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Ce qu'il nous reste | Kamal et Yaël

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MessageSujet: Ce qu'il nous reste | Kamal et Yaël 26.06.18 13:58


ce qu'il nous reste
kamal & yaël

Mon sommeil n’était pas tranquille. Je bougeais les bras et les jambes et les muscles de mon visage n’arrêtaient pas de tressaillir. Je rêvais encore d’elle. J’avais en tête le bruit assourdissant de l’explosion et l’acouphène qui m’avait ensuite terrassé. Je me re voyais encore projeté au sol avec des morceaux de verre dans la peau. Et Zayane. Elle était là, au sol. Le sang qui coulait de sa tête était si abondant, si rouge. Je sentais les larmes rouler sur mes joues et mon cœur s’emballer quand je réalisais que ma sœur venait de me quitter. Puis je me réveillais. Mes larmes étaient bien réelles, puis comme dans mon rêve, je sentis mon cœur se serrer. J’attrapai instinctivement le coussin à côté de moi pour le coller contre mon visage et je fermai les yeux aussi fort que je le pouvais. Comment ont-ils pu faire ça ?
Puis en un rien de temps, je parvins à me calmer. J’avais une désagréable sensation dans la bouche et je me levai mécaniquement en direction de la cuisine. Je ne prêtai pas attention au salon où Yaël était toujours et je l’esquivai. Mes yeux se posèrent sur l’heure que le micro ondes affichait. 1h56. Je soupirai intérieurement et sortis du réfrigérateur une bouteille d’eau fraixhe. Puis toujours mécaniquement, je levai le bras pour ouvrir la porte du meuble rouge et en sortis un verre. Ma langue rentrait et sortait inconsciemment de ma bouche et je l’ouvrais et la fermais par intermittence. J’avais l’impression désagréable d’avoir mangé du sable. Comme si j’y étais encore quand j’avais été projeté au le sol. Mes bras tremblaient et les images défilaient dans ma tête. J’en voulais tellement au Soudan, aux terroristes et je m’en voulais tellement de ne pas avoir pu protéger ma sœur. Je ne me rendais pas compte en versant l’eau dans le verre que j’en renversais aussi sur le plan de travail. A cause de l’acouphène quand la bombe a explosé, je ne pouvais pas entendre les gens crier mais il me suffisait de les regarder pour les entendre. Ils courraient la bouche ouverte, les yeux trempés de larmes et ils arboraient tous une telle grimace qui me faisaient des frissons. Les yeux plongés dans les images de mes derniers jours en Afrique, je refermai machinalement la bouteille d’eau et je fis tomber par un malheureux coup de coude le verre au sol. Mais je ne m’en rendis pas compte. Je regardai dans le vide, la bouteille froide contre mon ventre et je sentais mon cœur se serrer si fort qu’une larme, une toute petite larme, coula de mon œil droit.
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MessageSujet: Re: Ce qu'il nous reste | Kamal et Yaël 27.06.18 20:43


ce qu'il nous reste
kamal & yaël

Chose difficile que la recherche du sommeil. Depuis toujours le mien avait été troublé par le rythme imposé par les commandements des troupes. Dormir quelques heures de-ci de-là, sans aucun cycle, dépendamment des missions. C’était quelque chose que j’avais appris et qui dans ma vie d’autrefois ne me posait aucun souci. Mais qui aujourd’hui amenée à une vie civile dans un autre pays, ne me permettait pas de vivre comme les autres. Les nuits étaient longues, parsemées d’insomnies quand il ne s’agissait pas de terreur nocturne. C’était l’une de ces nuits là… interminable. Et il n’était pas encore deux heures du matin. Malgré la fatigue d’une journée pas forcément épuisante, le sommeil se refusait à mon corps, j’avais alors comme toujours allumé la télévision pour me vautrer dans un caleçon de Kamal (plus confortable que les culottes d’ici…) devant les programmes du soir, puis de la nuit. Il n’y avait rien de glorieux là-dedans… j’avoue que j’aurais aimé sortir, voir du monde ou simplement m’enfermer quelque part avec une Luna ou une Bethany. Ou bien chercher encore la trace du Groot Rassis grâce aux indications de James pour m’amuser à polluer sa vie de gros lard ségrégationniste.  Mais voilà, Kamal ne devait pas pâtir de mes déboires. Il ne devait pas souffrir de solitude, ni effleurer le mal qui commençait lentement à détériorer ma vie quotidienne. Lui, il était le véritable survivant, l’unique créature en ce monde pour qui j’aurais pu mourir… Le seul qui restait, en vérité. Il n’avait plus que moi, c’était un fait. Mais la réciproque était encore plus forte.

La tête devant les images qui défilaient sur un son plutôt bas, j’observais sans les voir les quelques débiles qui glandaient dans une villa du Mexique, non sans juger les manies stupides des blancs. Puis je zappais, sans vraiment de but comme toujours. Un peu de musique, un peu d’une émission pseudo-intellectuelle dont je ne pigeais pas la moitié. Une portion de film prise à la volé où bien de pub qui me laissaient froide. Et je soupirais… si seulement j’avais pu dormir ! Mais un mouvement un peu plus loin éveilla mon instinct. Kamal venait de passer le plus discrètement du monde jusqu’à la cuisine. Lui non plus ne dormait pas ? Bof … Le grand dadet devait simplement avoir une fringale, ou venait sans doute de subir une apparition qui méritait un verre de soda. Mais le bruit de verre brisé quelques instants plus tard, me fit bondir du canapé et foncer sans attendre une seconde vers la cuisine. J’ouvrais la porte à la volée, avec l’aspect de quelqu’un prête à l’arracher… Avant de juger Kamal en tchipant.

T’es à côté de la plaque parce que tu sors d’une séance de spiritisme, ou juste parce que tu as la tête dans le cul ?

C’était plus simple de parler en Anglais, même si de nombreux mots Afrikans venaient se mêler au tout. Le langage qu’on avait toujours parlé, et que je préférais largement à ce foutu Islandais trop complexe et pas forcément très agréable à l’oreille. Puis j’avançais en sautillant hors des éclats de verre pour pousser Kamal dans la direction opposée. Avec l’éveille et la vivacité qu’il présentait dans son regard, il aurait été capable de marcher sur un morceau de verre gros comme un iceberg. L’hosto à cette heure-ci, ça ne me disait pas grand-chose, étrangement.

T’es chiant, on va finir par acheter des gobelets en plastique là. Les trucs pour les enfants, je te préviens !

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MessageSujet: Re: Ce qu'il nous reste | Kamal et Yaël 29.06.18 18:49


ce qu'il nous reste
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Je réagis à peine quand Yaël surgit dans la cuisine prête à tuer le quelconque intru qui a fait tomber le verre au sol. Mais l’intru, c’était moi. Je levai la tête pour la regarder et puisai dans mes dernières forces pour lui adresser un sourire. Yaël, c'était la seule à qui je pouvais sourire dans des moments pareils. Elle s’approcha de moi en râlant, du Yaël tout craché et me poussa loin des morceaux de verre pour ne pas que je me blesse. Elle me parlait mais j’étais épuisé, autant sur le plan physique que psychique. Je lui répondais à peine et dans un dur effort, je me retournais vers elle, moi qui faisais face au mur et je m’excusais avec tant de profondeur dans la voix que c’était tout comme si je m’excusais pour autre chose. « Je suis désolé, Yaël. » Je savais que j’aurais du ramasser les bouts de verre, nettoyer l’eau que j’avais renversée sur le plan de travail ou au moins l’aider, mais c’était comme si toutes mes forces avaient quitté mon corps. Je la regardai encore quelques minutes, mou comme un chamallow, avant de sortir de la cuisine, les épaules lourdes et le regard ailleurs. Hors de son champ de vision, j’en profitai pour essuyer la larme qui avait coulé de mes yeux d’un revers de la main.

Je pensais à Zayane. J’avais toujours été plus proche d’elle que de Yaël. J’aurais jamais imaginé qu’un jour elle nous quitterait. Elle avait tout d’un ange : le regard, le sourire, la voix. Même sa façon de se comporter. Ses patients avaient tellement de chance de l’avoir elle plutôt qu’une autre infirmière. On lui faisait souvent des cadeaux pour la remercier de sa douceur. Je n’avais jamais connu quelqu’un de plus doux. Comme c’est malheureux que ce soit elle qui soit partie. Elle avait une mission, un objectif, moi je n’ai rien. Je n’ai jamais aidé qui que ce soit, on ne m’a jamais offert de cadeau pour me remercier simplement d’être. Je ne changerai pas le monde. Elle le changeait. J’essayai depuis mon arrivée à Reykjavik de reprendre le flambeau et de venir en aide à mon prochain comme elle le faisait, mais j’étais loin de lui ressembler. Je n’avais rien d’un ange moi. C’était tellement injuste qu’elle soit partie. Quand je revoyais ces images, ça me fendait le cœur. J’étais dans le salon et j’avais envie de me retourner et de tendre les bras à Yaël pour qu’elle me console, mais il y avait cet interdit implicite entre elle et moi. Nous ne parlions jamais d’elle, c’était trop douloureux pour moi comme pour elle. Parfois même je me demandais si elle ne souffrait pas plus que moi, alors je n’osais rien dire. Je la regardai faire j’espère qu’elle fasse son deuil. Mais mince j’avais pas envie de retourner dans mon lit, pas maintenant. Je trouverai une excuse bête, quelque chose à dire mais je voulais rester avec ma sœur plutôt que de retourner dans le silence ténébreux de ma chambre.

Je me retournai finalement. Cette fois j’eus un léger mouvement de sursaut en découvrant Zayane près du cadre de la porte. C’était pas vraiment elle, elle était décédée, je le savais, mais c’était elle. A cause du chagrin que je ressentais, je baissais la tête et les larmes me coulèrent abondamment des yeux. Mon cœur était serré et j’avais envie de la prendre dans mes bras, et de la serrer comme je le faisais avant. Au lieu de quoi, je relevais le menton et je lui disais dans ma tête combien elle me manquait. Ça me faisait toujours un quelque chose au cœur de voir des décédés, mais chaque fois que c’était elle, c’était différent. Elle me soulageait et elle rendait le poids sur mes épaules un peu moins lourd. Je lui souris avec tout l’amour du monde et Zayane tourna la tête vers la cuisine où Yaël était toujours. Elle m’incitait à aller la voir. Alors je hochais la tête et lui adressai un dernier sourire avant de retourner sur mes pas. Je sentis sa présence jusqu’au fond de mes entrailles quand je passai à côté d’elle et je sentis des frissons courir sur ma peau ébène. Yaël était devant moi. J’avais toujours envie de lui tendre les bras, mais j’y arrivais pas. Alors je la regardai en pleurant silencieusement. Quand nos regards se croisèrent, mon chagrin devint plus intense, je me laissai aller et j'eus le hoquet. Je ne faisais pas exprès. J’aurais préféré faire semblant, dire que tout va bien, mais je ne pouvais plus le garder pour moi. Je me retournai, pour voir Zayane une dernière fois et qu’elle me donne de la force, mais il n’y avait plus personne derrière moi. Elle s’en était allée. Alors je me tournai vers la seule personne qui me restait : Yaël.
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MessageSujet: Re: Ce qu'il nous reste | Kamal et Yaël 01.07.18 22:13


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La maladresse de mon frère n’était pas une chose étonnante, j’y étais confrontée chaque jour. La question, c’était surtout de savoir ce qui le poussait à être aussi mystique maintenant que l’on vivait en Islande. Pour vrai, je n’arrivais pas à me souvenir de la manière dont il était avant tout cela. Quand nous étions encore au Soudan, que la vie était ce qu’elle était, avec son lot de modestie et de guerre. D’amour aussi, quelque part, malgré le décès d’une mère et un père qui se battait toujours contre lui-même et cette lueur absente dans le regard. C’était ça, notre vie d’avant. Un peu de survie, un soupçon de tendresse. Mais je n’avais jamais été celle qu’il préférait, j’étais la deuxième. Toujours le second choix. Celle qui n’était que rarement là, qui ne pouvait jamais se placer entre Zayane et Kamal sans avoir l’impression d’être de trop. Pas que j’en ai réellement souffert, c’était simplement que ma place n’appartenait alors pas tout à fait à ma famille. Parce que j’étais soldat, dans une guerre qui impactait les citoyens dont ils faisaient partis. Et que finalement… je n’étais pas grand-chose d’autre que ça. Même à mes propres yeux. Il avait fallu qu’elle perde la vie, ma sœur. Que Kamal soit témoin de ça pour qu’enfin je prenne conscience de leur valeur. On regrettait toujours ce que l’on ne pouvait plus tenir entre ses mains. Pour ma part, c’était l’amour que je n’avais jamais pensé à rendre à Zayane. Elle qui m’en avait tellement offert sans contrepartie, sans même que je ne puisse le voir. Juste parce qu’elle était-elle, et que j’étais moi. Rien que pour cela, je trouvais la vie injuste de lui avoir arraché la sienne, plutôt que celle qui vivait encore en mon sein.

Mais c’était ainsi, Zayane était morte et maintenant, que restait-il ? Kamal, moi… le reste du monde. Et la probabilité que mon acte de haute trahison ait couté la vie à notre père. Une chose dont je ne doutais plus maintenant, mais que je taisais encore à Kamal. Il n’y avait qu’à voir sa tronche maintenant, totalement paumé pour avoir seulement pété un verre !

Franchement tu ferais bien de faire gaffe. Tu sais que la tune ne pousse pas sur les arbres ?! Bon écoute, la prochaine fois que tu as pas les yeux en face des trous, tu allumes la lumière c’est simple, non ?

Mais les excuses suivantes me firent tiquer. Je me redressais pour observer mon frère quitter la cuisine après avoir lâché ces quelques mots d’un air trop profond pour me laisser indifférente. Il y avait quelque chose qui clochait. C’était pas comme d’habitude… Kamal, même si je ne le connaissais pas aussi bien que Zayane avait pu le faire, je savais quand même deviner quand quelque chose n’allait pas. Bien des choses s’étaient passé depuis notre départ du Soudan, ça nous avait rapproché. Vraiment. Mais même si un poids c’était posé sur mon cœur en l’entendant prendre une voix si déchirante, je me contentais alors de soupirer pour réparer sa connerie. Parler aux gens, c’était souvent facile. Il suffisait de dire ce que je pensais mais Kamal n’était pas ‘les gens’. Il était de ceux dont le vécu faussait la donne. Ça aurait dû nous rassembler encore une fois, mais je ne savais pas comment faire pour rester forte pour lui, tout en essayant de soulager sa peine. C’était trop pensant, tout cela. Alors je profitais simplement de son absence pour nettoyer les dégâts minimes, tourmentée par cette fuite qu’il avait entreprise alors qu’habituellement, il aurait aidé… il airait fait le pitre sans doute. Il m’aurait fait sourire. Si bien que quand il revint, avec ses larmes et ce regard brisé, je le fus aussi. Droite devant lui, les secondes s’égrainèrent sans que je ne parvienne à venir vers lui, ou à parler. Je regardais juste son expression qui fendait le cœur, sans savoir quoi faire. Comment lui parler ? Sans le froisser, sans le brusquer. Mais il n’était pas en sucre Kamal, si ?

C’est quoi le problème, mon chameau ?

Un bref sourire sur les lèvres, je finissais alors de nettoyer l’eau avant de jeter l’éponge dans l’évier pour venir le voir. Une fois mes mains essuyer sur mon débardeur, je prenais son visage entre mes mains pour essuyer ses larmes de mes pouces. Ce n’était pas lui, le grand frère qui devait sécher mes joues et consoler mon chagrin ? J’enterrais plutôt le mien, pour essayer de réduire le sien à force de tendresse et de patience. Et c’était bien comme ça.

Tu sais, c’est pas grave. Je gueule beaucoup, mais c’est pas pour ça qu’il faut prendre tout ce que je dis au sérieux Camel.

Évidemment, que ce n’était pas pour ça qu’il pleurait, le grand gamin. Bien sûr qu’il y avait quelque chose de plus profond. Et lui, c’était bien la seule personne au monde pour qui je prenais des pincettes par crainte de le blesser. Ce n’était peut-être pas une bonne chose, sans doute que cela ne l’aidait pas. Mais j’étais incapable de lui faire plus de mal qu’il n’en avait déjà. Lui, il avait perdu sa sœur… plus que moi. Zayane avait été davantage pour lui, alors je n’avais pas le droit de craquer.

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MessageSujet: Re: Ce qu'il nous reste | Kamal et Yaël 04.07.18 18:59


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Je sentis un vide me creuser quand Yaël laissa le silence nous séparer. Mes larmes coulaient et j’avais le hoquet ; ma peine était dure à porter et Yaël, elle, se contentait de me regarder, droite comme un piquet. A ce moment, j’avais l’impression qu’il n’y avait pas que le silence entre nous ; il y avait tout un mur qui nous séparait. Je m’efforçai de me souvenir du bon temps qu’on avait partagé au Soudan, mais je pouvais compter les moments sur mes doigts. Pas que je ne l’aimais pas ou qu’elle m’était indifférente, loin de là, mais elle était si peu là. Je n’avais que Zayane et notre père. Yaël faisait partie d’un autre monde, c’était comme si sa famille à elle, c’était la guerre, que nous n’étions que des à côté. Et je ne lui en ai jamais voulu, c’était difficile, même pour elle, mais ça avait impacté notre relation. Si je regrettai de tout mon cœur les événements qui nous avaient forcés à quitter le continent, j’en étais reconnaissant car ils nous avaient permis de nous rapprocher et d’apprendre à nous connaître. Quand elle me demanda ce qu’il y avait avec ce surnom si touchant, je me rappelais de cette frontière entre nous et de ces non dits. Je n’avais pas envie, ou au moins je n’avais pas la force de changer cela aujourd’hui. Je réfléchis, je la regardais s’affairer au trop plein d’eau sur le plan de travail, incapable pour le moment de dire un mot. Elle était tellement énergique tellement… indifférente. Je savais pourtant qu’elle était touchée au moins autant que moi par notre départ du pays, mais parfois c’était si dur de trouver sa peine dans ses agissement.

Le comptoir essuyé et les mains propres, Yaël fit un pas vers moi et prit mon visage entre ses mains. Elle s’excusa de crier et je baissai les yeux. J’étais sûre qu’elle comprenait pourtant mais je ne voulais pas la blesser ni insister « C’est pas toi mon gnou adoré… » Je reniflai et regardai sur le côté « C’est dur de s’acclimater, le froid, la langue, le travail à la ferme… » Je n’avais pas l’habitude de mentir mais j’étais incapable d’aborder le sujet Zayane avec elle. Et comme j’avais insisté pour venir dans ce pays plutôt qu’un autre, j’essayai de me rattraper en la regardant cette fois dans les yeux « Mais ça va venir, je suis heureux d’être ici. » Je prolongeai notre contact visuel et lui sourit malgré les larmes parce que, ça, je le pensais, puis d’un coup, sans prévenir, je sautais sur elle et enroulait mes jambes autour de sa taille. « On dort ensemble ? » Je nichai ma tête dans le creux de son cou et soufflai à mi mots « Finit de gaspiller l’électricité devant la TV, toi aussi il faut que tu dormes. » Puis pour essayer d’alléger la situation, je mordis doucement, mais un peu fort, son cou pour la punir de tout ce gaspillage inutile. J'avais tellement de chance de ne pas l'avoir perdue, elle.
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