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momma's boy and mommy issues | Engill

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MessageSujet: momma's boy and mommy issues | Engill 02.06.18 1:37

Quand ses yeux s’étaient posés sur le paquet au milieu de la table du salon, il ne s’était pas posé plus de questions que ça. Sans importance. Peut être que c’était une blague stupide d’un ami ou un autre. Ou un vrai cadeau. Mais les cadeaux étaient souvent sans intérêts. Peut être que ce n’était même pas pour lui. C’est au bout de trois jours, en constatant qu’il n’avait pas bougé, en réalisant qu’aucun membre du personnel ne l’avait mentionné, qu’un non-dit s’était installé dans la maison, que tout le monde semblait vouloir prétendre que ce paquet n’existait pas, que sa curiosité avait été piquée. Le goût de l’interdit, probablement. Et l’amertume que sa découverte avait laissée dans sa bouche allait le remplacer pendant des semaines, certainement.

Une écriture nette, régulière, féminine. Un seul nom. L’écriture qu’il aurait voulu pouvoir reconnaître entre milles et qu’il avait pourtant la certitude de ne jamais avoir aperçu les traits. L’écriture qu’il n’avait eu aucun mal à associer à un mot : maman. Son cœur avait loupé un battement, avant qu’il ne réalise que le nom n’était pas le sien. Pour en louper un autre, simplement dans une fissure, une autre, une de plus. En quelques secondes, sa main s’était rabattue sur le papier cadeau, et il avait volé, lancé de toutes ses forces contre le mur opposé. Pourtant rien n’avait résonné. Pas fragile, probablement. Pas autant que son cœur qui tentait de sortir par son œsophage, propulsé par une haine qui lui arrachait les entrailles.

Engill. Engill, Engill, Engill, Engill. Toujours, encore Engill. Pour elle, donc pour le monde entier. Parce qu’elle était la seule importante ici. Parce que seule son opinion comptait. Seul son regard. Celui qu’elle posait sur Engill. Plein d’amour, d’affection, de quelque chose qu’il ne se souvenait pas avoir déjà vu dans ses pupilles glacées quand elle le regardait lui. Les souvenirs s’écrasent en vagues violentes contre son corps, et il se retourne pour frapper dans la table, dans les chaises, dans les meubles, dans le mur, dans tout ce qui peut lui donner la sensation de faire du bruit, de se faire entendre, d’exister.

Quelques heures passent, pendant lesquelles toutes les émotions traversent son corps, jusqu’à ce qu’il ne lui reste plus que ce calme étrange, vide, sans accrocs, alors qu’il prépare une nouvelle ligne, alors qu’il se régénère juste assez pour pouvoir récupérer le paquet au sol, l’enfouir dans sa poche, attraper un pull, et quitter la villa silencieuse. Il sait où il va, après tout. Inutile de s’encombrer de chauffeur ou d’un moyen de locomotion. Et l’air frais lui fera du bien. Surtout, ne pas penser. Ne pas se souvenir. Ne pas réaliser où ses pas le mènent.

Quand ses yeux dessinent la silhouette du grand immeuble, celui où l’appartement tant détesté se trouve, il s’imagine ce qu’il se passerait demain s’il venait à brûler, si les flammes venaient avaler chaque parcelle de béton, chaque fenêtre, chaque personne vivant à l’intérieur. Si elles léchaient, dévoraient enfin celui qui était responsable de tant de nuits à se comparer à un autre, à se demander ce qui clochait tant, à vouloir savoir ce qu’il pouvait imiter. Tout, depuis le sourire idiot à l’air apeuré qu’il semblait avoir sans cesse, sans raison, alors qu’il se trouvait à ses côtés, là où lui aurait tout donné pour pouvoir trôné, il avait appris à tout maîtriser. Un de ses nombreux masques. Un qu’il avait abandonné au moment même où il avait compris qu’ils n’avaient aucun effet sur la personne qu’il voulait arracher de ses bras. Engill. Les flammes seraient un bon sort. Vraiment. Mais elle en serait triste. Dévastée, peut être.

Un sourire amer, haineux, cruel, passe sur ses lèvres, avant qu’il ne pioche dans ses réserves pour enfiler un masque, un sourire chaleureux, un éclat de bonheur dans les pupilles dilatées, une attitude décontractée, un air jovial, sociable, avenant. C’est avec ça qu’il frappe à la porte de l’appartement. Son regard se durcit en se posant sur les traits trop familiers, mais il ne se départit pas de son sourire, de son mensonge. « Salut cousin ! Tu vas bien ? » Son sourire lui donne presque la chair de poule lui-même. Parce qu’il n’est pas censé être là. Parce qu’il n’a jamais vraiment essayé de se montrer agréable avec Engill, pas depuis que sa mère l’avait choisi. Pas depuis des années. Pauvres idiots, tous deux inconscients de la réalité de l’autre. Parce que James ne savait pas qu’il avait souffert trop longtemps de la présence de sa mère. Parce qu’Engill ne savait pas que lui souffrait de son absence depuis longtemps. « J’ai un petit truc pour toi. » Parce que maintenant tout de suite, ce sourire était la seule chose qui l’empêchait de lâcher son emprise sur le paquet pour entourer la gorge de son cousin de ses mains, pour serrer jusqu’à ce que ses yeux sortent par ses orbites, pour attendre que le sang quitte tout son corps et finalement, finalement, laisser les flammes l’avaler.

La jalousie est un vilain maître de nos actes. Et quand il tend le paquet à Engill, alors que ses mains tremblent encore légèrement, alors que sa mâchoire est serrée, alors qu’il se hurle de ne pas attendre de voir le sourire satisfait sur son visage, de ne pas attendre qu’il l’ouvre, de partir aussi vite qu’il est venu. Ou de le frapper en plein visage s’il ose ne serais-ce que le faire trop attendre, noyé dans sa haine et sa douleur.
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MessageSujet: Re: momma's boy and mommy issues | Engill 14.06.18 16:26

Les jours s’égrainent souvent banals. Engill aimait souvent cette routine rassurante, des cours d’arts dramatiques, des heures à apprendre, à lire. Il avait la chance de ne pas travailler ce soir-là. Un répit non négligeable dans son rythme de vie assez éreintant. Il en avait profité de ce soir de libre. Pour s’acheter quelques plats à emporter, un nouveau livre, et beaucoup de thé et de chocolat. On aurait pu le prendre pour un enfant à se réjouir des heures lové contre son chat à bouquiner. Il fallait bien parfois prendre des pauses, arrêter la frénésie sociale. Une fin d’après-midi, une soirée de répit pour mieux apprécier la chaleur humaine demain.

Alors, il s’était vautré dans son lit, le thé sur la table de nuit, son chat obèse contre lui qui râlait dès qu’il esquissait un mouvement, un fond de musique. Parfait. Tout était parfait pour lire. Il lui fallut quelques secondes après son sursaut pour réaliser qu’on frappait vraiment chez lui. Il enfile un bas de jogging -quoi, on a bien le droit de se balader en boxer chez soi- pour ouvrir la porte. Il resta une seconde interdit devant l’ouverture.

Ja...James ?” bafouilla-t-il surpris.

Son cousin. Il ne l’avait probablement pas vu depuis des mois ? Des années peut-être ? Il ne savait pas très bien. Ils n’étaient plus très proches. Depuis longtemps. Il ne s’attendait pas à le voir. Il ressemblait à sa mère. Physiquement. Cette ressemblance lui arracha un frisson.

Ça va, oui… Et toi ?” répond-il mécaniquement, pour cacher son angoisse de le voir ici.

Son havre de paix secoué par le passé. Par des spectres bien trop réels.

Il regarde le paquet. Il regarde James. Pourquoi maintenant ? Il regarde à nouveau le paquet. Incapable de le prendre. Il n’en veut pas. Il ne veut plus rien avoir à voir avec elle. Il ne veut pas de ses cadeaux. Mais il ne peut pas refuser ? Pas là, pas face à James. Pourquoi n’est-elle pas venue en personne ? Il aurait pu dire non. Il aurait pu lui dire tout ce qu’il retenait si fort au fond de lui. Tout ce fiel, ce poison qui le rongeait de l’intérieur.

Oh… Merci… Hm… Rentre, tu veux boire un thé ?

Il se pousse. Il n’a pas réussi à prendre le paquet. Il a l’impression qu’il va lui brûler les mains comme la douleur le brûle en dedans depuis tant d’années. Il fait signe à James d’entrer. Il lui désigne son canapé. Il l’invite à poser le paquet sur la table basse. Il se précipite vers la cuisine américaine. Se donner une excuse. La politesse comme rempart. Il sort les tasses. Ses mains tremblent. Il manque de les faire tomber bien quatre fois avant de les déposer sur la table basse, juste à côté du paquet. La peur se lit dans ses yeux clairs quand il lit l’écriture. L’envie de vomir. Il secoue la tête pour se resaisir, entendant la bouilloire électrique émettre le “clic” correspondant à la bonne température pour un thé. Il alla donc chercher l’eau chaude, et les sachets de thé. S’asseyant en face de son cousin.

Cela… ça faisait vraiment longtemps… Je… Je suis content de te voir…” dit-il mal assuré. “Je… Je m’attendais pas à te voir… Ni… Ni à recevoir… Un cadeau…

Il déglutit avec difficulté. Il releva son regard vers James.

Tu veux l’ouvrir ?

Il ne savait pas pourquoi il disait ça. Pourquoi il demandait de l’aide à James… Indirectement.
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MessageSujet: Re: momma's boy and mommy issues | Engill 16.06.18 23:27

La surprise. Il est surpris. Et ça lui donne envie de vomir. Non, Engill, moi non plus je n’ai pas envie d’être là. «C’est mon prénom, oui. » Affable, amusé, gentillet. C’est gentil de t’en souvenir, abruti. T’aurais pu l’oublier. J’aurai bien voulu oublier le tien. Il ravale sa haine sous son sourire, les yeux perçants, imaginant le nombre d’accidents malencontreux qui pourraient lui arriver pour ne pas perdre le contrôle, pour ne pas le laisser voir à quel point se retrouver planté devant lui lui donne envie de se tirer une balle dans la bouche.

Il a l’impression pendant quelques secondes que sa vue le met mal à l’aise, qu’il y a quelque chose chez lui qui lui fait peur. Quelques secondes pendant lesquelles il se demande si lors de leurs nombreuses heures ensemble, sa mère et lui ont parlé de sa psychopathie, si elle lui a dit de faire attention, si elle a voulu le protéger. Cette idée ne l’aide qu’à alimenter sa haine, alors qu’il ne réalise pas que c’est d’elle dont son cousin a peur a travers ses traits. Que c’est leur ressemblance qui lui a arraché ce frisson. Pas lui. « Oh moi ça va toujours, tu sais. » Parce que ses masques sont taillés à la perfection.

Puis vient le paquet. Ce maudit paquet. La seule raison de sa présence ici, ce que lui aurait tué pour recevoir. Et il le fixe, oubliant presque de cligner des yeux, en attendant qu’il s’en empare, en attendant qu’il déchire le paquet comme un enfant, la joie la plus sincère du monde dans le regard. En attendant de pouvoir partir en courant dans la direction opposée pour éviter de mettre le feu à la tapisserie. « Que … Quoi ? » Le paquet toujours dans les mains, il le voit s’écarter de son chemin, attendant visiblement qu’il entre. Fuir dans l’autre direction sera pour une autre fois, alors. Elle l’a envoyé, il ne peut pas partir sans accuser réception du colis. Sans être certain qu’il l’ouvrira. Ca l’énerverait probablement, elle. Et il ne peut pas l’énerver.

Ses pas le mènent mécaniquement au milieu de la pièce, et il regarde autour de lui, perdu, le cachant sous un masque de confiance en soi, comme si il s’y attendait. Alors qu’il s’attendait à tout sauf à se retrouver à boire le thé avec son cousin, celui à qui il n’avait pas adressé un mot sincère depuis la petite enfance, celui qu’il maudissait encore la nuit quand il n’arrivait pas à dormir. Pourquoi maintenant ? Pourquoi ne pouvait-il pas simplement prendre son cadeau et le virer poliment ? Ca aurait été plus simple pour tout le monde.

Alors il pose le paquet, il s’assoit sur le canapé, comme un automate. Il le regarde manquer de faire tomber les tasses, avoir un éclat de peur dans le regard en croisant le paquet. Pour lui c’est simple, il a peur de lui. Peur au point de ne pas oser ouvrir un cadeau qu’il lui aurait donné. Peur au point de trembler autant. Peut au point de paraître plus mal à l’aise que jamais alors qu’il est en sa présence. Un léger sourire mauvais flotte sur ses lèvres à cette idée. Elle lui a sûrement dit de se méfier de lui, alors. C’est la seule explication logique, non ?

« Oh mais faut pas être gêné comme ça hein, je suis juste un coursier. Détend-toi enfin, Engill. Je vais pas te manger. » Pour l’instant. Affable, avenant, toujours. Le masque de la politesse qu’il aurait sorti pour rassurer quelqu’un. Celui qui lui assurait d’avoir des verres sans avoir à chercher sa monnaie et qui lui permettait de rassurer les parents quand ils emmenaient leurs enfants avec lui en soirée. Celui qui peut avoir tous ceux qui pensent encore qu’il y a du bien dans ce monde. « T’as peur que ce soit une bombe ? » C’est une plaisanterie autant qu’une vraie question. Mais il obtempère docilement, soucieux de garder le masque du type sympa. Ravaler sa haine pour pouvoir utiliser la douceur pour le terroriser. Le détruire sans le toucher. « Par contre je déteste le thé, un café fera l’affaire. »

Ses mains tremblent plus encore que d’habitude alors qu’il s’applique à retirer les pans du papier cadeau, empêchant son cerveau d’imaginer que c’est pour lui, que c’est une marque d’affection qui lui revient de droit. Doucement, méthodiquement, pour garder son calme. Quand enfin il s’en est débarrassé, quand le cadeau est mis à découvert, il le regarde à peine avant de le tendre à son cousin. Peu importe ce que c’est. Ce n’est pas pour lui. Une carte s’échappe du papier coupé pour tomber au sol, petite carte postale avec trois mots gravés derrière, sur lesquels ses yeux tombent automatiquement. Il arrive à discerner « Avec amour » en lettres fines en bas de la lettre avant de serrer brutalement la mâchoire, avant de la ramasser en fermant les yeux pour la poser sur la table basse, face à Engill. Pour murmurer le plus affablement possible sans réussir à empêcher un sourire haineux de passer sur ses lèvres « T’as fait tomber quelque chose. » Et il déglutit douloureusement, sa tête vrillant de nouveau. Avec amour. Avec son amour. Celui qu’il lui a volé. Celui qui n’aurait dû appartenir qu’à lui. Il fouille nerveusement ses poches pour gober une pilule et allumer directement une cigarette avant de planter ses ongles dans sa main discrètement pour se forcer à garder son calme. Il ne peut pas lui faire de mal si facilement. Doucement. Doucereusement. Pour qu’elle ne sache jamais.
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MessageSujet: Re: momma's boy and mommy issues | Engill 17.06.18 21:22

Pourquoi maintenant ? Pourquoi ? Pourquoi le poursuivait-elle maintenant ? Alors qu’il avait si bien réussi à l’esquiver pendant les réunions de famille. Pourquoi maintenant qu’il commençait à l’oublier ? Pourquoi maintenant ? Il ne comprenait pas. Et il se sentait redevenir enfant. Fragile. A la merci de son pouvoir à elle. A la merci de son emprise. A la merci de ses gestes. De ses “chatouilles”. Ah qu’est-ce que tu es chatouilleux, Engill. La nausée. L’envie de recracher tous ces souvenirs à demi oubliés. Enfouis au fond de sa demi-conscience.

C’est bien… Si tu vas bien… Super…

Sa voix se perdait. Son sourire n’était sans doute pas aussi convaincant qu’il l’aurait voulu. Il essayait pourtant de ne rien laisser paraître. Pourtant, c’était difficile. Impossible. C’est trop suprenant. Trop violent. Trop imprévisible. Le retour du monstre dans le pays des rêves qu’il s’appliquait à construire depuis de longues années maintenant. Comment pouvait-elle lui faire ça ? Encore ? Il sursaute presque en entendant son cousin. Il croit que c’est lui ? A l’origine de son malaise ? Logique. Il ne sait pas. Il n’a jamais… subi ça ? Quelque part, Engill ne peut pas lui en vouloir d’ignorer. Il ne peut être que soulagé d’avoir été le seul. Quelque part. Mais pourquoi pas James ? Pourquoi lui ? Il secoue la tête.

Ce n’est pas toi, James… Je… Je suis pas gêné… C’est… C’est rien…” bafouille-t-il en s’emmêlant. “Oh… Oui… Un café… Désolé… Je savais pas…

Il attrape un sachet de café instantané pour remplacer le thé. Il verse les mains tremblantes l’eau dans les tasses. C’est si anodin et si insoutenable. Ce cadeau comme un piège prêt à le ramener au fin fond de ses cauchemars. Une bombe. S’il savait. Il rit jaune à la blague. Il a envie de fondre en larmes. Ses émotions s’emmêlent. Ne pleure pas, Engi, tu aimes bien ça, regarde. Ses poumons enfoncés dans son torse. Bloqués. Il peine à respirer. Pourquoi maintenant ? Il voit l'étoffe de tissu. Un tissu luxueux. De la soie peut-être. D’une belle couleur. Ses mains tremblent en la dépliant. Son visage se décompose. Pourquoi maintenant ? La carte tombe par terre. Son écriture. Ses mots. Sa voix à son oreille. Les mots d’amour. La violence d’un amour inadapté. La violence de la confiance qu’on trahit. De l’enfant qui s’enfuit au plus profond de lui même. Qui s’enferme dans un monde de songes. Pour oublier la réalité. Pour oublier les caresses. Pour oublier tout.

Il se lève. Vertige. Il va jusqu’à sa salle de bain. Nausée. Vertige. La tête au dessus de la cuvette, il aimerait vomir toute sa douleur. Cela ne marche pas comme ça. Il ne veut plus vivre ça. Il ne veut pas revivre ça. Il veut juste oublier. L’oublier. Elle. Il se relève. Blème. Il se rince le visage. James est là. Il ne peut pas s'effondrer maintenant. Il se reconstruit un visage. Un vague sourire. Elle ne l’aurait plus jamais. Jamais. Il était grand. Il était en âge de se défendre. Elle ne pouvait plus l’atteindre comme ça. Il revient dans le salon. Les yeux rouges. Larmes asséchées à la va vite. Il pose son regard sur James. Il remarque. Les ongles plantés dans sa main. Il fronce les sourcils.

Lui aussi ?

La question s’impose. Lui aussi ?

Lui aussi ?

Il regarde le mot. Puis James, sa main. Il s’assoit à côté de lui. Et lui prend doucement la main.

Tu ne devrais pas te faire du mal à cause d’elle.” souffle-t-il d’une voix éteinte. “Est-ce qu’elle… Est-ce qu’elle t’a… Est-ce qu’elle t’aimait trop toi aussi ? C’est… C’est pour ça ? Les ongles… Ton regard… ?

Marcher sur des oeufs. Peur de raviver la douleur d’un autre. Comme la sienne. Lui aussi ?
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MessageSujet: Re: momma's boy and mommy issues | Engill 21.06.18 19:05

Il dit que ce n’est pas lui, mais ça sonne faux. Ca sonne toujours un peu faux dans ses oreilles, de toute façon. Le fait que ça sonne faux uniquement parce que ça sous entend que c’est bien la faute de quelqu’un lui passe bien au dessus de la tête. Il n’y a que sa destruction prochaine qui importe, maintenant. Une vengeance qu’il ne verra jamais venir. Une torture douce, lente, dont il ne trouvera jamais la cause. Pour une fois, son cerveau marche totalement, concentré à cent pour cent sur son objectif. Garder son calme, en toute circonstance. S’attirer sa confiance. Même si elle lui a dit. Déconstruire les clichés pour mieux les valider plus tard. Il a l’impression d’être un monstre tant la peur qui habite son cousin semble importante, tant elle est visible. Et s’il le prend pour un monstre, il compte bien lui donner satisfaction un jour ou l’autre. Peut être qu’il en dormira mieux. Jouer son propre rôle, celui qu’elle lui a collé. Pourquoi pas, après tout ? Maman a toujours raison.

Bien sûr qu’il ne savait pas pour le café. Depuis combien de temps ne se sont-ils pas vus, au juste ? Des mois ? Des années ? Des années, probablement. Et même là, ils s’étaient croisés. Juste assez pour se souvenir du visage de l’autre, pas assez pour connaître ses goûts. Encore moins sa personnalité, si ce n’est par les rumeurs et les potins de famille auxquels aucun des deux n’avaient de réel accès. Il le regarde, et il voit un inconnu. Et quelque part, il se dit qu’il a de la chance de se souvenir d’à quoi il ressemble, sinon ça n’aurait été qu’un visage de plus dans un bar, qu’une personne de plus qu’il aurait voulu mettre dans son lit. Et ça, ça aurait été gênant.

Puis le cadeau, puis la carte, puis l’Enfer. Se faire du mal pour se souvenir qu’on est en vie, pour garder le contrôle, pour éviter de faire du mal aux autres. Ce serait trop rapide, trop simple. Les conséquences seraient dévastatrices. Alors il se contente de le regarder sans le voir, de faire saigner la paume de sa main, de compter les secondes qui le séparent de la mise en place de son plan. Il sera gentil. Il sera aimable. Il se mettra dans la position d’un confident. Il racontera des salades sur sa propre vie pour le mettre en confiance, pour ouvrir les vannes et laisser l’eau couler. Connaître ses faiblesses, puisqu’il ne le connaît pas, pour mieux jouer avec. Oui. Tout se passera exactement comme prévu.

Puis il se lève, et tout ce qu’il voit, c’est un enfant terrifié. Alors il fronce les sourcils, il se fige. Il plonge à l’intérieur de lui-même en l’entendant partir, comme à chaque fois que quelqu’un quitte une pièce, comme à chaque fois que quelqu’un dit au revoir, comme à chaque fois qu’il finit par se retrouver seul. Peu importe qui. Peu importe pourquoi. Et pourtant … Pourquoi ? Les bruits lui sont familiers. Il a envie de vomir. Son nez se fronce alors qu’il s’enfonce un peu plus dans son mal être habituel, incapable de le fuir, attendant simplement que la drogue fasse effet dans cette situation trop réelle, trop pleine de passé. Alors le sang coule dans sa main pendant qu’il se demande de quel droit Engill peut penser qu’il peut aller vomir alors qu’il a un cadeau, alors qu’il a de l’amour, alors qu’il est devant lui. Pendant qu’il se demande si un humain peut être plus inhumain que cela sous cette bouille d’enfant timide. Pendant qu’il se dit que le vrai monstre des deux, ce n’est pas lui. Pendant qu’il se voile la face et n’essaie même pas d’imaginer qu’il y a quelque chose d’autre, quelque chose de grave, quelque chose qui lui aussi lui donnerait envie de vomir.

Il sursaute quand sa main est prise en otage, retiré brutalement du monde de la haine par un contact qui le dégoûte presque, par un rapport avec cette seule personne qu’il ne veut même plus imaginer en rêve. Et il parle. Et alors qu’il prononce les premiers mots, James se dit qu’il sait, qu’il a compris qu’elle était partie, qu’il va s’excuser, qu’il va être humain. Mais la suite ne sert qu’à faire vriller un peu plus son cerveau, incapable d’enregistrer le poids de ses mots. L’aimer trop ? Le monde devient un gouffre sans fin, et alors que son regard se repose dans celui de son cousin, il a l’impression de l’entendre rire, de l’entendre se moquer, de l’entendre le narguer, les mirages de fumée qui le torturent depuis si longtemps l’empêchant de regarder la réalité en face dans ce visage trop gentil.

Il libère sa main sèchement seulement pour la porter au cou qui semble si fragile d’Engill, seulement pour se relever juste assez pour pouvoir faire pression dessus, sans détourner le regard, sans essayer de faire semblant, sans sourire, sans masque. Une haine pure et dure. Et sa voix sonne comme une lame qui creuse la chair. « Trop ? » C’est presque craché à son visage, alors qu’il continue de serrer, alors qu’il se délecte de l’idée qu’il pourrait en finir avec l’un des visages qui le hantent, un seul, juste un, par pitié. « T’en as pas marre de te foutre de ma gueule ? Tu crois que ça m’amuse, de venir ici t’apporter ça ? Tu crois que j’ai envie de discuter avec toi ? » Il ne se rend pas compte qu’il ne répond pas à sa question. Elle semble si absurde. Il ne réalise pas que tout ce qu’il dit pourrait être interprété différemment. « Tu veux que je te plaigne parce qu’elle t’envoie des cadeaux, peut être ? Parce qu’elle t’aime ? Va te faire foutre, Engill. » Il le relâche enfin, trop conscient qu’il pourrait le tuer, en voyant le sang qu’il avait fait couler dans sa propre main décorer le cou trop blanc. Il n’a pas réussi à garder son calme.

Sa mâchoire se serre et se dé-serre, mécaniquement, et il se relève. Pour s’éloigner de lui, pour ravaler ses larmes, de colère, de tristesse, de haine. « Qu’est ce que tu lui reproches, au juste, hein ? Qu’est ce qu’elle a bien pu faire qui mériterait que tu sautes pas de joie de recevoir ce genre de trucs ? Elle a oublié ton anniversaire ? Elle t’as disputé un peu trop fort ? Pauvre bébé. » Son corps est parcouru de tremblements, mais ça n’a plus aucune importance. Parce que ce qu’il veut, c’est des explications. Juste assez pour pouvoir les juger inutiles, stupides, pour les chasser d’un revers de la main. Pour pouvoir justifier sa haine et sa jalousie. Pour pouvoir le détester, encore et encore et encore. Parce que quelque chose cloche. Parce qu’il veut savoir. Et pourtant, il ne le veut absolument pas.
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MessageSujet: Re: momma's boy and mommy issues | Engill 22.06.18 0:15

Surmonter sa propre douleur en imaginant que James avait vécu la même chose était difficile. Plus que difficile, presque insurmontable, mais il ne voulait pas que son cousin se sente seul comme il se sentait depuis tant d’années. Il ne voulait pas qu’il croie que c’était sa faute. Comme il l’avait cru si longtemps. Mais… Il ne s’attendait pas à la violence en retour. Il n’aurait jamais cru son cousin capable de l’attaquer comme ça. Il n’avait jamais cru les racontards de sa famille. Pour lui, James avait toujours été “normal”. Pourtant, là, il prenait conscience de la réalité. James n’était pas comme lui. Et Engill avait peur. Il se savait inférieur physiquement. Incapable de se défendre. Il avait pourtant porté ses mains à sa gorge, s'agrippant aux doigts pour essayer de les repousser. La pression se faisant chaque millième de seconde plus insoutenable. Il griffe ses mains. L’air bloque. Il a juste besoin d’air. Panique. Totale. Il ne comprend qu’à moitié ce que James lui crache à la gueule. Toute cette haine. Pourquoi ? Pourquoi moi ? La question revient. A croire qu’il ressemble beaucoup trop à sa mère.

La pression s’en va enfin. Il inspire. Il tousse. Il suffoque. Il ne veut pas mourir. Il recule, il tombe du canapé. Il fixe James interdit, apeuré. Le cou rougi de ses mains autant que de son sang à lui. Il recule. Il se lève maladroitement, reculant jusqu’à heurter le mur de sa propre demeure. Il s’était toujours cru en sécurité ici. Une croyance de moins.

James n’a rien vécu de ce qu’il a subi. Il le sait maintenant. Dans ses mots. Il ne sait pas. Il a la haine d’un enfant mal aimé. Pas celle d’un enfant trop aimé. Engill regrette d’avoir parlé. D’avoir pensé l’aider. Il n’a fait que réveiller un monstre ? Un enfant meurtri devenu monstre. Il ne sait pas quoi dire. Il est tétanisé par la peur. Pourtant, s’il ne dit rien, James le tuera. James n’a pas peur de le tueur. Engill l’a vu dans son regard. Ce constat est affreux. Il a tellement peur de lui… Et ses mots sont si violents. Il ne sait rien. Il ne soupçonne rien. C’est lui l’ingrat ? Engill se sent tellement blessé par ces accusations. Il n’en est rien. Il aimerait lui dire tout. Lui décrire chaque minutes . Lui décrire chaque geste. Chaque torture. Mais sa voix est bloquée. Il tousse encore. Il hoquette. Il pleure. Il veut juste qu’il s’en aille. Qu’il reprenne ce foutu cadeau. Qu’il disparaisse avec elle.

Non… Non…

La voix est éraillée, rauque. Il suffoque. L’angoisse qui enserre son thorax. Les sensations. Ses mains sur son corps. Ses ongles parfaitement manucurés. Sa voix. Ses mots insidieux. Ses mots d’amour déplacés. Ses mains. Ses lèvres. Ses mots. Ses mains. Ses lèvres. Ses mots. Ses mains. Ses lèvres.

Elle… Elle…

Sa voix bégaie. Sa voix ne peut pas dire tout ce qu’il a vécu. Pas là. Pas maintenant.

Elle… M’emmenait… Dans… Dans la chambre… Elle…

Il ne peut pas. Il ne peut pas. Il gratte son cou. Il sent ses lèvres. Elle le rend fou.

Elle… Elle m’aimait… trop… Je voulais pas… Je voulais pas ça… Elle… M’aimait trop… Fallait pas… Elle avait pas… Le droit…. De me… De me faire ça… De me toucher comme ça… James… Elle avait pas le droit…

Dégoût. Haine. Désespoir. Il glisse le long du mur. Recroquevillé sur lui-même.

Je… Je veux plus… Je veux plus… être son.. Trésor…” chuinte sa voix.
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MessageSujet: Re: momma's boy and mommy issues | Engill 23.06.18 23:48

Il aurait pu le tuer. Il le sait. Il regrette presque de ne pas l’avoir fait. Mais il a besoin de réponses. Pour une fois, il a besoin de la vérité. Il en a assez des non dits. Il ne les supporte plus. Il ne veut pas qu’ils le dévorent un peu plus. Pourtant s’il avait su, il se serait contenté de l’illusion, contenté de la haine. Il l’aurait tué pour qu’il emmène ce secret dans la tombe. Mais tout ce qu’il voit en le relâchant, alors qu’il s’éloigne, alors qu’il tousse, alors qu’il tremble, c’est la peur dans son regard. Cette peur qu’il connaît si bien. Celle où les gens réalisent qu’ils n’avaient probablement pas tort à son sujet. Celle qu’il a lui-même en se regardant dans le miroir, quand les drogues oublient de faire voile devant la réalité. La peur du monstre. Et il sourit. D’un sourire malsain, mauvais, froid. D’un sourire qui veut dire qu’il aurait dû le tuer. Qu’il aurait été heureux de le faire. Parce que c’est vrai. Parce qu’il le sait. Parce qu’il a peur. Mais Engill, il veut bien lui faire peur. Engill, il veut bien être son monstre. Avec plaisir. Le cliché même du psychopathe, pour la vérité.

Alors il parle, il accuse, il présume, il assène de coups avec des mots. Pour lui faire mal. Pour le secouer si fort qu’il n’arrive plus à penser, n’arrive plus à cacher la vérité, n’arrive plus à mentir, n’arrive plus à s’aveugler lui-même. Et de le voir comme ça, tremblant, hoquetant, pleurant, en plein traumatisme, ça lui permet de respirer de nouveau, de voir clair de nouveau. De le regarder avec toute l’arrogance dont il est capable. Alors c’est ça, le gamin que sa mère aime tant ? C’est cette petite chose fragile qui ne peut pas se relever après une petite menace ? C’est ce corps frêle qui semble prêt à se casser au moindre coup de vent un peu trop violent ? C’est ces grands yeux pleins de larmes ? Pathétique. Au fond de lui, sa haine de lui-même grandit un peu plus à cette constatation. Parce qu’ils n’ont rien à voir l’un avec l’autre. Parce que dans sa situation, il aurait ri. Parce qu’il n’a aucun instinct de survie, et qu’Engill semble avoir bien trop peur de mourir. Bien trop peur des monstres que lui admire tant. Et c’est probablement de sa faute à elle.

« Elle ? » Il le pousse, encore, vers l’abyme, qu’il y tombe et ne puisse plus se relever. Il n’a aucune idée de ce qui va lui tomber sur le nez. Il ne réalise pas l’ampleur du drame qui se déroule dans le crâne de son cousin. Il fait même un pas vers lui, comme un moyen de pression, du mépris transpirant de chacun de ses gestes, de chacune de ses expressions de visage. Pathétique. Puis il reprend la parole, tremblant, et il doit se concentrer pour discerner les mots sous les tambours de guerre qui résonnent dans son propre crâne. Dans la chambre ? Il se fige, un peu. Refusant de voir où les choses vont. Refusant d’y penser. « Elle quoi, putain ? » C’est moins assuré. Moins fort. Moins prêt. Ca veut dire « arrête ». Ca veut dire « tais toi ». Ca veut dire « ne m’enlève pas cet amour là ». Parce que c’est le seul qui comptait. Parce que c’est ce qui le détruit.

Ses yeux se bloquent sur le cou qu’il est en train de détruire, sur le mal qu’il est en train de se faire, et il lutte de toutes ses forces pour faire taire la voix dans son crâne qui essaie de lui faire comprendre la suite, qui essaie de lui ouvrir les yeux. Elle m’aimait trop. Non. Elle l’aimait normalement. Elle l’aimait plus que lui. C’est lui le méchant. Pas elle. De me toucher. Non. C’était juste un câlin. Devant ses yeux défilent ces moments où le voile de la jalousie l’avait empêché de voir la peur dans les yeux d’Engill alors qu’elle lui caressait les cheveux, alors qu’elle lui murmurait des mots doux. Non. C’est juste de l’amour. C’est normal. Elle avait pas le droit. Elle fait ce qu’elle veut. C’est elle qui décide. Elle aurait pas fait ça, de toute façon. Pas elle. Elle, elle est parfaite. C’est eux le problème. Pas elle. C’est eux qui font de mauvaises choses. Pas elle. Pas maman. Son trésor …

Une violente envie de vomir le prend à la gorge, alors que son imagination fait le reste du travail, alors que des images bien trop nettes se forment dans son esprit, quand bien même il ne se souvient pas vraiment de son visage, quand bien même il ne se rappelle pas du son de sa voix. Non. C’est impossible. Pas elle. « Tu mens … » Il porte ses mains à ses oreilles, comme si ça pouvait l’empêcher de penser, l’empêcher de rouvrir les yeux. Les paupières si closes qu’elles en deviennent douloureuse. Non. « Pourquoi tu dis ça ? T’as pas le droit de dire des choses comme ça. Elle est gentille. Elle est gentille. Elle est … » Mais il n’en sait rien. Son souffle se coupe alors que la petite voix reprend. Il ne sait pas si elle est gentille. Il ne la connaît pas. Celle qu’il appelle sa mère avec fierté, c’est la femme imaginaire qu’il a inventé pour avoir moins froid le soir, quand il était enfant. Il n’a aucune idée de qui est cette femme. Il n’a aucune manière de savoir si elle est gentille ou non. Si elle est capable de ça ou non. Et il a poussé Engill à bout pour qu’il ne puisse dire que la vérité.

Le réflexe gagne, et il a juste le temps d’aller jusqu’à l’évier de la cuisine qu’il avait repéré plutôt avant de rendre un semblant de son dernier repas, qui remonte à si loin que la bile vient lui brûler la gorge. Son corps tremble au même rythme que le monde qui s’écroule sous ses pieds. L’image réconfortante, l’énième illusion d’amour, disparaît. Son cœur en lambeaux semble arrêter de battre alors que son esprit enregistre doucement que l’espoir désormais minime et vain qu’un jour elle changera d’avis sur lui n’a plus aucun intérêt. Et égoïstement, alors qu’il comprend que son illusion d’amour est un monstre, il se déteste un peu plus. Parce qu’il est le monstre d’un monstre, et ça ne peut que vouloir dire qu’il est pire encore.

Les larmes déferlent sur son visage sans même qu’il ne réussisse à les ressentir totalement, comme engourdi par le trop plein d’émotions, et il laisse son corps le porter jusqu’au salon pour reprendre sa place sur le canapé, sans un regard pour Engill. Pour fixer le vide en finissant par rapprocher ses jambes de son torse, pour se serrer lui-même. « Pourquoi tu me le dis maintenant … Pourquoi t’as pas menti … Pourquoi tu … Pour … Je te déteste … Je te … déteste … » Le vide semble plus fort que le reste, et il n’a pas la force de sangloter, les flots coulant sans but, mouillant tout sur leur passage. Son cœur brisé se serre encore, et même lui en est étonné. « Je suis tellement désolé … » Pour toi. Quelque part, un pan d’humanité fait surface. Celui qui lui fait comprendre que sa haine l’a empêché d’aider. Qui lui fait comprendre qu’il a voulu tuer une victime. Qu’il est moins à plaindre que lui. Que peut être, quelque part, s’il avait été normal, Engill n’aurait pas eu à subir ça. Que ça aurait été lui. Parce qu’elle n’aurait pas eu peur. Qu’elle n’aurait pas eu besoin de jeter son dévolu sur quelqu’un d’autre. Le monstre du monstre, et la victime tout en bas.
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MessageSujet: Re: momma's boy and mommy issues | Engill 24.06.18 14:26

Les souvenirs sont plus effrayants que la violence crue de son cousin. Il aurait préféré les coups. Il aurait préféré avoir mal que de ressentir toutes ces choses. Il s’en était tellement voulu. Des réactions de son corps. De ce qu’elle avait réussi à tirer de lui. De tout ce qui s’était passé. Il aurait dû comprendre si vite qu’il fallait crier. Hurler. Appeler au secours. Mais les larmes avaient toujours été silencieuses. Il s’était habitué. Il avait arrêté d’habiter son corps pendant ces moments-là. Il n’était plus là. Les souvenirs revenaient de plus en plus au fil des ans. Mais… Il avait tellement voulu oublié. Il aurait voulu continuer d’oublier. Ne plus se souvenir de tout ça. Et parler. Parler, c’est admettre que tout cela a existé. C’est rendre tout cela si réel à nouveau. Il enfonce ses ongles dans son cou. Pour ne pas sentir son souffle. Elle est là. Elle est si proche. Elle lui fait si mal. Pourtant tu aimes ça…. Ne pleure pas.

« Tu mens … »

Il relève un regard vide vers son cousin. Le regard de ceux qui n’ont même plus la force du désespoir. De ceux qui sont détruit à coeur. Que reste-t-il à sauver ? Il secoue mollement la tête de droite à gauche. Non. Il aurait aimé mentir. Il aurait aimé que ça n’existe pas. Il aurait aimé que la jalousie de James soit justifié. Il aurait aimé qu’elle l’aime comme une tante aurait dû l’aimer.

« Pourquoi tu dis ça ? T’as pas le droit de dire des choses comme ça. Elle est gentille. Elle est gentille. Elle est … »

Non. Tu te trompes James. Elle n’a rien de gentil. Elle m’a fait mal. Il n’y avait qu’elle qui aimait ça. Il n’y avait qu’elle dont elle se souciait. J’étais qu’un jouet entre ses mains, James. Elle ne m’aimait pas, James. Elle n’a fait que m’utiliser. Il n’y a aucun mot pour décrire ça, James. Ne me demande pas d’en dire plus, James. Je peux pas, James. Mais il ne dit rien. Il fixe juste muet son cousin. Comment pourrait-il lui dire plus ? C’est sa mère. Il l’aime. Il a raison de l’aimer. Sans doute. Il ne pouvait pas savoir. Il n’aurait pas dû savoir. Ce n’était pas nécessaire de lui faire du mal à lui. Il n’y est pour rien. Il n’a rien vu, mais personne n’a vu. Personne n’a compris pourquoi il était toujours un peu malade pendant les vacances avec cette partie de la famille. Personne n’a jamais compris pourquoi il était si silencieux plus jeune. Pourquoi il se contentait juste de sourire.

James paraît si touché. Ce n’était pas ce qu’il voulait. Il ne voulait blesser personne. Il se sent tellement mal. Il en oublie même la violence de James. Il en oublie son instinct de survie sans doute. Il observe son cousin. Il aimerait se lever pour le serrer dans ses bras. Il aurait aimé le soutenir. Mais il n’est même pas certain de tenir debout. Et puis pourquoi voudrait-il de lui qui vient de briser l’image qu’il avait de sa mère ? Il pleure lui aussi. Silencieux. Comme à son habitude.

« Je suis tellement désolé … »

Est-ce qu’il a bien entendu ? Il n’attendait aucune excuse. Ce n’est pas à lui de s’excuser. Il n’a rien fait. Il était petit aussi. Comment aurait-il pu imaginer ? Engill ne lui en veut pas. Il s’appuie contre le mur. Se relève. Il tousse encore un peu. Sa gorge le brûle. Mais… Il s’en fiche. Il va vers le canapé. Il s’assoit à côté du blond. Son cousin. S’ils avaient été plus proches… Peut-être que James aurait pu comprendre mais… Sa mère était toujours là pour les séparer, toujours de bonnes excuses. Pour les isoler.

Il hésite. Puis finalement, il entoure James de ses bras. Posant sa tête sur son épaule.

Pardon… J’aurai… J’aurai dû me… Me taire…

Il s’accroche à son cousin. Il s’en veut. Il ne voulait pas le blesser.


J’ai… J’ai cru… J’ai cru qu’elle… A toi aussi… Je suis désolé… Je… On en parlera plus… Je dirai rien… Personne saura… Il lui arrivera rien… Et… Elle…. Elle sera pas fâchée contre toi… Et…. Désolé…
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MessageSujet: Re: momma's boy and mommy issues | Engill 26.06.18 23:24

Pas un mot ne sort des lèvres de son cousin, et il a envie de le secouer dans tous les sens presqu’autant qu’il a envie qu’il n’ait jamais existé. Cette information, il n’en voulait pas. Il n’aurait pas dû l’avoir. Sans elle, il aurait pu continuer à se dire qu’il avait déçu la perfection même parce que lui était loin de l’être. Sans elle, il aurait pu continuer à se torturer inutilement. Mais maintenant, tout ce qu’il sait, c’est que la perfection n’existe pas, qu’elle n’a jamais existé, et que celle qui s’est permis de le juger est quelqu’un que même lui réussir à trouver monstrueux. Que celle qui a eu peur de lui est la même personne que celle qui garde Engill réveillé la nuit, qui le pousse à trembler de la sorte, à se déchirer de la sorte. Et il tombe, encore, encore, encore, infiniment.

Alors il laisse couler les larmes sur ses joues, il laisse son monde s’écrouler, il laisse le vide s’installer, il laisse les mots s’évader de sa gorge, et il se repasse tout les « et si ». Quelques secondes, il s’estime heureux de ne pas être capable de ressentir de culpabilité pure et dure, parce que son instinct lui murmure qu’elle aurait détruit n’importe qui d’autre. La psychopathie, un super pouvoir comme un autre. Mais c’est le « et si » les rôles avaient été inversés qui le taraude maintenant. Et s’il avait été normal dès le début ? Est-ce qu’Engill aurait tout de même été sa victime ? Est-ce que c’est parce qu’il est ce qu’il est, ou simplement parce qu’elle est ce qu’elle est ? Est-ce qu’il a le droit de la juger alors que lui aussi joue à détruire des gens sous prétexte que le moyen lui semble immonde ? Est-ce qu’il a le droit d’imposer à Engill sa vision alors qu’elle ne doit servir qu’à lui rappeler des choses qu’il doit lutter pour oublier ? Tant de questions auxquelles personne ne pourra répondre.

Mais il s’excuse, même si lui non plus n’arrive pas bien à identifier pourquoi. Son esprit logique élimine la possibilité que ce soit pour n’avoir rien vu, parce que ce serait idiot de se sentir désolé pour quelque chose qui n’est pas arrivé. Peut être qu’il s’excuse que ce soit tombé sur lui. Peut être qu’il s’excuse pour elle. Est-ce qu’il est censé s’excuser pour elle ? Il passe une main dans ses cheveux dans l’espoir de se remettre les idées en place, mais la léthargie prend place bien plus vite que le chaos. Le chaos c’est pour plus tard. Le chaos c’est pour le moment où il quittera cette pièce, où il se retrouvera face à lui-même et qu’il devra admirer sa vie écroulée, où il n’aura pas d’autres choix que de se regarder en face. Il le sait déjà. Mais pour l’instant, la léthargie. Pour l’instant, la paix du vide, le calme avant la tempête.

Le canapé s’affaisse à ses côtés, et il a à peine le temps de froncer le nez que des bras le retiennent déjà prisonnier, que les cheveux de son cousin viennent déjà lui chatouiller les narines. Qu’est ce qu’il fait, au juste ? Sa voix s’élève, et James ouvre la bouche, puis la referme, sans réussir à bien y croire. Il est en train de le réconforter. « Oui. » Mais c’est lui qui lui a tiré les vers du nez. C’est lui qui a voulu le pousser à bout pour qu’il dise la vérité. C’est lui qui est à blâmer. Engill n’y peut rien si ce n’est pas la réponse qu’il attendait. Un frisson désagréable le parcoure alors que la voix tremblante s’élève de nouveau. Il avait cru ça ? Oui, ça aurait été logique. Il ne sait pas non plus, après tout.

Un silence plane entre eux, quelques secondes, quelques minutes peut être, avant qu’il ne se réveille, avant qu’il n’ait terminé d’enregistrer l’ampleur des paroles, avant qu’il ne comprenne ce que l’autre ressent, ce que l’autre essaie de dire. Et c’est d’un mouvement presque trop brusque qu’il le repousse, uniquement pour poser fermement ses mains sur ses épaules, uniquement pour le secouer brutalement. « Mais putain réveille-toi ! » Ce n’est pas énervé. C’est dépité, presque. Avec une petite touche de vide. « T’es con ou quoi ? Bien sûr que t’es censé le dire à quelqu’un. Si tu veux pas le dire au monde entier dis le au moins à un psy, une connerie comme ça. Même moi je sais que t’es pas censé te taire ! » Abruti.

Il ne l’a jamais aimé. Il ne commencera probablement pas maintenant, d’un coup. Pas parce qu’il a vécu quelque chose d’atroce. Pas parce que c’est possiblement un peu de sa faute. Ses mains le relâchent alors qu’il soupire et allume une cigarette. « Arrête de penser aux autres avant toi-même, déjà. On en a rien à foutre de ce qui lui arrive. On en a rien à foutre qu’elle soit fâchée contre moi, elle a pas besoin de raison pour ça de toute façon. Pense à ta gueule avant celle des autres, pour une fois. » Même s’il aimerait qu’il ne lui arrive rien. Parce que malgré tout, c’est bien trop tard pour arrêter de l’aimer, même si ce n’est pas son illusion. Parce qu’il n’y a que ça qui l’a maintenu en vie pendant bien longtemps, et que tout lâcher maintenant serait suicidaire. Même si ne rien lâcher l’est aussi. Nouveau soupir. « Putain mais tout le monde est taré dans cette famille ou quoi ? » Probablement. Certainement. Ils avaient dû outrager le Huldu il y a bien longtemps, pour avoir autant la poisse. Une pédophile, un psychopathe, et un trop bon samaritain. Bienvenue.
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