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 The Beautiful and Damned. | Aodhan ♥


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MessageSujet: The Beautiful and Damned. | Aodhan ♥   22.06.18 3:07
Mourir pour l'idée, c'est la seule façon d'être à la hauteur de l'idée. C'est la justification.


Bérénice n'avait jamais eu l'étoffe d'une révolutionnaire. Elle avait eu les idées pourtant, plus jeune. Elle avait eu la rage et le feu, elle avait eu les mots sur le papier. Mais jamais le courage. Jamais le dévouement nécessaire. Elle n'avait jamais été prête à tout abandonner pour une cause, elle n'avait jamais été prête à mourir pour quelque chose, elle n'avait jamais été prête à se battre pour quelque chose. Trop heureuse de sa morne existence, trop heureuse de son quotidien tranquille, de sa sécurité. Trop effrayée du regard des autres, angoissée à l'idée de décevoir quelqu'un. Elle avait toujours accorder trop d'importance au regard des autres, par peur de ne pas être aimée et acceptée, d'être seule. Elle s'était alors contentée de ses idées et ses idéaux, de pages noircies par l'encre puis par les flammes. Et c'est ainsi que meurt une révolution, du bout d'un briquet alors qu'elle n'était encore qu'une idée.

Elle avait donc depuis longtemps arrêté de se battre pour une cause, ou d'en supporter une. Avec l'âge, avec l'expérience, avec la vie aussi, son optimisme s'était tarit. A la limite, son cœur s'émouvait pour la cause animal, pour l'environnement. Ce qui l'avait amenée à toute cette situation dans un premier lieu. Mais une chose après l'autre. Son cœur ne battait plus pour l'humanité. Elle avait perdu la foi en l'humanité, elle avait perdu cette conviction que les Hommes sont bons, profondément bons. Parce que l'être humains d'aujourd'hui est persuadé d'être meilleur que celui de hier, plus beau plus fort plus intelligent, qu'il est forcément une version améliorée. Alors qu'il n'est qu'une version plus moisie, plus dégénérée. Enfin. Les idées, toujours les idées. Celles qui tiennent éveillée toute une nuit, celles qui hantent votre esprit au travail ou sous la douche. Pour échapper un peu à ces idées, Bérénice avait pris pour habitude de se promener autour du lac. Puis de courir, pour se donner bonne conscience à force de manger des burgers et de ne pas réussir à soigner son addiction au Coca-cola. Elle ne le faisait juste plus la nuit. Plus maintenant. Plus après la dernière fois.

Ce jour là, un de ces jours qui allait probablement changer sa vie à jamais sans qu'elle ne le sache, elle avait fini les cours en milieu d'après-midi. Un café et un changement de vêtements plus tard, elle s'était glissée hors de son appartement de nouveau, baskets au pieds. Pour quelqu'un qui ne la connait pas, elle devait avoir l'air d'une parfaite sportive. Ceux qui la connaissent se moquaient allégrement d'elle  et lui balançant son manque de crédibilité au visage. Elle ne cherchait pas la gloire ni le marathon, mais elle aimait la sensation de se dépenser. De se faire du mal pour un bien. Et puis cela avait l'énorme avantage de complètement vider sa tête, de se concentrer seulement sur sa respiration, la maintenir régulière, sur ses pieds, qui ne devaient pas trébucher. La playlist aléatoire avait décidé de lui cracher le dossier Nirvana de son téléphone et c'est donc accompagnée de Kurt Cobain que ses pieds avaient foulés le sol familier de Reykjavik, de sa ville qu'elle avait aimée et quittée et qu'elle devait réapprendre à aimer. Elle ne suivait pas de parcours particulier, laissant ses pieds la guider, décider si elle irait à gauche ou à droite au prochain tournant. Etrangement, elle ne craignait jamais de se perdre dans ces moments, malgré son sens de l'orientation plus que misérable, malgré  sa peur d'être seule. Parce qu'elle était forte, on lui avait dit. Elle se trouvait plutôt inconsciente.

Au milieu de Pennyroyal Tea, elle s'était arrêtée. Elle savait bien que ce n'était pas vraiment ce qu'il fallait faire, que cela cassait le rythme et que le plus dur était de repartir, ensuite. Mais son chemin avait croisé celui d'un chat, et elle était plus que faible face aux chats. Elle avait cette force au fond d'elle qui la poussait, qui lui disait de s'arrêter et de le caresser. Alors qu'il avait pas l'air particulièrement affectueux, comme chat. Il avait ce regard de chat errant, de chat de gouttière qui n'avait pas encore eu la chance de tomber entre les mains d'une personne aimante, ou gaga. Pourtant, il semblait bien nourri. Il n'avait pas l'air d'être sauvage. Il se laissait même plutôt facilement approcher, à coup de "psssssst" inutiles et de gestes de la main encore plus inutiles. C'était dans ce type de situation que son cœur se réveillait. Elle ne pouvait pas le laisser là, cela la déchirerait. Elle devait savoir si ce chat appartient à quelqu'un ou le cas échéant, si on s'occupe de lui, au moins.  Prenant délicatement la bête dans ses bras, craignant des coups de griffe, elle fut étonnée de l'entendre presque immédiatement ronronner. Elle l'emmènerait chez le vétérinaire, voir s'il avait par hasard une puce ou un tatouage. S'il ne l'était pas, peut être qu'elle le garderait. Peut être qu'il s'entendrait bien avec Vicken. Elle pourrait l'appeler Nietzsche, ou Fitzgerald. Parce qu'il avait cette bonne tête de matou. Seulement voila, les choses se passent rarement comme prévues. Alors qu'elle se dirigeait tranquillement vers le centre ville de nouveau, s'étonnant au passage de ne pas être perdue de savoir exactement ou elle était, elle se retrouva face à une personne. La première chose qu'elle vit, c'était ces yeux bleu. D'un bleu si clairs et perçant que toute votre âme se sentait mise à nue. Elle dévisagea ensuite le visage dans sa totalité et recula d'un pas. Il n'était pas repoussant, loin de la, mais inquiétant. Il y avait un quelque chose dans la forme de sa mâchoire, dans le pincement de ses lèvres, qui ne vous donnait pas immédiatement envie d'être ami avec lui. Sa poitrine se serrait, un peu, et son estomac se tordait. Elle ne pouvait pas avoir tellement de malchance, si ? Cela devait être un malentendu. Ou bien elle devenait parano. Faites que ce sois un malentendu un horrible malentendu faites qu'il soit gentil qu'il ne lui arrive rien. Bredouillant un vague "Monsieur ?", elle hésitait toujours encore entre partir en courant dans l'autre sens ou se replier sur elle même et attendre. Mais quelque pars, ces yeux bleu ne la quittaient pas, et elle était incapable de fuir. Forte, ou inconsciente.
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MessageSujet: Re: The Beautiful and Damned. | Aodhan ♥   24.06.18 12:48
Tout était certainement censé se passer à la perfection. Vraiment. Ca aurait dû être une journée calme, sans embrouilles, sans colère, sans pression. Une de ces journées où, en rentrant au petit matin du travail pour se laisser tomber dans son lit et s’endormir comme une soupière, il avait bien compté profiter de ne pas travailler le lendemain pour rester chez lui et ne rien faire. Ne pas mettre le nez dehors. Même si ne rien faire était un doux rêve, et que ça équivalait pour lui à faire des plans sur la comète, régler les détails d’un ou deux envois illégaux, finir un roman, et puis ranger, parce que tout de même, il devait bien y avoir quelque chose qui dépassait quelque part.

Il se souvient bien avoir senti le ronronnement du chat contre son ventre au réveil. Il se souvient aussi avoir levé les yeux au ciel en le voyant ruiner son arrangement parfait de livres dans la bibliothèque, avoir perturbé son classement par tailles, puis celui par auteurs, sans aucune considération pour le temps que ça lui faisait perdre. Il se souvient lui avoir dit qu’il devrait vraiment penser à arrêter de manger s’il ne voulait pas finir obèse, mais l’avoir resservi quand même, incapable de résister aux miaulements de pitié. Il se souvient même avoir lâché un « Mais Sataaaaan ! » dépité quand il avait décidé de venir marcher sur les pages qu’il était en train de noircir. Mais il ne s’était pas énervé. Etrangement, ce genre de choses ne l’avait jamais énervé. Probablement parce que c’était un chat, et qu’aucun humain normalement constitué ne peut ressentir de la colère envers un chat. Probablement.

Alors quand après deux heures à régler ses affaires douteuses il réalise que Satan avait visiblement décidé d’arrêter de le distraire, son regard parcoure la pièce trop bien rangée, attentif à chaque détail, à la recherche de la moindre boule de poil qui indiquerait à quel endroit le chat avait décidé de bouder et finir sa nuit. Et quand il l’a parcourue trois fois et que rien ne semble agiter son envie de remettre les choses à leur place, une petite panique vient s’installer au creux de sa poitrine. Il n’est plus là. Se raisonner est relativement simple. C’est un chat errant avant d’être son chat, et s’il est là, c’est avant tout parce que passer par la fenêtre pour entrer est un jeu d’enfant pour ce fils des enfers. Il doit être sorti. Et loin de lui l’idée de priver son compagnon de temps au soleil. Dieu sait qu’il en a besoin, cet hyperactif insupportable.

Mais pourtant, son instinct le pousse à se relever, grommeler des insultes en gaélique, lisser les plis de ses vêtements, attraper ses clés, et quitter le loft dans lequel il comptait passer sa journée. Deux heures, c’est presque trop long. Il aurait dû revenir chercher à manger. Il le faisait tout le temps. Il ne l’aurait certainement pas laissé tranquille si longtemps s’il n’avait pas trouvé quelqu’un d’autre à embêter. Ou si une voiture n’avait pas eu la bonne idée de lui rouler dessus. L’idée fait grandir la panique dans son ventre, et il presse le pas, scannant du regard tous les endroits où Satan a pris l’habitude de traîner, de se prélasser, de jouer. Rien. Sa recherche devient moins méthodique alors que les pires scénarios sont envisagés, et quand il finit par voir la fourrure familière alors que ses pas ont retracé les pas qu’il l’avait déjà vu faire, un soupir de soulagement franchit ses lèvres. Il est en vie.

Ce qu’il comprend ensuite l’amuse beaucoup moins. Les pattes de Satan sont loin de toucher le sol. Au lieu de ça, des bras l’entourent affectivement, doucement, comme s’ils avaient peur de lui faire mal, ou d’avoir mal. Les longs cheveux bruns lui confirment la théorie qui commençait doucement à se former entre ses oreilles : une jeune femme essaie de voler Satan. Sa mâchoire se serre légèrement, par réflexe, et il presse le pas jusqu’à pouvoir lui couper la route, jusqu’à ce qu’elle n’ait plus le choix de s’arrêter et de le voir. Et il la regarde. Et ce qu’il voit, c’est loin d’être quelqu’un de dangereux pour ce chat qu’il a fini par inscrire dans chaque jour de sa vie. Ses yeux sont doux, aimants, presque. Et le mouvement de recul qui la prend alors qu’elle le regarde ne fait que lui confirmer qu’elle ne risquait pas de penser à mal, si elle a peur aussi facilement. Mais il n’en prend pas vraiment compte. Il est habitué, après tout. Et puis c’est ce qu’il voulait.

La voix hésitante qui s’échappe de ses lèvres lui fait rétorquer un « Madame ? » sarcastique, simple jet de parole qu’il n’a pas réussi à retenir, et ses yeux continuent de scanner le visage qui semble si innocent avant d’être distraits par le léger miaulement de contentement de la boule de poil. Ah ben oui, lui il est content. Ce petit fourbe. Il a réussi à avoir des caresses et de l’affection en rab. « Je peux savoir ce que vous comptez faire avec Satan ? » Sa voix est glaciale et accusatrice, alors qu’il sait déjà que ses intentions étaient loin d’être mauvaises. Elle l’a probablement pris pour un chat errant. Après tout, c’est ce qu’il est. Mais c’est son chat errant, tout de même.

Son nez se fronce un peu alors que l’odeur de peur qui se dégage de la brune lui agresse les narines, et il soupire un peu en levant les yeux au ciel avant de tendre les mains pour récupérer son chat. Chacun de ses mouvements est bien trop brusque, mais quand il entre en contact avec le chat, ils s’adoucissent, naturellement. Parce qu’il est bien trop fragile, pas pour éviter d’augmenter la peur de la jeune femme, malheureusement. « Je vais pas vous tuer, calmez-vous. » Le ton de sa voix murmure pourtant tout le contraire. C’est presque un ordre. C’est un « rendez-le moi ». C’est un « lâchez-le ». C’est un « s’il finit par vous préférer à moi, là je vous tuerai ».
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MessageSujet: Re: The Beautiful and Damned. | Aodhan ♥   25.06.18 23:21
Comme eux, je veux me sacrifier. Moi aussi, je puis être adroit, taciturne, dissimulé, efficace. Seulement la vie continue de me paraître merveilleuse. J'aime la beauté, le bonheur ! C'est pour cela que je hais le despotisme. Comment leur expliquer ? La révolution, bien sûr ! Mais la révolution pour la vie, pour donner une chance à la vie, tu comprends ?


Bérénice n'avait jamais eu l'intention de faire du mal à ce chat. Elle en serait totalement incapable. Au contraire, elle voulait lui offrir une meilleure vie, si elle le pouvait. S'il n'avait personne. Malheureusement pour elle et heureusement pour la petite bête, il semblerait qu'il était déjà entre de bonnes mains. Enfin, elle n'en savait rien. Pour l'instant, elle avait seulement pu constater que cette homme éprouvait quelque chose d'humain à l'égard de cette bête, ce qui contrastait fortement avec le regard qu'il avait eu pour elle, qui n'était pas vraiment menaçant mais pas non plus accueillant. Qui était glaciale, et pas seulement en référence à leur couleur. Si elle n'était pas morte de peur pour trois milles raisons différentes, mais en vérité surtout une, elle lui aurait dit avec un sourire moqueur "T'as d'beaux yeux, tu sais". Mais la vie lui avait appris à être plus prudente, maintenant. La vie lui avait appris que vous ne pouvez pas arpenter les rues en attendant de tout le monde qu'il réagisse à votre joie de vivre et à votre légèreté. La vie lui avait appris qu'il fallait avoir peur de l'inconnu et des inconnus en plus de toutes les autres peur possibles. Qu'était-elle devenue, elle qui avait enfin réussi à dépasser ses démons, qui avait réussi à être forte. Une carapace qui tenait toujours debout, mais fissurée et vidée. Que le moindre coup de vent pourrait faire tomber. Elle reculait instinctivement face à tout et tout le monde. Un rien l'effrayait. Un rien la faisait paniquer. Elle ne dormait plus ne riait plus ne vivait plus.

Sa voix. Est-ce que tout était parfait à cet homme ? Elle était calme et mesurée, parfaitement contrôlée par rapport à celle de Bérénice. Sa réponse était comme il l'avait voulue, sarcastique, pas encore inquiétante. Pas autant que son regard qu'elle sentait sur elle, la scannant. Elle n'en pouvait plus de ces gens qui la regardent comme si c'était écrit sur son visage qu'on lui avait tout enlever, chaque petit morceau d'amour propre qu'elle avait réussi à construire et a protéger pendant ces vingt-six ans qu'elle avait fouler la terre. Elle reconnu derrière le mot un accent étranger, une voix trop chantante pour venir d'ici, un islandais pas aussi naturel. Il était une énigme et Bérénice adorait les énigmes. Cela attisait sa curiosité. Elle aurait voulu lui poser une multitude de questions, d'où viens-tu quel est ton nom que fais tu ici au bout du monde ou tout est déjà presque mort, mais elle se mordait la langue pour ne pas le faire. Etre morte de trouille mais bouillonnante de curiosité, quel paradoxe. Quelle ironie. L'ancienne Bérénice, celle qui avait encore dix-neuf ans et qui déambulait fièrement dans les rues de Paris lui aurait répondu qu'elle était une demoiselle s'il vous plait et non une dame. Mais elle n'avait plus dix-neuf ans, elle n'était plus à Paris et certainement plus fière. Elle était brisée et cela se voyait probablement à des kilomètres sur son visage. Il lui pose une question, qu'elle enregistre mais qui ne semble pas faire de raccord dans sa tête. Le ton de la voix la glace sur place alors qu'elle voudrait reculer encore, mettre le plus de distance possible entre elle et lui. Mais elle se dit que s'éloigner davantage n'était sûrement pas une bonne idée puisque le chat dans ses bras semblait être la source du problème.

Satan. Il a appeler cette pauvre bête Satan ? Elle n'était pas là pour juger et le moment n'était surement pas approprié, mais... Satan. Elle trouvait cela un peu péjoratif, un peu désintéressé pour quelqu'un qui semblait tant aimer son animal. Et son esprit qui ne s'arrête jamais, qui recalcule sans cesse les possibilités, qui relie les informations lui signale qu'il y avait quelque chose d'étrange avec cet homme. Que sa façade n'avait pas l'air d'aller avec son intérieur, que même s'il avait donner un nom peu affectif à son animal, il avait décidé qu'il était sien. Qu'il l'aimait visiblement, d'une manière ou d'une autre. Qu'il avait au moins de la tendresse et de l'affection pour la boule de poils miaulante. Et elle n'était pas là pour le lui enlever. Alors elle n'émet aucune objection quand les bras s'approchent d'elle pour récupérer l'animal qui ronronne encore de contentement. Ils sont au milieu de l'échange quand il lui dit ces quelques mots qui ne la rassurent absolument pas « Je vais pas vous tuer, calmez-vous. » Etrangement, elle avait du mal à le croire. Il lui semblait qu'il n'hésiterait pas une seconde avant de la tuer si sa morale le lui demandait. Sa phrase aurait pu être une plaisanterie, ou juste une parole, mais non. C'était un ordre. C'était une menace.

Elle attend d'être certaine que Satan est bien calé dans les bras qu'il connait avant de reculer encore de quelques pas. De mettre autant de distance que possible entre eux sans paraitre impolie, sans paraitre davantage apeurée. Elle regrette sa tenue de sport qui ne lui offre aucune poche dans lesquelles fourrer ses mains afin d'en cacher le tremblement. Alors elle passe une main dans ses cheveux, geste stupide et répétitif qu'elle effectue à chaque fois qu'elle est stressée avant de dire calmement, de sa petite voix ressemblant à un murmure "Je comptait le ramener chez un vétérinaire, ne pas le laisser seul ici. J'ai moi même un chat et il est presque la prunelle de mes yeux, je n'imagine pas ce que serait ma vie sans lui, alors je me disait que si ce chat appartenait à quelqu'un, il devait surement manquer à son propriétaire..." Elle en avait dit trop, comme d'habitude. Elle espérait avoir l'air assez honnête pour que l'homme la croit, pour qu'il ne la tue pas. Parce qu'elle n'était pas encore certaine de pouvoir lui faire confiance, elle n'était pas encore certaine de pouvoir croire à ses mots. L'histoire aurait du se finir là. Elle aurait du le saluer et repartir. Sa mission était finie, elle n'était ni accomplie ni échouée, simplement résolue. Mais il y avait quelque chose dans ces yeux et dans cette voix qui lui donnait envie d'en savoir plus. De ne pas encore partir. Oui, elle pensait qu'il n'allait pas la tuer. Alors elle pouvait se calmer, un peu, et rester. Gênée, néanmoins, elle continue "Je suis désolée, je voulais pas faire de mal... Je vois bien qu'il vous aime alors je ne vais pas vous déranger plus longtemps." Elle était une adulte et pourtant elle se sentait toute petite, face à lui. Comme une enfant prise sur les fait, entrain de voler dans un supermarché ou dans le portefeuille à sa mère. Enfin, elle n'avait jamais fait l'un ou l'autre mais elle imaginait que c'est ainsi que l'on se sent, après. Un peu gênée, un peu honteuse. Croisant ses mains derrière sa tête en souriant, revêtant son air le plus assuré qu'elle a en stock, le plus gaiement possible elle fini par lui dire "Bon bah je vais euh, continuer. Encore désolée pour tout ça, monsieur." Elle l'avait appeler monsieur à nouveau parce qu'il inspirait le respect et que c'était la seule chose qu'elle pouvait lui dire, faute de mieux. Secrètement, elle espérait qu'il la ferait rester. Qu'il la rappellerait. Qu'il lui dirait qu'il n'avait pas encore fini avec elle et qu'elle avait intérêt à rester si elle ne voulait pas qu'il change d'avis. Secrètement, elle espérait aussi entendre davantage cette voix, essayer d'en deviner l'origine. Et ne pas finir assassinée, cela serait un petit plus.
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MessageSujet: Re: The Beautiful and Damned. | Aodhan ♥   26.06.18 15:56
Quelque chose cloche. Quelque chose cloche beaucoup trop. Dans ce regard, dans cette voix hésitante, dans cette envie de reculer qui l’habite et qui est visible à des kilomètres. Il avait toujours été étonné par ceux dont on pouvait lire les émotions simplement en les regardant quelques secondes, mais la peur que la jeune femme dégageait était presque étouffante, presque trop forte. Irrationnelle. Si hors de proportion qu’il en vient à se demander s’il a le sang de quelqu’un sur lui, si une quelconque marque pourrait le faire passer pour un fou dangereux. Parce qu’il est habitué à faire peur aux gens, pas à les terroriser sans le vouloir. Ca aurait peut être même pu être vexant, si ça n’avait pas été si intriguant. Quelque chose cloche. Une anguille sous la roche.

Le ronronnement agréable le sort de ses pensées quelques secondes, pendant lesquelles il baisse son regard dépité sur lui, pendant lesquelles il s’adoucit presqu’aussitôt, rassuré par sa présence, rassuré par la certitude qu’il était loin d’être en danger, rassuré par sa chaleur familière contre son torse. S’il avait été seul, il l’aurait probablement traité d’imbécile fini en souriant, en jouant avec lui, en le serrant contre lui. Mais la jeune femme est toujours présente, alors il ne s’autorise qu’à libérer une de ses mains pour le caresser doucement en reportant toute son attention sur elle. Froid, toujours. Les animaux méritent de la pitié. Les humains non.

Et pourtant il la voit reculer, se distancer. Il voit ses mains trembler, ses yeux bien trop habitués à noter chaque détail, comme ceux d’un prédateur qui guette un moment de faiblesse. Comme une issue de secours pour savoir où taper pour faire mal si les choses venaient à dégénérer, même si la possibilité est inexistante face à ces grands yeux apeurés. Comme une deuxième nature. Parce que la vie est une guerre sans merci. Puis son nez se fronce quand le murmure de sa voix devient enfin discernable, quand il enregistre les informations et se fige dans une expression d’indifférence le temps de les assimiler. Elle voulait juste s’assurer que Satan n’était pas seul. Il serait revenu à lui, de toute façon. Quoique peut être pas. Peut être qu’il devrait penser à lui mettre un collier, un jour. Mais le faire prisonnier semblait un bien trop triste sort, même pour le maton qui commençait déjà à s’endormir comme si de rien n’était, comme s’il n’était pas responsable de la rencontre fortuite qui avait visiblement causée une si grande peur chez la jeune femme.

Visiblement victime d’une lutte interne alors que lui a oublié de parler, la voix féminine retentit de nouveau, et il arrête de la dévisager pour l’écouter réellement. Elle est vraiment étrange. « D’accord. » D’accord ? Son ton n’est plus froid. Il est … confus ? Pourquoi est-ce qu’elle repart si vite ? Ah oui, parce qu’elle a probablement mieux à faire que de discuter avec un inconnu dans la rue. Parce qu’il lui fait visiblement affreusement peur, aussi. Dommage. Dommage ? Oui, c’est dommage. Parce que sa curiosité est titillée, maintenant. Parce qu’il se sent presque coupable de la laisser sortir de cet échange tremblante, de la voir partir morte de peur. Elle avait voulu aider Satan, après tout. Ca devait être quelqu’un de bien. Il lui en devait certainement une. Mais il ne pouvait pas vraiment la forcer à rester, après tout. Ou si ?

Il ouvre la bouche pour parler, sans savoir réellement quoi dire, puis la referme en voyant l’expression assurée, en entendant les mots d’adieux si brutalement lâchés, et pourtant si normaux dans cette situation. Qui était cette personne ? Celle qui tremble en souriant comme si la vie était belle ? Celle qui est morte de peur mais réussit encore à chanter en parlant ? « Ah ? » Il se traite de parfait abruti, alors qu’il ne trouve toujours pas ses mots, alors qu’il ne bouge pas d’un pouce, alors que sa bouche ne cesse de s’ouvrir et de se refermer. Pourquoi ? Il veut comprendre pourquoi elle a peur. Non, il veut qu’elle se sente rassurée. Quelque chose d’inconnu lui dit de faire confiance à cette femme, de ne pas la laisser seule, de ne pas l’abandonner à sa frayeur. Autre chose lui murmure que la seule façon de faire ça est de la laisser partir, parce qu’il est loin d’être une personne rassurante.

« Non. » C’est trop autoritaire, bien trop autoritaire. Comme s’il disait à un enfant qu’il n’avait pas le droit de prendre de sucreries avant d’aller au lit. Enfin, certainement. S’insultant mentalement, il va pour faire un pas vers elle mais se retient aussitôt. Non, elle a peur. « Je … Je peux pas vous laisser partir comme ça. Vous avez peur. » Et il doit être loin de la rassurer avec ces mots lâchés bien trop brutalement. Alors il soupire un peu et ferme les yeux pour inspirer, expirer, inspirer. Garder son calme. Ce n’est rien de plus qu’une situation sociale comme une autre. Ca ne peut pas être bien difficile de ne pas faire peur aux gens au moindre mouvement, au moindre mot. « Café. Ou chocolat ? J’habite juste là, si vous voulez. » Un point pour l’adoucissement du ton, beaucoup moins pour le manque de sourire sur son visage. Il ne faut peut être pas en demander trop. Au moins la gêne a l’air de gagner sur la froideur. « Quoique pour que vous n’ayez plus peur c’est peut être pas un bon plan de vous dire de venir chez moi. Euh. Y’a un café à l’angle. C’est une grande rue alors si je vous agresse on m’arrêtera. » Les mots ont à peine traversé ses lèvres qu’il doit se retenir le plus fort possible de ne pas se taper la tête contre un mur. La plaisanterie était si mal trouvée et dite si sérieusement qu’il vient juste de probablement enfoncer le couteau dans la plaie. Sombre imbécile.

Un petit juron gaélique lui échappe dans un soupir et il hausse les épaules, comme pour lui dire qu’il est désolé, que visiblement les conversations ne sont pas son fort. « Je dois juste … poser Satan avant. » Parce qu’il ne va pas se balader dans la rue avec un chat endormi dans les bras, tout de même. Ce serait ridicule. Il mord l’intérieur de sa joue quand sa dernière tentative de sourire échoue, son visage refusant d’avoir une quelconque impression stoïque. « Enfin si vous voulez. Je vous force à rien, bien sûr. » Précision importante. La terroriser un peu plus est après tout loin d’être son intention.
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Dernière édition par Aodhan O'Flahertie le 27.06.18 23:30, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: The Beautiful and Damned. | Aodhan ♥   26.06.18 22:46
Pardonne-moi, Dora. Peut-être est-ce la fatigue. Des années de lutte, l'angoisse, les mouchards, le bagne... Où trouverais-je la force d'aimer ? Il me reste au moins celle de haïr. Cela vaut mieux que ne rien sentir.


Parce qu'elle était forte, ou inconsciente, elle avait envie d'en savoir plus sur cet homme. Elle avait envie d'apprendre et de comprendre comment un homme peut devenir aussi froid et distant, elle qui brule habituellement de joie et de bonne humeur. Elle ne comprendrait jamais ces personnes lassée par la vie, qui attendent impatiemment leur délivrance mais qui n'agissent pas. Elle avait été fatiguée, elle aussi. Elle avait faillit abandonner, plus d'une fois. Mais il y avait toujours eu cette flamme au fond d'elle, qui lui redonnait sans cesse la force de se relever et de continuer à avancer, qu'importe les épreuves et les embûches. Lui semblait si calme, dépourvu de toute joie. Il semblait être ce genre de personne qui faisait tous les jours la même chose au millimètre et à la seconde près, que plus rien n'émeut, que plus rien n'amuse. Qui n'a d'affection pour personne d'autre que sa petite personne. Même si là, un chat avait réussi à se glisser dans ce cœur de pierre. Elle le voyait bien, tout en saluant les efforts remarquables mis en place pour le cacher. Dans ce regard qu'il lui a jeter, dans ce regard qui pour la première fois s'était adouci, dans cette main le caressant doucement, contraste flagrant des mouvements brusques qu'il avait eu avec elle. C'était comme si deux personne se cachaient dans ce corps. Comme s'il n'était qu'une façade lui aussi, s'il jouait au jeu un peu répétitif et lassant de faire croire aux gens que vous étiez autre chose. Et cela la peine, un peu. Parce qu'elle se demande combien de personnes jouent à ce jeu, avec elle. En général. Combien de personnes sur ce bas-monde ont choisies la facilité du mensonge face à l'honnêteté ? Combien de personnes ont choisies de mettre en avant certaine parties de leur personnalité au détriment d'autres ? Elle pouvait en citer au moins une sans hésiter, et était certaine qu'il y en avait bien plus. Elle même s'était habituée à être une enveloppe vide qui ne ressent rien, qui ne se laisse pas atteindre.

Mais si elle ne ressentait rien, pourquoi est-ce que son cœur battait aussi vite ? Pourquoi son estomac se nouait joyeusement ? Ce n'était surement pas seulement la peur. C'était différent. C'était un mélange de peur et d'excitation. Parce que plus elle le regardait, plus elle se perdait dans ces yeux bleu et perçant, plus elle était certaine. Qu'il ne la tuerait pas aujourd'hui, qu'il ne la toucherait pas. Et l'autre Bérénice, celle qui était constamment opprimée, aurait pourtant aimer trouver une excuse pour le toucher. Pour sentir cette peau chaude contre la sienne qui était constamment froide, de voir si cela animerait ses yeux comme le chat l'avait fait. Pour voir si sous la façade il y avait quelque chose de vivant. Dans une vie ou ses démons étaient moins présents, elle se serait débrouillée pour gagner du temps. L'inviter à boire un café, pour s'excuser. Ou lui laisser son numéro, s'il avait besoin de quelqu'un pour garder la petite bête, un jour. Non, c'était stupide ça. Plus personne ne donne son numéro aujourd'hui. Les gens aujourd'hui ont oublier à quel point il peut être facile de rencontrer des personnes qui changeront leur vie, s'ils s'y autorisent. S'ils prenaient un peu de leur précieux temps pour apprendre à les connaitre. Dans une vie ou ses démons étaient moins présents, dans une vie ou les cauchemars arrêteraient de peupler ses nuits, dans une vie ou elle n'aurait plus peur de cligner des yeux et de revoir ces images.

Alors elle avait laisser la peur dominer, elle avait laisser la peur vaincre. C'était plus facile que de s'accrocher et de lutter. Elle avait choisi de fuir, poliment, normalement. Sans bouger pour autant. Pas avant qu'il n'ai répondu. Pas tant qu'il y avait encore une infime possibilité qu'il la retienne. Quand elle le voit ouvrir la bouche, elle s'attend à une claque glaciale, encore une fois. Le simple "Ah ?" l'étonne, la rend encore plus confuse. Ah ? Ah, oui allez-y partez ? Ah, non quel dommage restez encore un peu ? Elle voit sa bouche s'ouvrir et se refermer, comme s'il cherchait ses mots, comme s'il n'était pas encore trop certain de son prochain coup. Alors elle s'autorise à rester et a attendre. A se concentrer sur ses mains crispées, les ongles ancrés dans ses paumes. Ressentir une douleur pour rester sur terre, pour se sentir vivante, depuis toujours. Pour ne pas sombrer dans la panique. Ce n'est pas de lui qu'elle avait peur, c'était de l'humanité, et d'elle même un peu. Parce qu'elle ne se reconnaissait plus dans tout cela. Parce qu'elle n'était plus aussi forte qu'elle en donnait l'impression, parce que ses peurs et ses insécurités étaient visibles pour tous. Pour lui aussi. Le "non" qui suit est de nouveau un ordre et une menace. Et cela suffit pour refaire vaciller toute ses convictions. Elle devrait fuir. Tout à cet homme lui criait de fuir et pourtant elle s'obstinait à croire qu'il y avait plus que ça. Inconsciente, pas forte. Il se justifie, de cette voix toujours naturellement chantante et mélodieuse. De cette voix grave qu'elle pourrait probablement écouter pendant des heures sans rien faire d'autre. Plus elle l'entend, plus l'accent lui semble britannique, ou quelque chose comme ça. Écossais peut être, ou irlandais ? Elle prête à peine de l'importance aux mots, se réveille quand il lui indique qu'il habite juste là. Hein ? Elle n'irait pas chez lui. Elle n'avait déjà pas de chance dans les rues de la ville, ce n'était surement pas pour aller chez des inconnus. Sa mère avait au moins réussi à lui apprendre cela avant de mourir, ne suit jamais les inconnus ma chérie. Mais elle n'a pas le temps de refuser poliment, prétexté un quelconque rendez-vous pour s'éclipser qu'il continue. Et elle se sent obligée de rester et de l'écouter. Un sourire fatigué vient se loger sur ses lèvres face à la plaisanterie. Parce que c'en était une, n'est-ce pas ? Elle n'était plus trop certaine. Elle assiste à la scène et se sent pourtant étrangère face à ce conflit intérieur qui semble les animer, tous les deux. Finalement, il lui laisse le choix et elle se demande un instant si elle a vraiment le choix. Sa tête lui dit de refuser et de fuir comme elle l'avait prévu, mais son cœur lui dit d'accepter et de risquer. Elle n'avait jamais été très raisonnable. Et le risque, c'est tout ce qu'il lui restait. Elle ne pouvait pas perdre beaucoup plus dans sa vie. Elle avait déjà tout perdu.

Alors elle hausse les épaules et lui répond en souriant, sa peur presque oubliée, bien cachée "Vous n'allez pas m'agresser." C'était une affirmation. Elle n'avait pas hésiter une seule seconde et prononçant ses mots et sa voix était restée aussi calme et maitrisée que celle avec laquelle elle échangeait. "Mais ici, on ne vous arrête pas quand vous agressez quelqu'un." Les mots étaient sorti de sa bouche beaucoup trop rapidement, sans qu'elle ne puisse les arrêter. Elle se maudit intérieurement. Sa voix s'était brisée sur la fin, cette affreuse traitresse. Ce qui devait sonner comme une autre plaisanterie, une phrase jetée dans l'air juste comme ça s'était transformé en confession, en souvenir trop douloureux. Alors elle se met à bouger pour faire oublier ce qu'elle vient de dire, jette un rapide coup d'œil sur son téléphone, resserre sa queue de cheval, s'avance de quelques pas jusqu'à se retrouver devant lui, à nouveau. Elle grattouille rapidement la tête de Satan, qui s'est endormi de contentement dans les bras de son maitre, puis lève ses yeux vers le regard énigmatique tout en lui demandant "De quel côté allons-nous, monsieur ?" C'était presque un jeu pour elle maintenant, de l'appeler ainsi. Parce que ce qui lui faisait peur un instant plus tôt s'était transformé en curiosité, insatiable. Et d'ailleurs... "Vous allez devoir me dire votre nom, sinon je continuerais à vous appeler monsieur et ce sera gênant." Elle avait réussi à repousser les démons, pour l'instant. Peut être que ce n'était qu'une accalmie, mais c'était mieux que rien, après tout. C'était bien d'être soi-même.
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MessageSujet: Re: The Beautiful and Damned. | Aodhan ♥   01.07.18 14:09
Une petite voix lui murmure qu’il devrait laisser tomber les apparences, qu’il devrait se comporter normalement avec elle, qu’elle n’est pas une menace, qu’un sourire ne risquerait pas de le mettre en danger, qu’elle irait même mieux, qu’il n’a qu’à s’y autoriser. Et pourtant tout ce que son visage arrive à faire est de laisser passer un air curieux qui n’est d’absolument aucune utilité en cet instant précis. Comme quoi s’empêcher de ressentir trop longtemps, ça engourdit tout le reste. Sauf la colère, peut être. Et encore. Alors il essaie, en se demandant pourquoi il le fait. Pourquoi quelque chose dans ce visage lui inspire à faire confiance, à mettre en confiance. Pourquoi cet air apeuré, puis trop sûr de soi pour être naturel, lui donne envie de sourire, faute de réussir à le faire naturellement.

Peut être parce qu’il y a quelque chose de beau dans une peur si instinctive. Il la lui enviait, un peu. Cette habilité à essayer de fuir l’horreur. Et il la plaignait, aussi. De ne pas vouloir l’affronter. Ou de ne pas pouvoir. Quel était le meilleur choix ? Peut être qu’il n’y en avait pas. Peut être que foncer dans ses ennemis tête baissée était complètement stupide, peut être que les éviter était la chose intelligente à faire. Peut être que c’était lâche. Peut être qu’elle était lâche. Mais elle n’avait pas l’air lâche. Elle avait l’air brisée. Les gens ne se brisent pas parce qu’ils sont lâches. Ils se brisent parce qu’ils ont été trop forts. Ou trop inconscients. Mais peut être que ça aussi, c’est la même chose. Peut être qu’elle a beaucoup à lui apprendre, et que c’est pour ça qu’il veut rester. Peut être qu’il pourrait faire quelque chose pour elle, et que c’est pour ça qu’il reste. Mais quoi ? Il peut à peine parler sans la faire sursauter, sans lui donner envie de prendre ses jambes à son cou. Il peut à peine laisser entrevoir de la gêne plutôt que n’importe quelle émotion possiblement rassurante. Il peut à peine la regarder sans essayer de lire son âme et d’en chercher les plus noirs secrets. Il peut à peine envisager qu’elle n’est pas une menace.

Ca paraît absurde. Le monde est une menace. N’importe qui donnera le premier coup à la première occasion. C’est pour ça qu’il faut être le premier. C’est pour ça qu’il faut être prêt. Choisir le camp du bourreau, pas de la victime. Mais alors, la femme aurait choisi le camp de la victime ? Est-ce qu’on choisit ce camp ? Est-ce qu’on y est jeté quand on ne peut pas être dans l’autre ? Quand on n’y est pas resté assez longtemps pour passer dans l’autre ? Son sourire fatigué lui murmure que si la dernière proposition est exacte, elle devrait devenir bourreau relativement vite, elle a été victime bien trop longtemps. C’est pour ça qu’elle semble si peu réaliste. Parce que ce ne sont pas les yeux d’un bourreau. « Non. » Lui aussi, il affirme, naturellement. Ca, il le comprend. La certitude. Le calme. L’apaisement des conflits intérieurs.

La suite le laisse plus longtemps sans voix, plus longtemps hors du temps, hors des réalisations. « Oh. » Les sons, l’intonation de sa voix, tout est analysé presque méthodiquement, presque scientifiquement, alors qu’il essaie de rendre son regard moins intrusif quand bien même il cherche à voir son âme brisée, ses ailes cassées, son chaos intérieur. Quand bien même ils se radoucissent, eux aussi, un peu. Et le fait qu’elle s’agite pour faire oublier les mots qui lui ont échappé lui suffisent pour ne pas rouvrir la bouche, pour ne pas montrer qu’il a entendu, qu’il a compris, qu’il a mesuré l’ampleur de la confession qu’elle ne voulait pas faire. Rien ne change, sauf son regard sur elle. Plus calme. Moins froid. Ce n’est pas une menace. Elle n’a pas peur de lui. Elle a peur du monde entier.

Alors c’est un léger rire calme qui s’échappe de sa gorge nouée quand elle le rappelle monsieur, quand elle en plaisante. Se détendre, phase un. « Par là bas ? Y’en a partout de toute façon. Et c’est Aodhan. Mon prénom. Et vous ? » Il se demande s’il est censé lui dire de le tutoyer, si c’est le genre de choses qui viennent naturellement, s’ils ne sont pas censés se tutoyer un jour, s’il en a quelque chose à faire, au fond. Déjà ses pas se dirigent vers la rue derrière eux, celle de chez lui, alors qu’il lui fait signe d’attendre, juste pour réveiller Satan doucement, juste pour le poser au sol en le traitant d’abruti, juste pour le regarder se précipiter à l’intérieur de l’immeuble, et probablement jusqu’à son appartement. Et il revient en sentant son enthousiasme pour un simple café grandir un peu, alors qu’il réalise l’absurde de la situation. Parce qu’il a envie de connaître cette personnalité trop chaotique pour respirer. Parce qu’il a envie de comprendre comment elle fonctionne, tant elle a l’air différente du commun des mortels, différente de lui. Contradictoire.

Comme prévu, un café à quelques pas. Vue directe sur le cimetière. Un petit éclat d’amusement scintille dans son regard face au glauque de cet emplacement, face au manque d’éléments rassurants pour quelqu’un qui est si terrifié. Et un petit soupir franchit ses lèvres, presque compatissant. « Le monde ne vous aime pas beaucoup, hein ? J’ai l’impression qu’il aime bien que vous soyez effrayée. » La vie s’acharne. C’est amusant comme dans n’importe quelle langue il y a une expression qui veut dire ça. Comme c’est une constante. Une vérité universelle. Il ne fait pas bon d’avoir le statut de victime une seule fois. On est sûr de le redevenir. Sauf si on devient bourreau. Et encore.

Ils ont à peine le temps de s’asseoir. Il a à peine le temps de laisser des questions se formuler dans son cerveau. Qu’est ce qu’elle fuit ? Où est ce qu’elle fuit ? Pourquoi ici ? Pourquoi avoir accepté ? Etait-elle certaine de vouloir être là ? Depuis combien de temps avait-elle un chat ? D’où venait-elle ? Pourquoi toutes ces contradictions en si peu de temps ? A peine le temps de vivre et de se dire que sa peur de mal faire l’empêchera probablement de poser ces questions. Il a à peine le temps de remettre machinalement en place l’inclinaison de la table pour qu’elle soit perpendiculaire aux pavés. Déjà, leurs voisins de table trop bruyants se mettent à rire. Déjà, ils entendent des bribes de leur conversation. Il n’a même pas encore commandé un café qu’il lève déjà les yeux au ciel.

Yeux qui se reposent presque brutalement sur la jeune femme quand une phrase transpire de la conversation trop animés. « Attend, ils ont cassé des pierres tombales ? Ca se fait grave pas, rigolez pas ! » Des pierres tombales. Le regard fuit Bérénice pour se poser sur le cimetière. Ce cimetière ? Ces pierres tombales ? Les leurs ? La sienne ? « Qu’est ce que … » Ils ne sont même pas assis qu’il se relève déjà. Et elle aussi. Le destin, ce grand farceur, hein ? Chienne de vie.
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MessageSujet: Re: The Beautiful and Damned. | Aodhan ♥   05.07.18 22:09
- C'est cela l'amour, tout donner, tout sacrifier sans espoir de retour.
- Peut-être. C'est l'amour absolu, la joie pure et solitaire, c'est celui qui me brûle en effet. À certaines heures, pourtant, je me demande si l'amour n'est pas autre chose, s'il peut cesser d'être un monologue, et s'il n'y a pas une réponse, quelquefois.



Quand elle était encore à ses côtés, sa mère lui disait toujours qu'elle était beaucoup trop rêveuse. Que c'était bien, qu'elle était parfaite ainsi, mais que le monde ne serait jamais prêt pour elle. Que sa sensibilité et sa douceur allaient être sa force et sa faiblesse. Que son empathie allait la détruire. Petite, ces mots réchauffaient le cœur de Bérénice, certaine que de toute façon, sa mère serait toujours là pour lui montrer le chemin, pour la guider. Adolescente, elle se demandait pourquoi tout le monde n'était pas ainsi, pourquoi chaque parent ne soutenait pas son enfant comme elle l'avait été. De cet amour indéfectible, mais pas écrasant, pas destructeur. Adulte, sans elle, Bérénice s'était rendue compte que les mots de sa mère étaient bien plus vrai qu'elle ne l'aurait jamais cru. Et qu'ils faisaient beaucoup plus mal. Elle aurait mille fois aimé retourner le temps en arrière et pouvoir se montrer froide et indifférente devant une situation. Elle aurait aimé être capable de dire "non" fermement, de ne laisser filtrer aucune pitié dans son regard, d'avoir de la vigueur au lieu de trembler constamment. A force, elle s'était faite à l'idée de ne pas être à la hauteur de ses idéaux, de n'être que la marionnette de ses émotions. Elle avait appris à embrasser ce qu'elle voyait comme des faiblesses et d'en faire sa force. Cela faisait du sens, en général. Sa mère, qui devait se prendre pour une psychologue a ses heures perdues, lui disait aussi que son visage était un livre ouvert, écrit dans une langue compréhensible  pour le monde entier. Elle portait ses émotions sur son expression, dans sa façon de sourire ou son regard. Elle n'avait jamais besoin de parler quand quelque chose n'allait pas, quand quelque chose la tracassait. Et elle était certaine que son visage était actuellement le miroir de son âme, que n'importe qui qui la regarderait ne pourrait pas passer à côté de sa terreur, mais aussi de sa curiosité. Elle était donc certaine que l'homme qui lui faisait face ne s'était pas laisser duper par sa soudaine animation, par son désir de faire oublier sa dernière phrase. Elle était certaine qu'il en avait écouter chaque mot, qu'il avait compris. Son petit "Oh" ne fait que lui confirmer. Quelle plaie, d'être aussi incapable de mentir, pour soi et pour le monde.

Il rit. Et cela lui parait étrange, presque irréel. Pour lui aussi. C'est un petit rire calme, presque poli, quand elle l'appelle de nouveau monsieur. Quand elle se comporte comme une enfant de cinq ans dans le vain espoir de ne pas être stigmatisée comme "la fille terrifiée". "La fille qui vole mon chat puis terrifiée". Il lui indique une direction distraitement et elle pourrait jurer qu'il s'en fiche, que le lieu n'est pas la finalité. Que ce n'était pas le café qui importait, mais l'accompagnante. Peut être est-ce égoïste, de s'accorder autant d'importance, de penser que c'était sa petite personne qui l'intéressait et non pas une simple politesse. Peut être était-ce égoïste, de penser qu'elle pouvait être intéressante aux yeux de quelqu'un. Son prénom roule sur ses lèvres à la manière d'une vague qui se fracasse sur la mer. Enfin, c'est l'image qu'elle lui donne. Au fond, elle ne pensait pas l'obtenir. Elle s'attendait à un refus, au retour de l'intonation froide lui disant que cela importait peu, qu'elle connaisse son prénom. Qu'il se contentait simplement d'être poli en l'invitant et qu'ils ne se verraient plus jamais ensuite. Son cerveau fixe l'Irlande comme pays d'origine, après l'accent chantant et ce prénom étrange. Quand il lui retourne la question, elle lui répond simplement "Bérénice". Pas besoin d'explication, pour le moment. Ils avaient chacun leur mystères et leurs secrets, et elle n'était pas prête à dévoiler les siens pour l'instant. Même si certains allaient sortir bien plus tôt que prévu. Elle le voit se diriger vers une rue adjacente tout en lui faisant signe d'attendre et s'autorise à soupirer en fixant sa silhouette s'éloigner. Elle avait retenu son souffle beaucoup trop longtemps. Elle s'autorise à arrêter de sourire, ce sourire qui n'était qu'une façade pour montrer que tout va bien, ce sourire faux et creux et douloureux.

Elle se laisse ensuite guider par l'homme vers le café de son choix, marchant toujours un pas derrière lui, silencieuse, effacée. Elle n'avait jamais été de ces personnes qui se font remarquer avant d'arriver. Ses pas étaient semblables à ceux d'un chat, tout en douceur, en délicatesse. Les années de danse classiques avaient aidés, lui ayant appris à maitriser son corps, déterminant précisément la force nécessaire à chaque action, la vitesse du mouvement, s'il fallait être gracieuse ou pas. Il lui arrivait souvent d'effrayer ses amis, ou les autres professeurs quand elle arrivait en salle de pause à l'université, les élèves dans les couloirs quand elle s'approchait d'eux avant de racler sa gorge derrière leur dos. Elle aurait voulu lui parler et lui poser mille question. Elle aurait voulu savoir ce qu'il faisait ici dans un pays froid et austère alors qu'il venait visiblement d'Irlande, un pays que Bérénice imaginait chaleureux, rempli de verdure à perte de vue. Elle se demandait pourquoi il y avait un contraste aussi prononcé entre sa première apparition et son air adoucie d'abord par le chat, puis par ses mots à elle. Elle ne comprenait pas non plus ce changement d'opinion à son égard. Elle n'était rien d'autre qu'une jeune femme effrayée et égarée, a qui la vie avait tout pris et presque rien donné. Elle était une proie facile. Il aurait pu l'agresser comme il en avait plaisanté, il aurait pu la détruire. Elle n'avait aucun doute sur ses capacités à le faire, elle était certaine qu'il pourrait la traiter comme un vulgaire jouet. Mais il ne l'avait pas fait, et son regard qui était passé de l'indifférence la plus totale à un semblant de curiosité lui disait qu'il ne le ferait jamais. C'était rassurant. Et un peu inquiétant à la fois, d'être aussi certaine sur son sort, de se savoir victime plutôt que bourreau. De se savoir éternellement victime, parce que Bérénice ne sera jamais de ceux qui font du mal, préférant encaisser milles coups que d'en porter un seul. Et elle était certaine que dans un monde où il aurait encore de l'espoir pour l'être humain, elle était du bon côté. Elle était certaine de bien faire et de faire juste. Dans un monde utopique, elle était la gagnante et le bourreau serait perdant. Mais voila, ce n'était rien qu'une utopie.

Le café vers lequel ils se dirigent se trouve en face du cimetière. Un frisson parcours le corps de la jeune femme. Elle connait ce cimetière. Elle n'y est allée qu'une seule fois, pourtant. Mais elle sait exactement quel chemin prendre pour se retrouver face à une tombe de granit blanc, qu'elle sait entretenue et soignée, sur laquelle des fleurs sont régulièrement déposées. Des pivoines, des violettes, des pensées, du lys et tant d'autres. La tombe sur laquelle un bouquet de romarin séché est posé, retenu par une pierre parfaitement lisse et noir, un énorme morceau d'onyx noir. Cette tombe sur laquelle rien n'a été laisser au hasard. Une tombe vide. La phrase énigmatique qu'Aodhan prononce lui fait tourner la tête vers lui, détournant son regard des rangées de tombes parfaitement alignées. Elle le dévisage, essayant de comprendre l'ampleur de ses mots, d'en saisir le sens. Elle était pourtant persuadée que cette fois, sa peur devant ce cimetière était restée intérieur. Il ne pouvait pas deviner que sa mère y était symboliquement représentée depuis déjà huit ans, alors que son âme foulait parmi les vagues de l'autre côté du pays, dans leur village natal à toute les deux. Il devait sûrement faire allusion à l'ironie d'emmener une femme apeurée face à un cimetière, lieu habituellement peu animé et rassurant. Elle ne lui répond pas, pas vraiment, se contentant d'esquisser un sourire fatigué, un de ces sourire qui n'a pas la force d'atteindre les yeux. Alors qu'ils prennent place et qu'elle se demande si c'est le moment ou l'un d'eux est sensé engagé une conversation, elle est distraite par son petit geste qui remet la table en place, fait dont tout le monde s'en fichait probablement mais qui semblait important, pour lui. Elle reporte son regard en face d'elle, sa curiosité, si c'est possible, encore plus forte. Les yeux qui se lèvent vers le ciel la font sourire encore. Peut être que ces jeunes devraient faire attention puisqu'Aodhan n'avait pas l'air d'être le genre de personne à avoir beaucoup de retenue et de maitrise de soi.

Elle prête une oreille distraite à la conversation et ne tarde pas à sentir son cœur s'arrêter. Leurs corps s'animent de la même façon, se relevant brusquement alors qu'ils venaient de prendre place. Elle était un peu perdue en même temps que sa colère se formait. S'était-il levé à la suite de la jeune femme, pour elle ? Ou de son propre chef ? Elle ne savait pas trop. Qu'est-ce qu'un homme irlandais aurait à faire avec un cimetière islandais ? Pourquoi devrait-il se préoccuper de ses tombes ? Peut être simplement sa morale, qui lui donnait envie de claquer des jeunes qui n'avaient aucun respect pour les morts. C'était surement ça, oui. Le corps de Bérénice ne répond déjà plus à sa raison quand elle s'empare de la main à l'homme avant de s'élancer vers le cimetière. Elle ne réfléchit pas à la portée de son geste, elle ne pense plus qu'il y a peut être un quart d'heure cet homme était apparu devant elle de la manière la plus effrayante qui soit. Elle sait juste qu'elle a besoin de quelque chose qui la rappelle sur terre. Qu'elle a besoin de calme et de force et qu'Aodhan pouvait lui apporter tout cela, surement. Elle court parmi les allées et se fiche bien de son manque de respect à elle, là. Ce qui importe, c'est de trouver sa mère, le plus rapidement possible. Heureusement, elle connait le chemin les yeux fermés, l'ayant retracé des centaines de fois dans ses rêves, se réveillant pourtant à chaque fois au dernier tournant. A une rangée de distance, elle ralenti. La tombe lui fait face, bien à l'ombre sous un saule, inchangée. Même après huit ans. Tel qu'elle l'était dans son souvenir, tel qu'elle l'avait été lors de cette cérémonie symbolique sous la neige. Et la douleur l'écrase, lui aurait fait perdre pied si ce n'est pour cet main chaude qu'elle serre dans la sienne. Elle le lâche enfin et s'agenouille devant la pierre froide, la pointe de ses doigts se posant dessus, y cherchant une quelconque chaleur. Une présence. Mais elle n'est pas là et n'y sera jamais, puisqu'elle est avec elle. Qu'au fond, elles ne s'étaient jamais quittées. Retenant ses larmes, Bérénice murmure "Bonjour, maman" en français. Elle comprendrait, elle saurait. Elle ne sait pas combien de temps s'écoule avant qu'elle ne se souvienne de cette présence derrière elle. Il devait sûrement la prendre pour une folle, maintenant. Alors qu'elle se relève, elle dit à voix basse "Je suis désolée, j'ai paniqué quand j'ai entendu ces jeunes... C'est ma mère. Et même si elle n'est pas physiquement ici c'est tout ce qu'il me reste d'elle. C'est..." Mais la suite de son explication se noie dans sa gorge, alors qu'elle le regarde vraiment pour la première fois depuis leur arrivée ici. Son regard est plongé plus loin, plus profondément dans les tombes. Elle croirait presque y lire de la tristesse ou quelque chose qui y ressemble, du chagrin, de l'absence ? Mais aussi de la rage, de la colère, quelque chose qui ne semble jamais le quitter. Elle lutte pour s'empêcher de reprendre sa main et murmure simplement "Aodhan ?". Des mystères et des secrets.

_________________
I told her
I was lost in this world and she smiled because she was too we were all lost somehow but we didn't care we had in each others chaos found each other.
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MessageSujet: Re: The Beautiful and Damned. | Aodhan ♥   14.07.18 14:04
Bérénice, hein ? Une flopée de paysages français illustrés dans de vieux classiques et décrits dans tant de romans volettent devant ses yeux inquisiteurs, alors qu’il enregistre simplement, faisant comme elle l’effort de ne pas pousser les choses trop vite, de ne pas chercher à tout comprendre, d’être simplement reconnaissant qu’elle accepte, qu’elle le suive, qu’elle ne parte pas en courant, qu’elle réponde à sa question. D’être simplement reconnaissant qu’elle ne fasse pas ce que la plupart des gens auraient fait. Parce qu’il n’avait aucune raison valable pour proposer ce café. Parce que l’excuse du « pour vérifier que vous allez mieux » sonnait plus creuse que n’importe quelle raison qu’il aurait pu inventer. Parce que même lui était en terrain inconnu et avait du mal à le cacher.

Est-ce que c’est comme ça que se rencontrent les gens normalement ? A cause de quiproquos et de curiosité mal placée ? Est-ce qu’ils s’invitent à boire un café alors qu’ils ne connaissent pas encore le prénom de l’autre ? Est-ce qu’ils ont peur l’un de l’autre avant de finalement se laisser aller à avoir plus de calme que de peur ? Ce devait être épuisant. Ca aurait voulu dire qu’on ne pouvait pas se promener dans la rue sans que les gens ne viennent nous parler, que tout le monde commence à discuter dans des cafés. Quelle étrange idée. Belle, un peu. Pas pour lui, qui n’aurait pas supporté le manque de solitude, mais belle d’un point de vue esthétique, presque. Tout le monde serait plus radieux.

Bérénice. La France. Ses yeux l’observent en coin alors qu’ils approchent du café, alors qu’il essaie de l’imaginer en révolutionnaire, en humaniste, en tout ce qui avait tant transpiré de ce pays que l’Irlande avait pris les armes une fois parmi tant d’autres. Et il sourit à peine, rapidement, son sourire fuyant ses lèvres aussi brusquement qu’il y est arrivé, en imaginant cette jeune femme tremblante derrière les barricades. En l’imaginant utiliser la flamme qui chatoyait au fond de ses yeux clairs. Etrange, pas impossible. Peu probable, simplement. Après tout, elle était en Islande. Après tout, lui aussi. Même si elle avait un éclat de Marianne en elle.

La vue du cimetière le fait détourner le regard presque aussitôt, prétendant se poser sur les tables du café pour cacher la seconde de trouble, si bien qu’il ne remarque pas celui qui se loge dans les yeux de la brune. Si bien qu’il ne comprend pas qu’ils ont peut être deux ou trois choses en commun. Ou au moins une allée. Au moins une allée, un cœur qui déconne, un déni acceptant, une peine dévastatrice. Pas grand-chose, trois fois rien. Juste un manque. Pas ce qu’il y a, ce qu’il n’y a pas. Peut être qu’ils se ressemblent, un peu. Peut être que comme lui, elle n’est composée que des choses qu’elle n’est pas parce qu’elle n’arrive pas à voir ce qu’elle est. Peut être que comme lui, tout ce qu’elle sait, c’est ce qui lui manque. Pas ce qu’elle a. Que le contenu d’une tombe semble parfois plus important que le contenu de sa maison.

Le sourire le frappe en plein visage comme celui qui manque d’espoir, le seul qu’il n’aurait sûrement pas trop de mal à récupérer, et tout ce qu’il arrive à faire en réponse est de cligner lentement des yeux comme s’ils comprenaient. Pendant seulement quelques secondes après que son cerveau trop plein de manies se soit calmé, il se demande comment font deux personnes qui ne sont visiblement pas bavardes pour avoir une conversation. Il se demande même si ça a de l’importance. Si eux ne sont pas capables de converser sans rien dire. Mais l’idée est trop utopique, et le monde extérieur bien trop bruyant et impitoyable pour les laisser faire. Sous la forme de voix d’adolescents idiots, il vient leur mettre une gifle chacun, et verse un seau d’eau glacée directement sur leur crâne. Parce qu’ils n’auront jamais le droit de se reposer. Parce qu’ils sont ses victimes préférées. Parce qu’une rencontre comme une autre, ce n’est pas fait pour eux. Parce que s’il a réussi à les mettre à terre une fois, il peut bien continuer à s’amuser jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien d’eux.

La main dans la sienne manque de le faire tomber par terre alors qu’il avait déjà pris son élan pour partir. Trop habitué à la distance avec les autres, sûrement. Physique ou non. Ou trop surpris par le simple fait qu’elle soit celle qui ait mené le mouvement. Qu’elle soit celle qui court. Quelque part au fond de lui, il fait taire les questions qui se réveillent aussitôt, il fait taire la curiosité et l’humanité comme il l’a fait tant de fois, parce que ce n’est pas le moment, parce que ce n’est sûrement pas ce qu’elle cherche, parce que ça ne ferait de bien à personne, même pas à lui. Et parce qu’ils mettent les pieds sur une terre sacrée où on ne parle qu’en chuchotant, où on ne pleure qu’avec son âme, où on essaie de ne pas trop penser. Ou parce que plus de la moitié de son être est déjà en train de s’attendre au pire, déjà en train d’imaginer ce qu’il reste de lui réduit à un amas de pierres difformes. Pourtant il ne se libère de la main sous aucun prétexte, pas même quand le pas ralentit, pas même quand elle semble avoir trouvé ce qu’elle cherchait, pas même quand le soulagement se lit sur son visage. Parce qu’elle a eu tellement peur que lui-même est tétanisé. Parce que la chaleur dans sa paume semble le rassurer autant qu’elle l’emplit d’effroi.

Et il baisse un peu les yeux quand elle s’éloigne pour s’agenouiller, quand le français vient chatouiller ses oreilles, quand le murmure est si plein de tristesse qu’il lui semble porter le deuil avec elle. Quand il réalise qu’elle n’est pas seulement terrorisée mais aussi affreusement seule. Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. Il fait un pas en arrière, par respect, pour la laisser nager dans son chagrin sans se sentir responsable de sourire, sans avoir une quelconque pression sur les épaules. C’est en relevant à peine les yeux pour décrypter le nom sur la tombe en se flagellant mentalement pour sa curiosité malsaine qu’il se souvient qu’il est seul, lui aussi. Qu’il avait quelqu’un à protéger, lui aussi. Enfin, un bloc de pierre.

Alors son regard se perd bien trop profondément dans les rangées, champ de bataille des temps modernes, comptant presque frénétiquement chaque ligne, chaque colonne, jusqu’à arriver au chiffre parfait, au milieu exact, à celui qu’il avait trouvé, qu’il avait réclamé. Et la voix mélodieuse vient calmer ses sens et lui permettre d’enfin la repérer, intacte, simple, propre, étrangère. Sa mère. Pas totalement française, alors, peut être. Etrangère dans son propre pays. Orpheline. Tout ce qu’il lui reste d’elle. Il veut lui dire qu’elle n’a pas à s’excuser, qu’il comprend, qu’il aurait fait la même chose, qu’il a fait la même chose, lui demander si tout va bien, si elle veut en parler, si elle veut qu’il oublie ce qu’il a vu, si elle veut partir et ne plus jamais le revoir pour ne pas avoir à se souvenir, si ça fait longtemps, si c’est douloureux, si ça lui ronge l’âme. Mais ses yeux sont toujours bloqués sur la tombe à analyser chaque recoin aussi bien qu’il le peut de cette distance, mémorisant chaque détail pour être certain qu’ils sont pareils aux précédents. Même s’il l’écoute plus qu’il ne regarde. Parce que parler est tellement plus difficile.

Entendre son propre prénom le fait redescendre sur terre, et enfin ses yeux réussissent à se noyer dans les siens, sans qu’il ne réussisse à cacher de nouveau la peine, la colère, la solitude. Sans qu’il n’en ait envie. Parce qu’il les lit en elle comme dans un miroir. « Pardon. J’ai … Je me suis levé pour la même raison en fait, au début. Mon meilleur ami. Mais tout va bien. C’est bien. C’est très bien. » L’est-ce vraiment ? Est-ce qu’une tombe brisée n’aurait pas eu au moins l’avantage de leur faire voir que ce n’était rien de plus qu’une construction humaine ? Qu’ils n’étaient pas là, et qu’ils ne reviendraient pas ? Ses yeux dépassent Bérénice de nouveau pour se poser sur la tombe si bien entretenue, et un léger sourire vient flotter sur ses lèvres alors qu’il s’en approche, alors qu’il s’accroupit pour pouvoir frôler la pierre glacée de ses doigts. « Bonjour. Votre fille court très vite, j’espère que vous le savez. » C’est un murmure, comme un réflexe, comme dans une église, comme quand les choses sont trop intimes pour être dites à haute voix.

Il hésite à se retourner pour revoir la flamme dans ses yeux mais finit par plutôt s’asseoir au pied de la tombe, pour ne pas avoir à la regarder, et pour ne pas avoir à l’éloigner de celle qui semble tant compter. « Ca fait longtemps ? » Il aurait pu lire la pierre, mais il semble plus important de poser la question. Parce qu’il y a toujours plus de vie dans une réponse, ironiquement. Parce que les morts ne parlent pas. Il voudrait lui demander comment, pourquoi, comment était-elle, qu’est ce qui lui manque le plus, pourquoi une tombe sans corps, pourquoi cette pierre, pourquoi tant de soin quand personne ne l’entend pleurer, pourquoi, pourquoi, pourquoi. Pourtant, tout ce qui réussit à sortir de sa gorge est un « Ca va ? » presque doux, qui demande l’état général, qui se propose pour la rattraper si elle tombe, presque. Après tout, dans une situation si absurde, qu’est ce qui l’empêche de se comporter comme un ami le ferait ? Il ne la connaît pas, et pourtant, elle sait une chose sur lui que probablement personne ici ne sait, ou presque. Il sait quelque chose sur elle qu’elle ne doit confier qu’à ses meilleurs amis. Si le monde a voulu les mettre là, il n’aura plus qu’à assumer ce qui s’ensuit.
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MessageSujet: Re: The Beautiful and Damned. | Aodhan ♥   15.07.18 19:29
Quand cette pluie de sang aura séché sur la terre, toi et moi serons mêlés depuis longtemps à la poussière.


Elle aurait du venir ici bien plus tôt. Peut être que ses premiers pas en revenant ici auraient du la guider vers ce cimetière, vers cette tombe ombragée. Mais elle ne se sentait pas la force de l’affronter. En revenant, tout avait changé, mais pour sa mère, Bérénice aurait voulu rester la petite fille douce et innocente, celle qui pouvait rire à tout moment, qui n’était pas brisée. Elle n’avait pas eu la force d’affronter le regard de sa mère, son jugement. Alors elle avait fuit sa tombe, tout en continuant à en prendre soin de loin, sachant qu’un jour viendrait, qu’un matin elle se réveillerait avec cette évidence « il est temps de dire bonjour à maman ». Parce qu’elle lui manquait, énormément, d’une douleur inimaginable pour quelqu’un qui ne l’aurait pas vécu lui-même. Cette douleur qui ne s’était jamais apaisée malgré les années, malgré la distance. Elle avait appris à vivre avec, à l’ignorer, la comprimer, mais l’oublier, jamais. The ones who love us never really leave us. Elle n’avait pas réfléchi, après avoir entendu ces jeunes, après avoir imagine pendant une fraction de seconde le granit fracassé, le bouquet de romarin tombé au sol, écrasé. Elle n’avait pas réfléchi, quand ses doigts étaient venus se glisser entre ceux de l’homme qu’elle ne connait pas, quand elle ne lui avait laissé ni le temps de réagir, ni vraiment le choix. Elle avait encore moins réfléchi en courant, sinon elle se serait demandé pourquoi un irlandais avait perdu une partie de lui dans ce cimetière aussi. Elle se serait rendu compte qu’ils étaient tous deux étrangers dans ce pays. Parce que c’est ce qu’elle était, Bérénice. Etrangère à ce pays depuis sa naissance, dans son prénom et son physique, dans sa manière de toujours râler, si française semble-t-il. C’était toujours sa mère qui l’avait rattachée à ce pays et a sa culture. Et voila tout ce qu’il en restait, de ses attaches. Une tombe blanche, quelques fleurs, de l’onyx pour éloigner les mauvais esprits et du romarin pour le souvenir. Un corps parti en fumée et en poussière et à la mer. Tout ce qu’il lui reste d’elle.

Ses doigts avaient glissés sur la pierre froide, y cherchant un réconfort, une chaleur. La chaleur, toujours. Comment espérer la trouver en Islande ? Elle n’avait pas été capable de la trouver en France à l’ombre de la tour Eiffel, comment espérer la trouver ici au bout du monde. Elle avait tracé l’épitaphe suivant le nom et les dates du bout de ses doigts, ces quatre mots latins que sa mère lui avait laissé choisir, alors que ses lèvres s’étaient posées sur le front de Bérénice, plus légères que la brise, en murmurant qu’elle saurait trouver les bons mots. Ita fert corde voluntas. Cela lui suffisait. Elle n’était pas ici, de toute façon. Tout ça n’était que symbolique, s’attarder devant cette pierre est inutile. Parfaitement inutile. C’est ce dont elle essaye de se convaincre alors qu’elle se relève, alors qu’elle tente de s’expliquer, alors que les mots se noient dans sa gorge. Toujours si égoïste, toujours si égocentrée. Elle n’était pas la seule à avoir ses blessures et ses souffrances, elle n’était pas la seule à être si seule. Et les mots qui suivent l’assomment, la plongent à nouveau dans cette douleur qu’elle parvient si bien à ignorer au quotidien. Lui aussi, avait perdu la force qui faisait tourner son monde. Lui aussi était seul, et blessé, et vulnérable. Même s’il avait cette façon calme, presque détachée, de gérer les choses. Dans sa façon de dire que tout allait bien, Bérénice aurait voulu le secouer, lui dire que rien n’allait bien. Que c’était injuste qu’ils aient à aller dans un cimetière et à être devant un morceau de pierre pour se souvenir et se sentir proche de la personne la plus importante de leur vie. C’est injuste, qu’ils doivent continuer à fouler cette terre sans but, dans l’attente d’une délivrance, dans l’attente de quelque chose. Quelque chose qui les fera se sentir vivants de nouveau, ou morts justement, mais quelque chose qui les fera sentir.

Elle ne lui répond rien, rien d’autre qu’un de ces faibles sourires qui n’a toujours pas la force de monter aux yeux, mais qui exprime tout. Qu’elle comprend. Qu’elle n’a pas besoin de comprendre l’histoire, mais qu’elle partage la douleur les sentiments, surement. Chacun avait sa façon de réagir à la souffrance après tout. Mais il lui semblait qu’ils partageaient quelque chose ici, une force inouïe qui les faisait tenir debout plutôt que de s’effondrer, qui les faisaient avancer, peut importe ce qu’il arrive. Quand c’est au tour d’Aodhan de s’agenouiller devant la tombe, elle voudrait le toucher, sentir sa chaleur, se concentrer sur lui plutôt que sur tout le reste. Elle n’en fait rien, se contente de le regarder, interdite, tandis qu’un rire à mi-chemin entre le sanglot et l’hystérie se faufile dans sa gorge. Tous ceux qui la connaissaient, et sa mère par-dessus tout, savaient que Bérénice était d’une maladresse sans fin. Que même la dans classique n’avait pas réussi à effacer. C’était étonnant qu’elle ai réussi à les mener jusqu’ici sans trébucher, sans tomber, et sans mourir d’un collapse des poumons parce que trop de burgers et pas assez d’exercice. Peut être que cela valait le coup de s’être mise à courir finalement. Ce geste tendre d’une personne qu’elle ne connait pas envers sa mère, que lui ne connait pas, ne connaitra jamais, l’émeut plus qu’elle n’aurait pu le penser. Habituellement, il est normal que les gens s’adoucissent devant une tombe, qu’ils soient un peu maladroits. Mais là, c’était différent. C’était comme s’il lui parlait directement, comme s’il faisait une confidence à une vieille amie. C’était douloureux, et plaisant à la fois. Un de ces moments ou vous ne savez pas trop si vous voulez rire ou pleurer. La question, si simple et pourtant si difficile, fait virevolter le regard de la jeune femme vers la pierre à nouveau, plutôt que sur la silhouette. Longtemps ? Une demi-éternité. Et ce que c’est longtemps ? Trois jours avaient paru longtemps, puis six mois, puis un an. Puis huit. C’était long surement, huit ans, sans elle. Pourtant elle avait l’impression que c’était hier qu’elle s’étaient quittée, que la main dans la sienne était devenue pesante mais si légère. Qu’il n’y avait plus que le bip strident pour rompre le silence.

Dans un soupir, elle se laisse glisser au sol à ses côtés tandis qu’il lui demande si ça va. Pure formalité, mais il semble vraiment s’inquiéter, se soucier d’elle. Alors qu’ils ne se connaissent pas, alors qu’elle a peur de lui et du monde, et qu’elle a voulu kidnapper son chat. Si elle avait su ce matin en se réveillant qu’un chat la mènerait sur la tombe à sa mère qu’elle a si bien éviter avant, elle aurait ri. Elle avait bien envie d’en rire maintenant, si elle n’avait pas peur que ses rires se transformeraient en sanglots et si ses larmes ne sauraient pas vraiment si elles étaient de joie ou de tristesse. Les yeux à la jeune femme viennent se poser sur la main qu’elle avait saisie plus tôt, tentée de la reprendre à nouveau, de la caresser. Parce qu’il y avait une tristesse et une solitude en lui qu’elle devinait plus qu’elle ne la voyait, qu’elle aurait voulu pouvoir effacer. Mais elle se contente d’entourer ses bras autour de ses genoux relevés, le regard au loin, fixé sur un point précis dans le vide « Ca fait huit ans. Je ne sais pas si c’est long ou pas. J’ai l’impression que c’était hier qu’elle est partie, mais ça me semble long, huit ans. C’est presque trois milles jours. Ca fait longtemps, non ? » Un peu énigmatique. Mais elle n’y avait jamais vraiment réfléchi. Dans la vie de Bérénice, il y avait deux choses dont elle ne parlait pas, qu’elle commençait à peine à accepter. Il y avait Ezra, et sa mère. Elle n’avait aucun mal a parler des souvenirs qui lui restaient, de tout ce que chacun lui avait appris, mais parler de ces deux nuits ou son monde s’était effondré, non. Elle n’avait aucun mal a évoqué sa mère vivante, mais son fantôme était pesant au dessus de son épaule. Toujours à se demander si elle approuvait ses actions, si elle était fière d’elle. Alors qu’elle l’était certainement, de cette façon qu’on les mères d’être fières de leurs enfants quoiqu’il arrive, contre tout. Se saisissant d’une poignée du gravier qui constitue l’espacement entre les tombes, elle laisse les morceaux de pierre glisser entre ses doigts, répète l’opération plusieurs fois, jusqu’à garder les cailloux dans sa main et de la serrer fortement. Une douleur pour se sentir vivante. « Est-ce que tu me demande si ça va là tout de suite, ou avec cette situation en général ? Je ne sais pas. Je crois que j’aime me bercer dans l’illusion que tout vas bien, que j’ai fait mon deuil. Mais c’est faux. Elle me manque toujours encore horriblement, chaque jour, chaque seconde. Parfois j’ai envie de me retourner et de lui demander son avis sur quelque chose, mais je me retrouve devant le vide. J’ai envie de regarder des vieux classiques avec elle, entourée dans un plaid tandis que ses mains caressent mes cheveux. C’est stupide, c’est des vieilles habitudes enfantines, mais elles me manquent. Pourtant, j’imagine que ça va, je pense avoir appris à vivre avec mes démons. » Elle s’était permise de le tutoyer parce qu’il lui semblait que dans ces moments, la froideur et la distance importait peu. Elle s’était permis de parler un peu, parce que cela lui faisait de bien. De mettre des mots sur les choses qu’elle préférait garder pour elle d’habitude. Peut être parce qu’elle pensait qu’il l’écouterait, qu’il la comprendrait. Rouvrant finalement sa main endolorie, elle chasse les cailloux incrustés dans sa peau d’un léger secouement avant de se constituer un sourire, un masque plus léger sur le visage. Quelques larmes étaient venues se loger au coin de ses yeux mais elle ne les chasse pas. Parce qu’elles sont légitimes. Retournant son visage vers celui si indéchiffrable, si complexe d’Aodhan, elle lui dit « Je pense que suis sensée te demander les mêmes choses. Mais j’aurais l’impression d’entrer dans ta vie privée et je n’aime pas ça. Alors euh… Sache juste que je suis là, si tu veux. Si tu veux dire ou faire n’importe quoi. Je suis là. » Parce qu’elle était du genre à parler quand on lui demandait, mais à ne jamais retourner la question. A ne jamais sonder l’autre. Ce n’était pas un manque d’intérêt, ou de curiosité. Juste la peur profonde d’être trop intrusive et de déranger l’autre. Mais à cet instant précis, elle se souciait énormément de lui. Ita fert corde voluntas. Elle suit la volonté du cœur.

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MessageSujet: Re: The Beautiful and Damned. | Aodhan ♥   15.07.18 23:47

Elle a l’air si triste. On dirait une de ces peintures anciennes qui représentent des femmes en noir, celles qui avaient tout perdu, les dernières debout au milieu des cadavres des gens qu’elles avaient aimés. Celles qui avaient survécu mais qui auraient préféré mourir les premières. C’est ce qu’il se dit, en l’observant. En comprenant doucement que le lien qu’elle partageait avec celle que la pierre représente était un des rares qui serait éternellement irremplaçables. Elle a l’air si fragile, si vulnérable, à genou devant ce granite froid. Et pourtant, elle a l’air si belle, dans sa tristesse. Parce qu’elle l’embrasse, probablement. Qu’elle sait qu’elle est là, et qu’elle vit avec comme avec une vieille amie dont on arrive jamais vraiment à se lasser. Comme ceux qui ont perdu la lutte mais qui continuent de marcher parce qu’ils ne savent rien faire d’autre. Et même si ses propres yeux se perdent dans les allées, il sait que tout ce qu’il cherche, lui, c’est une pierre avec un nom. Pas un symbole. Pas vraiment. Si ce n’est de son propre vide.

Parce qu’il n’est pas triste, lui. Il devrait l’être. Il le sait, en soit. Mais peut être qu’il est toujours dans la phase de déni, après tout. Peut être qu’il n’en sortira jamais. Certainement. Comment est-on censé penser que quelqu’un qu’on ne voyait déjà plus est mort ? Quand ils s’étaient quittés physiquement, ils avaient quoi ? Vingt deux ans ? A peine un peu plus ? Ca semblait absurde, de se dire que s’il revenait, il n’y serait plus. Ca semblait absurde de se dire qu’il reviendrait un jour. Ils étaient tous morts, en quelques sortes. Ou alors c’est lui qui était mort, en partant dans cette terre glaciale. En y plantant cette pierre qui aurait dû voir fleurir une herbe verte et qui ne récoltait que de la neige. Oui, c’était sûrement le déni. Le déni éternel. L’absence d’émotions. Ou la trop grande tristesse. Qui sait ?

Pas lui. Peut être elle. Parce que ses mots résonnent dans sa poitrine, alors qu’il repose son regard sur elle, alors qu’il s’explique à demi-mots d’une voix neutre. La neutralité ou la colère. Un extrême ou l’autre. Dommage. Mais elle. Elle n’était pas un extrême ou l’autre. Elle était un tout. Plus il la regardait, plus il le voyait. Dans sa manière d’être triste. Dans sa manière d’avoir peur. Elle en avait probablement trop vu. Et cette pierre, ces mots latins, c’était probablement tout ce qui la rattachait encore à l’innocence de l’enfance, celle qu’elle devait avoir perdue, celle dont lui ne se souvenait même pas. Il a presque envie de lui dire que ça ira mieux, mais il n’a jamais été un grand partisan du mensonge. Et puis comment pourrait-il le savoir ? Ses yeux se posent sur la dalle, et il essaie de s’imaginer ce qu’elle doit ressentir. Mais il ne se souvient pas avoir eu véritablement une mère sur qui pleurer une fois perdue. Non. Il ne pourrait pas comprendre. Personne ne pourrait. Mais peut être que le deuil, ce n’est pas censé être solitaire.

Pourtant il n’ose pas vraiment. S’imposer dans ce qui semble être si intime. Pas seulement parce qu’il n’a jamais été à l’aise avec les sentiments, avec les autres êtres humains. Pas seulement parce qu’il est maladroit et qu’il pourrait la blesser en voulant essuyer ses larmes. Mais parce que quelque part, il y a toujours cette petite voix qui lui dit que ça ne le regarde pas, qu’elle préfèrerait sûrement être seule, qu’il n’est qu’un inconnu, que l’attendrissement qu’il ressent pour elle n’excuse en rien ses actions, qu’il est une nuisance et qu’il devrait la laisser avec sa mère, avec celle qu’elle semble tant aimer. Mais elle sourit, et il n’a pas le cœur à s’en aller tant elle semble porter tout le poids du monde sur ses épaules. C’est étrange, de s’inquiéter pour une inconnue. Mais peut être qu’elle est unique en son genre. Peut être qu’elle réveille quelque chose en lui qu’il pensait éteint. Une petite part d’humanité qui gigote quelque part, comme heureuse qu’on se souvienne de son existence. Alors il fait la seule chose qui lui semble logique, dans ces moments là. Il ne lui parle plus à elle. Il parle à celle qui compte. Qu’importe qu’elle ne soit pas là, après tout ?

C’est peut être un mauvais coup du sort. Peut être que si il y a vraiment un Dieu, ou des fantômes, ou un peuple de la forêt, ou n’importe quelle autre invention utopique, ils ont voulu qu’ils se rencontrent dans cet endroit qu’ils aiment autant qu’ils le détestent. Dans cet endroit qui leur réveille le cœur en le brisant de nouveau. Devant ces pierres qui manquent de vie et ces fleurs qui poussent trop vite, preuve que la mort règne sur les lieux. Ce serait amusant. Etrangement ironique, presque cruel, mais amusant. Le genre de chose qu’on raconte des années après avec une touche d’émotion dans la voix. Le genre de choses pour lesquelles on est capable de croire en la vie, peut être. Ironique, dans ce lieu, vraiment.

Il la sent s’asseoir à ses côtés, mais il ne détourne pas ses yeux de la pierre. Comme une pudeur, comme pour la laisser ressentir sans avoir à se sentir observée. Alors même qu’il lisait chaque émotion en elle quelques secondes plus tôt. Alors même qu’il a observé sa peur comme une dissection. Le deuil, ce n’est pas la même chose. C’est personnel. Ca vous brise l’âme. Et l’âme, ça ne s’observe pas. « Je suppose ? » Ca a l’air une éternité, huit ans. Surtout qu’elle a l’air si jeune. Pourtant, vieillie par la vie. Par la douleur de la vie, sûrement, plutôt. Mais huit ans, quand quelqu’un vous manque, ce n’est pas grand-chose. « Je suppose que ce sera toujours hier, de toute façon. » Ou jamais, dans son cas. Est-ce qu’on est capables un jour, de se dire que ça fait longtemps, que c’est du passé, qu’il ne faut plus y penser ? Tout le monde lui avait dit qu’il fallait continuer d’avancer. C’est ce qu’il a envie de lui dire aussi. C’est la banalité qui sonne le moins faux. Mais ils avaient continué d’avancer. Il savait qu’elle l’avait fait. La détermination dans son regard le lui avait dit. Et pourtant … Pourtant, ça n’avait pas l’air d’avoir changé quoique ce soit.

Son regard est happé par le mouvement de sa main, parce qu’elle est près de lui, parce que la distance physique qu’il met entre lui et les autres n’a pas été respectée, parce qu’il ne l’avait même pas réalisé, parce qu’il l’avait laissée prendre sa main sans se poser de questions, parce que le moindre mouvement réveille quand même ses sens en alerte et qu’il se surprend à ne pas se sentir un tantinet menacé. A penser qu’il aurait préféré que ce soit une menace plutôt que cette manière de se faire du mal pour ressentir qu’il n’avait que trop vue, qu’il ne connaissait que trop bien. Mais il la laisse faire. Parce que ce n’est pas sa place de l’empêcher. Parce que parfois, se faire du mal était une bonne chose, pour réussir à garder pied, et il le sait très bien. Alors il écoute, simplement, en laissant ses doigts jouer avec les brins d’herbe à ses pieds distraitement. La vie qui pousse dans le champ de cadavres.

Elle est honnête. Si honnête que ça lui coupe le souffle. Alors il se permet de la regarder de nouveau, avec une expression nouvelle sur son visage, une qu’il n’a pas ressentie depuis bien longtemps. L’admiration. Oui, c’est probablement ça. « Je vois. » Oui. Il n’y avait pas grand-chose de plus à dire, n’est ce pas ? C’est d’une tristesse infinie, mais c’est sa tristesse infinie. Celle avec laquelle elle a appris à vivre. Et il ne peut pas s’empêcher de trouver ça admirable, dans toute sa désolation. Il ne réalise même pas qu’ils se sont mis à se tutoyer. Ce serait étrange, de parler de la personne morte qu’on aimait tant à un inconnu, de toute façon, non ? Même si c’est tout de même ce qu’ils font. Même s’ils sont étrangers l’un pour l’autre. C’est peut être pour ça qu’ils sont si honnêtes avec eux-mêmes, justement. Parce qu’elle ne s’inquiète pas d’inquiéter les autres. Parce qu’il ne s’inquiète pas qu’elle le voit comme vulnérable. Parce qu’ils peuvent être humains et tristes et brisés et affreusement seuls en toute sérénité.

Les yeux se reposent sur le mouvement des mains alors que les cailloux tombent, mais ils ne deviennent plus triste qu’en croisant le sourire factice sur les lèvres de Bérénice. Et il a envie de lui dire de ne pas sourire, de ne pas penser à autre chose, de se laisser nager dans sa peine et sa colère, de ne pas chercher à en sortir sous prétexte qu’elle n’est pas seule, de ne pas faire attention à lui. Il a envie de lui dire qu’il n’est rien de plus qu’une tombe parmi les autres, un morceau de pierre qui ne représente plus grand-chose, et qui est juste planté au mauvais endroit. « Merci. » C’est la seule chose qui lui vient, alors qu’il déglutit à peine. Merci pour quoi ? Pour être là. Probablement pas. Il n’avait pas demandé ça. Pour ne pas demander, peut être. Un petit sourire fatigué vient flotter sur ses lèvres, et il arrache deux brins d’herbe pour s’occuper les mains. « Je n’aurai peut être pas dû te demander tout ça, d’ailleurs. Désolé. T’es pas obligée de me répondre, tu sais ? Je suis juste un inconnu. » Personne. C’est un peu ça. Personne.

Est-ce que ça fait du bien, de parler ? C’est ce qu’il se demande, alors que ses yeux arrêtent enfin de la dévisager, alors qu’il réalise enfin qu’il doit être gênant, à la fixer de cette façon, alors qu’ils retrouvent le marbre blanc. Est-ce que c’est censé être agréable ? Il lui avait toujours semblé que ça ne se faisait pas. Qu’on devait tous garder notre monde intérieur pour nous même. Que les autres n’avaient pas à subir les fluctuations de nos sentiments et les manquements de battements de cœur. Que les larmes de l’âme, c’était comme le sang sur les mains. Moins on en parle, moins ils existent. Peut être que c’était idiot. « Je pense pas qu’ils arrêtent de nous manquer. J’en sais rien. Ou alors c’est juste que moi il me manquait même quand il était en vie, alors ça me change pas vraiment grand-chose. C’est horrible, dit comme ça, non ? » Il en rirait presque, si sa voix n’était pas bloquée dans sa gorge. Au moins, il sourit, un peu. Au moins, il se permet de la regarder, de nouveau. « Pardon. » Rire dans un cimetière. Quelle idée. Quand on côtoie trop la mort, on la désacralise.

Le plus doucement possible, il se redresse pour venir attraper la main qui a libéré les cailloux du bout des doigts. Pour venir en chasser les derniers grains de terre, le plus délicatement possible. Pour s’occuper les mains autant que pour rassasier le besoin de son corps de la rassurer, ou de la réconforter, il n’en a pas la moindre idée. « Mais si ça te fait du bien d’en parler, je suis content d’être là pour ça. C’est toujours plus simple, de parler à des inconnus. » Et à personne. Pourtant, il ne force pas pour garder sa main. Il la laisse juste reposer sur la sienne pendant que l’autre est occupée à chasser des grains qui ne sont déjà plus là. Il ne se rapproche pas plus que nécessaire. Pour lui laisser l’occasion de s’éloigner, de se libérer, ou de partir. Pour ne pas faire prisonnière une personne qui semble bien trop prête à se noyer.
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MessageSujet: Re: The Beautiful and Damned. | Aodhan ♥   16.07.18 21:32
Ceux qui s'aiment aujourd'hui doivent mourir ensemble s'ils veulent être réunis. L'injustice sépare, la honte, la douleur, le mal qu'on fait aux autres, le crime séparent. Vivre est une torture puisque vivre sépare.


Elle était bien consciente, d'être un livre ouvert au monde. Chacune de ses expressions déchiffrable même pour un enfant, à peine capable de garder quelque chose pour elle. Qu'elle soit triste, ou heureuse, ou énervée, tout se voyait sur le visage de Bérénice. Souvent, elle s'en fichait. Parfois, cela l'arrangeait, quand on la laissait tranquille parce que son visage aurait pu vous paralyser d'un regard tel Méduse. Rarement, cela l'insupportait. Parfois pourtant, elle aimerait être capable d'en faire autant chez les autres. Elle voudrait pouvoir comprendre au premier regard, saisir la totalité du personnage. Elle avait l'impression de déceler quelque chose chez Aodhan, l'espace d'un instant, puis cela disparaissait, de nouveau. Elle avait eu l'impression de voir de la tristesse, et de la colère, et même de la rage aux fond de ses yeux clairs, puis quelques secondes plus tard, elle s'était demandée si elle n'avait pas juste tout rêver. Cela lui paraissait bien, de choisir à quel moment quel information allait être révélée, certaine surement jamais. Cela lui paraissait bien, de pouvoir cacher sa tristesse qui ne semblait jamais la quitter elle, qui faisait surement parti de son visage, de sa façon de sourire jamais vraiment complètement. Elle était heureuse, la majorité du temps. Pourtant elle n'arrivait à le montrer, pas à le vivre. Parce que tellement de choses étaient foutues dans sa vie, mais qu'elle se refusait de baisser les bras. Parce que la vie ne gagnerait pas contre Bérénice. Elle pouvait lui prendre sa mère et son honneur et son meilleur ami, elle pouvait les détruire et lui rendre à reconstruire, Bérénice se mettrait au travail dans la seconde. Elle pouvait décider qu'aucune partie de son âme ne serait cachée au monde, et Bérénice dirait "d'accord".  Alors elle s'était présentée devant Aodhan comme elle était, dans sa fragilité et sa tristesse et sa rage. Dans son envie de se plier au monde et de le faire exploser tout à la fois. Dans ses convictions de bourreau mais son comportement de victime. Dans son égoïsme et sa naïveté. Parce qu'elle était probablement honnête au dessus de tout, et qu'il ne semblait pas être le genre de personne à tolérer ou à mériter qu'on lui mente ou qu'on lui cache des choses.

Elle se demande l'espace d'une seconde si un meilleur ami vaut une mère. Si un camarade de galère vaut celle qui vous à donner la vie. Si une amitié vaut une famille. Et elle se dit que oui. Parce qu'ils disent que les amis sont la famille qu'on s'est choisi. Parce que tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir Liv Palsdottir comme mère, parce que tout le monde n'a pas la chance d'avoir un parent aimant et attentionné et prêt à tout pour son enfant. Tout le monde n'a pas un lion à ses côtés. Mais un ami, vous le choisissez pour qu'il soit tout ça. Vous le choisissez parce qu'il vous fait rire, parce que votre tête se niche à la perfection au creux de son épaule, parce qu'il boit vos paroles comme une parole divine. Et inversement. Elle essaye d'imaginer un monde sans ses meilleurs amis, sans lui surtout, et cela lui coupe le souffle tant cela parait impossible, tant cela la briserait. Elle n'a pas la force de lui demander si cela fait longtemps, pour lui aussi. Elle n'a pas la force de se creuser dans les méandres de ses pensées. Mais à sa façon de lui répondre, quand il suppose que ce sera toujours hier, elle a l'impression que cela fait longtemps. Et que un an ou huit ou dix, n'y changeront rien. Ils disent que le temps guéri tout, mais c'est faux. Il panse à peine, il fait oublier. Mais guérir ? Jamais. Alors quand on y pense, c'est hier, et quand on n'y pense pas, c'est huit ans. C'est un peu contradictoire. Mais à partir du moment ou on vous prend ce qui compte le plus à vos yeux, ce qui est le plus cher, plus rien n'est vraiment logique. Plus rien ne fait vraiment de sens. Pas plus les cailloux qui viennent se loger dans sa main crispée, que les brins d'herbes arrachés.

Quelque part, elle est heureuse aussi, qu'il la laisse faire. Qu'il ne l'empêche pas de se faire du mal, comme certains le diraient. Qu'il ne prononce pas non plus ces phrases factices que tout le monde emploi, confronté à la mort. Que la vie continuerait, qu'elle irait mieux. Que la mort faisait parti de la vie. Elle savait déjà tout cela, elle le comprenait même. Pourtant, une fois devant le corps sans vie d'un être aimé, ils ne faisaient plus de sens. Elle était heureuse de pouvoir vivre sa tristesse à sa manière, en souriant une seconde puis l'effaçant celle d'après. En ayant cette folle envie de tout détruire au fond d'elle, de détruire le monde autour d'elle comme il l'avait détruit, elle. Elle est heureuse qu'il n'essaye pas d'en savoir plus, la poussant à peine à se confier, lui tendant sa main, idéologiquement, pas physiquement. Et par dessus tout, il n'essaye pas de se mettre en avant, de lui montrer qu'il y a pire dans le monde que d'être presque orpheline et d'avoir une tombe vide. Il n'essaye pas de prouver que sa douleur est plus profonde, qu'elle doit cesser de s'apitoyer sur son sort. Il est juste là, ni trop proche ni trop loin, avec ses regards froids et calculateurs et ses ébauches de sourire. Il semblerait que c'est exactement ce dont elle à besoin. C'est elle qui voudrait le remercier, même si elle ne sait pas trop pourquoi. Lui non plus, probablement.

Elle voudrait lui dire de ne pas être désolé, qu'il n'a rien fait de mal. Elle voudrait lui dire que si elle a choisi de lui répondre, c'est parce qu'elle en avait envie, pas parce qu'elle a été forcée. Elle savait au moins une chose sur elle, c'est qu'elle ne se laisserait pas être contrôlée. On pouvait bien tout lui retirer, user de la force pour la faire plier, son intérieur resterait de pierre aussi longtemps qu'il le fallait. Il se fissurera et se brisera par endroit, mais ne craquera jamais. La vie lui avait appris cela, difficilement. Elle ne sera plus jamais contrôlée, plus jamais forcée à faire quelque chose contre son gré. Alors elle le coupe presque brutalement, tranchante. "Tu n'es pas un inconnu." Et la révélation lui vient en même temps que les mots. Ils ne se connaissaient pas une moins d'une heure plus tôt, elle ne soupçonnait même pas son existence et pourtant, il n'était pas un inconnu. Plus vraiment. Il y avait eu un échange de secrets, de sentiments entre eux, qu'elle n'avait pas eu avec bien des personnes qu'elle considérait comme connaissances ou comme amis. Elle ne parlait pas d'emblée de sa mère. En même temps, qui commençait une discussion par "Hé bonjour, je suis Bérénice et ma mère est morte !" ? Pas elle en tout cas. Cela faisait parti des choses qu'elle préférait garder pour elle, qui ne s'installaient dans une discussion qu'après de longues semaines. La pourtant, elle avait été forcée de s'expliquer et de lâcher deux de ses plus gros secrets à une personne dont elle connaissait à peine le prénom. Pourtant elle n'avait pas l'impression d'avoir été forcée, ou d'avoir fait une erreur. Elle n'avait pas l'impression de s'être débarrassée de ce secret inutilement. Parce qu'il la comprenait. Surement. Parce qu'il avait vécu des choses similaires. Parce qu'ils s'étaient levés de leurs chaises comme une seule et même personne, mues par le même objectif, par la même force. Et même si leurs chemins n'avaient pas forcément été les mêmes, si leur façon de gérer l'avant et l'après n'avait pas été la même, ils se comprenaient. Dans leurs mots et dans leurs silences, dans le besoin d'avoir l'un et l'autre, ils se comprenaient. Alors non, Aodhan n'était pas un inconnu. Il ne devait pas penser cela. Et même si elle ne devait plus le recroiser par la suite, ou s'ils devaient se contenter de hocher poliment la tête quand leurs épaules se frôleront dans les rues de la vie, il n'était pas un inconnu. Il serait l'homme qui s'est agenouillé devant une tombe vide et qui avait prononcé quelques mots pour une vieille amie. Il serait l'homme qui avait écouter, qui avait réfléchi, qui avait compris beaucoup plus que nécessaire, beaucoup trop.

Alors qu'elle se sent libérée du regard pesant sur elle, Bérénice ne sait pas trop quoi en penser. Elle ne sait pas si cela la soulage, de pouvoir arrêter de se forcer à sourire, ou si au contraire elle préférait le regard inquisiteur sur elle, qui la poussait à se dépasser, à se contenir. Ne pas craquer. Il la laisserait probablement faire, essayerai de la consoler, trouverait cela normal. Mais elle en avait assez, de s'apitoyer sur son sort. Elle en avait assez, d'être tel un chaton abandonné, tâtonnant dans la vie, les yeux à peine ouverts. Pour lui, pour sa mère, pour le monde, elle serait forte. Au diable les sentiments. Et puis aussi rapidement que sa conviction est venue, elle se remet à vaciller. Parce que son cœur se serre en entendant ses mots, alors que leurs regards se croisent. Elle s'apprête à lui répondre, à dire quelques mots prouvant qu'elle comprend, qu'elle ne partage peut être pas le sentiment mais qu'elle comprend. Quelques mots doux pour apaiser sa blessure à lui aussi. Mais il lui demande pardon et les mots se noient dans sa gorge encore une fois. Pourquoi ? Il n'avait rien fait de mal pourtant. Parfois, Bérénice avait l'impression que les gens s'excusent trop, ou elle pas assez. Parfois, elle avait l'impression d'être une horrible personne, imbue et égoïste. Pourquoi ? Avec une douceur presque irréel, qui ne colle pas avec l'homme, il vient se saisir de la main un peu douloureuse, un peu salie. Un peu idiote.  Les gestes doux, délicats, glissent un sourire honnête sur ses lèvres. Parce qu'il est toujours réconfortant d'être tenu, de sentir la chaleur d'un autre cœur, de se souvenir que vous n'êtes pas seul. Et elle ne se sent aucunement menacée, ou forcée. Parce que les glissements sur sa paume son une autre façon de se sentir vivante, bien plus agréable. Bien plus humaine.

Pourtant quand il lui répète qu'il n'est qu'un inconnu, sa main se retourne et se saisit de celle sur laquelle elle reposait à la vitesse de l'éclair. Elle la serre comme un serpent qui étouffe sa proie. Elle se fiche bien de pouvoir lui faire mal, elle se fiche bien de pouvoir le fâcher. Il fallait que cela s'arrête. "Est-ce qu'on peut dépasser le stade d'inconnus, d'étrangers et d'orphelins ? Je veux dire, ce qu'on vie là, j'ai envie de croire que c'est plus que ça. J'ai envie de croire que cela me fait du bien de te parler justement parce que tu n'es pas un inconnu." Elle s'était montrée plus sèche qu'elle ne l'avait voulu, plus autoritaire. Presque étonnée de sa soudaine rancœur. Mais cela la blessait, s'il continuait à croire qu'il n'y avait que des civilités, entre eux. Peut être qu'il était difficilement acceptable pour Bérénice que tout le monde n'est pas aussi enclin à la présence humaine qu'elle ne l'était. Peut être qu'elle avait oublier ce que c'était, d'être blessée et solitaire. Peut être, surement, qu'Aodhan ne voulait rien de tout cela. Peut être, surement, qu'elle le dérangeait. Desserrant son étreinte, mais gardant néanmoins la main dans la sienne, elle soupire avant de murmurer à son tour "Pardon..." parce qu'il lui arrivait de se sentir en tord. Parce qu'elle avait l'impression d'être injuste avec lui, mais qu'elle tâtait en terrain inconnu. Parce qu'elle avait envie d'en savoir plus, mais pas la force de demander. Parce qu'elle avait envie de ne pas le laisser partir, sans trop savoir pourquoi, sans trop savoir comment. Peut être que c'était son talent. Si elle était incapable de cacher quelque chose, peut être qu'elle était capable de voir quand quelque chose méritait la force de se battre et de ne pas abandonner, quand quelque chose était important. Peut être par habitude, méthodiquement, son pouce s'était mis à caresser le dos de la main qu'elle tenait, avant de réaliser son geste et d'arrêter aussi vite qu'elle avait commencer. Parce qu'elle aimerait pouvoir le réconforter mais qu'elle ne savait pas comment. Elle voudrait comprendre sans être intrusive. Ses yeux rivés sur leurs mains, elle ne fait pas non plus un geste pour s'approcher, parce que cela semble important, pour lui. Alors elle tâtonne de nouveau, elle essaye de trouver les bons mots "Pour ce que tu disais, avant. Tu ne devrais pas trouver ça horrible. Chacun à sa manière de traiter avec la vie. Certains le font ouvertement, beaucoup trop même, d'autres sont plus discrets. Certains sont victimes de leur destin, d'autres le prennent en main. Si tu trouves qu'il te manquait même en étant vivant, moi je trouve ça triste, pas horrible. Mais peut être que j'ai rien compris. Je suis prof de littérature après tout, pas psychologue." Encore une confidence, encore une information. Une légèreté pour essayer d'effacer tout ce qui est mal, tout ce qui est sérieux. Si c'est ce qu'il veut. Elle fini quand même par ajouter précipitamment "Mais tu as raison au moins sur un point, ça me fait du bien de parler à des gens qui comprennent." Pas des inconnus. Des semblables.

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MessageSujet: Re: The Beautiful and Damned. | Aodhan ♥   18.07.18 23:26
Sa présence lui apporte une espèce de réconfort qu’il ne connaissait pas et ne pensait pas connaître un jour. Là, au milieu de ces tombes, avec ce temps étrange et incertain qui définissait ce pays glacial où il ne faisait pas vraiment bon vivre, avec une inconnue, grâce à une inconnue, il lui semblait trouver un certain calme, un certain baume sur le cœur, une certaine berceuse sur la rage qui vivait en lui et décimait son âme. Minime. Parce que rien ne pouvait l’éteindre. Mais alors qu’il a l’impression qu’elle est apaisée pour la première fois, c’est tout ce qu’il est capable de ressentir. Et ce simple fait ne fait qu’éveiller un peu plus son intérêt pour cette femme, pour cette âme errante et esseulée, avec ses grands yeux tristes et son sourire plein de larmes et de colère. Parce qu’elle dégage une force chaotique, qui pourrait tout détruire, tout envoyer valser, et pourtant, elle est l’incarnation même de la douceur. Ca se voit dans sa manière de se tenir, dans le ton de sa voix, dans ses pas, dans sa façon de respirer, même. Comme une vague. Tantôt caressante et sereine, tantôt écrasante et meurtrière. Une vague qui le ramène chez lui, qui le calme en le noyant.

Et ses mots résonnent entre eux comme une vérité universelle. Non, peut être qu’il n’est pas un inconnu. Il a l’impression de l’avoir connue depuis toujours, comme un bout d’âme qui s’était envolé et qui avait trouvé sa place au creux des côtes de la brune. Peut être qu’elle n’est pas personne. Peut être qu’elle représente bien plus, et que si le destin, dieu, ou quoique ce soit qui puisse exister, a décidé de mettre son chemin au travers du sien, c’est pour ça. Peut être que ce sentiment de familiarité installé bien trop vite et auquel il n’est plus habitué depuis si longtemps vient du fait qu’il est censé être là pour l’écouter. Être là pour remarquer la tempête qui rugit en elle et qui ne demande plus qu’à exploser. Il pourrait, peut être. Parce qu’il la voit. Derrière ces pupilles sombres et pourtant si claires. Derrière ce marron illisible et évident. La flamme. L’envie de vengeance. Le besoin d’exister plus fort, de faire du bruit, de vivre, enfin.

Mais il ne dit mot. S’excuse. Laisse le terme inconnu flotter dans l’air sans le démentir. Parce que ce n’est probablement pas son rôle. Parce que même s’il pouvait, elle choisirait sans aucun doute n’importe qui d’autre, et elle aurait bien raison. Parce qu’il n’est qu’une oreille et des mots vides de sens pour peu qu’on ne veuille pas y ajouter le sien. Parce qu’il ne veut pas s’imposer, qu’il veut exister sans faire de bruit, sans laisser de trace. D’en avoir trop laissé, ou de ne plus savoir s’il l’a jamais vraiment fait. Il veut n’être qu’un miroir à qui elle pourrait parler sans craindre d’être jugée ou incomprise, qu’une surface malléable à ce dont elle a besoin, que de l’eau dans laquelle elle se comprendrait enfin. Il espère juste qu’elle voit que le reflet de ses yeux dans les siens est la réelle raison de la flamme. Il espère juste qu’elle existe pour eux, pendant qu’il écoute.

Il ne se permet de parler que quand il ne réalise pas qu’il parle, et ce n’est que pour dire la première chose qui lui passe par l’esprit, qui est maladroite, qui n’a pas sa place dans ces lieux, qui ramène l’attention sur lui alors qu’il voudrait qu’elle soit n’importe où ailleurs, qui lui rappelle qu’il existe alors qu’il préfèrerait s’oublier pour observer la vie chez les autres, chez elle, surtout. Une fois de plus, il s’excuse en se souvenant qu’il devrait réfléchir avant de parler, ou qu’il devrait arrêter de parler. Il se demande à quoi ressemblerait le monde s’il était muet, et oublie ce fait en prenant conscience qu’il ne pourrait jamais s’empêcher de hurler. Pourtant les discussions seraient tellement plus simples s’il n’avait plus le don de la parole.

Alors il passe cette barrière physique qu’il passe si rarement pour pouvoir la rendre plus propre, pour essayer d’adoucir de ses doigts maladroits la douleur de cette paume si douce. En se disant que si panser les blessures morales est impossible, une blessure physique n’est rien de plus qu’un des effets de la vie, une preuve que la mort n’est pas encore arrivée pour décimer tout sur son passage. Comme la douleur qu’elle s’est faite ressentir. La douceur qui suit la douleur, nécessaire et bienfaitrice. Peut être que c’est pour elle qu’on se blesse. Mais tout son corps se fige quand sa main est faite prisonnière, quand un inconfort douloureux la prend, quand son instinct lui hurle de frapper avant d’être frappé mais que sa peau devient immobile comme celle d’une statue sous l’appréhension. Immobile. Presque mort.

Les mots brutaux qui s’échappent des lèvres féminines n’arrivent pas à lui faire relever le regard de cette main qui ne veut plus le lâcher, et il doit se faire violence pour ne pas se laisser aller à la repousser le plus fort possible, à ne pas laisser sa main libre s’abattre sur cette peau trop douce, encore et encore et encore et encore, jusqu’à ce qu’elle abandonne, jusqu’à ce qu’elle le laisse libre, jusqu’à ce qu’elle cesse de vouloir le contrôler. Il se répète que ce n’est que Bérénice, que cette Marianne aux yeux tristes, que cette inconnue qui n’en est pas vraiment une, que ce miroir distordu de ce qu’il aurait du être ou de ce qu’elle aurait pu devenir, si un seul élément de leurs chemins les avaient épargnés ou empirés. Alors il ne dit rien, il se fait silence, il se rend invisible, autant qu’il le peut, malgré son cœur qui bat à cent à l’heure entre ses oreilles en réponse à ces mots si secs et pourtant si tendres.

« D’accord. » C’est un murmure, juste avant ses excuses. Excuses auxquelles il se contente de secouer la tête doucement, en faisant tout son possible pour relever le regard sur elle, pour prendre cet adoucissement de sa poigne pour un signe de sécurité, pour cesser, au moins avec elle, d’imaginer le pire quand l’autre ne veut que le meilleur. Parce qu’elle n’a aucune raison de s’excuser. Parce qu’elle a parlé avec son cœur et que c’est ce qu’il attendait d’elle. Et les pupilles bleues redescendent sur sa main en sentant la caresse du pouce, presque curieuses, pleines d’incompréhension. Parce que les contacts qui réconfortent sont si étranges, quand on y pense. Mais ça s’arrête, déjà, et il respire, de nouveau. Au moins jusqu’à ce qu’elle parle, et qu’un petit sourire vienne remplacer la curiosité presque innocente qui s’était installée sur ses traits.

« Peut être qu’on a pas besoin d’être prof de psychologie pour comprendre les gens en deuil, peut être qu’on a juste besoin de l’être soi-même. Ou peut être que tu ferais une bonne prof de psychologie. Peut être même que prof de littérature ça s’en rapproche naturellement. » Ou peut être qu’il disait juste n’importe quoi pour qu’elle n’ait pas à se sentir mal à l’aise de rester dans le silence auquel lui était pourtant si accoutumé. Même si elle n’était pas bavarde non plus. Même si elle laissait entrevoir un monde silencieux même en ouvrant la bouche. Mais pour exploser, il faut faire du bruit. Même si ça lui faisait étrange, de dire ce genre de choses. De ne pas chercher à cacher ce qu’il aimait, qui il était. Mais elle l’avait surpris avec un chat dans les bras, quelques minutes ou quelques années auparavant. Sa crédibilité était déjà inexistante. Et ça l’aidait à respirer, de ne pas chercher à être quelqu’un d’autre.

Et une petite chaleur naît dans son estomac à ses derniers mots, qu’il accueille en laissant son sourire grandir de quelques millimètres, la rareté de la chose rendant presque aussitôt ses joues douloureuses. Il essaie un millième de seconde de l’imiter et de caresser le dos de sa main avec son pouce, mais son mouvement est maladroit, si bien qu’il abandonne aussitôt et reste comme un imbécile avec sa main dans la sienne sans savoir s’il doit la serrer ou la libérer, dans un entre-deux éternel. « Parfait alors. Ca me fait du bien d’entendre des gens que je comprends. » Et d’être utile. Il prend son courage à demain avant de se montrer honnête. Avant de poser la question qui lui brûle les lèvres. Avant de décider que Bérénice ne s’offusquera pas. « Est-ce-que t’es … je sais pas trop ce que c’est. En colère ? » Elle a l’air en colère. Et pourtant elle est si calme.

Contre quoi ? La vie, sûrement. Celle qui prend tout et ne rend rien. Il voudrait lui demander tellement plus. Il voudrait lui demander depuis combien de temps elle pleure, et si ses yeux ont desséchés. Il voudrait lui demander si quelqu’un vient essuyer ses joues, ou si elle n’en a pas besoin. Il voudrait lui demander pourquoi son sourire est sincère une fois et affreusement triste la fois d’après. Il voudrait lui demander pourquoi elle tient debout quand elle voudrait s’écrouler et pourquoi elle s’écroule quand elle voudrait tenir debout. Il voudrait lui demander pourquoi elle le prend en compte alors que la seule chose qu’il désire est de lui être utile en écoutant et en pensant. Que tout ce qu’il veut être c’est personne.

Il aurait peut être pu le faire. Peut être. Si ce n’avait été de ce bruit trop aigu, trop faible, trop étrange. Ce bruit qui réveille comme un nouvel instinct dans son cerveau et le fait froncer les sourcils et tourner la tête. Chercher à identifier la source. Pendant quelques secondes, il rajeunit en redevenant un soldat aux aguets, juste assez pour comprendre, juste assez pour se redresser. Sans lâcher la main trop douce. Sans forcer dessus mais en exerçant une pression suffisante pour lui faire comprendre qu’il est temps de se relever. Qu’il est temps de faire quelques pas. De dire « on revient, maman ».

Un rang, deux rangs, puis trois. Presque entre la mère et le meilleur ami. Peut être que c’était vraiment un coup de on ne sait qui. C’est ce qu’il se dit alors que les petits bruits se font entendre de nouveau, en duo, au moins. « Mais qu’est ce que … » Là. A côté d’une tombe si petite qu’on dirait celle d’un enfant, qui donne à la scène un niveau de drame rarement vu auparavant, entre le marbre et les fourrés qui l’entourent, protégés de la vue mais pas du monde ou de la vie. Des yeux vairons qui s’ouvrent à peine. Il n’a même pas le réflexe de réagir, tant tout cela lui paraît absurde. Parce que que ferait une vie si pure dans un cimetière ? Mais après tout, que faisaient-ils, eux deux, dans un cimetière ? L’ouragan épuisé de gronder et la vague qui ne demande qu’à dévaster la rive.
(c) AMIANTE

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MessageSujet: Re: The Beautiful and Damned. | Aodhan ♥   05.08.18 5:46
Ne dis pas cela. Si la seule solution est la mort, nous ne sommes pas sur la bonne voie. La bonne voie est celle qui mène à la vie, au soleil. On ne peut avoir froid sans cesse.


Comment quelqu’un pouvait-il être aussi calme, aussi distant ? Presque détaché, presque mort déjà. Peut être l’était-il, au fond. Peut être qu’il faisait parti de ces personnes pour qui la vie n’était qu’une éternelle procession, attendant impatiemment la fin, mais trop peureux ou justement trop fière pour en finir prématurément. Pourtant, il ne semblait ni peureux, ni fière. Il semblait loin de tout, et si proche pourtant. Il semblait froid et pourtant, sa main dans la sienne était si vivante, si pleine de chaleur. Cet éternel mystère qu’est la vie, parfois enchanteur, parfois cauchemar. Il semblait craindre d’exister, de prendre une place inutilement, et pourtant furieusement vivant. Cela l’étonnait, la questionnait, l’enfonçait un peu plus dans ses pensées. Avec lui, rien ne semblait facile, rien ne paraissait acquis, et tout pouvais changer d’une seconde à l’autre. Mais surtout, il ouvrait mille questionnements dans l’esprit de Bérénice. Sur la vie et invariablement, la mort, mais aussi sur elle-même. Sur qui elle était et qu’il elle voulait être. Parce que qu’elle donnait habituellement l’impression d’être une jeune femme souriante et joyeuse. Qu’elle l’était, la majorité du temps. Quand toute sa vie n’était pas entrain de s’écrouler. Quand si ce n’était pas elle qui attirait des ennuis, c’était son meilleur ami qui merdait, ou son passé qui revenait sur le pas de la porte. Parce qu’elle donnait habituellement l’impression d’être souriante et joyeuse, mais que son sourire était surement faux depuis plus longtemps qu’il n’avait été vrai. Parce qu’elle voudrait être une tempête, une furie, un ouragan, mais qu’elle n’était qu’un chaton. A peine quelques griffes à sortir. La rage l’avait prise à l’aube de ses dix-huit ans et de l’avait jamais quittée. Presque comme si elle avait remplacé la place laisser vacante par sa mère. Une rage muette contre une mère. Pas vraiment gagnante au change. Mais encore une fois, elle n’avait jamais été très chanceuse avec la vie.

Il dit peu, et encore moins sur lui, mais semble avoir vécu milles vies. Le pourquoi était brulant sur les lèvres de la jeune femme. Pourquoi. Pourquoi quitter les vertes contrées irlandaises pour le froid islandais. Pourquoi un meilleur ami enterré ici. Pourquoi était-il mort ? Comment ? Milles questions, et aucune réponse. Parce qu’il n’est qu’un inconnu. Parce qu’il n’est que de passage. Et lorsque tout son corps se fige quand elle saisit sa main plus fermement, une infinité de questions vient s’ajouter. Pourquoi ? C’était elle, qui devait avoir peur. C’était elle, qui se figeait. C’était elle qui était trop effrayée par la vie au point d’en oublier de respirer. De parfois espérer l’oublier infiniment. Mais respirer, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie jamais. Malheureusement. Son corps se fige, et instinctivement, elle se retire un peu plus. Persuadée d’avoir mal agit. Persuadée d’être un poids. Persuadée de faire du mal aux personnes qu’elle aime, et maintenant même à celles qu’elle ne connait pas vraiment. Son corps se fige, et pourtant elle ne le lâche pas. Ne s’avoue pas vaincue, se reste fidèle jusqu’au bout. Même si cela signifie faire une connerie jusqu’au bout. Et pour le coup, c’en était très certainement une, une connerie. Mais il la prenait au dépourvu. Il l’intriguait, et en même temps, elle n’arrivait pas à le saisir. Alors elle se permettait d’agir librement, d’avoir cette trop grande facilité tactile. Ce besoin constant de sentir quelqu’un pour savoir qu’il était bien là, bien vivant. Peut être que d’avoir touché un être froid, cela annihilait tout. Peut être que vous n’en reveniez jamais complètement, de ce froid. Elle avait choisi de combattre ce froid, cette absence, par la certitude que tout ce qui l’entour était encore vivant. Et elle était presque certaine de ne pas se tromper en admettant qu’Aodhan avait choisi de rester dans le froid. L’Islande, un bon choix, ironiquement. Ce pays qui est une chanson de glace et de feu, qui ne cesse de bouger et de se transformer, de jongler entre les deux. Ce pays qui leur ressemble, probablement. Tout cela est bien étrange.

Son simple "d’accord" aurait le don de l’énerver, si c’était tout le monde sauf lui. Elle attendait constamment une réponse formulée, un dialogue, une réplique. Pas juste d’accord. Mais avec Aodhan, chaque mot semblait important. Chaque mot était choisi, aucun ne venait gratuitement. Alors elle garde sa colère quelque pars à côté de la rage, sa voisine de toute façon. Se contente de s’excuser, et de paraitre au moins autant désolée qu’elle ne l’est, au fond. Parce qu’elle ne voudrait pas le blesser. Elle ne voudrait pas le perdre, aussi ironique que cela puisse paraitre quand on n’a jamais vraiment trouvé la personne. Elle ne voudrait pas être la cause de leur séparation, alors qu’il lui semble qu’ils ont encore milles choses à se dire et a découvrir. Excuses platement refusées, ou niées. Excuses presque avancée pour son geste qui suit, puisque la première fois ne semblait pas avoir suffit. Et le soulagement de voir quelque chose comme de l’étonnement, ou de l’incompréhension, remplacer la lutte intérieure. A ses mots qui suivent, elle émet un "mhm" mi dubitatif-mi contemplatif. Elle ne voyait pas trop en quoi la littérature s’approchait de la psychologie. Peut être parce qu’elle passait son temps a essayer de décrypter ce que d’autres avaient voulu dire ? Peut être parce qu’elle passait son temps à laisser la place aux autres avant elle, à ne pas donner son avis, à ne pas s’immiscer ? Mhm. Un peu trop perdue dans ses pensées pour répondre quelque chose de sensé, pour quelque chose de plus que quoiqu’il fasse et dise, il était utile. Qu’elle ne voudrait pour rien au monde est autre part. Un peu trop perdue dans ses pensées, a peine consciente pour capter l’agrandissement minime du sourire, la tentative de reproduction du geste réconfortant avorté. Et la confirmation qu’elle aussi n’était pas totalement un poids, pas totalement inutile. Quelque pars, dans leurs silences et leurs gestes maladroits, dans leurs mots difficiles à poser sur des sentiments, ils se comprenaient. Peut être pas tout, mais assez pour savoir que c’était important.

La question est déroutante. Elle ne s’était jamais vraiment penchée sur ce qu’elle ressentait vraiment. Beaucoup trop de choses à la fois. De la colère, surement. Mais est-ce qu’elle était plus forte que le reste ? Parfois. De moins en moins. Moins ciblée, aussi. Au début, elle avait été en colère contre sa mère. Et contre elle-même. La culpabilité du survivant. Puis sa colère était devenue plus universelle, plus étendue, mais en même temps, moins puissante. Elle ne cachait plus tout le reste. Elle était en colère. Le sera toujours. Mais c’était davantage un sentiment d’injustice qu’une colère noire contre tout. Et elle avait appris à vivre avec et a ne pas la laisser gagner. Elle avait appris à lui préférer la joie, et l’allégresse, et l’amour. Parce que la vie est probablement trop courte, pour être en colère. Elle cherche un moyen de synthétiser tout cela, de trouver les bons mots pour une idée qui n’avait jamais vécue. Un simple "Oui…" le temps de glisser entre ses lèvres avant que le destin vienne tout chambouler. Avant qu’Aodhan ne se fige de nouveau, mais différemment. Un chat aux aguets, cherchant l’origine d’un bruit qu’elle peine à percevoir. Il se redresse et leurs mains ne se quittent pas. Un lien, une attache. Elle le suit docilement, s’efforce de ne pas faire de bruit, ce qui est inutile étant donné son naturel discret. Ne peut s’empêcher de glisser un regard en arrière vers le granite, se demandant quand elle la reverra pour la prochaine fois. Au revoir maman, je t’aime.

Elle se laisse guider entre les rangées parfaitement organisées. Ils s’approchent de la tombe qui lui est inconnue, et elle se demande pendant quelques secondes si c’est leur destination. Avant de poser sa main libre sur sa bouche pour étouffer un glapissement. Avant de comprendre et de voir ce qu’Aodhan avait entendu. Avant que la pensée de la tombe est chassée par une autre. Pourquoi ici ? Pauvres choses. Quel triste endroit, pour commencer une vie. Tant d’innocence et de pureté dans un lieu qui appelle à la noirceur. Est-ce que les choses cesseront un jour d’être aussi étonnantes ? Aussi imprévisibles ? Tout avait commencé avec un chat, tout finira avec un chat. Ou plutôt, des chatons. Des yeux vairons observant craintivement le monde, comme s’ils semblaient déjà conscients de sa laideur. Comme s’ils regrettaient déjà de devoir un jour quitter ces fourrées. Deux paires, inversées. Quel drôle de sort. Quelle ironie. Presque un mauvais sketch, presque un rêve. S’avançant doucement, Bérénice laisse sa main se détacher de celle qui la protégeait. Presque à contre cœur, trop rapidement habituée à se sentir en sécurité par une simple pression de main. Elle s’agenouille avec d’infinies précautions devant les petites boules de poils et les retire doucement de leur protection. Pardon de vous jeter ainsi dans la vie. Ils semblent en bonne santé, et forts, déjà. Ils semblent aussi si tristes et si seuls. Leur alter-ego. Les serrant contre sa poitrine, un sourire émue sur les lèvres face aux yeux étonnés et vifs, les petites pattes gigotantes, elle revient aux côtés d’Aodhan qui n’avait pas bougé. Elle murmure doucement "C’est peut être ridicule, mais tu crois que c’est un signe ? Tu crois que… Quelqu’un les a envoyés ?" Et se flagelle mentalement presque automatiquement. Il n’avait pas l’air d’être le genre de personne à croire à ce genre de choses. Elle non plus, d’ailleurs. Elle se corrige presque immédiatement en ajoutant "Tu peux rigoler, si tu veux". Même si elle mettrait sa main à couper qu’il ne rigolerait pas, pas d’elle. Pas de ce qu’elle pense. Parce que c’était tout de même beaucoup de hasard, et qu’elle aimait à croire que c’était une sorte de cadeau que la vie lui faisait, pour une fois. Parce que peut être qu’il ne fallait rien de plus qu’un chaton qui avait encore tout à apprendre de la vie pour reprendre la sienne en main. Quelle journée étrange. Quel pays étrange. Tout ressemblait de plus en plus à un rêve, alors qu’elle était bien consciente d’être éveillée. Alors que sa main aux doux picotements ne cessait de le lui rappeler. Caressant délicatement l’une des petites têtes qui avait d’emblée décidé de s’endormir, elle continue en disant "C’est beau, non ? Mais si triste. Pourquoi tout doit toujours être aussi triste ?" Peut-être plus une question à elle-même que pour Aodhan. Peut être plus une interrogation qui n’appelait pas à avoir de réponse. Et un lien encore plus indéfectibles que juste des mains liées.

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I told her
I was lost in this world and she smiled because she was too we were all lost somehow but we didn't care we had in each others chaos found each other.
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Pseudo : gavroche Messages : 47 depuis le : 17/06/2018 Avatar : Cillian Murphy Points : 320 A Reykjavik depuis : 10 ans Âge du perso : 36 ans Emploi/études : Chef cuisinier

MessageSujet: Re: The Beautiful and Damned. | Aodhan ♥   08.08.18 23:16
Sa ténacité est impressionnante. C’est tout ce qu’il se dit, en sentant cette main qui reste dans la sienne même quand le corps se prépare à rompre le contact, même quand il comprend qu’il ne pourra jamais être discret avec ça, même quand il se retient au dernier moment de maudire entre ses lèvres le monde entier. Il n’a pas vraiment envie qu’elle lâche sa main. Peut être parce qu’ils ne parlent pas beaucoup. Peut être parce que c’est plus réel, s’il y a un contact. Qu’ils ne peuvent pas oublier qu’ils ne sont pas seuls, puisque ce n’est pas les mots qui feront le travail. Mais pourtant, en cet instant, il se sent si peu seul qu’il a l’impression de ne jamais l’avoir été. Malgré le silence ambiant. Ou peut être grâce à lui. Parce que peut être qu’ils font partie de ceux qui n’ont pas besoin de parler pour se faire entendre de l’un et de l’autre. Mais pas vraiment. Parce qu’il ne l’entend pas. Parce que les questions continuent de rouler dans sa tête en cascade. Parce qu’il ne la comprend pas. Pas comme il ne comprend pas les autres, parce qu’il ne comprend pas grand monde. Il est lié à sa douleur grâce à la sienne, et pourtant, tout le reste de son être semble être une zone d’ombre. Mais une zone d’ombre familière. Une vieille amie, peut être.

Le froid. Quand elle y pense, son esprit s’y perd en parallèle. C’était ça, le fossé qui les séparait, alors ? Choisir d’ignorer le froid ou choisir d’ignorer la vie ? Il n’y avait pas un entre-deux, qu’ils étaient censés atteindre ? Les deux opposés qui se mélangent pour faire un équilibre, une théorie vieille comme le monde. C’était peut être ça. La fougue inconsciente et l’abandon enragé. C’était tout de même ironique, qu’ils se retrouvent dans une situation où ils devaient se confronter. Où ils voulaient se confronter. Eux qui n’avaient rien à faire là, dans ce pays glacial, au pied d’une tombe vide, alors que leurs pas n’auraient en temps normal jamais dû se croiser. Le froid. C’est agréable, le froid. C’est facile. On s’y habitue. On s’y sent chez soi. C’est presque agréable, tant c’est naturel. Le froid. Le silence. Le calme avant la tempête.

Elle dit oui, et ça lui suffit, autant que ça le frustre. Parce que lui aussi aurait voulu en savoir plus. Parce qu’il aurait voulu savoir à quel point elle était en colère, et si elle savait comment faire pour la calmer. Mais il savait déjà que ça ne lui apporterait rien. Parce que lui était certainement né avec. Pourtant il veut savoir. Pourtant il veut comprendre. Et quelle meilleure manière de se mettre à sa place que d’établir le niveau de colère avec lequel elle vit ? Chacun ses domaines d’expertise, après tout. Mais le destin, dieu, le Huldu, la vie, qui sait, vient déjà tout chambouler. Vient appeler ses instincts et lui faire oublier le monde extérieur, juste quelques secondes. Lui enlèvent sa réponse et ses questions de la bouche. C’est sûrement mieux comme ça. Les questions sont peut être trop théoriques pour être utiles. Ils n’en reviendraient toujours qu’au même point : elle est triste, et lui aussi. Et il n’y a rien à faire. Même pas apprendre à se connaître. Et qui dit que c’est notre vie, qui définit qui on est ? Elle l’explique beaucoup, certes. Mais est ce qu’il n’est pas temps de la laisser de côté, et de regarder ce que la mort qui danse dans le cimetière a à leur apporter à la place ?

Il essaie de ne pas la brusquer, de ne pas la presser, de lui laisser le temps de dire au revoir, de faire le deuil de l’absence d’une absence visible. Il essaie d’être doux, et de ne pas presser les choses. Mais ce n’est pas ce qu’il est. Alors peut être que le bras est tiré un peu fort avant qu’il ne se reprenne, peut être que les pas vont bien plus vite que ce qu’il avait prévu, peut être qu’il n’utilise pas du tout la bonne technique. Mais au moins, c’est silencieux. Parce que quand on fait du bruit alors qu’il ne le faut pas, on signe son arrêt de mort. Ou pire. Un simple regard au loin, n’oubliant son objectif qu’un millième de seconde pour s’assurer encore que sa tombe est en bon état, pour arrêter de la regarder avant d’avoir envie de la nettoyer, parce qu’il y passerait des heures, des jours, et probablement des morceaux de peau. Et ils arrivent, et le silence se fait plus présent encore alors que la surprise s’installe dans leurs cœurs.

Et en même temps, le goût amer de l’injustice revient dans leurs bouches et leurs pensées. La même question. Pourquoi ici ? Comment l’innocence même pouvait se retrouver à naître dans un lieu si sombre ? Pourquoi si jeune, pourquoi si seuls ? Il détourne le regard alors qu’elle s’approche, comme si elle avait le droit de les sauver et qu’il n’avait pas le droit d’être là, perturbé par cette lueur de vie dans le temple de la mort. Il cherche, gardant ses sens en éveil. En pensant d’abord qu’ils ont sûrement une mère qui se promène quelque part. En pensant à à quel point elle n’apprécierait pas qu’on touche à ses bébés. Mais rien. Pourtant ils ne semblent pas mal nourris. Il évite de les regarder pour éloigner à peine son regard, sa main encore picotante du contact trop vite abrégé. Et plus loin mais pas assez, il la voit finalement, la mère. Ou ce qu’il en reste. C’est si triste. Si rapide. Si simple. Une mort qui impacte toujours ce qui l’entoure. Peut être qu’un cimetière n’était pas une si mauvaise idée, finalement.

« Pardon ? » Le monde le rappelle, et ses yeux quittent le cadavre pour happer le sourire ému, l’émotion dans un endroit si vide, si froid, si sombre, et il s’y accroche pour se souvenir qu’il y a une vie entre eux. Ou deux, apparemment. Que le cycle continue, encore et encore. Infini et dévastateur. Quelqu’un ? Rigoler ? Un léger sourire passe sur son visage, comme si les élans de désespoir qui flottaient dans l’air quelques secondes auparavant s’était évaporées. Parties en fumée, elles aussi. « Non. » Rire serait idiot. C’est trop de coïncidences. Les yeux vairons grands ouverts comme ceux qui se ferment sur le monde suffisent à le lui murmurer. Pas croyant, pas vraiment. Pas en quoi que ce soit d’invisible. Et pourtant. Pourtant c’est trop pour pouvoir être réaliste. C’est trop pour pouvoir être raisonnable. « Ca me paraît aussi ridicule que toi. Mais je vois pas comment on pourrait expliquer ça. « Une fois l’impossible éliminé, ce qu’il reste, peu importe à quel point c’est improbable, ne peut être que la vérité », il paraît. » Il murmure ces mots comme s’ils justifiaient tout, parce qu’il ne peut pas mieux dire.

Ses yeux suivent la main qui caresse, alors qu’il hésite avant de faire un pas vers elle, avant de briser cette zone de confort pourtant si nécessaire pour la rejoindre, pour s’adoucir en caressant l’autre tête, plus agitée, et pourtant si calme dans ses bras. Et les mots qu’elle prononce assombrissent un peu son sourire avant qu’il ne hausse les épaules, avant qu’il ne récupère son regard, avant qu’il ne décide que répondre à une question si rhétorique n’est peut être pas une si mauvaise idée. « Parce que ça va ensemble, je suppose. Et parce que la tristesse, c’est beau aussi. Ca veut dire qu’il y a encore de l’espoir, quelque part. » Le ronronnement sous sa main empêche son esprit de s’égarer de nouveau, et il lâche un léger rire silencieux en secouant la tête, en murmurant un « Je dis n’importe quoi, pardon. » avant de faire un mouvement de la tête vers le cadavre abandonné. « Et puis ils sont comme toi. » Comme nous. « Mais je suppose que la perte leur offre une nouvelle vie. Alors c’est un mal pour un bien. Ils vivront mieux avec toi qu’ici. Je pense que même leur mère l’aurait su. » Et si elle ne peut pas, il les prendra. Après tout, Satan a déjà élu domicile, deux de plus ne changeraient pas grand-chose. A part les poils partout. Mais trois, ça semble pourtant trop. Ca semble trop de risque de mal faire.

Il arrête de caresser en voyant les pattes de l’un gigoter, et retient un rire en s’écartant, pour laisser le champ libre à Bérénice au cas où elle se fasse griffer, au cas où elle en ait assez, au cas où elle ait pitié du chat qui ne cherche qu’à dormir un peu. « Et puis ils n’ont pas l’air de trouver ça très triste, si tu veux mon avis. C’est des chats. Tant qu’ils peuvent dormir et manger, ils sont contents. Ca doit être agréable. » Une goutte d’eau tombe sur sa joue avant même qu’il n’ait eu le temps de vraiment finir sa phrase, et il se met aussitôt à scanner les alentours à la recherche d’un abri, de quelque chose pour les protéger du climat peu clément de cette ville si étrange. « Si je te dis « allons nous abriter dans ce magnifique caveau funéraire », ça fait peur un peu, non ? » En même temps, ils risquent de ne pas avoir vraiment le choix. Les portes sont entrouvertes, et le toit bien assez long pour les protéger. Après une deuxième vérification, rien d’autre ne l’est, et la pluie ne fait qu’augmenter. « Après vous. » Il sourit, un peu, à peine. Parce que vraiment, quelque chose ou quelqu’un a décidé que ce jour devait les lier au moins le temps de l’averse.

Le froid de la pluie, ou celui qui vient de l’intérieur du caveau, a le mérite de lui rafraîchir les idées, alors qu’il fronce un peu le nez en venant essuyer autant que possible les poils des chatons, pauvre créatures perdues et secouées dans tous les sens. Même si Bérénice avait probablement été douce avec eux. Même s’ils n’avaient peut être même pas eu le temps de comprendre qu’ils avaient bien de la chance d’avoir été trouvés. « Tu sais que dans certains endroits, la tristesse est célébrée ? En gaélique on en a même fait un prénom, Brona, et il y a beaucoup de femmes qui le portent. Autant qu’il y a de Joy ailleurs. Ou de … Je connais aucun mot français qui fait un prénom. Mais ça étonne personne. Parce que c’est une part de la vie. » Il abandonne enfin le museau d’un des chatons pour la regarder, avant d’hausser les épaules en allant s’appuyer contre la porte du caveau. Après tout, les morts ne peuvent pas mal le prendre. « Non mais vraiment, faut pas m’écouter parfois. » Il a envie de s’excuser, mais il ne le fait pas. Parce qu’il sait qu’elle refuserait ses excuses. Peut être que quelque part, les chatons ont chassé le vide, un peu. Assez pour lui donner le courage de faire entendre sa voix. Ou peut être que c’est la confusion qui habite dans les yeux de Bérénice qui lui donne envie de l’entendre parler, qui le permet de sacrifier son silence dans ce but. Ou peut être que c’est quelqu’un qui intercède en leur faveurs, pour une fois.
(c) AMIANTE

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sing, goddess, of the rage of Achilles
they turned him into a weapon and told him to find peace. ▬ puisqu'ici il n'y a qu'au combat qu'on est libres, de ton triste sommeil je t'en prie libère-toi. dans ce triste pays tu sais un jour ou l'autre faudra tuer le père, faire entendre ta voix. - s
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