Pas encore, pas aujourd'hui. Avec un petit rire forcé et en glissant doucement son regard vers Luna, elle continue néanmoins "Me fait pas défoncer la porte s'il te plait, c'est un coup à ce que je me déboite une épaule ou casse une jambe. Mais tu vois l'idée. Si tu veux voir ta sœur, on va trouver un moyen pour que tu la vois, je te le promets." Rien la dedans ne pourrait lui faire peur, elle avait déjà tout perdu ici.

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MessageSujet: Re: autour de moi les fous || belle bérénice    13.08.18 18:45

autour de moi les fous
Toujours pire je suppose au plus bas du tréfond, de la nature humaine, naufragé dans la nuit, direction la sortie.



Il y a eu des épisodes dans ta vie où tu as eu des coups. Au collège, quand on a essayé de te harceler, ce garçon t’a donné un coup dans le ventre mais tu as su te défendre et t’imposer. Au lycée, quand tu as commencé à assumer ta sexualité, on t’a fait un croche-patte dans les escaliers et tu es tombé. Et à l’université, une fille t’as giflé lorsque tu étais encore à noyer ton deuil dans les draps de multiples amantes, parce que tu as disparue après une nuit avec elle, et tu ne l’a jamais recontacté. Mais cette gifle-là, elle était bien différente. Elle t’a frappé jusqu’au cœur, elle t’as fait mal, pour de vrai. Parce qu’elle venait de ta mère, celle qui te chantait des berceuses pour t’aider à t’endormir quand tu étais petite, celle qui t’as offert ton premier piano, celle qui a usé de sa force et de sa réputation pour te protéger et remettre à sa place un professeur qui t’approchait d’un peu trop près. Ta mère, elle n’a pas toujours été si indigne. Elle a été une mère, une vraie, avant tout ça. Ca s’est peut-être dégradé, quand tu as commencé à sortir du lot, que tu as commencé à t’affirmer en étant toi-même, mais avant tout ça, il y avait bel et bien de bons souvenirs. Et c’est pourquoi ce sujet, de la famille, était encore un sujet sensible pour toi. Parce qu’ils avaient beaux êtres des monstres, ils ont été amants avec toi, avant. Ton père qui t’a appris le vélo, ton oncle Friðrik qui te racontait des blagues nulles, cette tante du côté de ta mère un peu potelée qui te coupait les cheveux et te donnait des bonbons. Malgré cette famille destructrice, la petite Luna enfant était connue pour ses grands sourires et sa jovialité. Et ça… Parce qu’elle était heureuse. Alors ça te faisait mal. Parce que lorsque tu voyais ces personnes encore entourées de leur famille, tu les enviais au fond. Le papa qui venait fixer ce cadre au mur, la maman qui accompagnait aux courses, l’oncle qui venait jeter un œil à la voiture, la tante qui offrait des vêtements à la taille parfaite… Tout ça tu ne connaissais pas. Tout ça, tu as dû apprendre à le faire seule. Ce qui n’était pas plus mal, bien sûr, mais ça aurait pu être une autre vie, dont tu aurais été curieuse d’en voir l’image. Une vraie famille, qui t’accepterait, ou te tolérerait au moins, sans te mettre ce collier de chien. Il t’arrivait d’en rêver parfois, surtout dans ce genre de situation, même si tu n’en parlais jamais, même si tu paraissais si froide sur le sujet. Parce qu’au final, c’est pas que tu voulais cracher sur eux, mais simplement ne pas en parler, ne pas y penser. Ta nouvelle carte d’identité faisait déjà assez le travail, ainsi que cette solitude particulière dont seul Aodhan réussissait un peu à combler. Un substitut de présence paternel, c’était déjà ça, et très important pour toi. Tu l’aimais de tout ton cœur, cet irlandais beaucoup trop nerveux. Mais il y avait également cette personne, ces derniers temps, qui avait cette place dans ton cœur, qui te faisait ressentir ces sentiments que tu ne pouvais expliquer. Tu aurais pu appeler Aodhan aujourd’hui, mais non, tu l’as appelé elle. Parce que tu avais besoin d’elle, et personne d’autre dans cette situation. Il n’y a qu’à elle dont tu avais pensé à l’instant, il n’y avait que sa voix et son contact dont tu avais besoin, là, maintenant. Et tu n’imaginais même pas, à quel point elle était également la mieux placé pour ce moment si dur et compliqué pour toi.

Tu n’as pas été surprise, de ce petit « oh » lorsque tu lui annonçais d’où venait cette trace rouge sur ton visage pâle. C’était naturel, et même plutôt soft, comme réaction. Ca aurait pu être trop inquiet, enragé, ou rempli de pitié. Mais non, Bérénice, elle a réagi comme il le fallait, mais tu n’as tout de même pas spécialement répondu. Tu as simplement hoché la tête, l’air de dire « hé oui c’est comme ça. » parce que c’était le cas, fallait bien que tu y passes un jour.
Elle s’asseyait à côté de toi, silencieuse. Ca aussi, c’était quelque chose que tu appréciais chez elle. Elle était calme, peut-être trop timide mais tu aimais ce côté-là. Parce que ce n’était pas un moulin à paroles, ni à questions, et tu ne voulais surtout pas de ce genre de comportement à cet instant. Tu ne voulais pas qu’on te force à parler, à te prendre des tas de questions qui te fatigueraient et ne ferais que te remuer le couteau dans la plaie. Bérénice, elle, elle n’a pas fait ça. Elle t’a plutôt confié cette partie de sa vie. Cette partie qui t’a aussitôt fait relever le visage et poser tes yeux sur les siens. Parce qu’elle te confiait qu’elle n’avait pas vraiment vécu avec ses parents au point qu’elle ne se souvenait plus de ce que ça faisait. Tout comme toi. Ca te faisait étrange, parce que tu ne savais pas ça d’elle. Tu avais tellement pris l’habitude de mettre la famille hors de ta vie que tu ne t’intéressais pas à celle des autres. Parce que pour toi, ce n’était peut-être pas aussi importants qu’à d’autres. Ce n’était qu’un point comme un autre de ta vie, pas très important, un mauvais souvenir passé. Alors, que Bérénice t’en parle, ça t’as fait quelque chose. Surtout qu’elle était loin d’être très entourée par sa famille elle aussi, vu ses dires. Ca te faisait un pincement au cœur sur le moment, tu t’en voulais presque de l’avoir appelée elle, car au final tu lui faisais peut-être du mal, tu sais pas. Mais elle te disait bel et bien qu’elle était là, qu’elle était prête à remonter dans le bâtiment avec toi, faire en sorte que tu vois ta sœur. A cela, inconsciemment, tu as davantage serré sa main dans la tienne, et tu as senti ton cœur se réchauffer. Tellement, que ça t’en faisais frissonner, comme si elle avait réussi à fendre cette glace qui entourait ton cœur pourtant si grand. Et tu l’écoutais rire, poursuivre avec cette petite plaisanterie qui te faisait esquisser un petit sourire malgré tes yeux brillants de larmes, et elle te faisait cette promesse. Ce n’était pas rien. C’était fort, énorme, précieux pour toi. Jamais on ne t’avait fait une telle promesse, et venant d’elle, pour toi, ça valait tout l’or du monde. Car en plus, tu as commencé à être une conne avec elle, tu l’as ignoré, elle qui pourtant était si précieuse, et malgré ça, elle était là, prête à t’écouter, la main dans la tienne, et te faisant cette promesse.

Tu n’as pas su quoi répondre, tellement tu n’avais pas l’habitude de ça, et surtout surprise et touchée que ce soit de sa part. Tu baissais les yeux à nouveaux, gardant sa main dans la tienne. Tu les regardais, sans rien dire, réfléchissant. Tu te demandais comment vous pourriez faire, vu ta mère qui montait la garde comme un berger allemand. Tu songeais à laisser tomber et rentrer avec elle car au final Mélissa était vivante. Mais non, même si le temps passé avec Bérénice était précieux à tes yeux, ta sœur était ta sœur, et tu devais la voir. Alors finalement, tu replongeais tes yeux émeraude dans les siens, le regard tellement perdu, attristé, et aussi touché de sa promesse : « Tu… Tu crois qu’on pourrait y arriver ? » Tu demandais ça avec tellement d’espoir. Parce que l’espoir, ça faisait bien longtemps que tu l’avais abandonné, et qu’elle t’en parle avec tellement de conviction, ça t’as rallumé une petite étincelle au fond de toi. « Sans… Sans casser ton épaule bien sûr. Je vais pas risquer de briser l’aile d’un petit oiseau. » Tu esquissais un petit sourire, sincère. Puis finalement, doucement, tu te levais, gardant sa main dans la tienne, la regardant, un peu hésitante : « Si tu veux je… Je peux te montrer où est sa chambre. Mais si ma mère vient vers nous, je veux pas que tu aies d’ennuis alors on pourra rentrer sans faire d’histoires… » Tu la regardais, avec ces yeux fuyants, perdus, si triste. Là, maintenant, c’était un tout autre angle de toi qu’elle voyait et que tu acceptais de lui dévoiler. Parce qu’il y avait ce lien si fort entre vous, ça te faisait de livrer un peu à elle, lui confier cette partie de ta vie si sensible et dure qui te hantait encore aujourd’hui, même si tu faisais de ton mieux pour l’oublier. Ca faisait partie de toi, et même si tu faisais tout pour te voiler la face à ce sujet, Bérénice, elle, pouvait au moins savoir ça de toi.

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MEMBRE Bérénice

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MessageSujet: Re: autour de moi les fous || belle bérénice    25.08.18 13:40
All that I wanted wasn't unwanted
Oh and I wonder why I'm not wanted
All that I wanted was not there
But I dared
Be wanted



Peut être que c'est ce qu'il manquait dans sa vie. Une cause pour laquelle se battre. Quelque chose qui ferait tourner sa rage vers l'extérieur plutôt que de la garder en elle, contre elle. Arrêter de s'occuper de soi pendant un moment pour s'occuper de quelqu'un d'autre. Se mettre en arrêt, quelques secondes, quelques minutes, quelques heures. Luna lui servait cette cause sur un plateau d'argent. Sa famille ne lui laissait pas voir sa sœur ? Bien. Elle ferait en sorte qu'elle puisse la voir, échanger quelques mots avec elle, s'enquérir de son état. Parce que c'était important. Elle ne pouvait rien faire, pour cette trace rouge sur sa joue. Elle ne pouvait pas retourner le temps, autant elle aimerait en être capable. Pas que pour Luna. Pour tout ces gens à qui le temps avait voler quelque chose. Pour elle même. Si elle pouvait le faire, peut être qu'elle serait allée lui parler, quand elles n'étaient encore que deux adolescentes. Mais elle avait l'air tellement heureuse alors, Luna. Tellement épanouie. Même en retournant le temps, certaines choses ne changeraient pas. Même en retournant le temps, Bérénice n'irait probablement pas parler à Luna. Parce que son bonheur à elle importe peu, face au bonheur des autres. Parce qu'elle avait décidé de s'effacer pour que les autres puisses vivre. Parce qu'elle avait décidé d'être invisible. Mais elle ne pouvait pas. Par contre elle pouvait se battre. Pour que ça n'arrive plus. Pour qu'elle n'ai plus jamais a effacer des larmes sur ces joues.

Leurs mains se serrent mutuellement, portées par l'envie d'apporter du réconfort à l'autre. De le guider. Lui dire que tout ira bien, si ce n'est pas tout de suite, bientôt. Pour éviter que l'autre ne s'effondre sur ce banc. Quand Luna lui demande avec cette petite voix remplie d'espoir et son regard si triste si elle pensais vraiment qu'elles pourraient y arriver, Bérénice n'hésite pas une seconde avant de hocher la tête. Bien sur, qu'elles y arriveraient. Elle connaissait cet hôpital comme son appartement. Elle n'avait jamais été bonne en course d'orientation, mais elle connaissait chaque recoins de ce bâtiment. Ses yeux roulent quand elle reprend sa plaisanterie, quand elle la compare à un petit oiseau. Cette comparaison la ferait bouillir de rage avec a peu près tout le monde. Parce qu'elle détestait qu'on la voit comme faible, comme un être a protéger a tout prix. Comme quelqu'un de fragile, qu'un coup de vent emporterait. Mais avec Luna, cela prenait un gout différent. L'idée d'être aimée, l'idée d'être protégée. L'idée d'être nouveau qu'une jeune fille un peu perdue, gaie et insouciante, qui découvre le monde. Oui, si elle devait être un petit oiseau, elle ne voulait pas se briser une aile. Elle voulait voler au bord du soleil. Quand elle se lève, le corps de Bérénice la suit immédiatement, sans poser de question, sans hésiter. Peut être que l'idée de se confronter à quelqu'un lui faisait du bien. L'idée de fermer le clapet à cette mère qui se pensait assez bonne pour pouvoir frapper sa fille, pour la bonne raison qu'elle était sa fille, et qu'elle avait donc le droit. Alors que Luna se dérobe, hésite, Bérénice serre juste sa main un peu plus fortement. Elle ne la lâchera pas, quoi qu'il arrive. Et sa mère ne pourrait rien leur faire, puisque Bérénice portait la sienne avec elle. Puisqu'elle ne la quittait jamais, encore moins ici. Se baissant pour récupérer son sac lâchement abandonner, Bérénice le jette sur son épaule avant de glisser un baiser sur le front de la jeune femme qu'elle ne connaissait pas aussi calme, aussi effacée. C'était son rôle, habituellement. Tant pis. Pour aujourd'hui, ce serait à elle d'être forte. Ce serait à elle d'exister et de s'imposer pour deux. Peut être que cela taira un peu la colère qui grondait perpétuellement en elle.

Alors qu'elles se dirigent vers l'hôpital, leurs mains toujours liées, Bérénice lui demande le numéro de la chambre. La réponse efface son sourire un court instant, avant qu'elle ne se souvienne que huit ans avaient passer, qu'il était temps d'arrêter de craindre cet endroit. Mais enfin, le même étage, à deux bifurcations prêt... Elles se retrouvent devant les ascenseurs, et Bérénice rigole nerveusement en disant "Je préférerais qu'on prenne les escaliers si ça te dérange pas... Pas que les ascenseurs ce soit ennuyeux avec toi, mais je crois qu'on a pas besoin d'une crise d'angoisse aujourd'hui." Parce que ce lieu était déjà assez angoissant, et que la seule chose qui la retenait surement de trembler comme une feuille était la main si légère dans la sienne. Bérénice n'a pas besoin de chercher son chemin ou de le demander à Luna. Elle sait. Elle saurait les yeux fermés. Ici, la salle de repos des infirmières, juste derrière la machine à café qui ne vous rend pas votre monnaie, une fois sur deux. Un peu plus loin, une salle d'attente. Si vous tournez vers la droite au bout du couloir, la cafeteria, et probablement Astrid et sa petite toque sur la tête, offrant en cachette des friandises à tout le monde. Mais elles continuent tout droit. Il faut ensuite prendre sur la gauche, et passer devant cette chambre. Alors qu'elle menait le pas, Bérénice ralentit soudainement, s'arrête presque. Juste trois secondes, devant cette porte close. Juste trois secondes pour revoir ces images, ce bip persistant qui la réveille encore la nuit parfois. Juste trois secondes pour une multitude de souvenirs. Mais elle continue son chemin, comme si rien ne s'était passer. Comme si elle ne venait pas de passer devant la chambre ou sa mère était morte. Morte.

Plus qu'une bifurcation, avant d'atteindre la chambre à sa sœur. Bérénice s'arrête. Glissant un œil vers le couloir, elle aperçoit effectivement des silhouettes. Comme des chiens de garde. Elle pousse délicatement Luna contre le mur, copiant ces gestes qu'elle avait vu dans des jeux vidéos lors d'une mission d'infiltration. Pour jouer parfaitement la comédie, elle pose son index sur les lèvres à Luna, lui intimant de ne pas faire de bruit, d'éviter de respirer, si elle le pouvait. Parfois, elle s'étonnait de sa faculté à prendre tellement peu au sérieux une situation désespérée. Elle murmure en détachant chaque syllabe pour être bien compréhensible "Ils sont la, tes chiens de garde. Mais j'ai pas peur des chiens moi, ils ne mangent pas de petits oiseaux." Peut être bien que si, mais elle avait décider d'ignorer ce fait, un d'éviter une rapide recherche sur internet. Comme si c'était leurs derniers moments avant de sortir du no-man's-land au milieu des combats, Bérénice pose ses mains autour de la taille de Luna et l'embrasse avec douceur, sa main glissant le long de son dos tandis que ses hanches se collent un peu plus à elle. Si elles devaient mourir, autant profiter des derniers moments. Enfin, elle retrouve un semblant de sérieux, plonge son regard dans celui de Luna et lui demande "Prête ?" Parce qu'elle l'était. Qu'importe ce qui allait suivre, elle savait qu'ensemble elles pourraient faire face à tout. Qu'ensemble, rien ne faisait peur, rien ne pourrait les toucher. Tant qu'elle tiendrait sa main dans la sienne, Bérénice était certaine que la lune continuerait de briller, une fois la nuit tombée. Prête à la guider, à lui montrer le chemin.

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MessageSujet: Re: autour de moi les fous || belle bérénice    07.09.18 15:27

autour de moi les fous
Toujours pire je suppose au plus bas du tréfond, de la nature humaine, naufragé dans la nuit, direction la sortie.



C’était dingue tout ce changement, cette évolution. Ou pas ? Car au final, jamais Bérénice ne t’a vu sous cet angle si noir et froid. Tes amis, les inconnus, les professionnels, ils te voyaient pourtant tous comme ça. Le regard toujours ailleurs, jamais dans les yeux. Peu de conversation, aucune empathie ni d’écoute, à croire que tu avais un handicap mental. Il n’y avait quelques rares personnes qui voyaient ton sourire. Aodhan, Sören, et parfois James quand tu étais défoncée. Et puis surtout Bérénice. Bérénice, c’était tout un monde à part. Avec elle, tu étais totalement différente, allégée et… Vivante. Elle te faisait tout oublier, elle te faisait rire sans le moindre effort, et malgré ce manque d’empathie que t’as causé tout ces malheurs dans ta vie, avec elle, tu étais à l’écoute, tu pensais à elle, tu faisais attention. C’était tout un monde. Et jamais, en réalité, Bérénice ne t’avais connu comme la Luna peut-être Asperger. La Luna qui faisait peur, qui mettait mal à l’aise. La Luna qu’on évitait et qui était bien mieux seule de toute façon. Parce que oui, tu aimais être à ses côtés. Et lorsque tu étais seule, il t’arrivait qu’elle te manque. A toi, le fantôme blanc. Alors oui, tu souriais, tout naturellement. Tu esquissais ce petit sourire, tu gardais bien sa main dans la tienne, lorsqu’elle te hochait la tête, après cette promesse de t’aider à entrer dans la fameuse chambre. Tu avais besoin d’elle et personne d’autre aujourd’hui, et la voir réellement faire attention à toi, t’écouter, ça soulageait un peu ta joue rouge, et ton cœur lourd.
Elle tenait ta main plus fort une fois debout. Parce que tu hésitais, pour te protéger, mais elle aussi. Tu ne savais pas quoi ta mère était capable, peut-être même qu’elle avait appelé ton père en renfort ou quelqu’un d’autre la famille qui serait capable d’exploser d’une bien pire manière. Parce que tu te souviens bien, de ce fameux jour, où tu as annoncé à ton père ton couple, et qu’il a voulu frapper ta petite amie. Jamais tu n’accepterais qu’on lève la main sur Bérénice. Sur toi oui, au pire. Parce que tu t’étais faite à l’idée, tu avais l’habitude de la douleur avec ta jambe, et puis, c’était toi. Tu prendrais toute la faute sur toi, comme si c’était toi qui avais donné le coup, si on faisait du mal à ton petit oiseau. Parce que ce serait toi qui l’aurais amené à la gueule du loup. Mais après tout, ce petit oiseau avait lui aussi ses crocs. Alors, tu serres sa main à ton tour, tu la regardes, et tu expires doucement, longuement, pour te donner un peu de courage. C’était pour ta sœur, tu devais la voir. Et là, elle déposait ce petit baiser sur ton front. Tu la regardais à cet instant, alors qu’elle se relevait, prête à se confronter aux loups. Ca te faisait tellement de bien, ton cœur s’apaisait un peu alors que, si tant de tristesse n’était pas en toi aujourd’hui, tu aurais pu sourire.

Les rôles s’inversaient, elle qui était toujours du genre effacée, timide, c’était pourtant elle qui te guidait alors que tu restais silencieuse à la suivre. Elle semblait si forte devant toi, tu ne lâchais pas sa main, et tu la regardais sans un mot, impressionnée, avec ces étincelles dans les yeux que, du coup, elle ne voyait pas, tellement plongée dans la situation. Elle avait l’air de connaître l’hôpital comme sa poche, tu n’avais même pas besoin de lui expliquer quoi que ce soit. Et arrivée devant cet ascenseur, tu n’as pas pu t’empêcher d’esquisser ce sourire en coin face à son petit rire, et ses paroles. « Les escaliers au ralenti, c’est bien aussi. » Tu regardais ta canne, tu déglutissais en espérant que ça n’allait pas te faire mal, mais bon, ce n’était pas la première fois que tu prenais des escaliers, tu avais trouvé la technique avec le temps, sans même avoir ta canne. Et tu étais prête à faire ce petit sacrifice, pour Bérénice. Alors même si ça a été lent, que tu devais prendre les marches des escaliers pas à pas, vous aviez réussi, et pas la moindre douleur heureusement. Tu soufflais arrivé à l’étage souhaité, puis tu la suivais à nouveau, toujours en gardant sa main dans la tienne. Tu n’as pas réellement remarqué son arrêt, peut-être parce que tu avais toujours un peu de ce manque d’empathie qui te faisait louper la tristesse des autres. Toi, tu as surtout respiré pendant ces quelques secondes, plongées dans tes pensées, commençant un peu à trembler, car finalement, vous étiez arrivées.
Au loin, elles étaient toujours là, à la porte, comme deux dobermans devant une propriété privée. Mais à peine avais-tu eu le temps de reconnaître ces silhouettes, que tu te retrouvais dos contre un mur. Tu regardais Bérénice, tu souriais à son petit mime, obéissant silencieusement lorsqu’elle posait son doigt sur tes lèvres. Tu souriais à ses paroles, d’amusement, malgré tout. Parce qu’elle était là, parce que c’était elle, et que sa force, son sourire, ponçaient ton cœur. Malgré tout, le petit oiseau avait des serres bien acérées.
Tu ne t’y attendais pas, tellement perdue, les pensées dans la situation, et puis connaissant Bérénice. Tu ne t’attendais pas, à ce baiser. Si fort, comme un dernier. Tu frissonnais, et ton cœur battait un petit peu plus fort. Doucement, un peu timidement, tu passais ta main sur sa joue, tu la gardais contre toi, tandis que ton autre main ne devait pas lâcher ta canne au risque d’alarmer la grande rousse à côté. C’était toi qui rougissais après, c’était toi qui te retrouvais le regard totalement à l’ouest, mais avec cette sensation étrange à l’estomac, à la fois douloureuse et agréable. Addictive. Une sensation que tu n’avais plus ressentie depuis si longtemps, que tu en avais oublié ce que ça faisait, et ce que ça voulait dire…
Son regard plongé dans le tien, tu avais toujours ta main sur sa joue, alors qu’elle te demandait si tu étais prête. Tu expirais un grand coup, puis tu faisais retomber ta main pour aller retrouver la sienne, que tu serrais. « Prête. » Tu ne pouvais pas lâcher sa main, ce n’était pas possible. Tu avais besoin d’elle, d’un soutien, et sa main dans la tienne te permettait d’avoir une ancre, une force. Alors oui, tu as gardé sa main alors que tu as commencé à marcher vers les deux autres femmes là-bas. Ton cœur battait à mille à l’heure, tu serrais ta canne de ton autre main pour ne pas faire mal à Bérénice, parce que tu serrais si fort. Tellement de sentiments à la fois, c’était comme si une troisième guerre mondiale se déroulait dans ta tête. Les coups de feu de ta mère, l’explosion de ta sœur, et la bombe nucléaire de ce baiser. Et il fallait que toi, Luna, tu encaisses tout en quelques minutes. Tu n’étais pas si forte, et pourtant, face à ta mère et ta tante, devant cette porte, tu restais froide, inexpressive. Parce que tu avais à côté de toi ce gilet pare-balles nommé Bérénice. « Laisse-moi entrer. » Ta mère roulait des yeux, dévisageait la jeune femme à côté de toi de haut en bas, fixait vos mains, puis te regardait avec des yeux rouges. « Tu te moques de moi là, Luna ? » Tu frissonnais en entendant ton prénom sortir de sa bouche, tu serrais un peu plus fort la main de Bérénice. « Je devrais te retourner la question ? Tu ne vas tout de même pas agresser une nouvelle fois une handicapée, homosexuelle qui plus est ? Tu risques des problèmes, je sais pas si tu es au courant, mais les caméras fonctionnent bien ici. » Les deux mains prises, tu désignais plutôt du menton cette petite caméra juste au coin du mur, pointée tout droit vers vous. Tu l’avais déjà vu, après tout ce temps à tourner en rond dans ce couloir sans pouvoir avoir accès à cette porte, tu avais eu le temps d’en voir le moindre recoin. Tu ne pensais pas avoir à user de cette carte, tu n’étais pas fan des menaces, mais après tout, ta famille fonctionnait comme ça malheureusement. Et encore, vu l’histoire avec ta maison, ils étaient assez stupides pour penser qu’une liasse lâchée en douce au juge permettra de gagner un procès. Alors bon, tu tentais comme tu pouvais. Ta mère, après avoir vu la caméra, soupirait, alors que ta tante à côté, commençait à paniquer. « Tu ne devrais même pas porter mon nom. » Tu ne disais rien, tu serrais les dents, et la main de Bérénice. Mais ta tante un peu rondouillette tentait d’apaiser les tensions. « Allez, Isar, ne fait pas d’histoires. On ne dira rien à Hannibal… » Parce que c’était lui après tout, le Roi dans l’histoire. Le grand commandant, celui qui règne. Ton père, Hannibal. « Elle a raison, Isar. T’en fait pas, on ne dira rien à Maître Hannibal. » Tu n’as pas pu t’empêcher d’avoir l’air provoquant. Parce que cette idée t’insupportait. Depuis toujours, ta mère subissait ce lavage de cerveau et s’aplatissait à ceux de ta famille paternelle. Avant, elle était une femme forte, libre, et même un peu délurée. Ce qui n’était plus du tout le cas. A présent, elle était dans le moule parfait qu’on lui avait imposé, comme un pauvre robot formaté. Mais tes paroles la faisaient réagir, elle te fusillait de regard et soudainement, elle te tirait ta canne de la main, te faisant perdre l’équilibre un court instant, perdant un appuie. « Handicapée ? Laisse-moi rire. Ta sœur, elle, est handicapée. Toi, tu n’es qu’un vulgaire chien galeux qui demande de la pitié. Regarde-toi, tu tiens très bien sans. Ta sœur, elle, doit supporter sa chaise roulante sans arrêt. Par ta faute. » Encore ces mots, tu frissonnais. Quant à elle, elle regardait Bérénice. « Comme je suis désolée pour vous, mademoiselle. Pourtant vous êtes bien jolie. C’est du gâchis d’être aux côtés de cette… » Elle te regardait de haut en bas. « … Espèce de croque-mort répugnant et squelettique. » Squelettique ? Tu fronçais les sourcils à cela. C’était bien la femme qui portait des corsets et regardait son poids tous les soirs qui te disait ça ? C’était bien la femme qui t’a rabâché que tu étais trop ronde quand tu étais petite, que tu avais des grosses hanches quand tu étais adolescente, qui te disait ça ? Ce poids, tu ne l’as pas choisi, pourtant, ils en auraient rêvé. Tu hallucinais. Et finalement, tu ne savais plus quoi dire… Elle tenait, et même si elle disait enfin que Mélissa était ta sœur, elle avait l’air décidée à ne pas te laisser entrer, et peut-être même garder ta canne. Tu finissais par avoir le regard fuyant, la gorge sèche. Tu ne savais plus quoi dire. Tu n’étais déjà pas douée pour avoir des conversations, alors pour te défendre… C’était loin d’être facile, ni une partie de plaisir, surtout face à la grande rousse doberman.
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MessageSujet: Re: autour de moi les fous || belle bérénice    01.10.18 22:28
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Pourquoi fallait-il toujours qu'elle soit aussi égoïste ? En prenant les escaliers elle n'avait pas une seule fois penser à ce que cela représentait pour Luna. Elle s'était seulement égoïstement préoccupée d'elle même et de sa stupide claustrophobie. Mais en même temps, la blessure à Luna, son secret, n'avait jamais intéressé Bérénice. Elle n'y portait aucune attention. C'était là, c'était ainsi, point. Bien sur, la curiosité l'avait déjà prise, parfois. Elle s'était demandée ce qui pouvait bien lui être arrivée pour devoir utiliser une canne à un si jeune âge. Pourquoi parfois rester debout lui semblait si difficile, mais s'asseoir ou grimper des marches l'était tout autant. Elle était curieuse, comme n'importe qui. Mais jamais elle ne demanderait. Jamais elle ne laisserait cette blessure aller entre eux. Elle avait bien ses propres blessures, moins visibles, moins ouvertes, qu'elle trainait avec elle chaque jour. Qui la rattrapait au moment les plus opportuns, quand elle s'y attend le moins, quand elle pense que maintenant, ca y est, tout ira bien. Quand elle pense qu'enfin le passé n'est plus que du passé et que l'avenir surgit. Alors, le monde lui rappelle que rien n'est juste, et qu'elle doit vivre avec une âme brisée tandis que Luna vie avec une jambe brisée, et tellement plus. Le monde n'est jamais juste.

Elle avait été égoïste, mais cela ne semblait pas avoir déranger Luna. Alors elles avaient doucement gravit les marches, l'une après l'autre, difficilement, mais sans jamais se lâcher, sans jamais tituber, sans douter de sa confiance dans l'autre. Avec Luna, Bérénice se laisserait trainer dans un manoir hanté, elle ferait le funambule sur les sommets du Grand Canyon ou de la plongée sous-marine. Elle râlerait pour chacune de ces activités qui regroupaient ses plus grandes peurs, mais elle le ferait. Parce qu'elle lui fait confiance, aveuglement. Parce qu'elle a envie de la suivre jusqu'au bout de la nuit et du monde s'il le faut, parce qu'avec elle tout semble immédiatement plus simple et plus abordable. Parce qu'avec elle, rien ne fait plus vraiment peur. Tant qu'elles sont ensemble. Ni ces escaliers, ni cette chambre sur leur gauche, ni l'idée de croiser une mère lobotomisée. Cette chambre qui avait surement déjà vu des dizaines et des centaines de patients depuis, de visiteurs anxieux. Avaient-ils repeint les murs ou bien abordaient-ils toujours cette couleur verte très clair, un peu anis, sûrement jamais couleur de l'année Pantone. La vue du lit donnait-elle toujours encore sur le parc, créant une illusion de liberté ? Surement. Une chambre d'hôpital, ca ne doit pas être redéposé très souvent. Ce n'est pas une maison, même si on y passez parfois plus de temps que chez soi. Dans cette chambre, est-ce que le cœur d'autres personnes avaient arrêtés de battre ? Est-ce que l'infirmière avait ouvert la fenêtre une autre fois afin de laisser l'âme s'échapper ? Bérénice ne le savait pas, et ne le saurait probablement jamais. A quoi bon connaitre le malheur des autres quand le sien lui suffisait déjà pour trois vies. Quand le sien était si grand qu'il l'emplissait totalement depuis huit ans.

Elle essayait de ne pas penser à tout ça et de se concentrer sur sa mission, mais comme d'habitude son cerveau ne se laissait guère mettre en mode silencieux. Il ne cessait de réfléchir, de supposer, de se torturer. Toujours. A jamais. Même alors qu'elle poussait doucement Luna contre ce mur tout proche de la tanière aux loups, même alors que ses lèvres venaient doucement chercher les siennes avec un désir d'outre tombe. Le cerveau se souvient de celles d'Ezra cherchée avec abandon, celles de James avec chasteté. Le cerveau lui rappelle du nombre de fois ou adolescente, elle s'était imaginée passer une main contre cette joue, sentir la chaleur du corps contre le sien et du cœur qui bat contre le sien. Imaginé sans jamais y croire, plus rêvé qu'imaginé. Mais tout était bien réel. Et son cerveau pouvait lui rappeler n'importe quel fantôme du passé, il n'aurait jamais la force d'écraser ce moment. Il ne serait jamais plus puissant que ce que Bérénice éprouvait à chaque fois qu'elle voyait, ou pensait à Luna. Une force indescriptible. Une rage.

«Prête.» Ce mot suffit pour que pendant quelque minutes, toute la concentration de Bérénice va à Luna. Alors qu'elles s'avancent vers les deux femmes, Bérénice sent bien que  la main de Luna s'est encore un peu plus accrochée à la sienne, tout en essayant de ne pas la briser. Elle la sent à peine hésiter, devant leurs mains liée, devant tout ce que cela représente. Doucement, Bérénice se fait une idée du genre de mère que cette femme devait être. A l'opposé de la sienne. Sa mère aurait immédiatement voulu rencontrer Luna, la questionner avec politesse sur toute sa vie, faisant passer l'interrogatoire avec une assiette de cookies chocolat-caramel fraichement sorti du four, encore fondant au milieu. Sa mère se serait bien moquée de la personne dont sa fille était amoureuse, tant qu'elle était heureuse. Malheureusement, elle n'en avait jamais vraiment eu l'occasion, elle n'avait jamais rencontré quelqu'un d'autre que des courts amours de jeunesse, pas vraiment sérieux. Sa mère qui n'aurait jamais dévisagé Luna comme celle de Luna le faisait. Comme si elle était dotée d'une vision déshabillante, comme si elle espérait tout ses secrets. La cicatrice au genou de la danse classique, les fines cicatrices sur les bras causées par les griffures de chats, ou Ezra. Elle semble même vouloir fouiller au fond de son âme. Sauf qu'aujourd'hui était le jour ou Bérénice était solide comme un roc. Elle n'était pas face à James, qui la connaissait mieux qu'elle ne se connaissait elle même. Elle n'était pas face à Aodhan, qui avait réussi à lire en elle comme un livre ouvert. Elle n'était même pas face à Luna, comme ce premier jour, dans sa détresse et son envie d'être découverte. Non, la elle était juste face à une femme qu'elle avait décidé de détester d'emblée, sans la connaitre. Parce qu'une femme qui faisait du mal à sa fille ne méritait pas vraiment d'être connue.

Elle assiste, impuissante, à l'échange. Se contente d'être là pour Luna, infaillible. Même quand sa main se serre encore un peu plus sur la sienne. Même quand cette femme qui se nomme mère l'insulte et la déséquilibre. Bérénice ne bouge pas et ne dit. Jusqu’à que les choses la touchent, directement. Jusqu'à que ses sentiments soient questionnés. Alors, c'en est de trop. Bérénice lâche doucement la main de Luna, juste pour passer son bras autour de la hanche à la chanteuse. En même temps, elle s'avance d'un pas. Même ainsi, elle parait ridiculement petite entre Luna et sa mère. Mais tellement plus grande à l'intérieur que cette dernière, tellement plus belle. Même avec son estime de soi quasi inexistante, elle le sait. Reprenant le même ton condescendant, elle crache "Comme je suis désolée pour vous, madame. Pourtant vous n'avez pas l'air bête. C'est du gâchis d'être aussi odieux avec une fille aussi extraordinaire. Et c'est la votre." Encore un pas. Pour entrer dans la zone de confort. Pour lui montrer qu'elle n'avait pas peur. Elle pourrait la gifler aussi si c'est ce qu'elle voulait, elle s'en fichait. Au pire, son esprit lui rappelle que cela faisait parti de son quotidien il n'y a pas si longtemps. "Vous allez laisser entrer Luna dans cette chambre, et vous allez gentiment patienter dehors avec moi, pendant ce temps. On fera connaissance, je peux vous appeler belle-maman ou vous préférez qu'on passe directement aux prénoms ? Moi c'est Bérénice, enchantée." Elle avait particulièrement appuyé sur le dernier mot. Cela lui avait manqué, de se dresser face aux problèmes. De ne pas juste encaisser les coups. Et en même temps, cela lui faisait un bien fou de déverser toute cette rage qui l'emplit. La rage laissée par l'absence de sa propre mère, par ce sentiment de toujours être seule. D'être seule malgré la compagnie, malgré les amis. D'être seule au fond de son cœur et de son âme. Mais avec Luna, elle n'avait plus l'impression d'être seule. Elle avait l'impression de toujours la porter en elle, de l'emmener avec elle à l'université, à la bibliothèque, ou au cimetière sur cette tombe qu'elle avait commencé à fréquenter plus souvent depuis Aodhan. Doucement, elle resserre un peu son étreinte sur la taille de Luna, dépose un baiser encourageant sur sa joue et se fiche totalement de l'avis des deux rapaces qui leur font face. Elle se fiche bien d'aggraver son cas puisque de toute façon elle n'avait pas prévu de se faire aimer aujourd'hui. Elle n'avait pas prévu de se faire des amis. "Oh et madame, je connais cet hôpital. Mieux que vous ne le pensez. Mieux que vous. Ce n'est pas les soins intensifs, ici. C'est pour les convalescents. Vous ne pouvez pas interdire l'accès à la chambre. Alors vous allez gentiment, sans faire de scène, laisser passer votre fille. Ou bien vous voulez continuer à vous comporter comme une enfant de trois ans et être ridiculisée par un croque mort-répugnant et squelettique et sa petite amie ?" Clairement, la respect était resté à la maison aujourd'hui. Mais pas la politesse.

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MessageSujet: Re: autour de moi les fous || belle bérénice    28.10.18 14:25

autour de moi les fous
Toujours pire je suppose au plus bas du tréfond, de la nature humaine, naufragé dans la nuit, direction la sortie.



Il était dur de te déséquilibrer, te toucher par de simples paroles. On pouvait t'insulter et te critiquer que ça ne te faisait pas hausser le moindre sourcil. Parce que tu étais devenue comme ça, suite à cette longue histoire que tu as tracée toute seule. Mais ta mère, elle, avait le don de savoir où poser le bout de son doigt. Avoir une mère qui savait tout par coeur de son enfant n'était pas forcément une bonne chose, la preuve. Pourtant, on te l'a dit des tas de fois, que tu étais bien trop maigre, que tu étais un cure-dent, un squelette, et tout autre genre de comparaison, mais que ça vienne d'elle, oui, ça te faisait mal. Elle qui était la première à te tyranniser lorsque tu étais pré-adolescente, un peu ronde. Tu n'as jamais vraiment connu le harcèlement scolaire en fait, parce que c'était elle ton bourreau, bien pire qu'un petit morveux qui ne faisait que passer son temps et s'amuser. A te traiter de boule, de petite grosse, te mettre au régime alors que tu n'avais pas fini de grandir, te donner des pilules bizarres pour perdre du poids et te donnait surtout des nausées, etcetera etcetera... Comment elle pouvait oser t'insulter aujourd'hui de squelettique? C'est elle après tout qui t'as mise à la rue, à devoir faire des sacrifices pour pouvoir manger une petite conserve le soir histoire de te remplir l'estomac. C'est elle, qui n'a même pas cherché à savoir comment tu allais dans cet hôpital après le fameux accident. A ne rester qu'aux côtés de ta soeur, alors que toi, dans la pièce d'à côté, tu hurlais et souffrais le martyr sous la douleur de tes brûlures sur le corps et le visage, la douleur interminable de ta jambe, à serrer la main de cet inconnu, le seul à avoir été là pour toi, que aujourd'hui tu considères comme ton père. Un vrai père. Cet accident t'a fait maigrir davantage, il t'a affaiblie, physiquement et mentalement, il t'a fait devenir une jeune femme presque inexpressive et fatiguée des autres, de tout, de la vie. En fait, tu n'as jamais choisi de perdre ce poids, et qui sait, si tu n'avais pas été exilée, tu aurais encore ces petites joues bien rondes. Mais comment aurait été ta vie, dans ce cas? A choisir, tu préférais de loin avoir un corps handicapé et un passé difficile, car au moins, tu étais libre. Et tu n'avais peut-être plus de famille, mais aujourd'hui, malgré ton sale caractère et ton asociabilité, des personnes se sont accrochées. Des personnes chères, inestimables, qui t'ont permis de remonter des pentes, et t'ont sauvé. Dont Bérénice. Surtout Bérénice. Elle et sa douceur, sa compréhension, sa patience, et ses tas d'autres valeurs que tu ne saurais dire sans en écrire un roman. Parce qu'elle ne sait peut-être pas tout de toi, mais ce qu'elle sait a suffit à apaiser tes blessures, faire briller un peu cette noirceur en toi et faire battre ton coeur qui en a tellement subi.

Et elle était là, aujourd'hui, durant cette épreuve que tu étais incapable de gérer seule, malgré ta force. Parce que c'est ta mère, celle qui a su te vaincre. Si Bérénice n'était pas venue, tu aurais sans doute fini par baisser les bras, partir et déclarer forfait, laisser ta soeur se remettre sans sa cadette à ses côtés. Mais la petite brune était bien là, et tu étais désormais face à la rousse, sa main dans la tienne, à te donner un peu plus de force. Mais malheureusement, pas assez, et ça, Bérénice avait su le gérer. Elle lâchait ta main, passait son bras autour de ta hanche, tu la laissais faire. Tu la regardais, silencieuse, prendre le relais. Tu restais figée, tellement surprise et fascinée par ce petit oiseau qui sortait les crocs face à ce lion immense face à elle. Ses mots, malgré leur politesse, étaient comme des petites lames lancées en plein visage. C'était fort et subtile à la fois, ça te surprenait, et te faisait discrètement sourire. Elle était impressionnante. Elle s'avançait même, ce que toi tu n'as jamais osé faire face à Isar, tu en avais presque peur pour elle par instinct et habitude, mais non, Bérénice, elle était forte. Elle te défendait, lui donnait presque l'ordre de te laisser passer, et arrivait à délicatement se présenter par la même occasion, c'était si dingue. Tu ne voyais pratiquement plus ta mère et ta tante face à toi, tu ne voyais qu'elle. Et ça lui donnait un certain charme que tu n'as jamais vu chez elle auparavant, une Bérénice Badass était possible? Ca te faisait presque rougir sur le coup. Et puis il y a eu ces dernières paroles. Elle a osé dire que ta mère se comportait comme un enfant de trois ans? Reprendre ses paroles, lui sortir une punchline avec politesse et violence à la fois? Mais c'était vraiment Bérénice là, à côté de toi? Tu te raclais la gorge sur le coup, te retenant de rire. Elle était vraiment impressionnante, il n'y avait que ça à dire. Et quand tu penses qu'elle venait de t'embrasser il y a quelques minutes de cela, tu réalisais, là, que tu avais de la chance. Que c'était elle, et personne d'autre. Que tu n'étais plus seule.

Et face à cet oisillon à dents de sabre, ta mère est d'abord restée silencieuse. Elle n'a pas reculé, elle l'a simplement fixée, écoutée, sans rien dire. Et encaissée? Peut-être. Car finalement, la grande rousse roulait des yeux et te regardait. "Hé bien, visiblement ta petite brunette a plus de cran que toi." Elle arrangeait son gros manteau de fourrure sur elle, gardait ce visage fier et de marbre, mais tu voyais dans ses yeux... Qu'elle était perdue. Elle regardait sa belle-soeur, puis la porte de la chambre, pour finalement lâcher: "Pas besoin de faire connaissance, je ne suis pas votre "belle-maman". Faites ce que vous avez à faire, loin de mes yeux. Tu as dix minutes, Luna. Elle dort, ne la réveille pas, et que je ne te vois pas à mon retour." Son ton était irrité, tentait de rester froid, mais pour la première fois de ta vie, tu la sentais déstabilisée. Tu ne disais rien, la regardais simplement, avant qu'elle ne finisse par te tendre ta canne, que tu reprenais presque tremblante, serrant la poignée une fois le bâton récupéré. Quant à Bérénice, ta mère la regardait un court instant, droit dans les yeux. "Bonne journée, Bérénice." Tu en écarquillais presque les yeux, tu te retenais de rire et crier de stupeur à la fois. Elle venait vraiment de lui souhaiter une bonne journée en se donnant la peine de retenir son prénom? Elle t'avait ordonné de ne prendre que dix minutes, sans inclure la moindre fois la jeune femme à tes côtés? Elle finissait par partir, ses talons claquant jusque la cafétéria de l'hôpital, la petite blonde trottinant à côté d'elle pour rattraper ses grands pas rapides. C'est enfin lorsque le couloir fut vide, que tu lâchais ce "Woah..!" Tu te mettais face à elle, tu la regardais. Et alors, tu posais tes mains sur son visage. Une pinçait son nez, l'autre ouvrait son oeil pour bien le regarder, l'inspectant grossièrement. "T'es pas possédée? C'était bien toi?" Tu plaisantais, mais ton coeur battait la chamade, tellement heureux et surpris à la fois. Tu souriais, tu riais nerveusement, alors que tes mains allaient se déposer sur ses joues, doucement. "C'est... C'est la première fois que je vois quelqu'un fermer le clapper de ma mère. Je... Mais c'est dingue..!" Tu en avais presque les larmes aux yeux, et tu finissais par ce petit mot, la voix basse, émotive, laissant cet humour de côté pour ce que tu ressentais réellement: de la reconnaissance, et ces autres sentiments que tu ne saurais décrire. "Merci." C'était simple, mais tout ce qu'il y avait de plus sincère, avant que tu n'esquisses ce sourire et regardes cette porte derrière toi avec hésitation. Ca y est, la voie était libre, grâce à elle. Tu étais tellement heureuse à cet instant. Elle était là, à tes côtés, ta mère était partie, et cette porte était désormais toute à toi.

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MessageSujet: Re: autour de moi les fous || belle bérénice    14.11.18 22:54
I am made and remade continually. Different people draw different words from me.


Elle ne savait pas trop ce qui l'avait prise. Elle n'était même pas certaine que c'était bien elle, Bérénice Zelda Metanova, qui avait parler. Cela n'avait jamais été son fort. Elle s'était habituée à parler devant une foule dans le cadre de ses études et de sa profession, mais c'était autre chose. Ce n'était jamais personnel, elle s'adressait à tout le monde ou a personne. Elle avait toujours le temps de se préparer, de soigneusement choisir chaque mot, chaque intonation. Mais là, c'était du freestyle. Les mots étaient venus les uns après les autres, sans réfléchir. Naturellement. Comme si elle avait passer sa vie à remballer des mères de famille aigries. Ce qui n'était pas franchement le cas. Elle s'était rarement dressée face aux injustices qui l'entouraient. Elle avait rarement usé de sa voix et du feu de la révolution qui brule au fond d'elle pour changer les choses. Elle avait écouté, retenu, encaissé. Impuissante. Elle avait souvent ravalé ses larmes, de fierté, de rage et de tristesse. Surtout avec Ezra. Elle avait appris par nécessité à se taire, à ne même plus penser. A n'être rien de plus qu'une marionnette qu'on pouvait tordre et plier selon ses envies, toujours obéissante. Peut être était-ce le trop plein de ces deux ans de sa vie gâché, de ces deux ans à être tout le monde sauf elle même. Peut  être était-ce la fougue de s'être enfin libérée. Elle ne le saura surement jamais. Mais c'était une bonne sensation, l'impression d'avoir fait quelque chose de bien. D'avoir un peu apaisé le feu. Même s'il ne prendra sûrement pas longtemps à s'attiser de nouveau.

La femme reste bien silencieuse face à  Bérénice. Et si cela devrait augmenter sa fierté et sa satisfaction, ça lui laisse un gout amer en bouche. Parce que les choses ne devraient pas être ainsi. Parce que Luna ne devrait pas avoir a se battre pour pouvoir voir sa sœur, et surtout pas contre sa propre famille. Contre la femme qui l'a mise au monde. Ces longues secondes de regards et de silence parviennent à peine à calmer son cœur avant que la mère n'abandonne, non sans lâcher une pique destinée à Luna avant. Mais elles avaient gagner, c'était le plus important. C'était juste dix minutes, c'était à peine un début, mais c'était une victoire. Et même si la colère vient démanger l'esprit de Bérénice à nouveau, elle ne dit rien de peur d'aggraver les choses plutôt que de les arranger. Elle avait eu de la chance, avant. Il ne fallait pas la prendre pour acquise et se contenter de ce qu'elles avaient obtenues. De ce simple bonne journée qui n'était ni chaleureux ni cordiale, mais qui était un avancement aussi. Parce qu'elle avait pris la peine de retenir son prénom et de la considérer comme une personne à part entière. Même si cela ne suffit pas pour enlever le reste d'aigreur dans l'air qui rend Bérénice un peu puérile, au moins d'adresser un grand sourire accompagné d'un salut de la main digne de la reine d'Angleterre à sa futur belle-mère. Parfois elle aussi avait trois ans, mais au moins elle ne s'en cachait pas.

Quand la version modernisée de Laurel et Hardy est enfin hors de leur champ de vision, Bérénice ressent toute la pression qui retombe. Et Luna qui s'anime, qui se remet à vivre. Sa joie et son énergie sont les plus belles récompenses pour la jeune femme dont la tête tourne encore un peu d'avoir trop retenu son souffle. Face au manège de Luna, elle se contente de tirer la langue et de hausser les épaules, avant de franchement soupirer face aux interrogations. La question était peut être légitime, tant elle avait l'impression que c'était quelqu'un d'autre qu'elle qui venait de faire tout ça. Elle était restée dehors devant le banc. Mais la joie de la jeune femme qui lui fait face est vite contagieuse et l'humour revient rapidement à Bérénice. Abordant son meilleur air blasé-amusé, elle lâche un "Non c'était la voisine" avant de rouler des yeux. Quand enfin elle se calme un peu, Bérénice se retrouve émue face à ses mots. Face à ce merci si simple mais si précieux. Se sentant rougir, elle murmure  "Mais je... C'est normal voyons, me remercie pas j'ai rien fait..." Elle était gênée par tant de reconnaissance. Si elle se sentait parfois un peu révolutionnaire, elle ne s'était jamais sentie super-héro.

Captant le regard papillonnant de Luna vers la porte, elle dépose un baiser sur le front de la jeune femme avant de lui murmurer  "Vas-y vite, le temps est compté et je pense pas avoir le courage pour en gagner plus" tout en ouvrant doucement la porte et en la poussant à l'intérieur. Elle ne comptait pas entrer avec elle, même si Luna l'invitait. Tout d'abord parce qu'elle ne se sentait pas à sa place, ici. Les choses étaient encore trop récentes pour qu'elle s'invite ainsi dans la vie d'une famille, dans son intimité. Elle ne faisait pas partie de cette famille, la mère de Luna lui avait bien fait comprendre avant. Il y avait aussi cette partie d'elle même qui lui disait qu'elle avait passer trop de temps dans une chambre d'hôpital aux côtés d'une personne endormie ou pire, inconsciente. Elle n'était pas prête a le revivre, pas encore, pas maintenant, alors que tout semblait lui rappeler sa mère depuis qu'elle était revenue dans son pays. Elle attendrait sagement devant cette porte, et peut être qu'ensuite elles pourraient aller boire un café après tant d'émotion. Un café composé d'au moins soixante-quinze pourcents de sucre, vingt pourcents de chantilly et enfin cinq pourcents de café. C'était une bonne idée.

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