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 Dead men tell no tales || Aod & Engi


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Pseudo : Sombrelune Messages : 134 depuis le : 27/05/2018 Avatar : Miles Heizer Points : 176 A Reykjavik depuis : Toujours Âge du perso : 23 ans Emploi/études : Etudiant en arts dramatiques, serveur à l'English Pub, pose tout nu pour des cours d'art des fois ♥

MessageSujet: Dead men tell no tales || Aod & Engi   Dim 24 Juin - 17:27
Les mains pleine de terre. Engill s’assoit. Il n’est pas certain d’aller mieux. Il avait cru que venir ici l’aiderait à oublier tout ce qui envahissait son crâne. D’habitude, il lui suffisait de voir les photographies de ses grands-parents pour oublier, pour recouvrir les souvenirs par d’autres joyeux. Mais là, les images revenaient toujours. Impossible de faire le vide. Impossible de trouver ne serait-ce qu’un répit. Parler, avouer tout ce qui s’était passé, tout était remonté. Tout était redevenu si réel. Si tangible malgré les années. S’occuper les mains ne suffisait plus. Fleurir cette tombe et celle d’à côté. Désherber. Ça ne suffisait pas. Il n’y avait plus rien à faire pour lutter. Plus de choses à faire. L'étouffante emprise des souvenirs sur la réalité. Ecrasants. Envahissants. Invasifs. Elle était partout. Il la sentait sur sa peau. Il avait la sensation que son parfum le suivait. Spectre du monstre.

Il se sentait mourir. Pourrir de l’intérieur. Rongé. Le manque de sommeil, c’était sans doute ça le pire. Ses cernes n’avaient jamais été si bleuâtres, si marqués. Les terreurs nocturnes étaient pires que les chimères sensorielles. Il ne voulait pas être happé par les cauchemars. Il ne voulait pas se réveiller en hurlant. Il ne voulait qu’un peu de paix. Un répit. Ne serait-ce qu’un jour, qu’une heure, qu’une minute de répit. Que son esprit arrête. Pause. Mais au lieu de ça, c’est le bouton “repeat” qui est bloqué. Enfoncé.

Il s’allonge entre les deux tombes. Quitte à être mort en dedans. Autant s’installer là. Où qu’il aille, elle est toujours là. Elle ne le quitte pas. Il aimerait la tuer. Mais ça changerait rien. Elle serait toujours gravée dans sa vie. Il ne peut même pas lui échapper. Elle est toujours là.

Va-t-en… Sors de ma tête… Sors de ma vie…” souffle-t-il à bout.

Il pleure. Les larmes sont amères. Les sanglots font tressauter sa poitrine. Il veut juste être affranchi. Libéré de ce passé. Libéré des peurs. Des angoisses. C’est trop demander. Il essaie de lutter si fort. Jusqu'à quand. Combien de temps pourra-t-il encore tenir ? Il en sait rien. Le masque se fissure un peu plus chaque jour. Quand volera-t-il en éclats ? Dans quels cœurs vont-ils aller se planter ces morceaux d’hypocrisie ? Il ne veut pas faire de mal. Il ne veut pas voir la tristesse dans le regard de ses parents. La culpabilité. Ils ne pouvaient pas savoir. Ils ne doivent pas savoir. Les sanglots le secouent plus fort. Pleurer, ça le fait se sentir encore un peu vivant. S’il pleure assez, peut-être qu’il lavera un peu son esprit. Peut-être. Ici, personne ne le verra. Ici, les témoins de sa douleur ne cafteront jamais. Il a la paix. Il sera seul toute l’après-midi.

Du moins, c’était ce qu’il croyait, le visage trempé de larmes. Puis il a entendu les pas sur le gravier. Il s’est figé. Étouffant ses sanglots. Une main sur sa bouche alors qu’il s’était redressé, assis. Non. La silhouette venait vers eux. Enfin. Vers lui, et ses tombes attitrées. Il essuie son visage. Il essaie. Il panique. Il pleure encore plus. Il ne sait pas ce qu’il fait. Et quand il relève la tête, les joues pleine de terre étalée par ses doigts humides, l’homme est là. Devant la tombe de l’irlandais. Devant la tombe qu’il vient de fleurir des même pivoines que celle de ses grands-parents. Il n’est même pas en état de dire bonjour.
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MessageSujet: Re: Dead men tell no tales || Aod & Engi   Mer 27 Juin - 2:09
Un soupir triste s’échappe de ses lèvres alors qu’il laisse le voyant du petit bonhomme passer du vert au rouge pour retarder le moment où il devrait traverser la route. Le cimetière est déjà dans son champ de vision, de toute façon. Ses yeux scannent la foule distraitement, essayant de chasser les pensées noires, mais ils agrippent au hasard deux gamins qui se courent après dans les rues, inconscients du danger en traversant, riant aux éclats quand ils se font reprendre par les dizaines de personnes qu’ils bousculent sans broncher. Loupé pour ne pas se perdre dans ses souvenirs, en tout cas. Combien de temps ? Quatre ans ? Cinq ? Quatre. Depuis le coup de téléphone des autres membres, depuis ce simple geste déjà trop dangereux pour ne pas être de la plus haute importance. C’est fou comme ça meurt vite, un être humain. C’est fou comme un jour ils sont là, et le lendemain ils n’existent plus. C’est fou comme le simple fait qu’il soit loin de vous rend la chose moins réelle. Même si c’est un meilleur ami. Surtout si c’est un meilleur ami. Quatre ans, alors. Etrange. Il lui semblait plus. Il lui semblait moins. Depuis qu’il avait réclamé le corps, ou ce qui en restait, faute de famille à qui le rendre. Eux, c’était une famille valable.

Le bonhomme passe au vert, et il n’a plus le choix. Alors il marche, même si ses yeux continuent de s’accrocher à tout ce qui peut l’éloigner de sa destination, même de quelques secondes. Il a du mal à retrouver le chemin. Il est drôlement grand, ce cimetière, après tout. Et il n’y vient pas très souvent. A quoi bon, de toute façon ? C’est juste une tradition idiote. C’est quoi une tombe, à part une pierre avec un nom et une inscription quelconque prétendant que la personne a bien vécu ? Conneries. Il n’avait pas bien vécu. C’était trop court, trop brutal, trop haineux, trop rapide. Mais ça fait quatre ans. Et pour les anniversaires, il doit bien de la compagnie, même si c’est à une pierre, pour la réconforter de ne pas être plantée dans le pays où elle aurait dû être. C’est vraiment débile.

Au début, il ne réalise pas. En s’arrêtant devant la tombe. Ca paraît déjà si irréel que son cerveau n’enregistre pas l’information, n’enregistre pas qu’il n’est pas seul. Il pose juste ses yeux sur l’inscription, sans broncher. Il se demande juste si un jour, cette étrange léthargie se dissipera, et s’il explosera. Si un jour, il sera de nouveau capable de verser une larme et de saisir l’ampleur des choses. Mais le fil de ses pensées est arrêté par la vue des pivoines, et c’est la curiosité qui vient s’installer sur ses traits. Qui a fleuri la tombe ? Il était censé être le seul à le connaître. Ils étaient censés être seuls contre tous.

C’est pour ça qu’il manque de sursauter quand ses yeux surpris finissent par se poser sur un visage qui n’a absolument rien à faire là. Presque un visage d’enfant, tant les yeux sont grands et innocents, tant les joues sont baignées de larmes, tant il a l’air perdu. Un animal abandonné, battu, trahi. Sale, aussi. Une petite moue mécontente passe sur son visage, et il s’accroupit pour se mettre à sa hauteur, pour pouvoir tendre le bras et chasser la terre en quelques coups de mains rapides et efficaces. C’est uniquement quand il a fait ça qu’il réalise qu’il ne peut pas en profiter pour essayer d’arranger la masse de cheveux en désordre qui orne son crâne, parce qu’il y a tout de même devant lui un homme qui a pleuré entre deux tombes. Le même homme qui a certainement fleuri la tombe de Seamus.

« Tu t’es fait mal ? » Ce n’est pas forcément tendre, mais ça a le mérite d’être calme. Parce qu’aujourd’hui n’est pas un jour de colère. Aujourd’hui est un jour de deuil. Son regard passe à la tombe dans le dos du jeune homme, et il essaie de discerner les noms, les dates, avant de le reposer sur lui. « Ils sont de ta famille ? » Il ne sait pas vraiment pourquoi il ne lui laisse pas juste son intimité, pourquoi il ne se contente pas de dire merci et de partir, pourquoi il a soudainement envie de l’aider alors que c’est loin d’être dans ses habitudes. Mais quelque part, le trouver là aujourd’hui, le jour des quatre ans, ça ressemblerait presque à un coup de Seamus qui lui dit de se montrer humain, pour une fois. Et ça, c’est toujours une raison de plus pour repousser le moment de réaliser le deuil, et on ne crache pas au visage du destin.
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MessageSujet: Re: Dead men tell no tales || Aod & Engi   Mer 18 Juil - 0:25

L’homme lui apparaît si grand. Sans doute parce qu’il est lui-même au ras du sol. Il se sent vraiment minuscule, microscopique, insignifiant. Et si l’homme se mettait en colère de le voir là entre deux tombes ? Il est sur la défensive. Il a un léger mouvement de recul quand l’homme s’accroupit. Il aimerait s’enfuir. Mais il ne peut pas. Il n’y arrive pas. Il se noie dans le regard de cet homme. Il n’arrive pas à l’empêcher de lui nettoyer le visage. Comme on débarbouillerait un enfant. Peut-être qu’il est encore cet enfant qui ne comprend pas. Cet enfant apeuré. Cet enfant perdu.

« Tu t’es fait mal ? »

Il regarde l’homme. Muet. Encore hoquetant. Est-ce qu’il s’est fait mal ? A-t-il un jour cessé de se faire mal ? A-t-il cessé de se torturer ? A-t-il un jour cessé de se dire qu’il n’était pas responsable de tout ça ? Ce n’est probablement pas le sens de sa question. Il secoue négativement la tête. Il ne veut pas que l’homme le prenne en pitié. Il ne sait même pas qui c’est. Il se demande pourquoi c’est aujourd’hui qu’il croise quelqu’un entre ses deux tombes. Il ne comprend pas. Le destin s’amuse tellement à se jouer de lui. Il est si ridicule à pleurer comme ça. Les adultes ne pleurent pas comme ça. Les adultes deviennent forts. Les adultes ne tombent pas au moindre coup de vent. Lui, il s’effondre avant même la tempête. Les mots de James résonnent en lui. Il l’entend l’engueuler. Il l’entend avoir raison. Il ne devrait pas rester muet, à pleurnicher comme ça. Plus jamais. Mais il n’a pas la force de faire ça. Il n’a pas la force de se relever. Il ne sait plus marcher la tête haute.

« Ils sont de ta famille ? »

Il acquiesce. Oui. Ils font parti de sa famille. Et eux ne lui ont jamais fait de mal. Ils l’ont toujours soutenu. Protégé. Pas assez. Le danger n’est pas toujours là où on l’attend. Il voudrait parler. Dire quelque chose à cet homme. Pour le dissuader de rester. Ou pour qu’il ne s’inquiète pas pour lui. Les larmes continuent de couler. Il faut qu’il se ressaisisse. Il doit dire quelque chose.

Et… vous ?... Vous… êtes… de… de la… famille… de… de… Seamus ?” demande-t-il d’une voix hachée par les sanglots.

Il renifle. Il essaie de retrouver un semblant de contenance. Il finit par inspirer longuement pour avoir ensuite un soupir tremblant. Il essaie de reprendre le contrôle. De ne pas la laisser s’immiscer en lui. Il aimerait pouvoir tout effacer, tout chasser de sa mémoire.

Je… Je me… Suis permis… Pour les fleurs… Ma… Ma grand-mère… Elle… Disait que même … les morts inconnus… Méritent qu’on se souvienne avec des fleurs… Et… Enfin… J’aime beaucoup… Les pivoines… Elles correspondent… A une protection…

Il espérait que l’homme ne lui en veuille pas d’avoir pris une telle initiative.

Je… Je suis… désolé… Pour mon… Pour mon état… Je… J’ai quelques soucis… Et… Je croyais que leur présence m’aiderait… A prendre une décision… A… Je sais pas… Mais… Je pensais pas vous… Vous importuner… Je… Je vais vous laisser en paix… Avec vos morts… Je crois… C’est mieux, non ?
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MessageSujet: Re: Dead men tell no tales || Aod & Engi   Jeu 26 Juil - 21:40
Il secoue la tête, et il y lit un non qui ne sait plus s’il est vrai ou pas. Il y lit un non qui vient par réflexe. Non, je n’ai pas mal. Oui, je vais bien. C’est vrai, il fait beau aujourd’hui. La réponse attendue. Alors il garde son regard sur lui, et il essaie de lire dans ses yeux, ces grands yeux baignés de larmes, ces grands yeux qui en ont trop vu et qui pourtant semblent si jeunes. Trop jeune pour avoir tant souffert. Quelqu’un avait dit ça, un jour. Chez lui. De qui ? Il ne savait plus. Qui ? Les souvenirs sont trop flous. C’était il y a longtemps. Avant la lutte, avant les morts, avant la léthargie et la misère. A l’époque où les yeux qu’il regarde auraient été une découverte totale. Mais plus maintenant. Maintenant, il y voit quelque chose qu’il est bien trop habitué à voir dans les yeux de ceux qui comptent vraiment. Il y voit le traumatisme, sournois. Sous les larmes, au dessus des cernes de ceux privés de sommeil par les rêves qui ne cessent de tourner, il voit les souvenirs qui torturent. Il ne sait pas lesquels. Il n’a pas besoin de savoir lesquels. L’âme est familière parce qu’elle est brisée.

Il s’adoucit, un peu. S’affaisse là où il ne s’était qu’accroupi. S’assoit sur la tombe de Seamus. Il ne lui en voudra pas. C’est un peu de sa faute, s’il est là, après tout. Oui, ils sont de sa famille. Ses yeux dévient de nouveau vers la pierre. Ancienne. Entretenue, mais ancienne. Et lui, si jeune. Des grands parents, sûrement. Ou des parents bien trop vieux. Des gens qui devaient mourir, dans tous les cas. Pas un imprévu. Pas un accident. Pas quelqu’un arraché trop tôt. Alors les larmes ne viennent pas de là, sûrement. La pierre est plantée depuis trop longtemps. Les larmes ne sèchent pas, mais le deuil doit être fait. Ou au moins assimilé. Les larmes viennent des souvenirs dans les pupilles, alors. C’est eux qui les poussent.

Il a oublié qu’il était là, qu’il le voyait, qu’il n’était pas qu’une ombre sur un tableau, si bien qu’il repose ses yeux sur le visage humide aussitôt que sa voix tremblante s’élève, en se demandant à qui parle, qui est avec lui, en se souvenant avec un temps de décalage que c’est lui, qu’il existe. « Je … Non. » Il tique, un peu. « Si. » Ils étaient une famille, après tout. Ils le sont toujours, même si la plupart est morte. Mais ses yeux agrippent de nouveau la tombe usée par la vie. Il ne peut pas mettre ça au même niveau, sûrement. Il n’en sait rien. « C’est compliqué. » Et c’est sans importance. Parce que pour une fois, ses souvenirs à lui ne le torturent pas. Parce que pour une fois, c’est le calme qui prévaut. Et que le calme le rapproche de la tristesse qui vit dans les yeux brouillés.

Il ne comprend pas ce qu’il lui dit. Peut être parce que c’est trop entrecoupé. Ce n’est pas sa langue natale, après tout. Mais ce serait mentir. Ca fait bien trop longtemps pour qu’il ne comprenne pas. Non, la vérité, c’est qu’il n’entend que les larmes. Qu’il n’entend qu’un appel à l’aide qui n’est destiné à personne en particulier, au monde entier autant qu’à lui-même. Un appel à l’aide que même lui n’entend peut être pas. Un appel à l’aide qu’il ne saisit que parce qu’il n’en a pas prononcé depuis bien trop longtemps. Et il veut lui dire de se taire, il veut lui dire que ses mots n’ont aucun sens, il veut lui ordonner de continuer à pleurer parce que c’est tout ce que son corps semble vouloir faire, il veut lui intimer de comprendre qu’il n’a pas d’importance, qu’il devrait prétendre qu’il est seul, parce qu’il l’est un peu, en quelques sortes. Qu’ils le sont tous un peu, mais surtout avec lui. Mais il parle de nouveau, et Aodhan referme la bouche qu’il avait entrouverte et que ses pensées avaient empêché d’être utile.

« Bof. Ils sont morts, je vois pas bien quelle paix ils sont censés apporter. » C’est calme. C’est un fait, après tout. Il n’a pas cessé de l’observer. Son visage, un peu. La saleté, souvent, mû par un besoin de rendre tout plus propre, de chasser les tâches, surtout les tâches de sang, celles qui ne partent jamais vraiment. Mais surtout son traumatisme. Surtout les souvenirs. « Ferme les yeux. Inspire. Compte jusqu’à trois. Expire. Et recommence. » Il le fait en même temps, comme un rituel, comme pour lui montrer, comme pour qu’il ne se sente pas ridicule. Il l’a déjà fait cent fois, pour calmer la peur, la colère, l’angoisse, la tristesse, la haine, le vide. Ca ne fonctionne pas parfaitement. Rien ne le fait. Mais ça calme le corps, faute de calmer le cœur.

Quand plusieurs minutes sont passées, il se permet de rouvrir les yeux pour les reposer sur les tombes, et un petit soupir soulagé lui échappe. Au moins, ici, personne ne viendra les déranger. Ses mains fouillent ses poches doucement, à la recherche d’une cigarette, de quoique ce soit pour occuper son corps quand son esprit seul est utile. Et sa voix trop calme s’élève de nouveau, cherchant presque à bercer. Elle sonne étrangère à ses oreilles. « Elle croyait aux signes, ta grand-mère ? Seamus oui. Il aurait dit que j’étais censé te trouver comme ça, lui. » Et il l’aurait fait, sans aucun doute. Il pouvait presque entendre sa voix moqueuse le pousser à parler quand il voulait juste respecter son âme brisée et le laisser se dessécher de tristesse entre les tombes. Comme il aurait voulu qu’on le fasse pour lui. Comme il aurait prétendu vouloir, en tout cas. « Je pense pas que je puisse t’aider à prendre une décision. Ca doit pas être mon rôle. Mais je peux écouter, si tu veux. » Ou au moins, je peux ne pas te laisser seul. « Ou je peux partir. » Comme tu veux. Vraiment. Mais le traumatisme ne grandit que dans la solitude.
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sing, goddess, of the rage of Achilles
they turned him into a weapon and told him to find peace. ▬ puisqu'ici il n'y a qu'au combat qu'on est libres, de ton triste sommeil je t'en prie libère-toi. dans ce triste pays tu sais un jour ou l'autre faudra tuer le père, faire entendre ta voix. - s
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MessageSujet: Re: Dead men tell no tales || Aod & Engi   Ven 27 Juil - 0:31
C’est compliqué. Toutes les histoires de famille le sont sans doute. Peut-être que c’est un fait immuable. Tout est compliqué quand les gens sont liés les uns aux autres. Et en même temps, pourraient-ils vivre seuls ? Probablement que non. Le paradoxe de l’humanité sans doute. Et Engill ne pouvait se dépêtrer de ce paradoxe qui le liait au monde et qui l’empêchait de crier à ce même monde ce qui le rongeait depuis si longtemps. Il aimerait tellement tout dire. Il aimerait tellement lâcher cette vérité crue. Douloureuse. Laide. Putride. Mais il ne peut pas. Il ne veut pas que sa famille pourrisse comme il pourrit depuis toutes ces années à laisser le poison l’empêcher de vivre comme tout le monde. Il voudrait le dire. Il voudrait vomir la vérité. Une seconde fois. Seulement la première fois, ça n’a fait qu’empirer les choses. Et si cela continuait de tout faire empirer ? S’il n’y avait aucune solution où il finit par se sentir bien ? Si c’était juste impossible, si elle lui avait pris ça avec tout le reste ?

L’homme s’est assis face à lui ? Il ne lui demande pas de partir ? Engill est si fatigué. Il ne comprend même plus ce qui se passe. Pourquoi ne lui demande-t-il pas de partir ? Quelle paix ? Il ne sait pas… Il a toujours été apaisé en se sachant entouré de ses proches, même décédés… Il ne sait pas trop s’il peut expliquer ça. Il n’a pas d’explications. Et puis, ça ne marche pas vraiment là. Au contraire. Il hoquette. Il lutte mais les larmes reviennent à chaque relâchement. Il se sent comme une poupée dans les mains de sa propre détresse. Il ne contrôle plus rien. Tout veut sortir, mais rien ne le peut. Tout était si bien cadenassé dans sa mémoire. Tout était si loin. Pourquoi elle est revenue ?

Et… Pourquoi cet homme essaie de l’aider ? Il ne comprend pas. Toujours pas. Mais il serait idiot de refuser cette aide. La main d’un inconnu tendue si naturellement vers lui. Il ne comprend pas, et pourtant, mécaniquement, il fait ce que l’homme lui demande. Il ferme les yeux. Il compte. Il expire difficilement, chassant les images projetées sur ses paupières closes. Il recommence. Le souffle de l’homme devient son repère. Comme une ancre dans la réalité. Une bouée pour ne pas se noyer. Pour ne pas sombrer. Le temps se fige. Engill se sent vide en expirant. Un peu plus calme. Pas apaisé. Non. Tout est encore là, au creux de son estomac, prêt à être vomi à la face du monde. Il continue, les yeux fermés, mais il les ouvre en entendant la voix de l’homme. Si apaisante. Si posée. Il la trouve presque surréaliste. Il pose son regard dans le sien. Il hoquette encore. Réminiscence de son chagrin.

Je crois… Elle… Elle croyait en beaucoup de choses… Je… C’est… Je sais pas…” répond-il incertain.

De toutes façons au point où il en est… Est-ce qu’il doit voir en cette apparition comme un ange salvateur ? Un Ange gardien envoyé par les morts qu’il venait remercier ? Après tout… Ce n’est pas néfaste de croire que quelque chose de bon peut arriver. Il écoute. Et quand il entend les derniers mots, sa main s’est tendue pour attraper celle de l’homme. Pour s’accrocher à la bouée. Parce qu’il ne veut pas se noyer. Pas encore une fois.

Restez… S’il vous plaît…” murmure-t-il en sentant la panique remonter à l’idée d’être à nouveau seul.

Il veut l’écouter ? Il veut savoir ? Quelque part, c’est ce dont il a besoin, non ? Quelqu’un d’inconnu qui puisse tout entendre. Sans que cela ait la moindre conséquence. Cela n’aurait que le mérite de vider son esprit trop embrumé. Après tout. Pourquoi pas.

Je peux… Tout dire ?

La question est presque plus pour lui même. Il en a presque le vertige. Tout dire. Tout. Tout depuis le début. Depuis la première fois. Les premières vacances. Il a le vertige de tous ces souvenirs si nets à présent. Tout redevient chaque seconde plus tangible. Plus réel. Il serre la main qu’il n’a pas lâché. Pour ne pas sombrer. Pour ne pas se noyer. Son souffle s’est acceléré. Il ferme les yeux. Trois secondes. Il expire. Il recommence deux ou trois fois. Puis il ouvre les yeux. Il fixe l’homme. Pourquoi tout dire quand il peut juste résumer en quelques mots si net ?

Ma tante m’a touché. Plusieurs fois. Depuis mes six ans.

Il souffle. Le poids s’est allégé. Un peu.

J’ai jamais réussi à le dire. A ma famille. Ils ont rien vu. Ils pouvaient pas.

Nouveau souffle. Inspiration. Expiration.

“Je peux plus garder ça pour moi. Je peux plus la laisser me faire pourrir de l’intérieur. Je peux plus…

Il serre la main. Il veut juste avancer. Il ferme les yeux. Trois secondes. Expire. Recommence. Encore.
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MessageSujet: Re: Dead men tell no tales || Aod & Engi   Mer 1 Aoû - 20:51
Ca  a l’air de fonctionner. Ca fonctionne toujours plus ou moins, mais jamais autant qu’on le voudrait. Si la tristesse et son contrôle n’était qu’une question de respiration, ça se saurait. Mais le corps se détend. Il l’entend dans son souffle. Les larmes se tarissent, sans partir. Continuant de menacer les paupières, luttant pour gagner. Il voudrait lui dire qu’il n’a pas à s’en faire pour ça. Qu’un jour, il n’aura plus de larmes à verser. Mais il ne sait pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose. Il ne sait rien, de toute façon. Il sait qu’il ne peut pas le comprendre, peu importe à quel point il comprend la souffrance derrière ses pupilles. Il sait qu’il ne peut pas le conseiller, parce que ce n’est pas sa place, mais parce qu’il n’aura de toute façon aucune foutue idée de ce qui pourrait l’aider à aller mieux. Il sait qu’il peut l’écouter. Que peut être, quelque part, on a tous besoin d’un inconnu pour nous écouter. Et ces larmes, elles l’appellent à ne pas s’en aller sans tendre l’oreille. Sans entendre le cœur brisé qui essaie de battre. Ressentir par procuration, sûrement.

Pourtant c’est au dernier moment qu’il se retient d’arracher sa main de la prison, de ne pas lever l’autre contre le corps recroquevillé de l’intérieur. Qu’il retient ses réflexes et les pulsions mécaniques de défense qui prouvent que son corps réfléchit bien avant lui. Et en se retenant, il se fige, il plante son regard sur les mains enlacées l’une dans l’autre, il se tend un peu. Un, deux, trois. C’est à son tour de compter. A son tour de respirer. Mais discrètement, toujours. Ce n’est rien de plus qu’un contact. C’est tellement moins effrayant qu’un cœur brisé. Il reprend le contrôle aussi facilement qu’il l’avait perdu, ou presque. Toujours presque.

« Tout. Je suis une tombe. » Une touche d’humour. Un humour qui laisse franchement à désirer, mais un humour quand même. Pourtant il a juste acquiescé, sérieusement. Le temps n’est pas au rire. Le temps est à la cause des larmes. Il ne retire pas sa main. Il sait, maintenant, que certaines personnes se servent du contact humain comme d’une ancre, et comme il est facile de retomber dans le puits de souvenirs traumatisants. Il en a sûrement besoin. Sûrement plus que lui. Le jeune homme la serre, et il serre un peu en retour, pour lui rappeler qu’il est là, que tout est réel, qu’il ne faut pas penser que les souvenirs qui défilent probablement devant ses yeux le sont plus que lui. Ca lui paraît hypocrite, un peu. Parce que les souvenirs sont souvent plus réels que la réalité du présent.

L’ombre d’un sourire passe sur son visage en le voyant respirer, et il exerce une nouvelle petite pression sur la main trop petite, trop enfantine. C’est bien. C’est comme apprendre à marcher à un bébé. Apprendre les rudiments de la vie. Comment tenir debout. Comment garder l’équilibre. Bien plus difficile à réapprendre qu’à apprendre. Surtout après ça. Il ne dit rien, alors qu’il écoute, alors qu’il le laisse déverser sa vérité, alors qu’il se contente de presser un peu la main en signe d’encouragement ou de félicitations, il ne sait plus vraiment. Il écoute, et il a envie de vomir. Il a envie de crier une nouvelle fois envers ce monde qui n’arrête pas d’inventer de nouvelles horreurs pour faire plier les humains. Il a envie de meurtre d’une figure inconnue qui s’en est prise à un enfant.

Un enfant. Même eux l’avaient dit. C’était une règle tacite partout. Une règle absurde et cynique, une règle injuste, mais une règle respectée par le monde entier. Pas les enfants. C’était toujours les photos d’enfants affamés qui choquaient, qui dérangeaient. Sur cent meurtres, le plus marquant est celui de l’enfant. Quand quelqu’un meurt, c’est à ses enfants qu’on pense. Une mère qui tue ses enfants sera toujours plus effrayante qu’un meurtrier de masse. Un pédophile sera toujours plus haï qu’un violeur en série. Même pour eux, à l’époque. Des dommages collatéraux, c’est les enfants qu’ils déplorent vraiment. « Bravo. » Sa voix et l’expression de son visage sont un contraste étonnant avec la colère sourde qui s’est installée à l’intérieur de lui. Un, deux, trois.

« Il paraît que c’est en parler au début, le plus dur. » Il paraît. Parce qu’il n’en sait rien. Mais il n’est pas là pour savoir, il est là pour entendre. Il ne peut parler qu’au nom des traumatismes qu’il connaît. Mais il paraît qu’ils se ressemblent tous, pour le cerveau. Il paraît. « Tu sais que ce n’est pas de ta faute, pas vrai ? On m’a dit que les victimes avaient tendance à penser ça. Que c’était le premier truc à s’enlever de la tête. » C’est à la fois si stupide et si logique, de penser ça. Il sourit, un peu. A peine. Ce n’est pas le moment pour le sourire de la vie, de toute façon. « Mais c’est plus facile à dire qu’à penser, hein ? » Parler, penser. La cigarette est allumée, d’une main, pour ne pas avoir à le forcer à lâcher l’ancre de fortune qu’il a trouvée.

« Comment tu te sens ? Pas forcément tout de suite, ça doit pas être génial. Mais par rapport à ça. Comment tu te sens, maintenant ? » La honte et la culpabilité, aussi ? Sûrement. Pas très bien, en tout cas, visiblement. Son cerveau essaie de calculer. Depuis ses six ans. Il ne doit pas avoir beaucoup plus de vingt ans. C’est si récent. Trop récent. Trop frais dans sa mémoire. Ses yeux se ferment quelques secondes. C’est encore un enfant. Ca le sera peut être toujours, ou ça ne l’a peut être jamais été, à cause de ça. Que le monde est triste. « C’est fini, au moins ? » Il y a un peu plus de vie, dans cette question que dans les autres. Parce que quelque part, tuer encore ne le dérangerait pas tant que ça, cette fois. Ce n’est pas sa cause, mais s’en est une. Parce que cette fois, il ne culpabiliserait probablement même pas une seule seconde.

Non. Ecouter. Il doit écouter. Pas donner son avis. Pas vivre. Ecouter. Ses yeux se rouvrent sur le visage encore humide, et sa main libre abandonne la cigarette au pied de la tombe pour revenir essuyer les joues doucement. C’est encore sale. Il doit avoir envie de prendre une douche. Il doit avoir constamment envie de prendre une douche. Ca, il peut le comprendre. « Ca te fait du bien, de pleurer ? » Sûrement. Sinon les larmes n’existeraient pas.
(c) AMIANTE

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sing, goddess, of the rage of Achilles
they turned him into a weapon and told him to find peace. ▬ puisqu'ici il n'y a qu'au combat qu'on est libres, de ton triste sommeil je t'en prie libère-toi. dans ce triste pays tu sais un jour ou l'autre faudra tuer le père, faire entendre ta voix. - s
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Dead men tell no tales || Aod & Engi
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