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It's better to burn out than to fade away. | James ♥

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MessageSujet: It's better to burn out than to fade away. | James ♥ 26.05.18 23:26

Ces images qui reviennent, ces bouts d'eux deux qui se sont évaporés mais qui étaient comme de la lumière brute, c'est des morceaux de verre en plein cœur.
 
 
Parfois, la vie aime vous rappeler que vous n'êtes jamais à l’abri de rien. Quand vous pensez qu'enfin tout ira bien, elle vous rappelle que non, la vie n'es pas juste. Quand vous pensez avoir pu tirer un trait sur votre passé, elle le fait revenir comme la mer après une marée, plus violent encore. Mais commençons par le commencement. La semaine avait été particulièrement longue pour Bérénice. Elle avait du animer plusieurs conférences pour des étudiants et futur étudiants ainsi que des tables rondes avec leurs professeurs ou d'autres professionnels. Ces dernières s'avéraient souvent fatigantes tant les avis divergeaient et tant certains vieux cons étaient persuadés d'avoir la vérité absolu et l'approbation de l'artiste en plus. Quel heureux hasard pour eux que ledit artiste était bien souvent mort depuis avant leur naissance et donc incapable de donner son avis sur la question. En parallèle, elle avait du continuer à assurer ses cours et corriger toutes les copies, et il lui avait été demander le mercredi d'écrire un article pour un gros magazine a paraitre. Le seul problème étant qu'elle devait le rendre avant vendredi minuit. C'était donc totalement exténuée après avoir tenu presque quarante huit heures sans vraiment dormir qu'elle avait appuyer sur la touche entrée de son ordinateur, vendredi à 23h27. Elle s'était endormie presque immédiatement après sur son canapé en regardant Titanic, son remède après les semaines difficiles.
 
Seulement voila, elle s'était réveillée en sursaut peu avant trois heures du matin après avoir rêvé qu'elle était elle même sur le fichu bateau entrain de couler. Le film était fini, et les yeux de son chat la fixait étrangement depuis l'autre côté du salon, presque comme s'il se moquait d'elle. Sachant bien qu'elle serait incapable de se rendormir, elle avait bu un café en vitesse pour retrouver des pensées plus ou moins claires et avait enfin rit de son propre cauchemar. Ayant guère eu le temps de souffler de la semaine, elle décida de faire une petite promenade autour du lac et des établissements universitaire. Profiter de la fraicheur de la nuit et du calme juste avant l'aube. Le soleil ne tarderait pas à se lever dans ce pays ou il ne semble jamais vraiment vouloir se coucher, à l'image de Bérénice, ou plutôt, Bérénice à l'image du soleil. Ses écouteurs dans les oreilles, elle s'était emmitouflée dans un gros manteau et une écharpe en laine, même si rien ne pourrait l'empêcher de frissonner. Déjà parce qu'elle avait constamment froid, mais aussi d'excitation. Elle aimait ces quelques heures matinales, juste avant que le soleil ne se lève et que la vie commence à reprendre son cours. Les rues désertes, à peine quelques fêtard n'ayant pas encore retrouvé le chemin de leur domicile. Souriant dans son écharpe, Bérénice avait eu une pensée pour son ami James, véritable encyclopédie de toutes les soirées de la ville, et elle s'était demandé si lui aussi arpentait les rues de la ville, quelque part. Elle avait été heureuse de le retrouver, de l'avoir dans sa vie a nouveau. Ils n'avaient pas eu l'occasion de se revoir depuis, mais les émotions de la dernière fois étaient du genre à prendre du temps avant de s'apaiser. Bérénice se demandait à quel moment ils pourraient recommencer à être eux même, à retrouver cette complicité qu'ils avaient tout naturellement acquis dans cette autre vie, comment ils pourraient adapter leurs rêves et leur vie parisienne à celle bien plus terre à terre de Reykjavik.
 
Perdue dans ses pensées, le dernier album de son groupe de rock préféré chantant dans ses oreilles, elle n'avait pas vu ou entendu l'homme qui venait à sa rencontre. Ils s'étaient à peine frôlés, et Bérénice lui avait lancer un regard étonné avant de poursuivre sa route. C'était un homme qui devait être un peu plus jeune qu'elle, de bonne allure. Il pourrait être son voisin, ou un de ses étudiants. Cette rencontre ne l'avait pas perturbée plus que nécessaire. Après tout, l'Islande n'était-il pas un des pays les plus sur au monde ? Ici, presque tout le monde se connaissait, et les plus grands malfrats étaient probablement les dealers de drogues qui ne cherchaient pas de problèmes tant que vous les laissiez faire leur activité en paix. Elle n'avait pas entendu l'homme faire demi tour et revenir sur ses pas, suivant Bérénice à petite distance dans une rue à cinq cents mètres de son appartement. Elle s'était arrêtée dans cette rue avec James, ils avaient repris leur souffle après leur course endiablée adossé contre un vieil entrepôt désaffecté. Elle serait presque certaine de pouvoir retrouver ledit entrepôt s'il faisait jour, si ce n'était pas la nuit où tous les chats sont gris. Soudainement, elle se retrouvait projetée contre un des murs, et sa tête était venue trouver la pierre avec violence, lui mettant les larmes aux yeux. Elle ne comprenait pas, avant de voir le visage de l'homme devant elle, de sentir ses bras se placer de chaque côté de son corps afin de l'empêcher de fuir. Elle voyait ses lèvres bouger mais n'entendait pas les mots, bercée par la musique. S'énervant visiblement, l'homme lui arracha finalement ses écouteurs des oreilles avant d'en approcher sa bouche et de lui murmurer "Alors ma jolie, on ne s'excuse pas quand on bouscule quelqu'un ? Fait moi au moi un bisou pour te faire pardonner." Mais elle était incapable de bouger, incapable de réfléchir. Elle connaissait trop bien cette situation, savait trop bien qu'il était inutile de vouloir se défendre, que cela augmenterait seulement la rage de l'inconnu. Elle savait aussi qu'a cette heure, et vu l'endroit ou ils se trouvaient, personne ne viendrait à son secours.
 
Résister ou ne pas résister. Ironiquement, elle se disait qu'elle connaissait ce sentiment. Qu'elle y survivrait encore une fois. Elle faisait partie de cette infime partie de la population à qui la vie ne souriait plus malgré tous les efforts, qui la testait sans cesse. A quoi bon se battre ? L'issue serait surement la même. Il y avait néanmoins ce fond de rage qui bouillonnait au plus profond d'elle. Il lui suffisait d'attendre un petit moment d'inattention et elle avait sa chance. N'ayant pas eu obtenu sa requête, les lèvre de l'homme étaient venues trouver celle de Bérénice sans sa permission, mais c'est une statue de marbre qu'il embrassait. C'est une statue de marbre que ses mains étaient entrain de fouiller, jetant l'écharpe au sol, écartant le manteau puis le gilet. Visiblement lassé par le manque de résistance de la jeune femme, mais aussi de coopération, il lui avait mis un violent coup de poing dans le ventre, ce qui eu au moins le mérite de la faire réagir. Un hurlement d'agonie était sorti d'entre ses lèvres alors que son corps s'était affaissé au sol comme un chiffon.  Haletante, elle cherchait un moyen de retrouver son souffle sans avoir l'impression qu'on lui arrache ses poumons à chaque inspiration, son corps tremblant d'une façon incontrôlée. Elle s'avouait vaincue. Il ne lui restait plus qu'à attendre, attendre, attendre. Une quelconque forme de délivrance.
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MessageSujet: Re: It's better to burn out than to fade away. | James ♥ 02.06.18 0:34

Un, deux-trois. Un, deux-trois. Un, deux-trois. Le tempo battait dans ses oreilles comme si c’était son propre corps qui l’inventait. Boum, boum. Un, deux-trois. Boum, boum. Un, deux-trois. Un léger rire s’échappe de ses lèvres alors qu’il remarque que les battements de son cœur se sont adaptés au rythme, ou le rythme aux battements de son cœur. Il ne sait pas, ne sait plus vraiment, et ça n’a plus de réelle importance. Ses yeux scannent la foule de corps qui s’agite dans la villa où la soirée bat encore son plein. Sa villa ? Sûrement pas. Peu importe. Boum, boum. Un, deux-trois. Dan, tu viens danser ? Ses paupières clignent rapidement alors qu’il essaie de discerner le visage de l’homme qui vient de parler. Ah oui, ce soir, il était Dan. Qui était Dan déjà ? Peu importe. Un battement d’air de sa main suffit à faire comprendre qu’il n’est pas intéressé, et un sourire désolé vient flotter sur son visage alors qu’il tourne les talons pour s’échapper là où le vent veut bien le mener. Dan a terminé sa nuit. Il est lassé de Dan. Boum, boum. Un, deux-trois.

Ses pas finissent par s’arrêter aux abords d’une espèce de parc, et il fronce les sourcils, son expression se muant en moue désemparée alors qu’il prend conscience qu’il s’est éloigné de la soirée bien plus qu’il ne le pensait. Pourtant, il a encore l’impression d’entendre la musique, le bruit de ses chaussures sur le goudron semblant résonner en rythme, encore et toujours, avantage des vestiges des pilules dans ses veines. Boum, boum. Un, deux-trois. Sa langue claque contre son palet alors que les rouages de son cerveau essaient d’analyser ce qui se trouve sous ses yeux, de calculer où il est, mais échouent lamentablement. Eh, Ben ! T’as oublié ton portefeuille ! La bouche s’ouvre puis se referme, et le rire revient, de nouveau. Tête en l’air, ce Ben.

Ses doigts viennent se mêler à ceux de l’inconnu, ou plutôt, de celui dont il a déjà oublié le prénom, et il s’enfonce dans les rues qui longent le parc avec lui. Parce qu’il n’a pas envie de parler, mais qu’être seul n’est pas forcément un choix facile à faire. Boum, boum. Un, deux-trois. Il chantonne le rythme en réfléchissant au moment où il partira en courant dans une autre direction pour ne pas avoir à supporter une compagnie qui n’est pas plus agréable que ça, à s’il trouvera autre chose à faire, quelqu’un d’autre à voir, ensuite. Mais le tempo est brisé par la vision de deux corps au bout de la ruelle où ils ont fini par arriver, par l’impression de flottement. Un pas en avant, puis deux-trois. La curiosité, puis le doute que tout ceci soit naturel, mutuel. Pourtant, pas la moindre intension de s’en mêler, malgré le corps qui s’est raidi à ses côtés quand l’autre a atteint la même conclusion que lui. Une curiosité plus malsaine, peut être. Et après ? Pourquoi ? Quel intérêt ?

Le cri achève la mélodie. Un, deux, trois. Boum. L’anticipation a un goût amer dans la gorge, alors que quelque part parmi les méandres de l’alcool, de la cocaïne, des pilules, de la fumée, des illusions, des choses enfouies qui se transforment en silhouettes de couleur, quelque part au fin fond de son cerveau, des rouages s’enclenchent enfin. Il connaît cette voix. Plus que l’instinct qui régit désormais la personne à ses côtés en réaction au hurlement instinctif de terreur, c’est l’affection qui se réveille, et il fait un pas en avant alors que le corps tombe au sol. C’est une mèche de cheveux qui se détache des autres, une qui a exactement la bonne taille, une qui a exactement la bonne forme, qui vient murmurer un nom à ses oreilles. Qui vient remplacer les battements de son cœur et les échos de la soirée en un nouveau cri. Un-deux-trois. Boum-boum. Bérénice-Bérénice.

« Fais … Fais quelque chose … » Les rouages se délient rapidement, les pensées fusent à toute allure. Il est peut être là, l’instinct de survie qu’il lui manque. Pour Béré. Et il ne peut pas sauter dans le tas seul. Il ne réussirait qu’à se faire assommer, qu’à être un poids mort pour elle. Il ne serait d’aucune utilité. L’admettre n’a jamais été bien difficile. Une chance qu’il ne soit pas seul. « S’il te plaît … » Prétendre la peur n’est même pas réellement nécessaire, alors qu’il imagine le scénario où il n’aurait pas été là, le scénario où ce type serait arrivé à ses fins, le scénario où elle aurait dû tout recommencer, le scénario où il aurait tout donné pour revenir à ce moment précis et l’aider, d’une façon ou d’une autre.

Heureusement, nombreux sont ceux qui se sentent l’âme d’un héro, et inexistant est le sens moral de James. Une fois l’agresseur éloigné, il plonge sur Bérénice, glisse ses bras autour d’elle, la porte tant bien que mal, et s’envole. Sans même avoir le temps de comprendre ce qu’il fait, sans réfléchir, sans penser à la réalité des choses. C’est comme sortir de son propre corps et se regarder agir, comme si tout se passait au ralenti et à une vitesse vole en même temps, comme si le temps cessait d’exister alors que le monde cessait de respirer, que les cœurs cessaient de battre, qu’ils n’étaient plus qu’un instinct, un mouvement mû par une force supérieure. Quand il rouvre les yeux, c’est uniquement pour réaliser qu’ils sont plus loin, peut être pas beaucoup, peut être énormément. Il a pu courir cinq mètres comme mille, à ce stade. Jusqu’à ce qu’il ne réalise que les bras sur lesquels le corps est appuyé n’ont plus de force depuis bien longtemps, que son cœur mitraille sa poitrine, et qu’il n’a toujours pas vu le visage de Bérénice.

Le visage, le doux visage. Le plus doucement possible, il se penche vers le sol, jusqu’à ce que le postérieur de la brune le touche, jusqu’à lâcher presque entièrement sa prise sur elle pour se laisser tomber à ses côtés, pour la serrer contre lui le plus fort possible, se rendant enfin compte que sa respiration est erratique, qu’il a peur pour elle bien plus qu’il n’a jamais eu peur pour qui que ce soit. « Je suis là. C’est fini. Je suis là. » Sa voix n’est pas calme, et malgré tous ses efforts, pas une seule once de son attitude n’arrive à cacher l’inquiétude qui commence à le ronger alors que ses mains viennent recoiffer ses cheveux bruns, alors qu’elles caressent ses joues à la recherche de larmes, alors qu’elles se veulent rassurantes dans les ténèbres qui les entourent presque. Puis il réalise ce qu’il fait, et il se sépare d’elle presque brutalement. Il ne faut pas la toucher. Elle ne veut certainement pas qu’on la touche. « Pa … Pardon. Ca … va ? » La gorge serrée. Dis oui. Dis qu’il y a plus de peur que de mal. Dis qu’il est arrivé à temps. Dis oui. Et les battements du cœur, encore en toujours, imperturbables, qui battement bien trop vite, bien trop fort, à vous en décrocher la mâchoire alors que vos mains tremblantes ne savent plus où se poser. Bérénice, Bérénice, Bérénice. Bérénice, Bérénice, Bérénice. Bérénice-Bérénice-Bérénice.
(c) AMIANTE

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is this how it feels to take a fall? icarus is flying towards an early grave. ▬ never regret thy fall, O icarus of the fearless flight, for the greatest tragedy of them all is never to feel the burning light. - OW
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MessageSujet: Re: It's better to burn out than to fade away. | James ♥ 03.06.18 20:18

I don't owe you much
But I miss you such
I'm missing you
I feel sick
I'm drowning in the pit of my stomach
You don't know that I'm caught
Thinking you remind me of someone I can't face no more
I've gotta get him out of my mind
 
 
L'attente. Bérénice n'avait jamais réussi à faire la paix avec elle. Elle détestait, elle haïssait ce sentiment d'impuissance, d'entre-deux. Comme si la vie ne tenait plus qu'a un fil fragile,  se balançant doucement, hésitant. A  ne pas savoir si l'issue serait positive ou négative, bien ou mauvaise. Elle détestait cette angoisse latente, de ne pas savoir, ne pas contrôler, ne pas comprendre. Et pourtant, il fallait toujours attendre. Elle avait attendu les résultats de sa mère, à l'hôpital. Elle avait attendu qu'Ezra ne parte dieu sais où avant de respirer. Elle avait attendu que les bras de James enveloppent son corps. A force, cela devenait une habitude. Bérénice aimait ses habitudes et détestait qu'elles soient dérangée. Une habitude, une fois dérangée, vous écarte de toute raison, de toute logique. Elle vous fait penser les pires choses et n'accorde aucun répit. Et vous avez beau vous persuader du contraire, savoir que les idées que votre esprit tente de vous faire accepter ne sont qu'un jeu, à force, vous vous prenez au jeu, vous êtes perdants mais qu'importe puisque soudainement, plus rien ne fait de sens. Parce que le plus grand ennemi, c'est soi-même.
 
L'attente. Cette fois, elle serait probablement de courte durée. Et l'issue était presque certainement mauvaise, vu la situation. Bérénice n'avait plus la force ni l'envie de se battre. Elle savait comment se reconstruire, elle savait que ce serait douloureux et long et infernal, mais qu'il y avait une lumière quelque part, au bout du tunnel. Pourtant, il y avait cette petite lueur d'espoir au fond d'elle, cet espoir que cette fois, il pourrait y avoir une alternative. Qu'elle pouvait être sauvée. Que quelqu'un ai entendu son hurlement étranglé. Peut être que quelqu'un était insomniaque ici, ou travaillait tôt. Peut être. La première fois elle n'avait pas espérer. Elle se savait perdue. Ils étaient seuls, chez lui. Qui avait la chance de venir d'un milieu plus qu'aisé, lui offrant le luxe d'habiter dans une maison assez grande et assez isolée presque à deux pas du cœur de la capitale. Il avait aussi la chance d'avoir des parents plus absents que présents, qui lui laissaient toute liberté. Alors elle avait juste attendu, comme elle aurait attendu à la banque ou dans la file d'un fast-food. Elle avait compter 36 nœuds dans le bois de la poutre au plafond, et pourrait probablement les replacer exactement à leur emplacement sur un dessin. Elle avait attendu que la respiration à son petit ami était devenue régulière après qu'elle lui ai caresser les cheveux pendant ce qui lui avait sembler une éternité, puis elle était partie. Sans un regard en arrière. Sans jamais chercher à y repenser, à en parler. Qui l'aurait crue de toute façon ? Pourquoi cette fois aurait du être différente de toute les autres ? Elle n'avait surement pas été assez claire, c'était surement de sa faute. Inévitablement. Et puisqu'elle ne semblait pas apprendre de ses erreurs, elles se répétaient. Encore un jeu.
 
Mais cette fois, il y a de l'espoir. Parce que du fond de sa bulle, elle entend des bruits de coups, et des insultes probablement. Et elle ne sent plus aucune pression physique sur son corps alors que son esprit continue de l'écraser contre le sol, qu'elle voudrait juste y rester éternellement et en faire parti à force. Son esprit trop occupé qui ne reconnait pas l'odeur aimée, la douceur des gestes qui est rarement en accord avec le corps qui les exerce, la peur marquée sur un visage qui d'habitude ne connait ni peur ni culpabilité. Elle se laisse porter, parce qu'elle s'en fiche si cette personne lui veut du bien ou du mal. Elle n'a même plus la force d'en définir la frontière. Mécaniquement, elle laisse ses jambes se trainer au sol et retrouver le réflexe de marcher, même si un pas sur deux manque de la faire chuter, les bras la retiennent toujours. Après une course qui aurait pu être un marathon mais qui n'était finalement qu'une avancée de quelques mètres, dizaine ou centaine elle ne saurait dire, l'inconnu s'arrête finalement et la dépose au sol avec une infini douceur avant de la serrer dans ses bras de toute ses forces. Et elle voudrait hurler, elle voudrait s'arracher la peau souillée par cette étreinte quand un semblant de logique, ou plutôt un instinct naturel lui insuffle que cette fois, on ne lui veut pas de mal. Que cette personne, qui qu'elle soit, s'inquiète pour elle. Et pendant un moment, ce n'est rien d'autre que leurs deux respirations erratiques qui dérangent le calme de la nuit. Quand la voix, qui n'est presque qu'un murmure mais qui semble un hurlement aux oreilles de Bérénice, tente de se faire rassurante, elle écarquille brutalement ses yeux et elle le voit. Comme si c'était la première fois qu'elle le voyait. James.
 
Et paradoxalement, elle regrette que de toutes les personnes qui auraient pu venir la sauver, ce soit lui. Elle ne voulait pas que cette nuit soit éternellement liée à l'image désinvolte et moqueuse de James. Elle ne voulait pas qu'il la voit ainsi. Parce qu'elle est forte. Qu'elle doit l'être, pour eux. Comme s'il y avait un quelconque contrat entre eux, où Bérénice était l'adulte responsable et James l'enfant insolent mais pas méchant. C'était à elle d'être forte, d'être un exemple. Mais pire encore, elle ne voulait pas haïr cette étreinte qui était jusqu'à présent la chose qu'elle aimait le plus au monde, plus encore que le ronronnement de Vicken. Alors qu'actuellement, elle la déteste. Chaque millimètre de sa peau la brule comme si elle était un gigantesque brasier, elle voudrait noyer les doigts qui caressent ses joues de larmes mais en est bien incapable. Presque comme une malédiction, elle voudrait lui dire de ne pas arrêter, de continuer à la serrer jusqu'au bout de la nuit et de leur vie, mais elle veut aussi que tout cela s'arrête, qu'on la laisse dans ce coin comme si c'était sa place. Mais soudainement, l'étreinte se brise et c'est comme un coup dans son ventre à nouveau. Personne ne pouvait-il donc l'empêcher d'éprouver des choses aussi contradictoires, aussi folles ? La détresse qu'elle lit sur son visage alors qu'il s'excuse pour un mal qu'il n'a pas fait et qu'il lui demande si elle va bien fini par la remettre dans ce corps qui lui avait paru étranger tout ce temps durant. Des larmes se mettent soudainement à couler le long de ses joues et son corps est pris de tremblement inimaginables. Est-ce que ça va ? Elle voudrait lui répondre oui. Elle voudrait effacer toute trace de douleur sur ce visage qui n'est pas fait pour l'afficher. Elle voudrait réussir à rire et à faire comme si oui, tout allait bien. Mais cette fois, elle n'en a pas la force.
 
Avec une force surhumaine qui lui arrache un autre petit cri tellement ses membres sont endoloris, Bérénice cherche à tâtons à saisir la main de James, entre ses tremblements et la pénombre. Quand elle sent la texture étrange et inhabituelle, elle sait qu'elle l'a trouvée. Elle se saisit de sa main et la serre de toute ses forces, l'écrase, alors qu'elle ne veut pas lui faire mal. Et un flash d'un moment plus heureux la traverse, quand elle avait fait le même geste dans le seul but de l'embêter, de le faire rire, dans cette salle de classe une éternité plus tôt. Tirant sur la main, elle essaye de trouver le corps de son ami, le faisant misérablement rencontre le sol pour être au même niveau qu'elle et elle se love dans ses bras, cherchant à ne faire qu'un avec lui. Elle voudrait disparaitre avec lui. Lui seul la comprenait, lui laisserait le temps dont elle aurait besoin, la faisant rire quand plus rien n'irait. Et elle voudrait l'aimer plus, tout en se rendant compte que c'était impossible parce qu'il était déjà ce qu'elle aimait de plus dans la vie. Sa voix était la plus belle des mélodies et son sourire idiot la plus belle image. Elle voudrait l'aimer autrement alors, mais ils étaient maudits, contraint à ne jamais être assez bon pour l'autre, plus à la recherche d'être aimé que véritablement amoureux. Elle entend et sent le cœur battre contre son corps beaucoup trop rapidement, faisant écho au sien et elle s'étonne un court instant qui des deux souffre le plus.
 
Ayant de nouveau une fois complètement perdu toute notion de temps, elle se demande si cela fait juste quelques secondes ou quelques minutes qu'ils sont là, silencieux sans l'être, à la recherche des bons mots, de ceux qui ne viennent jamais quand vous en avez besoin. Lui répondre. Le rassurer. Il le fallait. Elle se concentre sur sa respiration jusqu'à la calmer, la régulariser. Elle attrape une mèche des cheveux à James, la lisse quelque fois, avant de laisser tomber sa main de nouveau. Le rassurer. Par pitié. Essayer. "Ca... Ira." Elle n'est pas capable de plus. Ce serait mentir, ce serait un mensonge qu'elle n'arriverait même pas une seconde à rendre crédible. Enfouissant son visage dans la nuque du jeune homme, elle s'enivre de son odeur qu'elle aime tellement, qu'elle oublie à chaque fois. Et elle lui murmure doucement "Tu restes avec moi, s'il te plait ? Juste pour cette nuit. Juste pour... On rentre ?" Elle voulait le voir dans l'ambiance familière de son appartement, où ils seraient en sécurité et seuls. Pourtant elle ne faisait pas un geste, ne bougeait pas, attendant l'approbation du jeune homme. Comme il l'avait fait la dernière fois, elle lui laissait le choix de partir, s'il le voulait. Elle le comprendrait. Elle ne voulait plus vivre avec elle même non plus.
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MessageSujet: Re: It's better to burn out than to fade away. | James ♥ 05.06.18 1:20

On dirait qu’elle est morte. C’est ce qu’il se dit, alors qu’il porte tant bien que mal le corps inerte sur des kilomètres, ou des mètres, qui sait ? C’est la seule chose qui traverse son esprit, annihilant momentanément l’effet des drogues et de l’alcool, comme une douche de glaçons un jour brûlant d’été. On dirait qu’elle est morte. Et pendant un millième de seconde qui semble la torture d’une éternité, il essaie d’imaginer une vie sans elle, un monde dans lequel elle ne respirerait plus, et ça lui coupe le souffle, ça lui donne envie de vomir, envie de pleurer, envie de mourir. Parce que même quand elle était loin de lui, il pensait à elle vivante, il pensait à elle qui riait, à elle qui lisait, à elle qui écrivait, à elle qui rêvait. Jamais à elle dans une tombe. Pas une seule fois l’image n’avait osé traverser son esprit jusqu’alors. Et un monde duquel Bérénice ne fait pas partie n’est pas un monde dans lequel il vaut la peine d’exister. Parce que c’est elle, le soleil derrière les nuages. C’est elle, la lumière au bout du tunnel. Et l’obscurité est déjà étouffante quand elle est loin, alors il n’y aurait plus qu’elle si elle venait à disparaître de la surface de la terre.

Alors il a peur. Il est rongé par ce sentiment qu’il connaît trop bien alors qu’il ne fait qu’augmenter en puissance, il se noie dans une mer d’illusions où la vie n’existe même plus, où plus aucun bruit ne résonne, où respirer devient une formalité. Elle ne peut pas mourir. Elle ne peut pas le laisser. Egoïste. C’est le mot qui s’inscrit dans son cerveau alors qu’il ose penser ça quand le corps de celle qu’il aime tant git, inerte, dans ses bras. Parce qu’il n’arrive qu’à voir ce que lui perdra, et pas ce que le reste du monde n’aura jamais. Parce que le reste du monde ne mérite pas Bérénice, même si lui non plus. Parce qu’elle aurait pu apporter tant à l’univers, et que c’est de sa faute si la lumière s’éteint bien trop tôt. Et de la sienne aussi, un peu, probablement.

Il la serre contre lui, il la lâche, incapable de savoir la bonne chose à faire, les bons mots à prononcer, la bonne attitude à avoir, comme un enfant qu’on laisse face à un animal blessé pour la première fois. Tous ses gestes semblent déplacés, toutes ses paroles semblent creuses, écrites à l’avance pour quelqu’un d’autre que lui, comme s’il jouait le rôle de quelqu’un d’autre. Parce qu’il n’a jamais été de ceux qui s’occupent des autres, pas vraiment. Même s’il le voulait. Même s’il aurait voulu s’occuper de Bérénice, s’il aurait voulu prendre tout ce qui lui faisait du mal, le retirer, le garder pour lui, subir à sa place. Même s’il aurait décroché la lune pour l’aider. Parce qu’il n’avait toujours été capable que de lui changer les idées, pas d’être une épaule sur laquelle se reposer. Parce qu’il n’avait aucune idée de comment s’occuper des gens alors qu’il ne savait même pas s’occuper de lui-même. Et il se déteste de se retrouver si désemparé dans une situation si cruciale, face à quelqu’un qu’il aime tant. Il se déteste de se demander s’il n’aurait pas mieux valu que quelqu’un d’autre soit là, que quelqu’un d’autre se comporte normalement avec elle, adopte les bons gestes, choisisse les bons mots. Parce qu’il ne veut pas la laisser tomber, mais qu’il n’a aucune idée de comment l’aider à tenir debout.

Les larmes et les tremblements lui brisent le cœur, et il garde ses mains en suspend dans le vide, la gorge serrée, à se demander une fois de plus s’il a fait la plus grosse connerie possible, si maintenant ça y est, elle l’associera automatiquement à cette nuit, à ce connard, aux gestes déplacés et aux mots vides de sens. Alors il se tait, il se fige, il attend, regardant impuissant la déferlante de larmes, réalisant doucement son inutilité. Et le cri lui serre le cœur autant que la main qui finit par le toucher le lui réchauffe, alors il s’y agrippe en retour, comme si elle était au bord de l’abysse et qu’il essayait de la tirer avec lui, oubliant momentanément que lui est tout au fond. Qu’il est peut être simplement en train de la rattraper pour ne pas qu’elle se cogne trop brutalement. « Je suis là … » C’est un nouveau murmure du fond du gouffre, mais il ne tente rien, ne prend pas les devants, pour ne pas la brusquer, pour ne pas lui faire plus de mal que le monde ne lui en a déjà fait.

Il ne sent pas la douleur, ne réalise pas le sol froid qui s’écrase contre sa joue ou la peau cicatrisée qui se tire. Il se laisse faire comme une poupée de chiffon, prêt à amortir la chute de Bérénice, prêt à essayer d’avaler sa douleur pour la faire sienne, pour lui permettre de s’envoler de nouveau hors du gouffre. Ses bras se posent à peine sur elle quand elle se blottit contre lui, suivant la courbe que son corps a pris, essayant de l’envelopper dans un cocon de protection qui n’est pas trop intrusif, de comprendre où sont les limites des contacts, où sont les limites du traumatisme. Et il attend, patiemment, chose qui n’est clairement pas dans ses habitudes. Et même ça, il ne sait pas le faire. Alors il se force, il ignore la gêne qui prend son corps hyperactif face à l’immobilité qu’il lui impose, se concentrant sur le souffle erratique de Bérénice, sur le restreint de son envie d’essuyer ses larmes, de lui dire que tout ira bien, de lui dire qu’il va le tuer, de penser qu’il risque d’empirer les choses.

Il sent à peine la main dans ses cheveux alors qu’il réalise qu’il a arrêté de respirer pour entendre la respiration de la jeune femme se régulariser, qu’il a oublié de vivre pour vérifier qu’elle survivrait, et il trouverait presque la situation amusante, si les circonstances n’étaient pas si tragiques. Allongés dans une rue, immobiles, serrés l’un contre l’autre, comme des animaux errants, perdus, jamais retrouvés. Puis sa voix s’élève, et son cœur recommence à battre. Elle est vivante. Il ne l’a pas encore perdue. Le monde non plus, mais le monde, on s’en fout. « Je sais. » Un murmure qui répond à l’autre. Il le sait. Parce qu’elle est forte. Parce qu’elle est plus forte que toutes les personnes qu’il connaît. Parce qu’elle se relève sans cesse. Parce qu’il l’admire pour ça, qu’il l’a toujours fait, qu’il ne le fait qu’un peu plus chaque jour. Un roc. Et il acquiesce de nouveau, un frisson agréable parcourant sa nuque face à l’odeur familière et rassurante qui lui manque même quand elle est dans ses narines. « On rentre. »

Mais il reste encore là quelques secondes, le temps de vérifier qu’elle est bien contre lui, qu’il n’imagine pas ses paroles alors qu’il serre un corps sans vie. C’est le battement de son cœur contre son corps qui lui certifie que c’est bien réel, et un léger soupir de soulagement s’échappe de ses lèvres. Elle est peut être au fond du gouffre, mais elle respire. Et là, il peut lui tenir compagnie. Il peut lui faire la courte échelle quand elle voudra se relever d’elle-même. Et en attendant, c’est lui qui la relève, la soutenant du mieux que possible, essayant de prendre sur lui le plus possible de son poids. D’être sa béquille.

Ils vont chez elle. Parce que c’est plus près, parce qu’il sait y aller, parce qu’il ne veut pas l’emmener dans un endroit glacé quand elle est déjà gelée de l’intérieur, parce qu’elle a besoin d’un endroit réconfortant. Et sur le chemin, il ne dit pas un mot, trop occupé à s’assurer de ne pas la lâcher, à surveiller qu’elle ne panique pas, à appuyer à peine sur sa main quand il pense qu’elle a besoin d’un soutien autre que physique. Pour ne pas dépasser les limites. « Donne-moi tes clefs. » Il chuchote, pour ne pas la brusquer, pour la laisser se calmer dans le silence, mais il ne cherche pas à les lui prendre, évite les mouvements trop brusques. Les portes se déverrouillent, découvrant enfin la bulle de sécurité de la jeune femme, et il sourit doucement face à l’ambiance familière qui règne sur ce lieu où il n’a mis les pieds pourtant qu’une fois. Parce que tout dans cet appartement est Bérénice. Parce qu’il ne pourrait appartenir à personne d’autre. Parce que son odeur emplit les lieux.

Il la soutient jusqu’à son lit, l’aidant doucement à s’asseoir dessus avant de s’éloigner en ne gardant que sa main dans la sienne dès qu’il est persuadé qu’elle ne tombera pas par terre, pour ne pas être associé à la mauvaise chose. Puis il murmure un « Attends, je reviens … » doux en démêlant leurs doigts pour s’éloigner, pour se diriger rapidement vers la cuisine, attraper le premier récipient venu, le remplir d’eau, et revenir. Trois secondes. Pas plus. Ne pas la laisser seule. Le réceptacle finit placé doucement entre ses deux mains, et il frôle son front avec ses lèvres avant de s’asseoir à ses pieds, au bout du lit, ne posant qu’une fesse pour être prêt à se lever au moindre signe d’inconfort. Ne pas lui imposer de contact. Se montrer prévenant, en voilà une expérience nouvelle. Une qu’il n’aurait jamais voulu faire si ce n’avait été de Bérénice. Si ce n’avait été de la vision d’horreur qu’était un monde sans elle.
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MessageSujet: Re: It's better to burn out than to fade away. | James ♥ 10.06.18 21:17

If you must leave, leave as though fire burns under your feet
If you must speak, speak every word as though it were unique
If you must die, sweetheart, die knowing your life was my life's best part
If you must fight, fight with yourself and your thoughts in the night
If you must work, work to leave some part of you on this earth



De toutes les choses dont Bérénice a peur, des plus futiles aux plus réelles, telles que l’orage ou les ponts, elle n’avait jamais eu peur de vivre. Ou de mourir. Elle avait peur de quitter ce monde et d’être oubliée, elle avait peur de ne pas laisser de trace. De n’avoir été que de passage, alors qu’au fond, c’est ce que tout le monde est. Juste un passage plus ou moins bref. Mais elle qui n’avait aucune ambition dans la vie, se contentant de ce qu’elle lui apporte, elle voulait vivre grandement et laisser une marque indélébile. Elle avait peur de ne pas pouvoir vivre pleinement, de ne pas pouvoir en profiter, de se laisser entrainer dans cette spirale infernale, dans la monotonie du quotidien, sans éclat. Elle aurait été heureuse de mourir ce soir. Par pitié, qu’on la laisse simplement dans un coin, devenir statue. Ce n’était pas comme elle l’avait imaginé, vieille et dans son sommeil, mais c’était bien aussi. Elle savait qu’elle ne serait pas oubliée, elle savait qu’elle avait fait de son mieux pour vivre malgré la vie. Mais maintenant, qu’on la laisse juste partir. Faites que cela s’arrête. Cette petite voix dans sa tête, son eternel ennemi, s’amusait à lui murmurer qu’elle ne manquerait à personne, de toute façon. Que pour les autres, au réveil quand le soleil aura retrouvé sa place au zénith, le monde continuerait à tourner dans le même sens. Qu’elle ne serait qu’un petit encadré dans les journaux locaux « Professeur de littérature décédée après agression ». Six mots pour une vie.

Mais comme toujours, elle se raccrochait à la vie. A ce petit filament fragile. Et il y avait bien quelqu’un qui s’inquiétait pour elle, quelqu’un qu’elle devait absolument rassurer. Quelqu’un qui ne la méritait pas. Qui ne méritait que du bonheur et de la joie, de l’insouciance, des rires. Qui méritait de vivre à deux cents pourcents, toujours. Qui ne méritait pas de se retrouver ainsi au bord de l’abime. La petite voix n’était maintenant pas présente, pour lui dire qu’il était déjà au fond du trou, qu’elle n’aggravait pas grand-chose, qu’elle augmentait seulement encore plus leur lien et leur dépendance. Elle ne voulait pas le voir et pourtant son visage était la seule chose qui lui venait en tête. Elle ne voulait pas qu’il la voit ainsi et pourtant elle serait allée le trouver, d’une façon ou d’une autre, si elle en avait eu la force. Parce qu’elle avait fait l’erreur de le sous-estimer une fois, et cela les avait presque détruit. Elle avait toujours voulu le protéger plus que tout, en ne voyant pas qu’en le couvant, elle lui faisait plus mal qu’en étant honnête. Parfois, ce sont les mots et les actions les plus justes qui font le plus de mal. Il méritait de comprendre, cette fois. Et s’il le voulait, de faire partie d’elle, de l’aider. Elle s’était raccrochée à lui comme à une bouée de secours afin de ne pas sombrer. Il était la lumière, il était le soleil, il était la plus belle chose au monde mais aussi la plus dangereuse. Et plus elle s’accrochait à lui, plus elle s’abandonnait dans la chaleur de son corps contre le sien, plus elle parvenait à émettre des idées claires à nouveau. A voir que ce n’était ni le moment, ni l’endroit pour abandonner, pour partir. Que James avait besoin d’elle autant qu’elle de lui. Qu’elle ne pouvait pas l’abandonner, qu’elle ne le pourrait probablement jamais. Parce qu’au fond, chacun portait une partie de l’autre en lui, et devait s’accrocher à la vie pour lui, même pendant les jours les plus sombres. Parce que l’un ne pourrait pas vivre sans l’autre, parce qu’un monde sans James serait un monde sans lumière, sans éclat, sans rires. Parce qu’un monde sans James reviendrait à ne plus pouvoir dormir, à ne plus pouvoir éteindre quelques instant ce cerveau qui ne cesse jamais de réfléchir, de se questionner, d’analyser. Un monde sans James serait un monde sans épreuves, sans folies, sans aventures. C’est quelque chose qui ne valait même pas la peine d’être imaginé tant l’idée était vaine et inutile.

Elle lui avait demandé de rentrer alors que toute son âme lui criait d’être seule. Mais peut être avait-il besoin de voir, d’être présent, pour comprendre pourquoi elle avait fuit, la première fois. L’idée de penser qu’elle avait besoin de parler d’une « première fois », indiquant qu’il y en avait forcément au moins une autre, suffit pour remettre son cœur en route, le faisant battre beaucoup trop, trop vite trop fort trop irrégulier. Il y avait une première et une deuxième fois. Ou plutôt, il y avait une première fois et un début de deuxième, s’il n’était pas venu à temps, si le hasard n’avait pas subitement décidé qu’il s’était assez acharné sur elle. La nuit serait longue, et affreuse et floue. Mais elle savait que si quelqu’un pouvait la passer avec elle, ce serait lui. Si quelqu’un pouvait garder les yeux de la jeune femme ouverts assez longtemps pour que l’horreur s’y efface, c’était lui. Et l’entendre répéter ces deux mots comme si c’était la chose la plus naturelle au monde apaisa un peu ses maux. Il n’avait pas hésité une seule seconde. Il l’avait placée avant lui, au dessus de lui, pour l’instant, c’était elle le plus important et cela lui faisait tellement de bien, au fond. James bouge et la manipule avec tellement de précautions et de lenteur qu’elle s’attendrirait, en temps normal. Elle se moquerait de lui, parce que cela ne lui ressemble pas, de ne pas baisser la tête foncée, d’imposer son rythme aux autres. Mais elle ne le fait pas. Elle n’en a pas la force, pas l’envie. Parce que malgré toute les précautions de son ami, chaque cellule de son corps lui fait mal, parce que sa tête est lourde à porter et à tenir droite, parce qu’elle continue de trembler comme une feuille sur un arbre à l’automne. Parce qu’elle pourrait se détacher à n’importe quel moment.

La traversée leur prend une demi éternité, alors que ce cerveau qui ne s’arrête jamais à bien calculer qu’ils sont à cinq cents mètres tout au plus de son appartement. Mais ils y arrivent, parce qu’ils sont ensemble, parce que leurs mains se trouvent quand il le faut sans avoir besoin de mots. Quand il lui demande les clés, elle se demande un instant si elle a rêvé tant le chuchotement lui parait bas. Alors que son corps à sursauter, alors qu’une grimace est venue tordre son visage en réaction. Du bout des doigts, elle fouille distraitement dans la poche de son manteau défait, baissant pour la première fois les yeux vers son corps qui lui parait différent, moins appréciable, sans valeur, alors que physiquement rien n’a changé si ce n’est son écharpe qui est restée là bas. Au final, rien n’est arrivé. Mais c’est l’idée, les « Et si » qui la détruisent. La tentative. Mêlée au souvenir profondément enfoui qui ne devait jamais réapparaitre. L’impression que jamais rien ne changera, l’impression que le temps n’avançait pas. Une fois arrivés entre les murs familiers, remplis de livres et de petits mots ridicules, des cartes postales, des mots d’amour, des citations de ses auteurs favoris, elle respire, un peu. Ses yeux scannent chaque centimètre avant de tomber sur son chat qui l’attend patiemment sur le bureau en face du lit, ce pauvre chat qui doit sentir que quelque chose ne va pas. Qui voit sa maitresse mais qui ne l’entend pas l’appeler comme elle en a l’habitude, qui se laisse trainer jusqu’au bout de son lit par une personne inconnue, alors qu’elle se laisse asseoir comme une enfant. Elle se raccroche à cette main qui est son seul point d’ancrage sur terre, la seule chose qui l’empêche de tomber ou de s’envoler. Elle entend les mots, mais ne les comprend pas, ne les assimiles pas, alors que leurs doigts se détachent et que son bonheur s’éloigne furtivement. Sa main reste tendue vers l’avant, ridicule, attendant quelque chose qui ne viendra probablement jamais. Elle la laisse tomber quand James réapparait. Ne pas l’inquiéter encore plus. Tout ira bien. Tout va bien. Pour lui. Arrêter de pleurer. De trembler. Elle regarde le verre glissé entre ses mains et se demande sérieusement ce qu’elle est sensée en faire avant de comprendre qu’elle devrait boire. Que c’est le genre de choses que les gens font quand ils sont à court d’idée, quand ils veulent aider mais ne savent pas comment s’y prendre. Elle ne saurait pas non plus. Elle ne sait même pas ce dont elle veut maintenant tant tout se mélange, tant tout est paradoxal.

Ils doivent avoir l’air bien ridicule, tous les trois. Bérénice assise sur son lit, hagarde, tremblante, haletante. James à ses pieds, sur ses gardes, presque immobile alors qu’il ne sait pas tenir sur place. Et ce chat en face d’eux, qui les fixe, les juges presque, qui comprend surement plus qu’ils ne le font. Et ce silence de mort dans un appartement qui d’habitude vibre sous la musique. Rien n’est habituel ce soir, rien n’est normal. N’y tenant plus, Bérénice ouvre la bouche pour parler avant de se rendre compte que sa gorge est horriblement sèche. L’eau, entre ses mains. Boire. Respirer. Elle vide le verre d’une traite presque, puis le pose doucement au sol, ne s’autorisant aucun geste brusque, aucun bruit. Elle lutte contre elle-même, parce qu’elle voudrait lui parler, elle voudrait raconter une futilité, oh James est-ce que tu sais que c’est l’anniversaire au prince Philippe d’Edimbourg aujourd’hui ?, elle voudrait le faire rire. Elle voudrait le prendre dans ses bras mais craint de ne pas pouvoir contrôler son corps et ses émotions si elle le fait. Elle voudrait arrêter de réfléchir trois secondes et juste agir. Juste se laisser aller.

Doucement, elle laisse sa main jouer avec les cheveux à ses pieds, pour s’occuper, pour se concentrer sur quelque chose. «Ce n’est pas comme ça que j’imaginais qu’on allait se revoir. » Sa voix se brise. Parler, juste pour remplir l’espace, pour tuer le temps avant qu’il ne les tue. « Je pensais que t’allais un jour débarquer devant ma porte, avec un bouquet de roses, je déteste les roses tu peux noter, me récitant du Shakespeare. Ou alors en défonçant la porte d’entrée parce que t’as réussi à perdre tes clés, un truc comme ça. N’importe quoi, mais pas ça. Je ne voulais pas t’infliger ça, je suis désolée… » Et les larmes la reprennent, parce qu’elle se sent horriblement coupable. Parce que tout est de sa faute. Elle s’excuse puisque c’est la seule chose qui lui semble logique. Parce qu’elle fait du mal à son meilleur ami, a sa moitié. Parce qu’elle doit surement horriblement le décevoir, parce qu’elle n’est pas forte. Relevant ses genoux contre son corps, elle les entoure de ses bras et sert fortement, se rendant compte subitement qu’elle meurt de froid, malgré son pull, malgré son manteau qu’elle n’a pas encore retiré. Vaincue, elle murmure «James, j’ai froid… Fait quelque chose, s’il te plait… » Demain, elle rira de nouveau. Demain, c’est elle qui prendra soin de lui. Demain, le soleil brillera de nouveau.
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MessageSujet: Re: It's better to burn out than to fade away. | James ♥ 16.06.18 23:25

Plus rien au monde n’avait d’importance qu’elle depuis que son cœur s’était mis à murmurer son prénom au lieu de battre. Et quelque part, il se demandait si ce n’était pas le cas depuis bien trop longtemps, maintenant. Depuis le premier sourire, peut être. Ou depuis qu’il avait compris quelques heures et un refus après qu’elle était plus, tellement plus que tous ces visages anonymes bons à oublier le lendemain matin. Qu’elle était inoubliable. Qu’il avait une chance folle de pouvoir passer du temps à ses côtés, que chaque minute, chaque seconde était précieuse. Qu’elle était formidable, et qu’il aurait probablement dû s’en rendre bien plus compte bien plus tôt. Parce qu’on ne remarque à quel point quelqu’un nous aide à vivre que quand il n’est plus là. Que le jour où on lui avait dit qu’elle était partie, quelque chose avait changé dans les battements de son cœur, les rouages étaient devenus plus mécaniques, plus aucune musique ne se faisait entendre quand il pensait à son prénom si ce n’est celle des larmes qui se noient dans la pluie.

Et maintenant ça recommençait. Maintenant il l’entendait de nouveau, maintenant qu’elle était dans ses bras, maintenant qu’il entendait sa voix, maintenant qu’il visualisait son sourire. Mais la mélodie était toujours mêlée à celle des larmes, le serait peut être toujours. Parce que la vie avait décidé qu’un être aussi exceptionnel ne devait pas être heureux, pas totalement, qu’elle ne pouvait pas nager dans la chaleur du soleil sans se brûler la peau. Alors l’amour ne peut plus qu’être mêlé à l’inquiétude, cet amour qui était pourtant si insouciant, si irréfléchi, si enfantin. Il était devenu attentif, inquiet, prévenant. Dramatique. Parce qu’elle avait vécu des drames, comme lui. Parce qu’ils étaient déjà cassés alors mais qu’ils fermaient les yeux, et que la vie avait empiré les choses pour les leur ouvrir. Pour qu’il le regarde vraiment. Pour qu’il voit à quel point elle était belle, à quel point elle était triste. Pour que son cœur se brise en voyant ses larmes et batte en entendant sa respiration. Bérénice, Bérénice, Bérénice.

Il l’aide, il essaie de le faire, en tout cas. De la porter sans la toucher, de lui parler en silence, de sécher ses larmes sans s’approcher, de l’aimer sans lui faire peur. Mais c’est impossible. Parce qu’il ne sait pas prendre soin de quelqu’un en temps normal, parce qu’il ne sait même pas prendre soin de lui-même, et que la situation est grave. Que leur amitié peut être mesurée sur sa capacité à se comporter correctement, et qu’il est incapable de le faire. Que ce soit peut décider de leur avenir, et qu’il risque de tout gâcher avec un seul mot de travers ou une seule main mal posée. Et il n’est pas habitué à réfléchir aux conséquences de ses actes. Alors quand elle sursaute, il se fige, incapable de comprendre si le mieux serait de mieux la tenir ou de la lâcher. Rendu immobile, inutile, bon à rien. Il se déteste, alors qu’il l’aide à rentrer, de ne pas pouvoir faire plus, de ne pas pouvoir simplement plonger dans son cerveau récupérer les mauvais souvenirs et les effacer à jamais, de ne pas pouvoir prendre sur lui les sensations négatives que ce monstre lui avait fait ressentir, de ne pas pouvoir trouver les bons mots, les bons gestes, pour lui dire qu’elle est en sécurité, pour lui dire qu’il l’aime, pour lui promettre la lune et la lui apporter dans les minutes qui suivent. Inutile. Il est inutile.

Il lui tient la main, lui parle, mais quelque part, il sait qu’elle n’entend pas, qu’elle s’accroche à sa main comme à une bouée de sauvetage, que les souvenirs viennent s’écraser sur elle comme des vagues glaciales, que toutes ces choses enfouies refont surface. Il connaît le sentiment froid de panique qui s’installe dans ces moments là, l’incapacité à reprendre pied, à discerner les souvenirs de l’instant présent, la superposition d’images horribles et familières à un environnement qui aurait dû être lié à la sécurité, à un visage qui aurait dû être lié à l’amour. Il sait qu’elle est la seule à pouvoir décider de le voir, de l’entendre, et pourtant, il essaie, comprenant enfin le désespoir des personnes qui veulent aider tous ces gens qui ne veulent pas s’aider eux-mêmes. Aimer quelqu’un, c’est se détruire au même rythme que lui, peut être.

Et il attend. Il attend comme il n’a jamais attendu de sa vie, essaie de devenir une statue, invisible, inimportant. Il essaie de se fondre dans le décor jusqu’au point où quand elle scannera la pièce elle ne le verra même pas. Parce qu’il devrait la laisser souffler, la laisser tranquille, mais pas la laisser seule. S’il a bien une chose dont il est certain, c’est ça. Elle ne doit pas rester seule. La panique et la peur sont amies avec la solitude. Il doit rester là, mais il ne doit plus exister, plus respirer, plus laisser son cœur murmurer son prénom si fort qu’il a l’impression que même le chat l’entend. Elle boit, elle vit, elle bouge, et il respire quelques secondes, la laisse essayer seule de se sortir de son état de choc, essaie de tout faire pour ne pas être un embarras. Essaie de ne rien faire, rien dire, rien penser, rien ressentir. Une coquille vide, il faut être une coquille vide. Qu’elle pourra remplir de ce dont elle a besoin. Parce que personne d’autre qu’elle ne peut savoir de quoi elle a besoin, et qu’il deviendrait son propre opposé si ça lui permettait de lui être utile. Mais c’est dur, d’être une coquille vide, quand on a peur pour quelqu’un. Bien plus que quand on vit.

La main dans ses cheveux manque de le faire sursauter tant l’immobilité état devenue un mot d’ordre dans cette pièce à la fois trop familière et étrangère. Tant il commençait à réussir à croire qu’il était une statue et que s’il bougeait, le monde entier s’écroulait. Mais les longs doigts de Bérénice bougent ses mèches, et il respire le plus bas possible, sans bouger plus que nécessaire, en évitant de se perdre dans la sensation si agréable des mouvements de la main, en évitant de penser à toutes ces fois où elle l’avait calmé lui de cette façon, en se souvenant que c’est lui qui est censé être en train de s’occuper d’elle, cette fois. Que c’est lui qui est censé être fort. Mais Bérénice, c’est probablement plus le genre de personnes qui aide les autres plutôt que celles qu’on aide. Et si elle a besoin de sa zone de confort, leurs positions peuvent bien être en désaccord avec leurs rôles du moment, n’est ce pas ? Probablement.

« Moi non plus. Mais la vie aime bien se moquer de nous, hein ? » C’est un murmure, encore. Il s’entend à peine sous les bruits de son cœur qui a peur. Leurs mots flottent entre eux comme les prémices d’une discussion bien plus triste. Parce que parfois les mots ne suffisent pas, malgré l’amour que Bérénice leur porte. Il sourit un peu, trop statuesque pour réussir à rire, mais l’amusement quitte son visage très vite alors que les excuses se font entendre, alors que les larmes se font ressentir dans le brin de voix, alors que le monde lui rappelle qu’il est en train de s’écrouler en même temps que sa meilleure amie. Alors il se redresse, il la regarde. Il veut parler, mais les mots l’ont quitté, fourbes, eux qu’il manipule habituellement si facilement, à la vue de la femme roc repliée sur elle-même, à la vue de sa blessure qui coule de ses yeux, à la vue des souvenirs qui essaient de l’étouffer.

La supplication lui brise le cœur, et il sent les larmes lui monter aux yeux à son tour, brûler ses paupières, comme si son corps tout entier était lié à celui de Bérénice, comme son cœur, comme son âme. Comme si sa douleur était sienne. Et c’est injuste qu’elle le soit si elle ne s’efface pas du corps de l’autre, mais le monde est injuste, la vie est une longue torture, et elle ne laisse jamais les anges flotter bien longtemps. Alors il se mordille la lèvre avant de se relever doucement, avant de prendre la couette épaisse du lit pour l’enrouler autour du corps de Bérénice, épousant ses formes, comme une embrassade qu’il ne peut pas lui donner directement sans réveiller un peu plus les souvenirs. Et il se glisse à ses côtés, passe un bras autour de sa taille, priant pour que les couches de tissus l’empêchent de vomir à l’idée du contact, se positionnant pour la tenir contre lui, son corps bougeant à peine pour la bercer, comme une enfant.

« Ne t’excuse pas. Ce n’est pas de ta faute. Tu n’as absolument rien fait de mal. Je suis content d’être là. Je suis content que tu veuilles de mon aide. Je suis désolé de ne pas pouvoir faire plus, c’est tout. » Le plus doux possible, le plus bas possible. Comme la mélodie de son cœur, celle de Bérénice, sans les larmes, si possible sans les larmes et la pluie. « T’as pas à penser à moi, là. Pense à toi. Pleure. Tremble. Hurle, si t’es en colère. Laisse ton cœur se briser, si tu veux. Parce que c’est pas juste. T’as pas à penser différemment. C’est pas juste. T’aurais dû être heureuse. On devrait te laisser tranquille. » Saloperie de monde. Il a envie de l’embrasser, il a envie de lui dire que tout ira bien, il a envie de venir essuyer ses larmes, il a envie de lui promettre qu’elle oubliera tout, et que demain, le soleil brisera de nouveau sur son visage. Mais il ne peut pas la toucher, et il s’est promis de ne plus jamais lui mentir.

« Et tu peux pleurer toute la nuit, si tu veux, parce que y’a rien que tu pourras dire ou faire qui me fera partir. Moi je te trouve toujours aussi parfaite. Moi je pense que t’es la personne la plus forte que j’ai jamais rencontrée, même comme ça, même maintenant. Surtout maintenant. Parce qu’il faut être fort pour accepter l’idée qu’on est fatigué, bien plus fort que pour faire semblant que tout va bien. » Et Bérénice, c’est une tour de combat, imbattable, infatigable, inoubliable. Les vagues des souvenirs qui tapent contre elle ne la feront jamais plier. Parce qu’elle a survécu à pire, et que sa vie est un doigt d’honneur à tous les mauvais coups du destin. Parce qu’elle est parfaite, et qu’il voudrait pouvoir le lui faire comprendre un jour, lui faire réaliser que sous tout son mépris d’elle-même, il y a une montagne d’or qu’on ne trouve chez personne d’autre. Que s’il devait choisir une seule personne sur cette planète avec qui passer le restant de ses jours, que s’il devait mourir pour quelqu’un, il n’y aurait que son nom qui viendrait à son oreille au moment du choix. Personne d’autre. Personne qui ne mérite autant d’exister. Personne que le monde mérite si peu.

« Alors je bouge pas. Et le chat non plus, visiblement. Mais si tu veux que je te lâche, si tu veux que je parte à l’autre bout de la pièce, si tu veux que je mette la musique à fond, si tu veux que je me taise, tu me le dis, et je le ferai. Si tu trouves que je suis chiant, si tu trouves que je pue, si tu trouves que je te fais mal ou que je te dégoûte, tu me le dis. Je veux juste t’aider à être en sécurité. A être à l’aise, même dans ton malheur. Toujours. » Et à jamais. Mais au moins ce soir. Au moins cette nuit. Au moins cette fois. Pour une fois, il veut respirer pour elle. Pour une fois, il veut exister pour elle. Rien que pour elle. Parce que rien d’autre n’a d’importance que cette mélodie et les larmes qui l’assombrissent.
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MessageSujet: Re: It's better to burn out than to fade away. | James ♥ 19.06.18 22:49

Le poids de Bérénice contre lui, le poids du ciel sur eux ; il avait eu peur comme cela jadis... Peur de bouger, de détruire le charme de cet instant... Jadis il s'agissait d'autre chose, mais rien ne ressemble à la mort comme l'amour.


Elle avait horreur de se montrer aussi faible. Elle avait horreur d'être aussi vulnérable. De perdre son masque. Elle pensait qu'une fois dans son appartement, entourée des meubles familiers, de ce fauteuil à bascule jaune, de ces innombrables livres qui s'empilent partout débordent des bibliothèques, tout irait mieux. Elle pensait pouvoir passer à autre chose. Mettre les événements de ce soir sous clés, regarder le soleil se lever doucement, glissée dans les bras de son meilleur ami comme ils l'avaient fait tant de fois. Mais rien n'allait. Elle avait horriblement froid alors qu'un brasier la prenait de l'intérieur. Son cœur battait à lui rompre la cage thoracique et elle n'arrivait pas clairement à identifier ce qui lui faisait le plus mal entre sa tête, son ventre ou son âme. Elle aurait voulu vomir tout son mal, hurler et tout détruire, mais la seule réaction qu'elle arrivait à produire était ces tremblements et ces pleurs. Enfantin. Elle se sentait comme une enfant prise sur les faits après avoir voler des sucreries, punie dans sa chambre pendant un moment. Elle était enragée, contre le monde et contre elle même. Contre la vie, qui ne lui laisse aucun répit alors qu'elle ne lui demande rien. Juste des livres et de la musique et du café et de l'amour.

Ses doigts glissant entre les mèches blondes à ses pieds la rattache sur terre, lui rappelle que rien n'es perdu encore. Peut être son insouciance, peut être son innocence et sa naïveté, mais elle ne l'aura pas perdu, lui. Et c'est tout ce qui compte, peut être. James et son sourire. James qui n'arrête pas de l'aimer, malgré l'horreur. James qui continuera probablement à la trouver parfaite dans les pire des moments. Qui ne comprendra jamais a quel point il est important, qu'elle ne l'avait jamais trouvé parfait mais qu'importe puisque tout ce qui est parfait est insupportable et monotone. Avec lui, la vie avait un gout de défi, il y avait quelque chose d'électrique à être avec lui et a refaire le monde. Elle était capable de le sentir même maintenant ou tout lui semblait différent, ou plus rien ne faisait de sens. Sa présence lui rappelait qui elle est et d'où elle vient, ce qu'elle avait vécu, les bons et les mauvais moments. Que sa mère est morte quand elle en avait probablement le plus besoin, mais en même temps elle aurait eu besoin d'elle toute sa vie alors ce n'était jamais le bon moment. Qu'ils se sont rencontrés à un moment ou ils avaient besoin de l'autre alors même qu'ils n'avaient probablement pas envie de rencontrer quelqu'un. De se raccrocher à quelqu'un qui deviendra plus important que tout. Il avait été là quand tout n'était que noir ou blanc il avait été la seule tache de couleur dans son quotidien. Et quand leurs chemins s'étaient séparés, c'est comme si une partie d'elle était morte avec, la Bérénice joyeuse et souriante et sociale. Il avait même été là le soir ou elle avait recueilli ce chat roux obèse qui trainait dans un coin de Paris, qu'elle avait fermement tenu dans ses bras jusqu'à son petit appartement alors que James racontait les pires atrocités à l'égard de la bête. A y repenser, il lui semblait bien que sa vie n'avait eu aucun sens avant l'arrivée de James, qu'elle avait été insignifiante. Elle n'était complète qu'avec lui.

Mais elle n'était complète que quand il était lui. Et le voir là, immobile et silencieux, cela lui brisait le cœur un peu plus. Il n'avait pas à arrêter d'exister pour elle. Elle voudrait lui dire, le supplier de parler, de bouger, de vivre. Elle voudrait le supplier d'être comme toujours, mais elle n'en avait pas la force. Parce que son cerveau ne serait pas capable de suivre et qu'elle voulait ne rien rater de leurs moments ensemble, d'eux. Alors elle le supplie de l'aider parce que c'est le seul moyen d'avancer et parce qu'elle sait que quoi qu'il fasse, ça ira mieux. Au fond, elle voudrait le serrer dans ses bras de toute ses forces mais elle frissonne rien qu'a l'idée du contact. Elle voudrait enfouir son nez dans son cou mais craint de ne pas reconnaitre l'odeur. Elle voudrait déposer un baiser sur le front de son meilleur ami mais se souvient que ses lèvres ne lui appartiennent plus, qu'on les lui a volées. Alors elle ne fait rien d'autre que de se laisser envelopper et de relâcher un peu l'étreinte de ses bras sur ses genoux. Elle le laisse se glisser à ses côtés et un soupire de soulagement, à moitié un sanglot, s'échappe d'entre ses lèvres quand elle sens le petit picotement familier au contact de son bras sur sa taille et non pas du dégout. Elle était encore capable de voir qu'il ne lui voulait pas de mal. Que son seul soucis était de l'aider et de l'aimer. Elle se laisse doucement bercer, posant légèrement sa tête sur l'épaule de son meilleur ami. Elle s'autorise à fermer les yeux en entendant sa voix, et c'est lui qu'elle continue de voir quand même, et non pas l'horreur du monde, de l'extérieur, de la vie cette chienne.

Et ses mots, bien que maladroit, sont probablement parmi les mots les plus honnêtes et sérieux qu'il ai jamais prononcer de sa vie. Elle est presque étonnée de découvrir ce côté de lui, dont il était lui même probablement inconscient. Elle sourit et envie de le frapper quand il s'excuse de ne pas pouvoir faire plus alors qu'il fait déjà tout ce qu'il pourrait faire. Il lui laisse tout l'espace dont elle a besoin, mais un doigt relevé le ferait réagir. Il se met en retrait pour elle et il s'autorise à être inquiet et vulnérable, lui aussi. Il ne pourrait pas faire plus. Ses mots la touchent au plus profond de son cœur tellement ils sont purs et désintéressés. Alors quand il lui dit de pleurer de trembler et de hurler si elle le veut, elle se met véritablement à pleurer de nouveau. Mais elle n'hurlerait jamais. La seule fois ou elle avait hurler de sa vie était probablement à sa venue au monde, et encore, ce serait à vérifier. Il faudrait demander à sa mère, qui à emporté le secret avec elle. Peut-être qu'elle avait hurlé et qu'elle avait fâcher un quelconque dieu dans un univers parallèle qui avait décidé de se venger pour le reste de sa misérable vie. Ça aussi, elle ne le saura jamais. Et il ne s'arrête jamais de parler, et plus il continue, plus elle pleure. L'épaule à James finira probablement trempée, si il continue encore. Il la noie sous les compliments et même si cela lui réchauffe le cœur, elle voudrait lui faire comprendre qu'elle n'est pas parfaite. Qu'elle a ses tord comme tout le monde, qu'elle est terriblement impatiente, égoïste en amour et qu'elle prend souvent un malin plaisir à se moquer des gens. Qu'elle ne pourrait jamais être parfaite parce qu'elle est salie et que rien au monde ne pourra l'effacer.

Finalement, le voir et l'entendre aussi prévenant avec elle fait réagir quelque chose dans son cerveau. La petite voix s'active et lui murmure qu'il pourrait bien faire ce qu'il veut, ce n'est pas de lui dont elle à besoin, là. Ce n'est pas lui, dont elle à envie. Se débattant brusquement de l'étreinte et de la couette, elle se relève et chancelle sur ses pieds jusqu'à se retrouver face à James. Elle agrippe de ses deux mains les épaules qui soutenaient sa tête un battement plus tôt et lui dit d'une voix inconnue, remplie d'amertume et de colère "Et si je veux que tu me ramène ma mère, tu fais quoi ? C'est bien beau tout ces mots, mais tu fais quoi là, concrètement ? Tu ne sais même pas comment t'occuper de quelqu'un parce que tu ne t'es jamais occupé de quelqu'un d'autre que toi même. Ne joue pas un jeu avec moi James. Ne fait pas semblant de vouloir m'aider." Elle est injuste. Horriblement injuste. Et elle le sait, elle s'en rend bien compte en reprenant son souffle. Une petite partie d'elle, celle qui est toujours raisonnable, espère qu'il ne croira aucun de ses mots, qu'il comprendra. Que Bérénice en veut au monde et qu'il se trouve dans son chemin à ce moment. Qu'il est la seule chose qui la retient de tout abandonner, et cela la rend en colère. Contre lui. Qu'il ai tant d'emprise sur elle la rend en colère alors qu'il n'a jamais demander à ce qu'elle l'aime, qu'ils n'ont jamais demander a avoir cette connexion si particulière et intense. Elle sent son cœur battre en écho dans sa tête, douloureusement, et elle voudrait se laisser tomber par terre de nouveau et ne plus bouger mais sa colère la tient debout. Relâchant les épaules aussi rapidement qu'elle les avait saisies, elle recule de quelques pas, titube, s'adosse contre son bureau afin de tenir le coup. Vicken vient frotter sa tête contre la main de sa maitresse et elle le chasse d'un mouvement de la main. La bête, visiblement aussi dépassée par les événements que les deux humains se laisse tomber à terre et trottine jusqu'au lit ou il se poste à côté de James, la fixant à nouveau de ses yeux émeraudes. Bérénice se sens prise au piège, étouffée.

Elle se saisit du premier livre que ses doigts parviennent à trouver sur le bureau et le lance contre le mur derrière James. Nouvelles histoires extraordinaires de Poe. Parfait, elle n'a jamais aimé Poe de toute façon. Dans un sanglot, elle crache "Tu attends quoi pour partir ? Vas-y, je te retiens pas. Je sais que tu n'attends que ça, de retourner chez toi, fumer et boire je ne sais quoi puis jouer à un jeu vidéo et continuer ta vie comme si rien n'était arrivé ce soir." Mais il ne bouge pas, pas assez vite à son gout alors elle lui cri "Pars !" avant que ses genoux ne la lâchent et qu'elle ne tombe au sol de nouveau. Elle a l'impression qu'une éternité ne passe et que rien ne bouge pendant qu'elle reprend ses esprits, pendant qu'elle sanglote comme jamais, que rien ne la fera jamais arrêter de pleurer. Elle a dit des choses horribles dans le seul but de le faire souffrir, de ne pas être la seule à l'être dans cette pièce. Elle n'imaginait pas qu'il souffrait déjà avec elle, n'imaginait pas l'impact que ses mots pouvaient avoir puisque de toute façon elle ne les pensait pas. Et lui non plus, n'est-ce pas ? Plus que jamais, elle craint d'avoir fait une horrible erreur, d'avoir perdu la personne qu'elle aime le plus au monde. Pour essayer de se sauver, de le sauver, de sauver leur amitié, elle fait la seule chose qui lui vient à l'esprit. Elle se rapproche de lui à nouveau, le pousse doucement cette fois, l'allonge sur son lit et s'allonge à ses côtés, leur visages face à face, se touchant presque. Elle prend ses mains entre les siennes et les serre sans lui faire mal, juste pour le toucher, juste pour l'avoir près d'elle. Tout ce qu'ils venaient de se dire n'avait pas d'importance. Tout ce qui importait, c'était eux. Avançant son visage,  elle dépose un baiser léger comme un papillon sur les lèvres de son meilleur ami, et même si cela lui fait serrer encore plus leurs mains, les crisper, elle tient bon. Parce qu'elle à envie de sa chaleur plus qu'elle n'a envie de l'horreur. "Je t'aime. Je suis désolée. Je suis tellement désolée. Je t'aime James, je t'aime je t'aime je t'aime." C'était un murmure, presque une prière au monde. Qu'il lui pardonne, juste cette fois encore. Qu'il continue à croire en elle, et en eux, et à la vie. Qui sera belle un jour.
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MessageSujet: Re: It's better to burn out than to fade away. | James ♥ 23.06.18 17:48

Ses tremblement, ses pleurs, la peur qui s’émane d’elle, tout ça lui fait haïr la vie un peu plus. Cette vie qui s’acharne toujours sur ceux qui ne le méritent pas, pas assez sur ceux qui le mériteraient. Cette vie qui semble choisir des enfants dans le berceau et décider que ce sera eux qu’elle assommera à coups de marteaux jusqu’à les voir réussir à se relever, jusqu’à pouvoir frapper encore plus fort, encore et encore et encore. Cette vie qui ne mérite pas qu’on l’aime autant. Celle qui a brisé Bérénice en lui enlevant sa mère, qui l’a laissée se perdre dans ses méandres à lui, uniquement pour pouvoir asséner un nouveau coup, uniquement pour la laisser se reconstruire, uniquement pour constater à quel point sa force de caractère était plus forte qu’elle, uniquement pour se venger de cet affront ce soir.

Plus jamais. C’est ce qui tourne dans sa tête alors qu’il essaie de ne plus exister pour la laisser respirer. Plus jamais la vie ne devrait la toucher. Plus jamais Bérénice ne devrait être sa victime. Et il engagerait quinze gardes du corps pour qu’il la protège, s’il pensait qu’elle le laisserait faire. Il resterait à ses côtés, marchant dans son ombre, dormant à son chevet, surveillant les faits et gestes de tous les gens qu’elle connaissait, de tous les gens qu’elle croisait, s’il ne respectait pas autant sa liberté. Il l’enfermerait dans une cage dorée dans laquelle la vie ne pouvait pas exercer sa loi, la coupant de tout pour la protéger de tout, s’il le pouvait, s’il pensait qu’elle pouvait être heureuse de cette manière. Mais il ne peut pas. Parce que c’est un oiseau qui a besoin de voler, et qu’il sait qu’elle est bien plus forte que lui, qu’elle peut regarder la vie dans les yeux et lui dire d’aller se faire voir sans même broncher. Quand elle pourra sourire de nouveau. Parce qu’elle le pourra. De ça, il en est persuadé. C’est une des seules choses qu’il sait vraies à jamais : la vie n’aura pas raison de Bérénice.

Alors quand un soupir sanglotant s’échappe de ses lèvres alors qu’il a repris vie, alors qu’elle prouve qu’elle est encore là, que la situation ne lui échappe pas totalement, il s’autorise à recommencer à respirer. Il s’autorise à essayer de la toucher, à essayer de la rassurer. Il se flagelle mentalement pour ne pas pouvoir faire mieux, pour avoir l’impression que les mots qui sortent de ses lèvres sont vides de sens, ont été murmurés cent fois, n’ont aucun impact, mais il les pense de toute son âme. Alors il parle comme il pense, et ça ne fait pas sens, pas vraiment, parce que son cerveau n’en fait pas, parce qu’il ne sait pas faire, parce que l’honnêteté, c’est tellement plus difficile à maîtriser que le mensonge. Et elle pleure, et il la garde contre son cœur, contre son âme, essayant d’activer une part de compassion inexistante pour comprendre ce qu’elle ressent exactement, pour apprendre à gérer, pour savoir quoi faire, sans trouver de réponse. Si elle pleure, elle est en vie. Et c’est la chose la plus importante qui soit.

Il se souvient avoir entendu quelque part que c’est l’estime de soi qui est blessé en premier, il accepte de voir, juste quelques secondes, que c’est ce qui est presque irréparable une fois que la vie nous a rué de coups, que c’est ce qu’il faut regarder, ce qu’il faut toucher, ce qu’il faut rassurer, et il essaie de toucher l’égo, de soigner le mal qu’on se fait à soi même. Le pire de tous. Et peu importe que la perfection soit une illusion. Parce que le monde est imparfait, et qu’il voit dans chacun de ses défauts une nouvelle mine d’or. Qu’il voit dans les yeux pleins de larmes une petite portion du paradis qu’il n’atteindra jamais, et que tout ça, ça la rend parfaite. La meilleure illusion qui soit.

Il sursaute, quand elle s’anime, quand elle brise le calme et le presque-silence qui s’était établi dans la pièce comme une torture, pesant, assourdissant. Et tout d’un coup, il se fige de nouveau, comme si le moindre mouvement risquait de lui faire peur, comme s’il risquait d’éclater en mille morceaux de cristal. Et il ne comprend plus. Alors que cette voix inconnue vient attaquer ses oreilles, il ne comprend plus. Il reste interdit, muet, immobile. Une poupée de chiffon qui subit sans même réaliser que ça fait mal. Le ton seul aurait suffit, mais les mots. Les mots peuvent détruire. Ses yeux se baissent, coupables, alors qu’il déglutit, alors qu’il essaie, dans son cerveau au ralenti, dans son cœur meurtri, de comprendre qui est devant lui. Parce que ce n’est pas Bérénice, que Bérénice n’a pas cette voix, que Bérénice ne dirait jamais ça. Qui êtes-vous ? Rendez-moi ma meilleure amie. Peut être que c’est ça, que la vie aurait dû créer. Que sa meilleure amie a repoussé. Peut être qu’il l’a perdue, finalement.

Une larme roule sur sa joue avant d’y avoir été autorisée, mais il ferme les paupières. Si c’est ça, maintenant, Bérénice, ça ne doit rien changer. Si c’est ça qu’elle a besoin de devenir pour aller mieux, il doit garder sa promesse. Il ne devait plus jamais lui mentir, après tout. Il l’avait juré. Alors il doit s’oublier pour la laisser vivre. « Je ne fais pas semblant. » C’est assuré, presque une forme de dispute. Elle peut penser ce qu’elle veut, mais elle ne peut pas nier la vérité. Elle ne peut pas lui enlever ça. Qu’elle y croit ou non. Il veut l’aider. Il le veut plus qu’il n’a jamais voulu quoique ce soit, et ça lui tord les entrailles. Parce que c’est inatteignable. Mais que peut être, il peut l’aider en devenant sa victime. En restant une poupée de chiffon imperméable à la douleur. Même si elle est là. Même si elle essaie de l’étouffer. L’ignorer, il sait faire. Et pour elle, c’est tellement plus simple encore.

Il la regarde s’éloigner, et de la voir comme ça lui brise plus le cœur encore que la douleur qu’elle y avait installé sans le vouloir. Elle ne le pense pas. Ca le frappe, alors qu’il l’observe, elle qui essaie de ne pas s’écrouler, qui trouve encore la force de lutter. Elle ne le pense pas. Elle est en colère. Elle réalise que le monde l’a prise comme bouc émissaire, et enfin, elle se rebelle. Il n’est que le visage sur lequel ses yeux se posent quand elle crie. Il n’est qu’un intermédiaire, un reflet dans l’eau qui l’a noyée. Son corps sursaute de nouveau alors que le livre rencontre le mur, et il cligne des yeux plusieurs fois avant de reposer son regard sur elle. Et de sourire. Un petit sourire, pas vraiment heureux, pour lui dire qu’il comprend, qu’il est là, que si elle a besoin de frapper quelque chose, autant que ce soit lui que le mur, ça lui fera moins mal. Ca leur fera moins mal. Et il fige ce sourire sur ses lèvres, même quand elles tremblent, même quand elles veulent s’ouvrir pour calmer sa respiration erratique, pour chasser les larmes qui continuent de menacer de couler. « Non. » Il ne partira pas. Parce qu’il n’y a nulle part où il a envie d’être plutôt qu’ici. Parce qu’il n’y a nulle part où il serait plus utile, même si son utilité est relative. Parce qu’il n’y a nulle part ailleurs où elle est. Parce qu’il ne pourra jamais l’aider plus qu’en restant.

Elle s’écroule, et il lutte pour ne pas aller la soutenir, pour la laisser se briser de manière à pouvoir l’aider à se reconstruire. Et puisqu’elle ne le regarde pas, puisqu’il n’y a rien qu’il puisse faire qui changera ce qu’elle ressent, il autorise le sourire à disparaître, passant une main fatiguée sur son visage pour y essuyer les larmes, déglutissant pour faire comprendre à son cœur qu’il devrait arrêter d’avoir mal, que rien n’est vrai. Mais la part vicieuse de son cerveau continue de murmurer qu’il a encore fait n’importe quoi, qu’il ne fait qu’empirer les choses, qu’il devrait partir, qu’elle serait mieux sans lui, qu’elle avait eu raison la première fois, qu’il est inutile, qu’il devrait la laisser en paix, qu’il devrait la libérer, que c’est un monstre, et il n’arrive pas à la faire taire. Parce que Bérénice est en colère, et qu’il ne sait pas quand les choses sont de sa faute. Parce que Bérénice va mal, et que le fait que lui aussi n’a pas l’air de l’aider à aller mieux. Parce qu’il est impuissant face à sa peine comme face à sa colère. Un « Pardon … » murmuré est la seule chose censée qui parvient à sortir de son corps, mais il est hésitant, perdu, faible. Parce qu’il ne sait pas pourquoi il s’excuse. Il ne sait pas s’il s’excuse pour quelque chose de concret. Il ne sait pas s’il présente ses excuses à lui ou celles du monde entier.

De nouveau, la poupée de chiffon se laisse manipuler, et il fait de son mieux pour récupérer un semblant de sourire alors que leurs corps se retrouvent allongés côte à côté, alors qu’il plonge son regard dans le sien. La encore, brisée, en larmes, en colère, elle ressemble à un ange tombé du ciel. Là encore, elle est magnifique, et ça lui coupe le souffle. Et quand ses mains sont faites prisonnières, il se sent revivre, il se sent aimé, il se sent compris, et le reste n’a plus d’importance. Son cœur peut bien se briser une nouvelle fois, puisque les mains qui le touchent ont le pouvoir de le réparer, encore et encore. Puisque ses propres mains ne seront dédiées qu’à réparer le cœur qui bat à ses côtés. Jusqu’à la mort, s’il le faut. Les lèvres contre les siennes lui donnent envie de l’embrasser, envie que ça ne s’arrête jamais, envie d’être imprégné de sa chaleur, mais il se retient au dernier moment, laissant les gestes être guidés, laissant Bérénice se calmer comme elle pense qu’il est mieux de le faire. Et quand elle rouvre la bouche, une nouvelle larme coule sur sa joue, de soulagement, de tendresse, d’amour, et son sourire se fait plus sincère. « C’est rien. T’excuse pas. »

Tu n’as pas à t’excuser. Si ça aide, il est là. Peu importe pour quoi. Son front vient se poser contre le sien, doucement, et il ferme les yeux en venant caresser avec l’un de ses pouces la main qui le tient prisonnier. Le contact le plus minime possible, pour ne pas provoquer dans son cerveau des images désagréables. « T’as raison. Je peux pas ramener ta mère. Je peux même pas la remplacer. Mais je te laisserai pas toute seule pour autant. Même si ça veut dire imiter le chat et te fixer toute la nuit sans bouger. Même si c’est flippant. Je partirai pas. Jamais. J’ai aucune envie de partir. » Le souvenir de son ordre, de son « pars », est une gifle en plein visage, résonne comme un écho entre ses oreilles, mais il le repousse, le range dans l’armoire des souvenirs refoulés, de ce que les illusions aideront à repousser jusqu’à ce qu’il oublie leur existence, jusqu’à ce qu’ils reviennent lui exploser en plein visage une fois la nuit venue.

Doucement, avec hésitation, ses lèvres viennent frôler les siennes à son tour, uniquement pour laisser son front se reposer sur l’autre ensuite. Juste quelques secondes. Parce qu’il ne sait pas dire je t’aime autrement que physiquement, peut être. Ou parce que le « Je t’aime. » lâché après ne lui semble pas avoir autant d’intensité que ce baiser qui lui coupe le souffle. C’est probablement le mauvais choix. Les contacts physiques ne seront pas un bon choix pour elle, et c’est tout ce que lui associe à une preuve d’amour. C’est idiot, la vie. Intermédiaire des coups qu’elle veut donner à Bérénice. « Toute la nuit. Et demain, si tu veux de moi. Et autant que tu veux bien. Parce que je veux plus jamais que tu te sentes abandonnée, ou seule. Parce que je veux que tu sois en sécurité. Laisse-moi rester, s'il te plaît. Laisse moi être là pour toi, au moins là. » En sécurité, avec ou sans lui, mais en sécurité.
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MessageSujet: Re: It's better to burn out than to fade away. | James ♥ 27.06.18 23:02

Voilà trois ans que j’ai peur, de cette peur qui vous quitte à peine avec le sommeil, et qu’on retrouve toute fraîche le matin. Alors il a fallu que je m’habitue. J’ai appris à être calme au moment où j’ai le plus peur. Il n’y a pas de quoi être fière.


Elle lui a fait du mal, intentionnellement. Pour qu'il souffre autant qu'elle souffre. Pour qu'elle ne sois pas seule dans l'obscurité. Elle était loin de se douter qu'il n'avait plus vu la lumière depuis longtemps déjà, qu'il y avait des blessures au fond de son cœur dont elle n'avait aucune idée. Bérénice était loin de se douter que c'était elle la première qui l'avait blessé. Elle avait voulu être tout pour lui, sa famille son amie et aussi son âme, puis elle l'avait abandonner. Elle l'avait laisser. Et maintenant qu'elle avait une chance de faire mieux, qu'elle avait une chance de tout bien faire, elle le blessait, encore. Elle lui avait fait croire que c'est les bras de sa mère qu'elle voulait autour d'elle, alors que c'était faux. Totalement faux. Elle n'aurait voulu personne d'autre que James avec elle, à Paris ou ce soir. Elle n'aurait voulu personne d'autre que cet enfant toujours un peu perdu, qui ne savait pas quoi faire mais qui essayait si fort, pour elle. Elle lui avait dit d'arrêter de jouer alors qu'il n'avait jamais été plus honnête, plus désintéressé. Mais sa colère, sa rage, ne lui laissait pas voir ça. Elle voyait seulement le visage peiné qui devrait être rieur, la compassion qu'elle ne lui connait pas et qu'elle interprète comme une plaisanterie. Parce que c'est ainsi qu'il est, n'est-ce pas ? Il se sert des gens comme des jouets, puis les jette quand il est lassé. Avec les autres peut être, mais pas avec elle. Retient ça foutu colère, pas avec elle.

Elle lui a crier de partir alors que son cœur lui disait de crier "Reste". Avec moi, pour cette nuit et pour toute les autres. Reste avec moi pour toujours. Parce qu'il n'y avait pas une minute sans qu'elle ne pense à lui, pas une minute sans que sa peau ne se languisse de la sienne. Pas une minute sans que son rire ne lui manque. Elle voudrait être avec lui, toujours. Mais ce serait injuste. Parce qu'il a besoin de liberté autant qu'elle. Parce qu'il a besoin de pouvoir s'enfuir dans tout ces mondes parallèles dont elle n'a pas exactement idée, dont elle n'est pas consciente. Dont elle n'a jamais voulu voir l'existence. Il a besoin d'être quelqu'un d'autre que James Mörkson sans sentir les regards accusateur de Bérénice sur lui, sans entendre sa voix moralisatrice. Ils avaient besoin de vivre à deux cent pourcents, séparément, mais jamais vraiment loin de l'autre. Toujours à porté de doigts, au début et à la fin de chaque pensée. Alors quand il lui avait répondu ce "non" catégorique, elle est soulagée. Tellement soulagée. Et elle craque encore une fois, alors qu'elle s'était promise de ne plus le faire, d'être forte maintenant. Pour lui, pour elle-même, pour le monde qui ne gagnera. Parce qu'il y aura toujours plus de lumière que de noirceur. Pour l'instant c'est la nuit, mais le jour fini toujours pas arriver, et le soleil retrouve toujours son chemin entre les nuages afin de briller à nouveau. Aujourd'hui, Bérénice était tel le soleil, se frayant un chemin entre les nuages, entre l'orage. Elle était un peu un arc-en-ciel. Alors quand enfin il lui semble apercevoir une éclaircie entre la pluie que son ses larmes, quand l'horreur laisse un peu de place à la raison, elle a ces gestes qu'elle a d'habitude avec lui. Ces gestes qui ont toujours été les leurs, qui ont été mal interprétés des milliers de fois et qui les ont menés à tant de situations hilarantes. Parce qu'elle l'aime, elle l'a toujours aimé. Les Hommes ont perdus l'habitude de montrer leur amour. Pas seulement envers les autres êtres humains, envers tout. Ils prennent tout comme acquis, se sentent éternellement supérieur à tout. Mais Bérénice aimait par dessus tout. Elle aimait l'odeur des pivoines qui lui rappelaient sa mère sans pour autant faire mal, elle aimait l'odeur du café le matin, elle aimait les livres et les mots et le calme. Et tellement plus. Elle aimait les hamburgers et le Coca-Cola plus que raisonnablement, elle aimait sentir le vent fouetter son visage jusqu'à lui faire mal. Elle aimait aussi la douceur d'un bon plaid, entendre le rire d'un proche, le frottement de l'archet sur un violon. Et elle l'aimait lui, même si cela faisait rouler les yeux aux gens, même si cela les faisait rire. S'ils devaient être la Belle et la Bête, elle se laisserait faire prisonnière dans son château sans ciller. Elle l'aime, et c'est aussi simple que cela. Cela balaye tout sur leur passage.

Il lui sourit et lui dit de ne pas s'excuser, comme si elle était toujours encore la chose la plus parfaite au monde, comme si elle ne venait pas de lui prouver qu'elle aussi pouvait être un monstre, parfois. Sa présence, l'étroitesse de leur étreinte lui réchauffe le cœur. Mais c'est ce vieux sentiment connu qui la prend, et pas le dégout qu'elle a pu ressentir plus tôt. C'est cette impression d'être à sa place, de n'avoir rien attendu d'autre depuis la nuit des temps que son front contre le sien et la caresse de sa main. Elle le sent hésitant et elle voudrait lui dire de ne pas hésiter. De ne pas la choyée, de ne pas changer ses habitudes, leurs habitudes. Mais elle ne se fait confiance, ne sait pas comment elle réagirait, si son cerveau venait à nouveau à jouer à pile ou face. Elle se contente de ce qu'on lui offre, là, de sa chaleur et de ses mots. De l'assurance qu'il ne la quittera pas, quoi qu'elle fasse. De l'assurance qu'il était ici de son plein gré et pas à cause d'une stupide fierté ou du plaisir malsain à la voir souffrir. Quand c'est lui qui vient chercher ses lèvres, elle voudrait les retenir contre les siennes, ne plus jamais les lâcher. Elle se contente de lui sourire, à travers ses larmes, entre deux reniflements gracieux. Elle espère qu'il comprendra. Elle est certaine qu'il le fera. C'est presque irréel quand elle l'entend prononcer ces deux mots, qui sont si banals et pourtant  si important, si pesant. Parce qu'ils lui donnaient l'impression d'être importante, d'avoir une valeur. D'être plus qu'un jouet pour le destin, de bien être quelqu'un qui vie et bouge et respire, qui est aimé.

Et puisqu'il ne semble jamais vouloir s'arrêter de la rassurer, elle libère ses mains de leur étreinte et vient les placer sur chaque joue du visage si doux qui lui fait face, ce visage qui lui semble apaisé, qui reprend presque son air enfantin. Son pouce vient effacer le sillon laisser par une larme solitaire  et elle murmure un "Shhhhht" presque amusé tout en cherchant ses lèvres de nouveau. Parce qu'elle avait l'impression que pour l'instant, ce qu'il lui fallait, c'était de se prouver qu'elle pouvait continuer à aimer son meilleur ami, qui rien ne changerait pour eux. Elle se perd un instant dans ce baiser qui ne représente rien mais qui compte tellement, avant de le rompre presque brutalement après qu'elle se soit souvenu de quelque chose. Se redressant sur le lit, elle farfouille le sol à la recherche du livre jeté précédemment, le souffle court par les mouvements trop brusques. Elle avait du prendre un bon coup sur la tête, vu comment le monde tournait doucement autour d'elle. Quand enfin ses doigts se referment sur la couverture cartonnée, qui n'est pas abimée, ce qui la rend heureuse même si elle déteste toujours encore cordialement Poe, elle murmure un petit "Victoire !" avant de s'asseoir contre le mur, ses jambes étendues sur le lit devant elle. D'un petit tapotement, elle invite James à poser sa tête sur ses cuisses, feuilletant frénétiquement les pages à la recherche de la bonne nouvelle, de la bonne page. Elle ne s'arrête que momentanément pour venir glisser ses doigts dans les cheveux blonds ou chatouiller sa nuque tel une enfant. Elle profite de ce moment de repos ou elle retrouve la maitrise de son corps et de ses pensées, ne sachant pas combien de temps il va durer. "Ah, voila. Toutes choses sont bonnes ou mauvaises par comparaison. Une suffisante analyse démontrera que le plaisir, dans tous les cas, n'est que le contraste de la peine. Le plaisir positif est une pure idée. Pour être heureux jusqu'à un certain point, il faut que nous ayons souffert jusqu'au même point. Ne jamais souffrir serait équivalent à n'avoir jamais été heureux." Elle laisse les mots remplir l'espace un moment, tracer leur chemin dans leurs esprits avant de poursuivre "J'ai été tellement heureuse. Tu m'as rendu tellement heureuse. C'est normal qu'il faille que je souffre maintenant. T'avoir à mes côtés, avoir un peu de ton amour et de ta chaleur, ça vaut toute les souffrances du monde." Elle n'avait pas fini mais ne savait pas comment continuer, comment lui demander sans l'enfermer. Elle savait que sa réponse serait oui à tout, alors elle devait être prudente. Elle se sentait assez forte pour eux deux, pour l'instant, elle se sentait en sécurité grâce à lui. Elle voudrait juste que ce moment ne finisse jamais, qu'ils arrêtent le temps et deviennent statue. Ils seraient une nouvelle forme des amants de Pompéi. Si la mort venait à les prendre subitement, qu'importe, puisqu'ils étaient ensemble. "Je veux de toi, aujourd'hui, et demain, et pas seulement pour deux mois. Je veux de toi à n'importe quel moment de ma vie. Aussi longtemps que tu voudras de moi. Et rassure toi, je ne me suis jamais sentie autre chose qu'en sécurité à tes côtés, depuis le début. Je n'ai jamais été vraiment seule puisque tu faisais toujours parti de moi. Ne me laisse juste pas, ne m'abandonne pas comme j'ai pu le faire, ne pense pas devoir me cacher des choses pour ma propre sécurité, parce que c'est ce qui nous détruit, les mensonges et les non-dits. Laisse nous être honnêtes et reste avec moi, s'il te plait." Ses mots n'avaient pas forcément un sens, mais elle n'avait pas eu le temps de les préparer. Ils étaient venu l'un après l'autre, se frayant un passage dans les méandres de ses pensées et traversant ses lèvres. Ils étaient peut être tout ce qu'elle avait toujours voulu lui dire, sans oser. Parce qu'habituellement, elle préférait coucher les mots sur le papier plutôt que dans l'air. Mais parfois, il fallait se dépasser pour avancer dans la vie, et elle avait envie de sauter à travers un fossé. Il lui restait seulement à en avoir la force.
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MessageSujet: Re: It's better to burn out than to fade away. | James ♥ 01.07.18 22:15

Ca avait été si étrange, au début, de lui dire je t’aime en le pensant. Ca avait été si perturbant, de s’entendre prononcer ces mots et d’y trouver un écho dans son cœur. De recevoir ces mots et de savoir qu’il y avait un sens derrière, qu’ils n’étaient pas lâchés au vent dans l’espoir et la certitude d’être oubliés avec le lever du soleil, avec le chant des oiseaux. Se sentir aimé, réellement, pas dans l’illusion, pas trop dans la réalité, dans ce monde entre les deux qui n’appartenait qu’à eux, à une époque où rien ne pouvait les toucher à part l’autre. A une époque où leurs doigts semblaient taillés pour s’entrelacer et leurs corps moulés pour s’imbriquer dans des embrassades amicales, amoureuses, ou tellement plus que ça. C’était tellement étrange, au début, de l’aimer. Tellement effrayant, aussi. De savoir qu’enfin, une autre personne avait réussi à se frayer un chemin entre ses côtes, que quelqu’un avait de nouveau le pouvoir de lui enserrer le cœur jusqu’à ce qu’il explose, de changer ou ruiner sa vie en quelques mots bien trouvés. Que quelqu’un avait le pouvoir de partir et de le détruire. Que quelqu’un avait tous les pouvoirs. Et pourtant il n’avait jamais regretté, pas une seconde, de ne pas avoir réussi à résister à cet amour là. Parce qu’elle avait caressé son cœur, qu’elle en avait pris soin comme personne auparavant, qu’elle l’avait choyé à tel point qu’il l’avait entendu battre de nouveau. Que même quand elle l’avait brisé, il avait continué à battre faiblement. Pour elle. Dans l’attente de ses caresses à venir, sans l’espoir qu’elles viennent. Mais elles étaient venues. Elle était venue.

Et aujourd’hui c’était lui qui tenait son cœur entre ses mains tremblantes, maladroites, inexpérimentées. C’était à lui de donner l’amour qu’elle lui avait appris à accepter, à sentir, à ressentir. C’était à lui de recoller les morceaux de cristal, quitte à s’y couper les doigts, pour lui permettre d’entendre un battement erratique, jusqu’à ce qu’elle réussisse à le rendre régulier, jusqu’à ce qu’il puisse le lâcher sans qu’il ne reparte s’éclater sur le sol. C’est beaucoup de responsabilité. Probablement trop, pour un enfant. Mais il ne compte pas lâcher l’affaire. Il ne compte pas lâcher le cœur, pas avant d’avoir réussi à l’enrouler dans sa couche protectrice, pas avant de lui avoir rendu la monnaie de sa pièce. Parce que cette fois c’est à lui de réparer les dégâts du monde, et qu’il est face à une innocente. Que c’est grâce à elle qu’il est capable de s’inquiéter à en mourir, et que pour ça, elle doit vivre. Et s’il échoue, il pourra toujours lui donner son cœur, à la place. Il ne paye peut être pas de mine, et les tissus se décollent, et les bandages de fortune rendent l’âme, mais puisqu’il n’y a qu’elle qui peut le toucher, elle pourra le rendre entier de nouveau. Il n’en a pas besoin, si elle n’en a plus.

Alors il essuie ses larmes pour irriguer le cœur, il lui dit je t’aime dans l’espoir que les mots l’atteignent, il l’embrasse parce qu’il ne ressent que cette envie, que ce sentiment trop profond qui fait encore trembler ses lèvres malgré le temps qui passe. Il accueille chacune de ses réactions comme un cadeau du ciel, parce que quand on réagit encore, c’est qu’on n’est pas vides, c’est qu’on respire, c’est que notre cœur brisé lutte, c’est qu’on est en vie. Les mains sur ses joues envoient un frisson agréable le long de sa colonne vertébrale, et il sourit en entendant ses remontrances, se souvenant momentanément du nombre de fois où elle lui intimait de se taire alors qu’il était intenable, alors qu’elle voulait lire, ou dormir. Ce nombre de fois où leurs échanges faussement agacés avaient terminés en éclats de rire et en chamailleries d’enfants, dans leur monde illusoire et pourtant si tangible, encore aujourd’hui. Et le baiser lui coupe le souffle, lui coupe le cœur, alors qu’il y répond avec tendresse, alors que ses larmes se tarissent face à la chaleur familière, alors qu’il se sent de nouveau à sa place, dans ses bras, contre ses lèvres.

Son monde est brisé brutalement par les mouvements de Bérénice, mais alors qu’il se relève, inquiet, imaginant le pire, il comprend qu’elle fouille, comprend qu’elle est partie sur une autre idée, et un léger rire s’échappe de ses lèvres encore entrouvertes. Les rôles ont véritablement été échangés, ce soir. C’est lui qui n’arrive plus à la suivre. Alors il se redresse comme il peut, penche un peu la tête en guise de curiosité visible, le chat l’imitant à quelques pas de là. Saleté de chat qui vole sa place dans le lit de Bérénice, d’ailleurs. Et quand il voit le livre dans les mains de sa meilleure amie, un soupir de dépit, écho des cents autres qu’il avait lâchés dans les mêmes situations, le traverse, flotte entre eux. Sans l’empêcher d’obtempérer au tapotement de ses mains sur ses cuisses, se glissant jusqu’à elle le plus rapidement possible pour y installer sa joue, se recroquevillant un peu sur lui-même en fermant les yeux avec un sourire satisfait, apaisé. La chaleur de Bérénice contre sa joue, le bruit des pages qui tournent, les doigts qui jouent avec ses cheveux, avec sa nuque, le frisson de bien être, la chaleur dans son ventre alors qu’il se sent aimé, qu’il se sent à sa place, tout le ramène des années en arrière, dans une chambre avec vue sur l’Arc de Triomphe, la voix de la jeune femme le berçant de contes dont il se fichait et qui pourtant importait tant.

Et il écoute, en se sentant revenir en arrière, en se berçant de l’illusion que tout est redevenu normal quand bien même ce n’est pas le cas, et ce ne le sera peut être jamais. Et les mots résonnent dans son crâne sans y trouver réellement de sens, sans qu’il ne fasse d’effort pour les comprendre, parce qu’il sait très bien que Bérénice les expliquera, qu’il sait très bien qu’elle donnera un exemple qu’il comprendra sans avoir à réfléchir, qu’elle ménagera ses quelques neurones sans même le faire exprès. Et l’explication ne tarde pas à venir, et emmène des papillons dans son ventre. Ou quelque chose qui s’en rapproche. Il tourne sur lui-même pour se retrouver sur le dos, pour pouvoir planter son regard dans le sien, un sourire plus sincère que jamais bloqué sur ses lèvres. Ca ne vaut probablement pas toutes les souffrances du monde. Pas lui. Pas pour elle. Mais c’est ce qu’elle pense, et il n’a pas le droit de contredire ça. Alors il vient juste poser un baiser sur son ventre, parce que c’est ce qui est le plus près de ses lèvres. Il vient juste lui dire qu’il l’aime sans mots, de nouveau. Parce que la suite arrive.

Et il écoute, de nouveau, le nez froncé dans un effort de concentration qui ne lui ressemble pas, se fichant totalement de garder un masque sur son visage, trop pris pas ses paroles. Parce qu’elles sont importantes. Il la connaît assez pour savoir qu’elles le sont. Et quand enfin c’est terminé, quand elle a suffisamment joué à la balle avec son cœur en le faisant rebondir contre ses côtes bien trop fort, quand enfin la chaleur dans son estomac semble décidée à rester, il se redresse sur ses coudes pour poser un baiser sur son menton. Doucement. « D’accord. » Ce n’est pas tout. Ce n’est jamais tout, avec lui. Mais c’est tout ce dont elle a besoin pour être rassurée. Parce que ces mots, c’est ceux qu’elle prononce dans ses rêves, ceux qu’il imagine sortir de ses lèvres quand la vie devient trop réelle et devient brouillée par les larmes. Ces mots, c’est une promesse qu’il donnerait son âme au diable pour tenir. Alors il ose. Enfin.

Il ose se redresser jusqu’à pouvoir lui faire face, il ose essayer de soutenir son regard et échouer plusieurs fois, il ose tripoter les draps sous ses mains en y cherchant le courage de parler, il ose chercher la meilleure manière de lui demander. Il ose exister trop fort, de nouveau. Mais pas comme d’habitude. Parce que rien ne le gêne, d’habitude. Mais ça, ça semble si fort, pourtant. « Je veux jamais avoir à quitter tes côtés. Je … Je veux rester auprès de toi aussi longtemps que tu le voudras bien. Parce que j’aime personne comme je t’aime toi. Et ça arrivera jamais. Pas comme ça. Alors je veux pouvoir te voir tous les jours, pouvoir être sûr que t’es en sécurité constamment, pouvoir être là dès que t’as besoin d’une épaule pour pleurer, pouvoir respirer le même air que toi, même si c’est con, parce que ça change tout. Je sais que ça veut rien dire ce que je dis, mais je crois que ce que je ressens n’a pas beaucoup de sens non plus, alors je fais de mon mieux, ok ? » On dirait deux enfants qui essaient de se faire des aveux. Ses mains arrêtent de jouer avec le drap pour venir saisis celle de Bérénice, et ses yeux se posent dessus alors qu’il tripote ses doigts.

« Mais … Mais pour l’instant je peux pas le faire, parce que t’es loin, quand même. Et je sais que c’est pas avec mes bras que je risque de pouvoir te défendre, mais je veux au moins savoir quand il faut appeler à l’aide. Parce que t’es pas censée être forte à ce point. Personne te demande de l’être. Et j’peux toujours crever les yeux des gens avec un coupe-papier, hein. » Il secoue la tête un peu pour retrouver le fil de sa pensée, pour l’empêcher de dévier encore plus, pour aller à son but initial, une fois pour toutes. « Alors je me suis dit … je me suis dit que … si tu veux … tu pourrais … venir vivre avec moi ? Enfin si tu veux. Je sais que j’ai des chambres vides, beaucoup, et on pourrait établir une règle qui m’empêche de t’embêter quand t’y es, parce que ça veut dire que tu veux être seule, t’sais. Et je pourrais éviter de faire des soirées là, les domestiques seront bien contents. Et puis on pourra te faire une bibliothèque, y’a un bureau vide qui est fermé, suffira de le transformer, tu peux être sûr que j’y foutrai pas les pieds. Enfin je … Voilà quoi. Tu peux même emmener le matou. Mais t’es pas obligée. C’est juste une idée que j’ai eu. » Il retrouve son souffle, un peu, et déglutit.

Ca lui paraît trop brutal. Il a l’impression que c’est trop demander. Parce que cette maison, c’est avant tout l’endroit qu’il associe à la solitude, c’est avant tout celle qu’il a tant détesté, celle où il a tant attendu, celle où il passe aujourd’hui si peu de temps. Cette maison aujourd’hui, ce n’est plus qu’un amas de photos déchirées et de pièces qui prennent la poussière, plus qu’une espèce de manoir hanté où seules quelques pièces prennent vie, une fois de temps en temps. C’est des couloirs avec des portes fermées à clefs pour enfermer les souvenirs dedans, un silence pesant, et un froid glacial. Mais Bérénice, c’est le soleil. Et si elle dit oui, cette maison, ça pourrait être leur nouveau monde. Celui où il ne lui mentira pas et où elle pourra lui raconter des histoires qui ne veulent rien dire et pourtant tout dire. Celui où il pourra de nouveau respirer sans illusions. Celui où ils pourront réparer leurs cœurs avec des mains tremblantes, un sourire tendre et de bonnes intentions.

« Sinon je viendrai ici bien plus souvent de toute façon. Et t’auras intérêt à répondre à mes sms. » Un ton enjoué pour cacher l’appréhension de la réponse, quelques secondes après la question seulement, sans lui laisser véritablement le temps de réfléchir. Parce qu’un non est douloureux, et qu’il se prépare à avoir mal. Parce qu’il ne sera pas égoïste, il se l’est promis. « Et dans tous les cas, je ferai de mon mieux pour plus jamais te mentir. » En commençant par ne pas le promettre catégoriquement. Parce qu’il ment comme il respire, que sa vie est un mensonge, et que la distinction entre vrai et faux est devenue difficile à faire. Mais il veut essayer. Même si elle dit non.
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MessageSujet: Re: It's better to burn out than to fade away. | James ♥ 06.07.18 20:50

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Les gestes tendres à son égard, le livre pioché au sol et les mots qui roulent sur la langue, cela les ramène probablement tous les deux aux mêmes souvenirs, des années plus tôt. Quand tout cela était encore teint d'enfance et d'innocence, que rien n'était encore compliqué. Juste eux, et des rires, des caresses, des sourires. Elle ne pouvait plus compter le nombre de fois ou ils n'avaient eu rien d'autre qu'une chambre, un lit, et un livre. James venait se nicher contre elle et elle lui lisait tout et n'importe quoi, lui expliquant certains passages, râlant sur d'autres, finissant inlassablement par abattre le livre sur la tête à son ami qui trouvait un million d'excuses pour se moquer d'elle et la déranger. Habitude qu'il n'avait pas perdu, d'après le soupir qu'elle venait d'entendre alors qu'il venait de comprendre ses intentions. Ce qui ne l'avait pas empêché d'accourir au tapotement, un sourire béat sur ses lèvres. C'est tout ce dont ils avaient besoin pour être eux même, pour exister. Des mots qui ne faisaient surement aucun sens mais qu'il buvait du début à la fin, qu'il écoutait avec une attention qu'il ne déployait pour rien d'autre. Parce qu'il semblait persuadé que les mots de Bérénice étaient toujours important et qu'ils valaient la peine d'être écoutés, alors qu'elle se bafferait souvent en y repensant. Il lui venait naturellement de dire tout ce qu'elle avait sur le cœur, toutes les émotions qui y passaient. Parce qu'elle n'arrivait jamais bien longtemps à tenir un masque ou a cacher quelque chose, que la vérité finissait toujours par lui échapper. Elle avait réussi une seule fois, et ils avaient rarement davantage souffert.  

Alors qu'il se redresse pour lui faire face, elle voit toute l'inquiétude dans son visage, l'air perdu. Leurs regards qui se cherchent et le sien qui n'arrête pas de fuir, de virevolter. Que pouvait-il bien se passer derrière ces yeux bleu ? Qu'elle sorte de combat menait-il ? Il semble gêné, elle s'étonne. Parce qu'elle ne le connait pas ainsi, ne le connait pas capable de ressentir quelque chose de la sorte. Habituellement, il se contentait d'embarrasser les autres, elle y comprit, mais pas de l'être. Elle devait forcément avoir fait quelque chose de faux, avoir dit une bêtise. Peut être l'air de promesse éternel que ses paroles avaient prises, peut être la demande de ne jamais l'abandonner. C'était égoïste après tout, elle l'avait bien fait, elle. Par quel droit pourrait elle exiger qu'il ne le fasse pas ? Elle était égoïste. Egoïste de penser qu'elle pourrait être importante pour lui, plus importante que les chimères. Egoïste de penser qu'ils seraient éternellement présents l'un pour l'autre. Qu'ils seraient éternels.  Le souffle coupé, elle le voit jouer avec les draps, comme si la question, ou la réponse, pouvait y être inscrite. Elle voudrait le presser, qu'il en finisse une bonne fois pour toute parce que rien ne pouvait être pire que cette attente lancinante de toute façon. Si elle en avait trop demander, il lui suffisait de le dire et elle s'effacerait. C'est ce qu'elle avait toujours fait, accepter, et s'effacer. C'est ce qu'elle avait fait à chaque fois qu'il rencontrait quelqu'un, persuadée que cette personne serait plus utile à James, qu'elle serait plus drôle et moins attachée, moins demandante. Elle avait toujours mis ses envies et ses désirs de côté pour lui, persuadée d'être un poids de trop, d'être inutile. Elle le penserait surement éternellement, malgré toute ses négations, malgré tout ses "je t'aime", formulés ou non. Elle ne sera jamais la seule. Elle l'avait toujours su, et pourtant. C'était à chaque fois une nouvelle blessure, un nouveau coup de couteau dans son cœur. Est-ce qu'elle était jalouse de ces personnes parfois réelles, parfois imaginaires qui gravitaient constamment autour de lui ? Est-ce que son désir d'être toujours proche de lui, avec lui, n'était pas un désir plus profond ? Celui de l'avoir pour elle et rien que pour elle, d'être la reine sur son échiquier à nouveau. De le posséder. Alors même qu'elle savait qu'il avait besoin d'être aimé et entouré, qu'il ne pourrait jamais se contenter juste d'elle. Qu'ils ne se suffisaient pas, et que cela faisait beaucoup plus mal que cela le devrait.

Mais puisqu'elle semble constamment se tromper ce soir, sur le monde mais surtout sur son meilleur ami, il la surprend, encore une fois. Parce qu'il ne lui dit pas qu'elle est envahissante et qu'il a besoin d'air. Parce qu'il lui dit justement qu'il a besoin du même air qu'elle, et qu'elle est unique à sa façon. Que leur relation est unique, et probablement supérieure à tout. Parce qu'il s'autorise à être lui même de nouveau, timidement. Parce qu'il ne se prend pas au sérieux , sous estimant sa force. Il reprend ses mains et elle les sers vaguement, comme pour lui dire "je suis là, quoi qu'il arrive" avant de le laisser les tordre selon ses envies. Alors qu'il secoue la tête comme pour chasser toutes ces idées stupides qui l'éloignent de son but, elle a cette envie de nouveau, de l'arrêter, de l'empêcher. De le sermonner comme une mère le ferait avec elle son enfant. Pourtant elle se retient, parce qu'il n'a pas fini, parce qu'il n'est pas encore venu à la fin de son idée. Cette idée qui lui vient difficilement, alors qu'il hésite, qu'il a peur, qu'il cherche ses mots. Cette idée dont elle avait sûrement rêver des milliers de fois sans pour autant y penser, sans la considérer. Parce que cette maison, c'est celle qu'il n'avait jamais aimé, en même temps qu'elle était tout ce qu'il avait. Parce qu'elle était probablement le souvenirs de jours plus heureux, d'éclats de rire enfantins, de la présence de ses parents, d'une vie de famille. Des souvenirs qui étaient maintenant vieux et désuets, mais toujours accrochés aux murs, tels des fantômes. Cette maison, c'était un de ces non-dit, un sujet que Bérénice évitait d'office afin de ne pas le faire souffrir, afin qu'il n'y pense pas. L'inviter à le rejoindre la bas, ça semble si peu et pourtant. C'est un pas en avant, c'est des fenêtres ouvertes après une longue période d'isolement, c'est l'envie de faire bouger les choses. Et le choc doit se lire sur son visage, puisqu'il ne lui laisse pas le temps de répondre avant d'imaginer une alternative, avant d'accepter le refus naturellement. Il lui assure qu'il fera de son mieux pour ne plus jamais lui mentir, et elle le croit. Mais ne pas mentir, ce n'est pas la fin des secrets. Il ne lui avait jamais vraiment menti, il avait toujours seulement choisi de lui dire ce qu'il voulait. Ce qu'il pensait qu'elle pourrait supporter, sans trop s'inquiéter, sans trop la préoccuper. Des banalités, des futilités. Rarement ce qui pesait vraiment sur son cœur. Ne plus jamais mentir, ce n'était pas forcément être honnête.

Elle regarde tendrement son visage et le masque qui n'a pas eu la force de se former totalement. Le ton enjoué qui n'était qu'une de ses parties, alors son langage corporel montrait à quel point il était anxieux de sa réponse, a quel point il était maladroit. Il s'inquiète, et ce n'est toujours pas quelque chose qu'elle a l'habitude de voir sur lui. Alors Bérénice libère une de ses mains, la glisse derrière sa tête qui lui fait face et accroche les cheveux avec douceur. Juste assez pour l'empêcher de bouger, juste assez pour s'assurer qu'il se concentre sur elle et rien d'autre.  Parce qu'elle allait briser son cœur d'abord, un peu, avant de lui donner l'absolution. Parce qu'elle était en position de jouer avec lui. "Tu crois vraiment que je vais quitter cet appartement et tout ce qu'il représente pour vivre chez toi ? Ou tu ne seras probablement jamais ? Et je te connais, tu ne me laissera jamais tranquille. Il pourrait y avoir trois murs entre nous que tu trouverais toujours un moyen de pénétrer dans ma chambre quand bon te semble, alors que je regarde Autant en emporte le vent en serrant mon oreiller contre ma poitrine et en reniflant. Tu imagines ma crédibilité ?" Elle s'arrête un moment, pour reprendre son souffle puisque parler reste difficile, mais surtout pour savourer l'expression sur son visage. Elle pousse à peine contre sa tête afin de les rapprocher avant de lui murmurer "C'est où que je signe ? Et tu feras mes cartons de livres." Parce qu'elle n'avait pas hésiter une seconde. Parce qu'au pire, elle repartirait après trois jours, chat sous le bras, lui claquant la porte au nez en lui disant qu'il est insupportable. Ou alors ils vivront les meilleurs jours de leurs vie. Dire oui, c'était retrouver un peu de leur jeunesse et de leur folies, c'était partager son quotidien qui devait ne jamais en être un. C'était surement dire complètement adieu à son sommeil, et à sa vie privée, à sa solitude. Mais elle en avait bien assez d'être seule.

Cette perspective joyeuse lui fait voir une lumière grandissante, au bout du tunnel. Elle lui fait réaliser tout ce qu'ils auraient pu être et qu'ils n'ont jamais été. Il y avait ce sentiment nouveau qui grondait au fond de sa poitrine, quelque chose qu'elle n'avait jamais relié à James. Parce que c'était elle la première qui avait mis fin à ce qui était maintenant presque un rêve. C'était elle la première qui avait choisi la stabilité au dessus de la folie, ce soir la. Elle avait été fatiguée de jouer, elle avait été fatiguée de cette quête de chaleur jamais assouvie. Et il n'avait pas l'air de pouvoir la lui apporter de toute façon, la première fois qu'elle l'avait vu. S'ils avaient su qu'un feu les consumerait ensuite à chaque fois que le bout de leurs doigts se touchaient, peut être que les choses auraient été différentes. Est-ce qu'elle éprouvait des regrets, soudainement ? Elle avait été certaine d'avoir fait le bon choix, toute ces années durant. Elle avait été certaine de ne pas le désirer, pas ainsi. Et pourtant, ce soir tout son corps poussait vers lui, y trouvant un réconfort longtemps oublié. Ce soir ou elle se trouvait le plus éloigné de sa véritable nature, elle le désirait. Peut être parce qu'elle se sentait comme lui, comme le monstre qu'il est, et qu'elle a toujours voulu ignorer. Alors elle approche son visage du sien de nouveau et vient chercher ses lèvres, sans que ça soit un jeu pour une fois. Et cela fait battre son cœur encore plus rapidement et lui apporte une chaleur nouvelle, tandis que ses doigts viennent agripper les cheveux avec plus de violence, avec presque de la rage. Huit ans, de mensonges et visage voilé. Huit ans, a se convaincre qu'il n'y avait jamais eu autre chose qu'une amitié écrasante entre eux, que leur amour était dénué de toute passion. Huit ans, c'est si long, et cela semble si court pourtant. Comme si c'était hier.

Elle rompt le baiser, le rouge qui vient colorer ses joues la trahissant, mais seulement pour se débarrasser de son manteau qui ne l'avais pas encore quittée puisqu'elle n'était qu'un bloc de glace cinq minutes plus tôt, puis de son pull. Il lui reste un débardeur, et même celui ci est de trop tellement la chaleur émerge du plus profond d'elle.Trente secondes, ou elle ne porte aucune attention à James, ou elle fuit particulièrement son regard. Parce qu'elle ne veut rien y lire. Parce qu'elle veut pour une fois être raisonnable et suivre son cœur. Même s'il a totalement faux, même si demain elle regrettera surement. Ses lèvres viennent retrouver celles qu'elles venaient a peine de quitter tandis que les mains glacées de Bérénice se frayent un chemin sous le haut de son meilleur ami, son amant ? c'est ridicule, ses ongles s'accrochant à peine dans la peau, pour le pousser contre elle, pour que leurs corps s'épousent à la perfection et qu'ils ne fassent plus qu'un. Pour que son cœur retrouve le battement familier de son jumeau duquel il a si longtemps été séparé. Elle ferme ses paupières, parce qu'elle ne peut pas et ne veut pas le voir. Elle ne veut pas voir un quelconque jugement dans ses yeux. Égoïste, toujours. Quelque chose qui semble à mi chemin entre le soupir et le grognement s'échappe d'entre ses lèvres et elle ne se reconnait pas, n'est pas certaine de le vouloir. Mais il reste son meilleur ami. Et il n'avait plus jamais été question d'intimité entre eux après cette nuit. Alors elle se recule à nouveau, mettant le plus de distance possible entre eux sans que cela ne sois douloureux, et elle plonge ses yeux ou des larmes recommencent à se former dans les iris bleu et incrédules qui lui font face. Sa tête se secoue doucement alors qu'elle murmure, interdite "Je suis désolée, je sais pas ce qui m'a pris." Ce n'était pas Bérénice, de se laisser aller. D'écouter son cœur et d'agir en fonction de ses pulsions. Elle se sentait maintenant presque plus honteuse qu'avant, encore plus gênée si seulement c'est possible. Mais elle n'avait pas pu taire les battements de son cœur plus longtemps.

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MessageSujet: Re: It's better to burn out than to fade away. | James ♥ 14.07.18 18:10

Comment aurait-il pu penser qu’elle prenait sa gêne pour un refus ? C’est absurde. Pas même l’idée ne lui a traversé l’esprit. Jamais il ne lui aurait rien refusé. Il le sait. Elle le sait probablement. Dans sa dépendance, elle est devenue ce qui permet à son monde de tourner. Comme une déesse toute puissante. C’est idiot. Parce qu’ils se ressemblent presque. Parce que l’un comme l’autre est persuadé de n’être qu’un grain de sable aux pieds de l’autre. Qu’ils pensent automatiquement qu’ils ont fait une erreur alors que l’autre n’est qu’en train de chercher quelle est la meilleure manière de dire les choses sans avoir droit à un refus clair et précis. C’est comme deux enfants qui manquent de confiance en eux, quand bien même le reste du monde est persuadé du contraire. Et pendant qu’il tâtonne, elle culpabilise. Et quand ce sera à elle de chercher ses mots, ce sera à lui de douter du fait qu’il mérite même une once de son amour. Peut être que cette relation n’est pas bonne pour eux. Peut être qu’ils en souffrent trop. Peut être que d’admirer autant l’autre ne fait qu’accentuer son propre dégoût de soi. Peut être, peut être, peut être.

Mais pourtant d’être dans la même pièce qu’elle l’aide à respirer, pourtant réussi à la faire sourire semble devenir une bonne raison de vivre, pourtant essayer de calmer la tempête en elle lui a demandé plus de concentration qu’il n’avait jamais utilisé auparavant, pourtant il ne pourrait se passer d’elle pour rien au monde. Pourtant dans une autre partie de son cœur, il se demande comment il pourrait faire pour qu’elle soit à lui, et rien qu’à lui, éternellement. Pour pouvoir l’appeler à toute heure ou venir la voir n’importe quand sans penser une seconde qu’il risquerait de déranger. Pour pouvoir arrêter de se demander ce qu’il se passera quand elle trouvera quelqu’un qu’elle aime plus qu’elle ne l’aime lui, qu’elle partira avec cette personne, qu’elle passera du temps avec et se rendra compte que lui n’était rien. Pour pouvoir ne plus avoir peur que la réalité ne la rattrape, que le monde ne la voit pour ce qu’elle est vraiment et que chaque personne ne devienne fou d’elle comme il l’est déjà lui. Pour ne pas savoir qu’une fois qu’elle aura vu ce qu’est vraiment l’amour, il n’aura plus d’importance, et il ne passera plus jamais premier. Pour ne plus avoir peur du futur qui semble déjà irrémédiable.

C’est égoïste. Lui aussi, il est égoïste. Il voudrait la garder comme un jouet alors qu’un jouet ne lui suffira jamais. Il voudrait qu’elle ne soit rien qu’à lui alors qu’il appartient au monde entier et à personne. Il voudrait qu’elle l’aide constamment alors qu’il ne peut pas l’aider. Il voudrait qu’elle reste alors qu’elle ferait mieux de fuir. Il voudrait qu’elle l’aime alors qu’il ne mérite pas d’être aimé. Il voudrait qu’elle devienne tout son monde alors qu’il ne peut pas vivre dans un monde si petit. Il voudrait qu’elle fasse tout par rapport à lui alors qu’il est incapable de voir au-delà d’elle. Bloqué dans sa petite vision de la vie et elle qui dépasse tout comme la lumière au bout du tunnel. Et quand enfin il commence à parler, quand enfin il essaie de mettre des mots sur la question que son cœur rêve de poser depuis qu’il a posé les yeux sur elle, quand enfin un flot insensé de paroles s’échappe d’entre ses lèvres, tout ce qu’il arrive à faire, c’est de se traiter d’égoïste.

Parce que de quel droit il pourrait lui demander ça ? De quel droit il pourrait lui proposer d’habiter dans un lieu que même lui déteste alors qu’elle a un endroit qui lui ressemble tant dans lequel elle peut dormir ? De quel droit est ce qu’il profite de sa faiblesse, des évènements de la soirée, de la peur qui doit lui manger les entrailles, pour lui demander quelque chose comme ça ? Ca ne peut que donner l’impression que c’est une bonne idée. Ca ne peut que lui faire associer la proposition à de la sécurité. Et c’est ce qu’il veut lui offrir. Mais cette sécurité là, elle ne va qu’avec vivre avec lui. Elle ne va qu’avec ses sautes d’humeur et ses impulsions, ses larmes et ses éclats de rire exagérés, ses absences et ses présences trop pesantes. Cette sécurité là, elle est sûrement bien plus chère payée que d’accepter de le voir une fois par semaine. C’est sûrement pour ça qu’il se rattrape si vite. Pour qu’elle ne se sente pas obligée. Pour qu’elle ne se sente pas trop vulnérable pour refuser. Pour qu’elle puisse être honnête avec elle-même et se dire qu’elle n’a aucune envie de vivre dans une maison hantée avec lui et son quotidien.

Et l’angoisse du refus lui dévore les entrailles alors même qu’il ne voit aucune autre résolution possible à cette histoire. Il a l’impression que le monde s’écroulera au moment du non mais qu’il vit déjà dans un monde où le non existe depuis longtemps. Qu’il se serait écroulé si elle avait dit oui. Alors il gigote, comme pour essayer de se vider les idées en racontant des âneries, mais personne ne serait dupe, et surtout pas Bérénice. Et quand la main vient s’emparer de ses cheveux, il se fige presque automatiquement et vient soutenir son regard, quelques secondes, totalement absorbé par la situation, totalement fasciné par les yeux de sa meilleure amie, totalement concentré sur les mots qui vont sortir de ses lèvres. C’est si simple, finalement, de le tenir en place. Il suffit d’être un ange tombé du ciel et de tenir entre ses mains la possibilité de rendre sa vie meilleure comme de la ruiner un peu plus. Trois fois rien. Juste une position unique.

Et la première phrase sonne dans son crâne comme des cloches d’église alors qu’il a l’impression d’avoir été frappé par la foudre, alors qu’elle doit pouvoir lire facilement dans ses yeux encore plantés dans les siens que c’est comme lui mettre un coup de couteau, alors que pendant un millième de seconde, son monde s’écroule de nouveau et qu’il se demande pourquoi elle est si cruelle, pourquoi elle n’a pas simplement dit non, pourquoi elle ne s’est pas contentée de lui rire au nez, pourquoi elle se devait de développer sur le refus qui de toute façon se devait d’arriver. Alors il force sa gorge à se rouvrir pour qu’un rire amusé s’en échappe alors qu’il se libère de sa prise pour pouvoir détourner le regard, juste assez pour avoir le temps de renfiler un masque, le temps de pouvoir recommencer à lui être utile, le temps de se souvenir qu’il était là pour elle et qu’il ne devait plus être égoïste, le temps de s’oublier et d’enfermer ça avec le reste. Juste quelques secondes, par pitié. Quelques secondes pendant lesquelles son cerveau enregistre la suite des paroles mais prend un certain laps de temps pour les interpréter. Quelques secondes d’horreur.

Et il reprend vite sa place contre sa main avec un petit sourire fatigué, parce qu’il n’a pas tout à fait compris, pas encore. « Moi je trouverai ça mignon. » De toute façon rien ne pourrait briser la crédibilité de Bérénice à ses yeux. C’est la suite, qui lui coupe le souffle alors qu’il est encore surpris de la chaleur de son front contre le sien. C’est le sous-entendu trop évident. C’est l’acceptation dans un monde de refus. Et il n’a absolument aucune idée de comment réagir. Il ne sait absolument pas quoi faire, parce que la possibilité qu’elle accepte a été envisagée si peu de temps qu’il n’est pas arrivé à la partie réaction. « Jamais de la vie. » C’est tout ce qu’il sait dire, alors qu’il voit une montagne de cartons fantômes qui viennent déjà le hanter, des livres s’échappant de tous les côtés. Elle a dit oui ? C’est son visage qu’il verra tous les matins ? C’est son rire qu’il entendra même sans être avec elle ? C’est son quotidien qu’il découvrira jour après jour ?

Alors quand les lèvres se posent sur les siennes, il n’arrive pas à se poser de questions. Quand les doigts viennent agripper ses cheveux, les siens viennent enserrer sa taille. Jamais ses lèvres ne cessent de lui répondre, jamais ses yeux ne se rouvrent, jamais son cœur ne semble vouloir se calmer. Parce que c’est ça, l’amour, non ? C’est le contact. Et pourtant ça a toujours été plus que le contact, avec eux. Mais son esprit embrouillé de bonheur n’arrive pas à penser. Son corps répond pour dire je t’aime aussi, sans arrière pensée, sans réaliser que celle qu’il embrasse n’est pas elle-même, ce soir. Que sa clarté d’esprit a été brisée à tel point qu’elle commence à voir les choses comme lui alors qu’il est conscient de ne pas les voir normalement. Qu’elle cherche de la chaleur et est trop vulnérable pour réaliser que ce n’est pas celle là qui lui ferait du bien. Lui il répond, en pensant bien faire. En sentant son cœur essayer de lui murmurer d’arrêter et son corps le forcer à continuer. Parce que c’est si naturel, pourtant. Que tant d’amour finisse comme ça. Et pourtant, quelque part, ça aurait semblé le salir. Parce qu’elle était différente. Parce qu’il n’avait pas attendu ça d’elle depuis qu’elle lui avait dit non. Parce qu’elle était trop importante. Parce que lui aussi, il l’aurait salie.

C’est ce qu’il essaie de comprendre en la voyant retirer des couches de vêtements, et il s’entend murmurer son prénom sans savoir ce que la suite est censée être, sans savoir si c’est un je te veux ou un c’est probablement pas une bonne idée. Mais les lèvres le font prisonnier de nouveau et il sent sa gorge se serrer en les épousant encore, coupé en deux par ces sentiments contradictoires, par son envie de continuer et la connaissance qui commence à se faire entre ses oreilles qu’il n’en a pas le droit. Les mains sur son corps le font frissonner, et il se laisse bouger comme un jouet, chaque parcelle de sa peau demandant déjà plus alors que ses propres mains se figent sur la taille, alors qu’il prend sur lui pour qu’elles ne franchissent aucune barrière de tissu, alors qu’il prie pour qu’elle réalise toute seule à quel point elle regretterait ses actions, alors qu’il se demande si le mieux à faire n’est pas de la laisser faire, alors qu’il s’insulte pour penser à cela, parce que ce serait la pire des solutions. Ou peut être pas ? Peut être que ça l’aiderait à reprendre le contrôle ? Peut être que ça lui permettrait d’avancer ?

L’idée sournoise se fraye un chemin dans son cerveau alors que le soupir résonne entre eux, alors qu’il se retient à la dernière seconde de répondre à ses propres pulsions si peu habituées à être contenues, alors qu’il se fige à peine. C’est là qu’elle s’éloigne. C’est là qu’elle murmure ces mots, de nouvelles larmes dans ses yeux. Et il ouvre et referme la bouche plusieurs fois en se demandant si c’est parce qu’il s’est figé ou parce qu’il a répondu. En se demandant si la meilleure chose à faire est de se moquer d’elle ou de faire comme si rien ne s’était passé. En se demandant si elle avait eu affreusement tort ou affreusement raison. En se demandant si ça l’aiderait ou si ça empirerait son cas.

Et dans son cerveau tordu, la première solution semble plus évidente. Alors il sourit doucement en revenant auprès d’elle, en revenant poser ses lèvres sur les siennes et le bout de ses doigts sur sa taille. En retenant les pulsions pour plutôt la ramener contre lui doucement, frissonnant aux battements de cœur qui résonnent en parallèle, en concert. En venant doucement chercher ses mains pour les lui faire reposer sur lui. En se faisant répondant plutôt qu’actif et malléable plutôt qu’imposant. En essayant de lui donner tout le contrôle qu’on peut avoir dans ces moments là. Mais c’est l’image de Bérénice qui ne voulait pas être touchés, dans cette ruelle, qui vient flasher derrière ses paupières fermées comme une alarme, et il se fige de nouveau, soudainement, comme quelqu’un qui se prend une balle, retirant ses mains de sa taille pour les laisser flotter dans l’air, inutiles et tremblantes. Et il la regarde, de nouveau, en cherchant dans ses yeux la peur, le dégoût, le traumatisme. En cherchant son erreur.

« Pardon. Je … Je me suis dit que … Que peut être que ça t’aiderait … Que tu pouvais chercher le contrôle, comme ça … Je … Je voulais juste … Je voulais juste que tu reprennes confiance en toi … Je … Je croyais que c’était ça … » Sombre abruti. Sombre abruti, sombre abruti. Pourtant il avait compris qu’elle n’était pas elle-même. Mais elle avait été si peu elle-même ce soir que ça n’avait pas suffit. « Mais c’est … C’est débile. Bien sûr que non ça t’aidera pas, peu importe comment c’est fait. N … N’est ce pas ? » Il n’arrive pas vraiment à la regarder, trop occupé à se traiter d’imbécile, trop terrifié à l’idée d’avoir possiblement empiré les choses. Il hésite à lui dire de le frapper si ça peut lui faire du bien, mais est bien trop conscient de son incapacité à frapper les autres. Alors il se mord la lèvre, et il attend, bêtement. En se maudissant de tous les noms pour avoir possiblement blessé celle qu’il voulait aider.
(c) AMIANTE

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