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 Vergissmeinnicht. | Aodhan ♥

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Bérénice Z. Metanova
Pseudo : Hinou Messages : 660 depuis le : 19/04/2018 Avatar : Alicia Vikander Points : 1343 A Reykjavik depuis : Toujours Âge du perso : 26 ans Emploi/études : Professeur de littérature

MessageSujet: Vergissmeinnicht. | Aodhan ♥   28.12.18 1:47

Il n'avait nul besoin de me parler sous la pluie. Il n'avait nul besoin de dire quoi que ce fût tout haut, car il disait tout avec ses yeux.
Je te veux.



L’enfer.C’est comme si elle y avait été plongée. L’enfer, c’est les autres. C’est à peine si elle arrivait à en sortir la tête parfois pour reprendre de l’air. Elle s’y forçait, pour James. Mais c’était dur, si dur. Depuis cette discussion avec Oz, l’intriguant détective privé, il n’y avait qu’une image dans sa tête. Qu’un seul prénom. Presque une obsession. Elle vivait dans la crainte de le croiser, il lui semblait le reconnaitre dans chaque stature un peu trop haute, dans chaque regard sombre croisé. Elle redoutait ce moment depuis déjà si longtemps qu’elle s’était presque résolue à penser qu’il ne viendra plus. Qu’il l’avait sûrement vue entrain de rire avec quelqu’un à l’université, ou entrain de soupirer sur une montagne de copies à la bibliothèque. Il avait vu qu’elle était heureuse et qu’elle allait bien, sans lui. Elle aurait pu croire qu’il ne viendrai plus, si elle ne le savait pas beaucoup trop possessif. Si elle ne savait pas qu’il n’abandonnerait jamais. Pas en ayant fait tout ce chemin. Pas en ayant suivi ses traces jusqu’ici, dans ce qui lui avait semblé un parfait échappatoire, une île au bout du monde. Mais elle aurait pu fuir au large de la Nouvelle-Zélande, l’antipode de la France, et il l’aurait retrouvée tout de même. Alors elle attendait, elle redoutait le moment. Elle ne pensait à plus rien d’autre.

C’était une bonne alternative pour ne pas penser à elle. Qui était partie sans un mot presque au même moment. Elle, qui lui avait écrit un message quelques jours plus tard, lui expliquant qu’elle n’en pouvait plus, de ces silences, de ces non-dits, du retranchement progressif de Bérénice. Mais elle ne se sentait pas encore prête à lui expliquer que son ex psychopathe rodait dans la ville et qu’elle était incapable de prévoir ses intentions. Elle ne se sentait pas encore prête à lui expliquer pourquoi elle n’avait plus envie d’être touchée, d’être aimée. Et bien que son absence laissait un trou béant dans le quotidien et dans le cœur de Bérénice, elle le sentait continuer de battre. Tout cela, ce n’était que de la poudre aux yeux. Une tentative de se convaincre que tout allait bien, que rien n’avait été altéré au delà du réparable. Mais elle était brisée. Elle n’était prête ni a être amoureuse, ni a être aimée. Elle désirait l’oubli, ou l’absolution.  

Et puis soudainement cela la frappe. Neuf ans. Cela faisait neuf ans, jour pour jour, aujourd’hui, que l’âme de sa mère s’était envolée. Que sa main était devenue lourde et froide dans les siennes et que milles baisers n’avaient pas réussis à la réanimer. Neuf ans. Et elle n’y pense que maintenant, alors qu’elle rentrait de l’université, la boule au ventre l’accompagnant fidèlement. Le soleil avait tiré sa révérence depuis longtemps. Neuf ans, trois-mille-deux-cents-quatre-vingt-cinqs jours, et elle l’avait oubliée toute la journée. Trop absorbée par toutes ces autres choses qui n’allaient pas. Que valaient quelques jours, quelques semaines de contact réduit, de silence, contre neuf ans d’absence ? Elle aurait eu besoin des conseils de sa mère. De celle qui avait davantage été une amie dans ses dernières années qu’une mère pour Bérénice. Une meilleure amie. Sa mère aurait su lui remonter le morale sans elle, sa mère aurait su quoi faire pour Ezra, et pour Aodhan. Dans le cas du dernier, elle l’aurait probablement forcé à venir leur rendre visite pour qu’il n’ai pas besoin d’attendre cet appel de Bérénice qui ne viendra jamais. Sans attendre l’appel qu’elle avait déjà composé plusieurs fois sur son téléphone, sans jamais passer le dernier cap. Quelque chose la retenait.

Elle ne l’avait pas revu, depuis cette fois où les murs s’étaient brisés. Les dates ne collaient pas d’abord, puis elle avait commencé à le fuir. Elle n’en était pas fière. Elle se détestait même honnêtement pour ça. Mais deux choses la retenaient de juste l’appeler, et lui dire qu’il lui manquait. La première était d’entendre sa voix brisée, ses efforts pour paraitre indifférent. De croiser son regard vide et rempli par son image à elle. De le voir s’effacer, encore, pour elle. La deuxième chose était plus délicate. Plus compliquée. Elle ne savait simplement pas comment elle se comporterait, si elle l’avait face à lui. Si elle l’avait proche de lui, à nouveau. Elle était libérée des codes moraux de la société. Elle était libre, en théorie. Et cela la terrifiait. Parce qu’il l’aimait à en mourir, et qu’elle était beaucoup trop attachée à lui pour le faire souffrir. Parce qu’elle n’avait plus rien qui justifiait de le repousser, maintenant. Juste le souvenir d’Ezra, de ce qu’il avait fait. Elle n’était pas certaine que ce soit assez pour ne pas faire une bêtise, pas assez pour ne pas le regretter après.

Quand elle était rentrée, elle avait retrouvé la maison vide. Et après deux heures a tourner en rond dans les chambres, après avoir tenter de prendre un bain et d’en ressortir rageuse même pas un quart d’heure plus tard parce qu’elle était incapable de se relaxer, elle comprenait mieux le sentiment de James envers cette maison. Elle était beaucoup trop grande, beaucoup trop vide. Elle n’était pas faite pour accueillir deux âmes humaines esseulées et deux chats. Elle devenait folle d’être seule et pourtant elle ne voulait voir personne. Encore une heure à tourner en rond avant que ses doigts n’attrapent au hasard une bouteille qu’elle identifie comme étant du whisky, avec une idée bien claire en tête. Pour l’instant. Un rapide coup d’œil dans un miroir la fait retourner dans la salle de bain afin d’essayer de cacher ses yeux violacés par l’absence de sommeil. Voila qui était bien mieux. Il ne fallait pas l’inquiéter plus que nécessaire. C’est par automatisme que ses pas la guident tranquillement vers le loft tandis que sa respiration s’accélère. Peut être qu’il n’était pas là, ce soir. Peut être qu’il était occupé, qu’il avait mieux à faire que d’écouter les silences de Bérénice. Elle ne pourra en être certaine qu’une fois arrivée, puisqu’elle n’avait toujours pas trouvé le courage de l’avertir au préalable. C’était une chance sur deux. Présent ou absent. Pile ou face. Et elle priait pour pile tandis que sa main toquait doucement contre la porte. S’il te plait Aodhan, pile.

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Aodhan O'Flahertie
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MessageSujet: Re: Vergissmeinnicht. | Aodhan ♥   30.12.18 1:01

Les bruits des fourneaux et des casseroles qui claquaient les unes contre les autres empêchaient toute pensée constructive. Ca faisait des heures, des jours peut être, des semaines sûrement, qu’il arrivait plus tôt que prévu, partait plus tard, ne comptait plus le temps passé dans ce capharnaüm digne des pires concerts de métal. Parce que la cuisine, ça avait toujours l’avantage d’empêcher de penser à grand-chose d’autre. Il fallait être attentif à tout, à la recette, aux autres, aux cris, aux ordres à donner, aux nouveaux, aux commandes, aux ingrédients, à l’eau, au feu. C’était comme sortir de son propre corps et s’oublier soi-même pour que plus rien n’existe qu’une machine bien huilée, avec des yeux partout et une concentration à toute épreuve. C’était un peu comme la guerre, en quelques sortes. Trop rapide et trop bruyant pour être pris à la légère, pour laisser place à quoique ce soit qui n’était pas censé être là. C’était un souffle de vie dans un océan d’angoisse. Et quand son sous-chef lui murmure qu’il devrait rentrer pour la troisième fois, il soupire doucement et jette un coup d’œil rapide dans la salle qui se vide. Oui, il devrait probablement, maintenant. Il ne pouvait pas repousser ça éternellement, de toute façon. Un dernier tour pour vérifier que les finitions se passeront bien sans lui, une dernière minute de silence entre ses deux oreilles, et il troque sa tenue de travail pour la civile avant de quitter les lieux en allumant une cigarette avant d’enfoncer ses mains dans ses poches. Il fait affreusement froid. On ne s’habitue sûrement jamais vraiment, à ce froid, quand ce n’est pas celui dans lequel on est né.

Sa main claque plusieurs fois contre le portable qui n’a pas quitté sa poche de la journée, mais il continue de se raisonner. Jusqu’à avoir retrouvé la chaleur agréable de son loft, jusqu’à ce que les chats décident de venir traiter dans ses pattes jusqu’à avoir eu droit à leurs gratouilles règlementaires. Et lui s’excuse à demi mots d’être si peu présent avant de leur donner à manger, avant de les regarder se jeter sur leurs gamelles comme si leur vie en dépendait et de lever les yeux au ciel, avant de se traîner lentement jusque dans la douche, puis la pièce à vivre, récupérer son livre, et s’enfoncer dans son fauteuil en soupirant. Ca dure vingt minutes, une demi-heure, peut être, avant que le poids dans sa poche ne se fasse trop lourd, avant qu’il ne ferme les yeux quelques secondes pour trouver le courage de le sortir, pour simplement vérifier le manque flagrant de notification, d’appel, de message, de nouvelle d’elle. Et sa gorge se serre de nouveau légèrement avant qu’il ne lance son portable sur le canapé, en espérant l’oublier au moins jusqu’au lendemain. Mais impossible de se remettre vraiment dans son livre, maintenant.

C’était son silence, qui l’avait attiré, pourtant. Mais maintenant, il pesait sur lui comme une main de fer qui broie son cœur un peu plus à chaque seconde. Probablement parce que quand il avait quitté sa maison, ce jour là, après des heures de lecture, avant que son colocataire ne rentre, ils avaient réussi à rire des chats une dernière fois. Ils avaient réussi à se dire au revoir. Au revoir, pas adieu. Et lui était pourtant persuadé que l’accord tacite était que ce serait à elle de le contacter, la prochaine fois. Parce que lui ne pouvait pas se le permettre. Pas après ce qu’il avait fait. Mais rien. Pas une seule notification. Pas une trace d’elle. Pas une chance de la revoir un jour.

Il avait sûrement fait une erreur, en espérant. L’espoir, c’était véritablement pour les idiots. Elle ne ferait pas exception. Elle n’avait aucune raison de le faire. C’était lui, le coupable, après tout. S’il avait été capable de se retenir, s’il n’avait pas agi sous le coup des pulsions comme un animal mal apprivoisé, s’il avait su se contenir, se taire, se tuer un peu plus, ils n’en seraient pas là. Il pourrait toujours la voir, et il serait toujours persuadé qu’elle va bien, ou au moins, autant qu’elle le peut dans sa tristesse éternelle. Cette idée lui fait serrer légèrement la mâchoire, et c’est un soupir agacé qui le quitte alors qu’il abandonne son livre, alors qu’il se relève pour se perdre dans chaque coin du loft, à la recherche de quoique ce soit à ranger. Quitte à instaurer un désordre pour la simple satisfaction de pouvoir l’arranger.

Quelque part, il sait qu’il ne devrait pas s’en faire pour elle. Qu’elle a pris sa décision, qu’il n’est plus le bienvenu, malgré ce qu’elle a pu penser sur le coup. Qu’il a le droit d’être triste, ou de se sentir trahi, mais pas de s’inquiéter pour elle. Parce que ce n’est pas ce qui importe. Parce que peut être qu’elle continue sa vie comme si de rien n’était, qu’elle l’oublierait dans quelques mois, ou peut être qu’elle était véritablement triste, ou en danger. Peut être. Mais ce n’est pas censé être son problème. Plus maintenant. Parce qu’elle ne veut pas de son aide, de toute façon. Parce qu’il est censé penser à lui, et à la douleur que son silence lui procure, plutôt qu’à elle et son bien-être. Parce qu’il devrait être égoïste. Parce qu’à cause d’elle, à cause de ce silence imprévu, il est incapable de l’être. Ca avait commencé comme une douleur, comme un vide, comme une appréhension, avant qu’il ne comprenne enfin qu’il avait espéré pour rien. Et maintenant, il ne restait que cet agacement étrange contre lui-même, contre elle un peu. Pas parce qu’elle était partie, parce qu’elle en avait tous les droits, mais parce qu’elle avait réussi à obnubiler ses pensées à tel point qu’il s’oubliait pour elle. Parce qu’il était incapable de faire son deuil d’une relation qui n’avait jamais vraiment existé simplement parce qu’il était trop occupé à s’en faire pour son bien être à elle. Et ce n’est pas juste. Ca, ce n’est pas juste.

Sa main se serre trop fort sur une figurine en verre, et quand il recule en le réalisant, elle est déjà partie s’exploser à ses pieds, recouvrant le sol de milles éclats tous plus fins les uns que les autres. Au moins, la diversion marche. Parce que Satan s’approche, et que lui va le récupérer pour le reposer devant sa gamelle, pour le réprimander comme s’il pouvait comprendre quoique ce soit, pour s’excuser auprès d’Oblivion que le bruit a fait courir sous le premier meuble à sa disposition. Et quand on toque à la porte, il vient juste d’éteindre l’aspirateur, et croit halluciner alors qu’il vérifie qu’aucun bout ne risquera de blesser les coussinets des félins maudits. « J’arrive. » C’est à peine assez fort pour être entendu derrière la porte, mais pas assez pour paraître assuré. Parce que c’est sûrement une hallucination. Personne ne frappe chez les gens à cette heure là, alors que la nuit s’étend derrière la fenêtre. Alors il finit son examen détaillé, récupérant quatre derniers bouts de verre dans sa main avant de soupirer et d’aller ouvrir. On ne sait jamais, après tout. Ca peut toujours être la police. L’idée serait presque tentante, à ce stade.

Mais c’est loin d’être ce qu’il attendait, et quand il reconnaît presque plus l’odeur que l’apparence, son restant de cœur tombe dans son estomac, et le visage qui accueille Bérénice doit paraître plus choqué que quoique ce soit d’autre. C’est comme voir un fantôme. Un fantôme qui tient une bouteille de whisky. « Bér… » Dire son nom paraît presque trop dur, tant il a essayé d’arrêter d’y penser, et sa gorge se serre légèrement, alors qu’il reste planté dans l’entrée, les morceaux de verre dans la main, le regard figé sur elle. Parce que la prochaine question est un « tu vas bien ? », un « qu’est ce qu’il se passe ? », un mélange confus d’inquiétudes qui le rongent plus encore que sa simple disparition choisie. Alors il soupire doucement, de ce soupir agacé qui le caractérise ces derniers jours. Toujours contre lui, pas vraiment contre elle. « Je … Deux secondes. Entre, si tu veux. » Aussitôt dit, il s’enfuit dans la cuisine pour se débarrasser du verre, sans refermer la porte, sans bien réaliser qu’il n’a pas halluciné. Peut être que quand il reviendra, elle aura disparu. Peut être qu’il pourra réellement penser à entrer dans le premier hôpital psychiatrique qui croise son chemin. Peut être qu’il pourra être innocenté pour folie. Peut être. Peut être.

Mais quand il se glisse de nouveau dans la pièce principale timidement, elle se tient toujours là, aussi réelle que lui. Alors ses yeux glissent depuis elle jusqu’à sa bouteille, et il fronce les sourcils quelques secondes avant de lever l’index pour lui faire signe d’attendre, avant de se glisser dans la cuisine de nouveau pour récupérer deux verres, pour revenir avec en les lui montrant. « Je suppose qu’on aura besoin de ça. J’ai du whisky, tu sais, chez moi ? » Même s’il n’y a probablement touché qu’une fois en cinq ou six ans, puisque boire seul ou avec des chats n’avait jamais fait partie de ses rêves de vie. Mais après tout. Les verres sont vite posés sur la table basse, et il se laisse retomber dans le canapé en montrant du doigt la place à ses côtés, le fauteuil en face, celui à l’autre bout, pour lui laisser le choix entre se distancer ou se rapprocher.

C’est dur, de parler. Elle doit se dire la même chose. Et pourtant, il n’arrive pas à cacher la grimace agacée qui semble coller à son visage, ces derniers jours. Sûrement parce que c’est trop récent, et trop absurde, comme sentiment. Peut être parce qu’il ne peut plus rien cacher, avec elle. Et cette vulnérabilité, cette impression qu’elle pourrait tout faire de lui en un claquement de doigt, ne servent qu’à l’agacer un peu plus. « Je peux faire quelque chose pour toi ? » Ca sonnait calme, mais pas vraiment. L’agacement, de nouveau. Alors il soupire, un peu, et lève de nouveau l’index pour lui faire signe d’attendre, pour lui montrer qu’il n’attend pas de réponse à cette question, qu’il ne voulait pas la poser. Reprend-toi, Aodhan. « Pardon. Je voulais pas. C’est juste que … Je suis vraiment pas doué avec ces trucs à la base, je sais pas du tout comment ça marche, et en ce moment je suis agacé parce que j’arrête pas de me demander si tu vas bien, et que j’aimerai bien que ton silence n’aye pas forcément avec cette question. Je m’en fiche, que tu veuilles plus me parler. Enfin non, je m’en fiche pas, mais t’as le droit, quoi. Je comprends. Je suis juste énervé parce que visiblement mon cerveau veut pas arrêter de s’en faire pour toi pour autant, et que du coup j’ai aucun moyen de me rassurer. » C’est sorti plus vite qu’il ne s’y attendait, et il paraît presque surpris lui-même, alors que la boule dans son ventre semble s’alléger un peu.

Alors un léger sourire un peu triste étend ses lèvres et il secoue la tête. Elle est là, après tout. Il doit bien y avoir une raison. « Oublie ça. Ca me passera. Le whisky, c’est pour dire au revoir correctement ? Un verre, au moins ? » Sa main plane au dessus de la bouteille en attendant sa réponse, avant de servir les verres en ne tremblant que peu, étonnamment, ironiquement surtout. Mais la question, vicieuse, ne peut pas s’empêcher de quitter ses lèvres. « Tu vas bien ? » Bordel. Incapable de ne pas y penser, toujours. Incapable de simplement être reconnaissant de ses au revoirs. Incapable de ne pas se dire qu’il y a autre chose. Qu’elle a l’air drôlement fatiguée, pour quelqu’un qui vient simplement annoncer qu’elle ne veut pas le revoir. Qu’il y a une paranoïa en elle qu’il ne voit d’habitude que dans son propre miroir. Mais qu’elle, elle est justifiée.
(c) AMIANTE

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MessageSujet: Re: Vergissmeinnicht. | Aodhan ♥   06.01.19 21:58

Est-ce que tu vois le printemps ? Celui qui met nos terres au soleil.
Dis moi, est-ce que tu l'entends ? De la fleur y a l'épine qui sommeille.
Est-ce que tu vois le printemps? Celui qui fait couler les ruisseaux entre les doigts des torrents, oui c'est sûr qu'ils sont ivres nos bateaux.
Est-ce que tu vois le printemps ? Nos amours que l'on jette en pâture. Dans les flots des océans les lettres restent mortes, littérature.



C’était une erreur, de venir. De chambouler sa vie aussi facilement un soir, sans prévenir. Peut être avait-il commencer à l’oublier. Peut être était-il entrain de guérir, lui. Elle ne le pourra jamais. Son cœur avait été trop de fois brisé et mutilé. Il s’habituait juste à perdre un autre morceau régulièrement sans espoir de le retrouver. Jusqu’à ne plus en avoir. Jusqu’à parvenir à ce néant tant recherché. Mais lui, elle avait de l’espoir pour lui. Elle avait envie qu’il l’oublie, parce qu’elle lui faisait visiblement beaucoup plus de mal que de bien. L’aimer lui faisait mal. Sa compagnie lui faisait mal. Ses silences tant recherchés au début avaient sûrement fini par être douloureux aussi. Et avec ses semaines, si longtemps déjà, de silence, peut être qu’il avait commencé à l’oublier. Peut être que cela ne lui faisait plus ce petit pincement au cœur, à chaque fois que son regard croisait une cascade de longs cheveux brun. Peut être qu’il pouvait de nouveau voir la tranche de Guerre et Paix sans se traiter d’idiot. Elle l’avait espérer. Et pourtant elle était venue, quand son absence à lui était devenue intolérable. Mettant de côté ses sentiments à lui, ce que lui pouvait bien penser de tout cela. Égoïste, toujours.

Sa voix. Impossible de la graver dans sa mémoire. Elle à l’impression à chaque fois d’y parvenir, mais la désillusion vient vite à chaque fois qu’elle la réentend. Sa voix. Elle pourrait l’avoir rêvée aussi. Un jeu de son imagination, lui faisant miroiter sa présence derrière cette porte, alors qu’il est peut être loin, de l’autre côté de la ville, du pays, du monde. Elle semble fatiguée, cette voix. Lassée. Elle l’entend presque soupirer. Quelle erreur. Quand enfin la porte s’ouvre, elle s’attendait surement à tout sauf à cette expression. A ce choc si vivement inscrit sur son visage. Aie. Il se fige et elle aussi, incapable de jauger sa réaction. Elle a envie de faire un pas en arrière, ou deux. Elle a envie de se mettre en sûreté, juste pour être certaine. Et c’est comme se prendre une claque au visage, comme si son esprit la flagellait de ce coup qu’elle redoute. Elle a peur de lui, finalement. Tout ce temps à se convaincre et surtout à le convaincre lui que non. Il suffit de quelque semaines de silence pour qu’elle ai peur de lui de nouveau, comme au premier jour. Mais contrairement à ce jour, elle le connait maintenant. Elle sait que quelque part, au fond, sa peur est infondée. Qu’elle a sûrement aussi peur de lui qu’il n’a peur de lui-même, en sa présence. Qu’ils sont tous les deux maladroits, dans leurs mots et dans leurs gestes. Elle le regarde à peine pendant les quelques instants qu’il lui faut avant qu’il ne se recompose, qu’il réalise doucement l’information. Qu’il se pince sûrement intérieur pour s’assurer que non, il n’est pas entrain de voir un fantôme.

Un soupir, encore. Elle le prend pour elle. Elle le mérite. Il devrait lui claquer la porte au nez. Il devrait la renvoyer. Il devrait lui dire à quel point elle est horrible, comme amie et comme personne. Elle le mérite. Mais ce serait pas Aodhan. Pas Aodhan et Bérénice. Il lui demande d’attendre un instant tout en l’invitant d’entrer, et file sans attendre sa réponse. Une fraction de seconde, elle est tentée de faire demi-tour et de disparaitre. Une fraction de seconde, elle est tentée de réparer l’erreur qu’elle vient de commettre en en faisant une plus grande encore. Mais ses pieds avancent doucement de quelques pas, avant qu’elle ne referme silencieusement la porte derrière elle. Elle jette un regard sur ce loft qui lui ressemble tellement sans qu’elle ne saurait vraiment expliquer pourquoi. Surement parce que tout est si ordonné. Tout est sous contrôle. Est-ce que le lieu de vie de quelqu’un est le reflet de son âme ? Bérénice vivait entourée de fantômes qui n’était pas les siens. Dans un chaos constant. Penser aux autres pour ne pas penser à soi. Ça lui ressemblait. Aodhan vivait dans un monde ou tout était presque juste noir ou blanc. Ou rien ne devait être dérangé. Juste un brin de folie et de d’ouragan à travers les chats. Et sa présence a elle, qui n’était certainement pas censée avoir une place ici mais qui s’était doucement imposée, silencieusement. A son arrivée, Oblivion vient directement se frotter contre ses jambes et elle s’accroupit doucement pour le gratter derrière les oreilles, tentant vainement de trouver quoi dire, de savoir s’il elle devait s’expliquer ou faire comme si de rien était. Mais elle sent la présence d’Aodhan face à elle et elle se redresse rapidement avec un sourire désolé. Son regard se baisse un peu et elle se demande quelques secondes s’il la fuit, avant de le voir retourner vers la cuisine et en revenir avec deux verres. Ah oui, le whisky au bout de sa main. Elle l’avait oublier, déjà. Elle avait oublier son intention en l’emmenant, aussi. A ses mots, sa main se serre un peu sur la bouteille avant qu’elle ne murmure doucement « Je sais. » C’est beaucoup plus froid que ça devait l’être. C’est beaucoup trop contrôlé pour être elle. Tu peux faire mieux, Bérénice. Elle entend presque sa mère lui dire.

Elle le suit, silencieusement toujours. Les chats font plus de bruits que les humains, ici. Elle pose la bouteille sur la petite table, plus brutalement qu’elle ne voulait, comme si son corps refusait de lui obéir et le bruit la fait sursauter. Ressaisi-toi, Bérénice. Il l’invite à s’asseoir et le choix lui semble être un rite de bienvenue, un choix impossible à faire. Rien ne va. Elle voudrait mettre autant de distance que possible entre eux pour ne pas lui faire plus de mal. Mais elle voudrait aussi s’installer à ses côtés, inconsciemment contre lui, pouvoir mesurer chacune de ses respirations et de ses soupirs. Elle choisit finalement le fauteuil en face de lui et se traite d’imbécile presque immédiatement. Elle ne peut plus le fuir et le regarde doucement, s’attarde sur son visage pour la première fois depuis qu’elle est arrivée. Il a certainement l’air fatigué. Pas forcément physiquement. Mais vidé. Avec quelque chose qui ressemble à de la colère, ou de l’agacement. Encore une fois, elle ne s’attendait pas à ça. Elle ne sait même pas à quoi a s’attendait, comment elle avait imaginé ces retrouvailles, parce qu’elle n’était pas vraiment certaines qu’il y en aurait un jour, avant que son cœur ne décide pour elle. Sa question se veut ouverte et calme et pourtant elle la prend comme une gifle aussi. Était-elle tombée si bas dans son estime qu’il la pensait capable de venir seulement parce qu’elle avait besoin de lui ? Parce qu’il pouvait faire quelque chose pour elle ? Fait moi oublier, Aodhan. Tout. Même toi.

Elle s’apprête à lui répondre quand il lui fait signe d’attendre encore une fois, et sa bouche se referme aussi rapidement qu’elle s’est ouverte. Aie. Il n’a rien compris et elle est incapable de le lui expliquer. Elle est incapable de lui dire qu’il était constamment dans ses pensées, qu’elle aussi ne pouvait pas empêcher son cerveau de s’en faire pour lui et que c’était justement pour ça, qu’elle était partie. Ou qu’elle n’était pas revenue, plutôt. Plus tôt. Parce que ce qui lui semblait logique à elle semblait soudainement moins logique si elle essayait de mettre des mots dessus, et lui semblerait encore moins logique, à lui. Elle lui fait du mal. En étant avec lui. En étant loin de lui. En étant incapable de retourner ses sentiments et pourtant si effrayée face à ses propres sentiments, face à cette chose qu’elle ne comprend pas au fond d’elle. Pas de l’amour. Mais quelque chose de viscérale. Aussi beau qu’une nuée de papillons mais aussi effrayant qu’un saut à l’élastique. Elle voudrait lui dire d’être un peu plus sur de lui, à son égard. De croire à l’honnêteté de ses mots. Elle lui avait dit qu’il ferait parti d’elle, toujours, et elle le pensait sincèrement. Elle lui avait demander de rester, malgré tout. Elle avait voulu qu’ils ne redeviennent pas des inconnus. Il devrait s’accrocher à ça, et pas à ses retranchements ridicules. Pas à ses insécurités. D’un sourire il balaie ses mots et ne lui laisse de nouveau pas le temps de réagir avant de changer de sujet, avant de passer aux conclusions, aux adieux. Non. Non non non, pas ça Aodhan. Pas d’adieux. Pas aujourd’hui. Jamais, s’il te plait.

Sa tête se secoue en signe de négation quand il évoque l’au revoir et elle gémit doucement. Non pas d’au revoir. Tu n’as rien compris. Elle souffle un « oui » quand il lui propose un verre et sa réponse se croise presque avec la prochaine question. Non. Oui, non. Merde. Contre sa cuisse, sa main se serre, les ongles s’enfonçant dans la paume tandis qu’elle lui dit plus sèchement qu’elle ne le voulait « Tu vas te taire et me laisser parler ? » Mauvaise façon de commencer. Très mauvaise. Elle secoue la tête de nouveau, puis plonge son regard dans le sien en souriant timidement. « Je ne suis pas venue dire au revoir. Sauf si c’est ce que tu veux. Je suis venue parce que… » Pourquoi, au juste ? Parce que tu me manquais ? Parce que plus rien ne va dans ma vie et que j’avais besoin de voir qu’au moins une chose ne changeais jamais ? Ridicule. « Je ne voulais pas te faire du mal, Aodhan. Tu dois me croire. Et stupidement, j’ai cru qu’en t’évitant, ce serait mieux. J’ai été égoïste, un peu. En pensant à toi. Je n’aurais pas été une bonne présence pour toi, dernièrement… » Parce qu’Ezra est là. Parce que si tu savais ce que je te cache, tu ne voudrais plus jamais m’adresser la parole. Et le tuer. Il ne le mérite pas. Moi, si. Elle passe une main dans ses cheveux pour les dégager de son visage, puis montre les verres de sa main en souriant « Je peux boire, plutôt que de répondre à la dernière question ? » Même si c’était un aveux, en soi. Ne pas dire oui, c’était forcément dire non, un peu. Bien sur qu’elle n’allait pas bien. Elle n’arrivait plus à duper personne. Et pourtant. A son tour elle lui fait signe d’attendre avant d’ajouter précipitamment « Avec toi, je vais bien. » Ce n’était sûrement pas la réponse qu’elle aurait du donner. Mais c’était ce qui s’approchait le plus de la réalité. Pour la première fois depuis des jours, des semaines, elle se sentait presque en sécurité. Elle n’avait pas envie de regarder derrière elle pour vérifier que personne ne la suivait. Elle savait qu’avec Aodhan, rien ne pouvait lui arriver.

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Aodhan O'Flahertie
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Pseudo : gavroche Messages : 174 depuis le : 17/06/2018 Avatar : Cillian Murphy Points : 959 A Reykjavik depuis : 10 ans Âge du perso : 36 ans Emploi/études : Officiellement chef cuisinier, officieusement criminel en cavale

MessageSujet: Re: Vergissmeinnicht. | Aodhan ♥   20.01.19 17:53

Il l’a vu, le mouvement de recul, quand leurs regards se sont croisés après tout ce temps libre pour s’oublier. Il l’a vu, et quelque part dans son crâne, l’information s’est notée. Qu’elle avait simplement eu l’illusion qu’elle n’avait pas peur de lui, qu’il suffisait de quelques jours sans le voir pour le réaliser à son retour. Et alors qu’elle est incapable de le regarder, lui ferme simplement les yeux, quelques secondes, avant de décider d’ignorer ce nouvel élément. Parce qu’il est justifié. Parce qu’elle aurait dû ressentir cela bien avant, de toute façon. Parce que chaque seconde qu’il passe en sa présence sans lui donner de bonne raison de le craindre avait été une victoire, jusque là, et qu’elle ne l’avait pas vu. Parce que ce serait sans doute mieux, pour elle, qu’elle dise simplement au revoir et qu’elle ne revienne jamais. Ce serait mieux pour n’importe qui. Mais dans son cas, ce serait sûrement mieux pour lui, aussi. Parce qu’il ne se pardonnerait jamais d’être responsable de sa peine. De justifier sa peur instinctive. Parce qu’il est une bombe à retardement, et que le compteur avec elle continue d’avancer, bien trop vite, alors elle devrait partir avant qu’il n’arrive au bout. Fuir ce qui pourrait arriver pour que ça n’arrive jamais. Ne se souvenir que de la pulsion du baiser, pas de celle du coup. La vie plutôt que la destruction. Ca, un jour, il pourrait sans doute se le pardonner. D’avoir vécu trop fort, et qu’elle ait pris peur. Pas de la détruire. Jamais.

Et c’est comme une danse, alors qu’elle fait un pas en avant pour entrer, qu’il en fait cent en arrière pour fuir dans la cuisine, une fois, puis deux. Avant de parler, de chercher une normalité dans cette situation qui ne fait de sens pour personne. Avant de se taire quand elle lui répond trop froidement, trop sereinement, comme un reproche. Et pendant quelques seconde, alors qu’il prend sur lui pour ignorer ça, pour ne pas relever le verre qui claque trop brutalement contre la table, alors qu’il se concentre sur l’agacement pour ne pas se remettre en question, il se demande ce qu’il a fait de mal. Ce qu’il a bien pu faire de travers pour qu’elle puisse avoir l’air de lui en vouloir de cette façon. Parce que c’est elle, qui est partie. Parce que ça n’aurait pas de sens, qu’elle soit comme ça pour le baiser. Parce qu’au fond, il a conscience qu’il a bien plus perdu qu’elle, dans cette histoire. Parce que lui a perdu ses murs, et elle le contact.

Elle s’assoit, le regarde, et il ne le fait pas, les mots quittant ses lèvres comme un automatisme, comme une dernière protection avant d’être soupirés, avant de devenir quelque chose d’autre. Ca aurait sûrement été plus simple, qu’elle ait besoin de quelque chose. Qu’elle soit suffisamment égoïste pour être capable de revenir lui demander de lui rendre un service, et repartir. Parce qu’il l’aurait fait sans aucune hésitation, mais qu’il aurait toujours gardé en lui une image de cette cruauté là. De celle qui sans le vouloir l’avait rendu vulnérable et revenait pour s’en servir quand cela s’avérait utile. Au moins, il n’aurait plus fait cette erreur, plus tard. Au moins, il se serait retranché un peu plus dans ses murs, dans sa solitude, en repoussant tous ceux qui s’approchent plus fort encore qu’avant. Au moins, il aurait pu souffrir en sachant très bien qui en était responsable. Mais l’expression sur son visage est trop choquée, et lui se reprend trop vite. C’est Bérénice, avant tout. Cruelle, mais pas à ce point. Pas de cette manière. Pas si consciemment.

Mais il parle, parle encore, avec de petites phrases brèves mais qui ne semblent jamais vouloir s’arrêter. Et il aimerait pouvoir continuer éternellement, mais cette question a besoin d’être posée, et il ne peut rien faire pour l’en empêcher. Parce que s’il avait continué, elle n’aurait pas pu parler. Elle n’aurait pas pu s’expliquer, et lui rappeler qu’il avait dépassé les limites. Elle n’aurait pas pu exprimer le dégoût qui devait encore la toucher rien qu’au souvenir de ce jour là. Elle n’aurait pas pu lui sourire, et s’excuser de son silence pour faire battre son cœur plus vite alors même qu’il voulait qu’il arrête enfin de s’agiter. Elle n’aurait pas pu l’empêcher de se flageller un peu plus, parce que c’était toujours plus simple que de voir la vérité en face, que de chercher une seule autre explication, que de se laisser respirer un peu.

Pourtant elle le fait. Et la phrase trop sèche lui fait relever les yeux sur elle, envoie un pic d’adrénaline dans son corps, lui fait serrer la mâchoire. Parce que c’était sans doute trop agressif, et que son corps ne sait plus y réagir qu’en devenant agressif à son tour. Mais quand son regard rencontre le visage qu’il pourrait dessiner les yeux fermés, c’est pour voir son sourire, et aussitôt, il force son corps à se détendre en laissant ses propres lèvres s’étirer quelques secondes en guise d’excuses. En guise de pardon, et en guise de continue. Dit-le, ton au revoir, s’il ne peut pas rester dans le monde du silence dans lequel ils vivent tous les deux. Pourtant, ce n’est pas ça qui quitte ses lèvres. C’est même l’inverse. Et lui, il fronce un peu les sourcils, il l’observe, il attend la suite, il attend d’avoir un élément qui pourrait lui expliquer ce qu’elle veut réellement, ce qu’elle essaie de lui dire, ce qu’elle ressent, au fond. Pour une fois, il a l’impression qu’elle peut tout lire en lui en restant indéchiffrable, comme si les rôles s’étaient inversés.

Et enfin, les mots tombent, et il réussit à faire le lien. A comprendre qu’alors qu’il pensait qu’elle se préservait de lui en partant, elle pensait le préserver lui. Qu’alors qu’il ne pouvait plus passer une seule minute dans le silence sans s’inquiéter pour elle, elle avait sacrifié tout ce qu’elle pouvait pour qu’il n’ait pas à sentir ce pincement dans son cœur quand elle se tenait trop près de lui. « Mais … » Mais il préfère mille fois le pincement au cœur que le gel de l’absence. Il préfère mille fois se sentir nostalgique d’une vie parallèle où les choses avaient été possibles en se perdant dans l’océan de son regard que l’horreur de la voir dans chaque personne qu’il croisait sans que ce ne soit jamais elle. Parce que son amour pour elle n’avait aucune importance, quand elle était là, quand elle pouvait rire et plaisanter pour tout et n’importe quoi, quand elle continuait de briller d’une lumière glacée et triste en lui accordant le don de sa présence dans sa vie. Parce que l’amour ne se faisait douloureux qu’en l’absence d’objet aimé.

Mais elle l’interrompt à son tour, et il ne peut pas s’empêcher de sourire un peu, de ce sourire presque triste, presque amusé, mais moins fatigué, déjà. Et alors qu’il s’apprête à acquiescer, à accepter les règles d’un jeu tacite qui se met en place, elle parle de nouveau, et son cœur manque un battement dans sa poitrine alors que sa bouche s’ouvre et se referme, avant que ses yeux ne se détournent pour laisser naître un autre sourire discret, touché. Il est gêné, tout à coup. Par l’honnêteté de ses propos, par l’absurdité qu’ils portent, aussi. Mais pourtant, quelque chose lui dit qu’elle ne ment pas, que c’est ce qui se rapproche le plus de ce qu’elle ressent, et l’idée qu’il lui permette de se sentir mieux semble être une des nouvelles merveilles du monde. « Je vois. » C’est un murmure à peine audible, et il doit puiser dans tout son courage pour chasser l’émotion trop sincère de son visage, au moins un peu, pour tousser en essayant de reprendre ses esprits, en récupérant son verre pour laisser une gorgée brûler sa gorge plutôt que ses joues. C’est étrange, de ne plus avoir de protection entre soi et ses émotions, entre soi et le monde. Pourtant, avec elle, c’est presque naturel. Maladroit, mais naturel.

Ses yeux récupèrent enfin les siens alors qu’il fait tourner le verre dans sa main, et enfin, il réussit à reprendre une parole sensée. « J’ai … J’ai mal compris, alors. Je crois que c’est notre truc, un peu. Parce que ta présence ne me fait pas de mal, Bérénice. Moi aussi, je vais bien, quand t’es là. » C’est trop sincère, trop clair, trop sentimental, et pendant quelques secondes il a même l’impression que ses joues rougissent face à ces démonstrations d’affection trop flagrantes, ces choses qui n’ont jamais fait partie de sa vie, qu’il n’a jamais compris, qui ont toujours été voilées sous un voile de pudeur, au moins. « Enfin voilà, tant pis, on doit être un peu débiles. » S’échapper de cette situation avant qu’il ne soit trop tard, en riant à peine, en se laissant fondre dans le canapé. Tout semble doucement aller mieux, alors que les questions, vicieuses, reviennent dans son esprit.

« … Je. Comment ça dernièrement, d’ailleurs ? » Ca sort de nulle part, alors qu’il se redresse un peu, alors que son cerveau sort de l’émotion pour tilter enfin sur les faits, sur les éléments froids et clairs de ses mots. Quelque chose d’étrange a dû arriver. Et ses yeux se reposent sur elle alors qu’il réalise qu’elle lui en aurait parlé si elle le voulait, que ce n’est pas leur genre, de poser des questions. Mais ça suffit. Une grimace parcoure son visage, et il secoue la tête doucement. « Pardon, je … Je me doute que ça me regarde pas, mais j’en ai un peu marre de ne jamais poser les questions que je veux poser. Je … Je voudrais te connaître, moi. Vraiment. Alors … Alors on a qu’à dire que si tu veux pas y répondre, tu peux boire dans ton verre. Et je ferai pareil, si tu veux, pour nous mettre sur un pied d’égalité. Mais j’en ai marre de me poser des questions. Et on a une bouteille entière, après tout. » C’est plus décidé, déjà. Pourtant c’est hésitant. Parce qu’elle aurait tous les droits et toutes les raisons du monde de refuser. Mais quelque chose s’est produit, alors qu’il n’était pas là, alors qu’elle le fuyait lui. Et ce quelque chose doit être responsable de ce sentiment qu’elle semblait ressentir quand il avait ouvert la porte. Cette paranoïa. Puisque garder le silence ne leur réussit pas, peut être qu’il serait temps d’essayer de poser des questions.
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MessageSujet: Re: Vergissmeinnicht. | Aodhan ♥   24.01.19 21:31

Les visages qu’on a croisés qu’on a perdus
Les gens qui a aimés puis qu’on n’aime plus
Les yeux qui sèchent au temps qui passe
Les amis qu’on a laissés derrière
La vie qui perd de ses mystères
Les évidences qui vous lacèrent et puis qui tuent



Les secondes défilent, deviennent minutes, et tout cela lui semble horriblement faux. Son absence. Sa présence. Ce mouvement de recule en le voyant. Cette bouteille posée sur la table avec beaucoup trop de sécheresse pour prétendre que tout va bien. Ce n’est pas de lui qu’elle a peur, ce n’est pas lui qu’elle fuit. C’est la vie. C’est tout ce qui ferait battre son cœur un peu plus vite, un peu trop vite. Tout ce qui pourrait faire mal. Tout ce qui pourrait ressembler à de l’amour. Les deux sont liés, de toute façon. Aimer, c’est souffrir. Aimer, c’est aussi devoir accepter la possibilité de perdre cet amour, qu’il s’envole comme ça, petit à petit. Ou brutalement. Comme ce jour le lui rappelle cruellement. Neuf ans pour sa mère. Cent-dix-huit ans pour Oscar Wilde. Quelle différence ? Peu importe les années, le sentiment restera toujours le même. Le vide. Le manque. Le sourire ému en repensant à tous les bons moments. Les larmes de joie et de tristesse, indémêlables. Les petites choses du quotidien qui vous rappellent vivement la personne. Une pivoine. Dirty Dancing, qu’elle adorait et que Bérénice déteste avec ardeur. Le mot écrit d’une main tremblante tout à la fin, de son écriture soignée, à l’encre cyan. Inuitus inuitam. Malgré lui, malgré elle. C’est presque ironique, tant le destin semble vouloir rapprocher Liv Palsdottir et Aodhan O’Flahertie. Elle l’aurait apprécié, sûrement. L’aurait trouvé intéressant. L’aurait bombardé de questions pour dépecer les profondeurs de son âme. Pour briser le mystère de l’irlandais en Islande. De celui qui avait échangé les vallées verdoyantes pour celles de glace bleutée. Personne ne s’exilerait volontairement loin de toute couleur. Sa mère avait toujours eu plus de courage qu’elle. De témérité, surtout. Rien ne l’effrayait, rien ne lui faisait peur. Pas même la mort. Tout le contraire de Bérénice. Elle était là, avec ses questions pleins la tête et le courage d’en poser aucune. Surtout pas celles qui pourraient fâcher. Celles qui impliquent le passé, ou le futur. Le présent était déjà bien assez compliqué pour eux.

Elle ne sait pas pourquoi elle est venue. Peut être parce que pour la première depuis neuf ans, elle n’a pas envie de passer ce jour seule. Elle n’a pas envie d’être retranchée dans ses souvenirs. Parce que d’une façon bien étrange, quelques mots échangés à proximité d’une simple tombe vide, Aodhan partageait sa peine. La comprenait, au moins. Parce qu’elle avait besoin de calme, et de quiétude. De quelque chose pour occuper son esprit, pour ne pas le laisser divaguer. Avec Aodhan, chaque mot avait son importance, chaque regard et chaque geste. Parce qu’il ne comprenait pas forcément tout, mais qu’il enregistrait chaque information néanmoins. Dressant doucement un portrait d’elle dans son esprit, probablement le plus fidèle qui soit. Elle n’arrivait pas à jouer, avec lui. Elle n’arrivait pas à porter ce masque de joie et d’allégresse qu’elle enfilait habituellement quand ses yeux apercevaient une certaine tête blonde. Elle était plus honnête qu’elle n’aimerait l’être, et plus vulnérable. Mais l’était-il aussi, lui ? Quelque chose lui dit que oui. Qu’ils ne se connaissent pas seulement parce qu’ils ont trop peur de déranger l’autre. Qu’il ne répond pas à ses questions simplement parce qu’elle ne les pose pas, et qu’il ne lui semble pas naturel de parler de lui. De parler de malheurs, de l’accabler. Elle devait surement avoir l’air déjà assez fragile quand il la voyait. La seule chose qu’il voulait, c’était glisser un sourire sur ses lèvres. Il avait perdu le contrôle, une fois. Il avait laissé son cœur parler plutôt que sa raison. Et il ne pouvait s’empêcher de penser que c’était une terrible erreur, que c’était impardonnable, alors que pour Bérénice c’est un souvenir heureux. Difficile à gérer, difficile à garder en mémoire sans le distordre, sans déformer ce qui s’était réellement passé. Un souvenir qui avait causé son absence, pourtant. Mais pour des raisons opposées à celles qu’il croit.

Elle répond à ses questions, et ses mots n’arrivent pas à rendre justice aux sentiments qu’elle ressent. Parce qu’elle aurait du lui dire je ne voulais pas te voir parce que je rêve de tes lèvres parfois et pourtant ça ne suffit pas plutôt que de vouloir protéger ses sentiments. Les sacraliser. Il l’aimait et elle ne savait pas comment répondre à cet amour trop pur, trop simple. Il l’aimait, comme ça, sans rien demander de plus. Sans rien demander en retour. Non, tu ne vois pas, Aodhan. Comment pourrait-il voir ce bonheur indescriptible qui l’emplit à chaque petit mot, même à la vision d’un sms stupide qui a pour seul but de décrédibiliser un personnage de roman que Bérénice adore. Ou une histoire d’amour foireuse. Comment pourrait-il voir cette douce chaleur qui se propage dans son buste et ses joues rien qu’a l’idée de lui, à l’idée de pouvoir le compter parmi ses amis, parmi les personnes qui lui sont le plus chères. Tu ne vois pas, Aodhan. Ou bien juste la partie émergée de l’iceberg, celle qui est visible de loin, celle qui est compréhensible. Pas les profondeurs de l’océan, pas les quatre-vingt-dix pourcents restants, pas ce que même elle ne parvenait à comprendre. Cela semble presque le gêner, étrange satisfaction pour Bérénice. Un sourire presque narquois se glisse sur les lèvres de Bérénice tandis qu’elle aussi prend une gorgée dans son verre. Ah, elle n’avait jamais été fan d’alcool. Plus encore que sa présence ici, cette bouteille était une stupide idée. Elle détestait boire. Elle détestait ce sentiment de perdre pied, de ne plus être maitre de soi-même. Les regrets qui viennent souvent après. Les promesses faites sans réfléchir, les révolutions fomentées sur un coin de table. Et puis cette brulure dans la gorge, ce gout si différent de celui du Coca Cola. Non, c’était une mauvaise idée. Une façon puérile de vouloir paraitre adulte, peut être. Soit.

Sa gorge se serre, et elle ne peut même pas rejeter la faute sur ce satané whisky. Non, c’est lui en face d’elle, lui qui semble si touché par des mots qui sont si naturels pour Bérénice. Une simple vérité. Depuis le premier jour, avec lui, elle avait l’impression que tout allait mieux, que rien ne pouvait lui arriver. Affronter cette tombe était moins terrifiant avec lui. Affronter les pages interminables d’un classique russe était moins terrifiant quand son regard bienveillant continuait de glisser sur elle après le trente-troisième soupir de désespoir. Mais tu devrais avoir mal, Aodhan. Tu devrais me fuir. Parce qu’Ezra était là et qu’il pouvait faire voler en éclat sa vie d’un claquement de doigt, comme il l’avait fait plus tôt. Parce qu’il représentait un gouffre dans lequel il était si plaisant de se laisser tomber. De s’abandonner. D’abandonner la lutte contre elle-même et contre le monde qu’elle menait depuis déjà trop longtemps sans jamais vraiment s’en défaire. S’il savait, il aurait mal. Certainement. Pour elle. Pour ce monde cruel qui ne mérite rien de beau. Pour le sort qui semble toujours s’acharner sur les mêmes mais qui au fond s’acharne sûrement sur tout le monde. Fuit, tant que tu peux. Mais il ne le fait pas. Et elle rit à ce qui semble être une vérité universelle, cette chose dont ils ne pouvaient plus douter. Oui, ils sont un peu débiles. Un peu étant de trop, même. « Certainement. » C’est détendu. C’est presque comme si le monde avait repris sa place, si en l’espace de quelques mots tout était redevenu comme avant, ce mélange d’ironie et de sérieux. Mais comme toujours, quelque chose les rattrape, les renverses. Les mots qui se démêlent dans l’esprit d’Aodhan, la question qui n’avait pas eu le temps de brûler ses lèvres, qui était née comme ça, pouf.

Et elle a envie de lui répondre. Elle a envie de tout lui dire pour en finir une bonne fois pour toute. Mais à nouveau, cela semble faux. Elle en faisait sûrement trop. De ce soir et de sa présence à lui ici. Même avec le réconfort d’Oz, même avec ses mots qu’elle savait vrai, elle ne pouvait s’empêcher de se voir en bourreau dans cette histoire et non en victime. L’iceberg, de nouveau. La partie émergée, c’est l’acte d’Ezra. La partie immergée, c’est sa responsabilité à elle. De ne pas avoir dit non assez tôt ou assez fort. De n’avoir rien dit, beaucoup trop souvent. Mais elle n’arrive pas à expliquer ses mots tandis que le choc doit se lire bien visiblement sur son visage. Ses doigts commençaient à se diriger vers son verre à nouveau, juste pour garder quelques précieuses secondes, pour essayer d’inventer un mensonge qui n’en serait pas vraiment un. Juste une façon polie d’éviter une réponse qu’elle ne voulait pas donner. Mais son geste s’arrête proche du but, tandis que la voix d’Aodhan se fait entendre à nouveau et que chaque partie de son corps se redresse, inconsciemment. Elle le fixe, dubitative. C’est un marché équitable. C’est une solution à leurs problèmes. Mais c’est dur, de poser des questions. C’est dur, d’y répondre. Mais elle avait envie d’essayer, pour lui. Et pour sa mère. « Tu vas arrêter de t’excuser inutilement ? Parce qu’on va y passer la soirée, sinon » elle essaye d’être ridicule, tant qu’elle le peut encore. « Deal. Mais je ne suis pas bonne, pour poser des questions. Et je n’aime pas boire, alors on aura du mal avec la bouteille je pense. » Pourtant, elle avait envie de le connaitre, elle aussi. Vraiment. De savoir chaque minuscule chose de sa vie, elle avait envie de l’entendre parler pendant des heures des anecdotes de son enfance, de sa scolarité, de son premier travail, s’il avait toujours voulu devenir cuisinier, s’il avait eu un animal de compagnie déjà, avant Satan. Mais elle avait tellement peur de le blesser aussi, de faire ressurgir des souvenirs douloureux. Même en ayant la possibilité de boire et d’éluder la réponse, les souvenirs restaient.

En soupirant, elle pose ses coudes sur ses cuisses et sa tête sur ses mains croisées. Avoir l’air nonchalant. Avoir l’air normal si cela était possible dans le bordel qu’était sa vie et cette soirée. « Dernièrement je… J’ai perdu quelqu’un que je pensais aimer, et j’ai un peu contre mon gré retrouvé quelqu’un que je n’aurais jamais voulu recroiser. Je crois que même James en avait marre de me voir déprimer, il est presque jamais à la maison. » Elle était bien consciente que sa réponse n’était sûrement pas satisfaisante. Qu’elle n’était pas tout à fait honnête. Qu’elle n’avait pas dit Ma copine m’a quittée et ça ne me fait pas autant mal que ça le devrait et mon ex violent est revenu me trouver. Le copain à mon meilleur ami a voulu me tuer parce que je suis débile.. Mais ils n’étaient qu’au début, de la soirée et de la bouteille. Elle tâtait encore le terrain, et tâtait l’étendue de son courage. Soudainement, elle murmure un « attend » avant de se relever et de venir prendre place aux côtés d’Aodhan, comme elle aurait du le faire tout de suite. Mais elle fait attention à ne pas être trop proche de lui, a ne pas le toucher, a laisser une distance trop respectable entre eux. Parce qu’il n’aimait pas forcément les contactes physiques. Elle l’avait vite remarqué. Mais pourquoi ? Elle pourrait lui demander. Notez le conditionnel. Cette distance qu’elle s’impose lui fait mal, un peu. Parce qu’elle a envie de saisir cette main toute proche et pourtant à des années lumières d’elle, vérifier si elle ne portait plus aucune trace de blessure. Elle l’avait quittée ravagée, la dernière fois. Tout comme le cœur qui battait à ses côtés. Mais pour lui, elle ne pouvait rien. D’un air enjoué accompagné d’un sourire elle lui dit « C’est plus intime, comme ça. » Ah, si elle pouvait se baffer pour toutes les bêtises qu’elle dit avec lui. Pour tout ces moments ou elle se déçoit et ou elle doit le décevoir.

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Si tu veux
me vaincre, haïs-moi, déteste-moi, fuis et survis par tous les moyens.
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Aodhan O'Flahertie
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MessageSujet: Re: Vergissmeinnicht. | Aodhan ♥   18.02.19 0:15

Il voudrait tout savoir sur elle. Du moindre rêve d’enfant à la peur la plus profonde, tout ce qui peut la faire rire, tout ce qui peut la faire pleurer, tout ce qui lui rappelle que son cœur bat, qu’elle est en vie, et tout ce qui lui fait souhaiter que ce ne soit pas le cas. Il voudrait connaître ce qu’elle aime, ce qu’elle déteste. Les gens qui sont dans sa vie, ceux qui l’ont simplement traversée. Il voudrait lui poser des questions sur cette tombe, sur cette mère morte il y a longtemps, ou pas assez, sur le manque qu’on peut encore lire dans ses iris magnifiques. Il voudrait pouvoir lui demander de lui expliquer comment fonctionnent ses émotions, comment palpite son cœur, comment se font les connexions dans son cerveau. Pas pour la comprendre, parce que c’est déjà peine perdue, mais pour tout savoir d’elle, pour se sentir plus proche encore, plus légitime. Pour pouvoir mieux l’aider, quand les choses ne vont plus parce que le passé envahit le présent, ou parce que le futur devient trop effrayant. Pour pouvoir lui pardonner ses faux pas, ses mots de travers, ses mauvais choix, comme ce silence, parce qu’ils auront du sens. Parce que s’ils n’ont pas de logique pour lui, ils ont tout le sens du monde pour elle.

Il voudrait pouvoir tout lui raconter. Pouvoir briser cette distance invisible qui les sépare à grands coups de mots. Parler de lui, de ce qu’il est, s’il le sait encore, sinon de ce en quoi il croit, ou il a cru, si ça a vraiment de l’importance. Parler d’un passé enfoui et pourtant pas refoulé, simplement relégué au second plan en même temps qu’il s’était relégué lui-même aux coulisses de la scène, parce que ça ne semblait avoir aucune importance, parce que rien n’en avait quand ça ne concernait pas plus grand que lui. Il voudrait qu’elle puisse le voir comme un humain à part entière, comme une entité loin d’être intouchable ou intouchée, de la même manière que ce jour là où elle avait mis son âme à nue sans le vouloir. Pour simplement pouvoir souffler, quelques secondes. Pour qu’elle sache qui il est, ce qu’il a fait, aussi. Pour oublier quelques secondes que de ne pas dire ça, c’est ne pas lui donner de raison de tourner les talons. Mais elle avait embrassé les plaies à vif, et il n’était rien d’autre que cela. Et le baiser était déjà de l’histoire ancienne.

Il voudrait beaucoup de choses, et pourtant tout ce qu’il arrive à faire, c’est observer, écouter, et ne parler qu’en cas de besoin, ou presque. Comme s’il était enfermé dans son propre corps, comme si d’avoir existé trop fort une fois auparavant avait suffit, avec elle. Que tout ce qu’il pouvait rester de cela, c’était ces murs écroulés et Bérénice qui marche sur des œufs. Pourtant il voudrait la secouer dans tous les sens pour lui demander de parler, pour lui promettre qu’il n’est pas en sucre, qu’elle ne peut pas le blesser, qu’il n’est pas certain que quoique ce soit le puisse encore. Pour lui jurer qu’il ne fera plus de bêtises, qu’il ne se montrera pas imprévisible, incontrôlable, dégoûtant. Qu’il peut se comporter normalement, lui aussi, si elle accepte d’être honnête. Si elle accepte de parler, de demander ce qu’elle veut demander, de lui dire ce qu’il veut savoir. Mais ça prendrait probablement des siècles, et il ne fera rien de tout ça. Parce qu’il ne veut pas la forcer. Parce qu’elle ne veut peut être pas tout ça. Ou peut être que si.

Certainement. Oui, certainement un peu stupides, l’un comme l’autre. Certainement trop maladroits, comme cette question qui franchit ses lèvres, celle qui venait d’atterrir dans le bocal des questions enfouies, celle qui a débordé. La première d’une longue lignée, peut être. Certainement. Mais elle fuit, le choc sur son visage, sa main qui se tend vers son verre, et lui prend un dernier élan pour sauver cette question, et toutes les suivantes. Une dernière porte ouverte. Laisse-moi te connaître, et je te dirai tout ce que tu veux. C’est un pari risqué. Pas parce qu’il a peur qu’elle sache, parce que son cerveau n’a même pas été jusque là. Parce qu’il faudrait qu’elle veuille savoir. Pire, qu’elle veuille savoir suffisamment pour être capable de lui murmurer ses pires craintes, ses pires souvenirs. C’est un pari auquel son égo lui interdit de croire. Pourtant, entre deux plaisanteries, elle accepte, et lui recommence à respirer en souriant doucement. « Ah probablement, je bois pas beaucoup non plus. » Parce qu’il n’avait clairement pas besoin de ça pour perdre le contrôle. Parce que tout pouvait déjà arriver quand il était sobre. Parce qu’on ne jette pas de l’huile sur un feu déjà brûlant.

Elle change de position, et lui penche légèrement la tête, machinalement, comme si tout son corps devait faire un effort pour écouter, parce que son cerveau doit en faire un pour comprendre le sens des mots, le message caché sous les phrases. Il se dit quelques secondes qu’il devrait sûrement avoir mal, de savoir qu’elle aimait quelqu’un, mais il n’arrive qu’à lui en vouloir d’être parti. De ne pas avoir profité de sa chance de rendre Bérénice heureuse. C’était peut être un signe qu’ils n’étaient pas faits l’un pour l’autre. Qu’il n’aurait jamais pu l’aimer comme elle se devait d’être aimée, avec un égoïsme qui correspondait au sien. Qu’il l’aimait comme il aimait une cause, parce qu’elle était un espoir dans la nuit, parce qu’il pouvait y croire, parce qu’elle donnait un sens à une vie sans fin, parce qu’elle existait, tout simplement. Pas parce qu’elle lui appartenait, mais parce qu’elle appartenait à cet univers.

Il attend la suite, mais elle ne vient pas. Au lieu de ça, c’est elle qui se lève, elle qui s’approche, et lui qui remet ses alarmes en fonctionnement, prêt à bondir sur elle, ou loin d’elle, prêt à se défendre, ou à fuir, prêt à vivre ou à mourir. Comme des mécanismes qui ne peuvent s’empêcher de s’enclencher, tout son corps se réveille alors qu’il se redresse simplement, sans plus bouger que nécessaire, en ne la quittant pas des yeux une seule seconde. Pourtant, ce n’est pas d’instinct que son cœur bat si fort. Et quand son odeur si familière frappe ses narines, il ne peut pas s’empêcher de miroiter le sourire qu’elle lui offre, et de secouer la tête en levant les yeux au ciel comme il l’aurait fait si Satan était venu ronronner à ses pieds. Parce qu’elle le cherche, et que ça le touche. Parce que la proximité, c’était important pour elle, autant que son absence l’était pour lui. Parce qu’elle était tactile, autant qu’il était éloigné de la sphère physique.

« Bof. » C’est un murmure, alors qu’il se penche pour prendre son verre, alors qu’il se relève pour s’éloigner, pour se rapprocher, et pour enfin se glisser entre elle et le canapé de toute façon trop large. En essayant de ne pas trop se coller à elle pour ne pas la mettre mal à l’aise, pour ne pas la salir, pour ne pas qu’elle soit gênée par les battements de son cœur qui semblent ne pas vouloir se calmer. En essayant de rester près d’elle pour qu’elle se sente proche de lui, pour qu’elle se sente en sécurité, si une telle chose est possible. Et pour qu’elle n’ait pas besoin de le regarder quand elle parle. Pour qu’ils n’aient pas besoin de se voir en se dévoilant. Parce que dire les choses, c’était toujours plus facile quand on parlait à une présence qu’à un regard. A un fantôme qu’à un humain. Ils étaient bien placés pour le savoir. « Voilà. Là c’est plus intime. Et si ça l’est trop, frappe-moi. » Parce qu’il ne savait pas vraiment quelle distance physique n’était pas dérangeante, puisqu’elles l’étaient toutes depuis trop longtemps. Pourtant pas avec elle. Parce qu’il n’était pas sur la défensive, avec elle. Parce que malgré tout, malgré le fait qu’elle lui ait fait plus de mal que quiconque auparavant, qu’elle ait utilisé des armes qu’il n’avait pas appris à parer, il ne se sent pas en danger, avec elle. Ironie du sort.

« Pourquoi elle est partie, cette personne ? Et pourquoi elle est revenue, l’autre ? » C’est des questions trop vagues pour une réponse trop vague, mais ce n’est que le début. Ce n’est que ce qui déclenchera une avalanche de confidences et de nouvelles questions. Ce n’est que l’engrenage qui se met enfin en marche. « Deux pour le prix d’une. » C’est moqueur, un peu. Pour lui dire qu’il n’arrêtera pas d’en poser tant qu’elle ne lui demandera aucune réponse, à lui. Pour lui dire qu’il n’a certes aucun problème à lui répondre, mais qu’il ne ratera pas l’occasion de tout savoir sur elle, lui, qu’elle saisisse sa propre chance de le faire ou non. Pour essayer de l’aider à se détendre, aussi. Parce que whisky ou pas, il ne se sent étrangement pas pris au piège par l’éventualité de questions trop difficiles, lui. Mais ce n’est que le début, après tout.
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Bérénice Z. Metanova
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MessageSujet: Re: Vergissmeinnicht. | Aodhan ♥   18.02.19 3:41

J'aurais aimé t'aimer comme on aime le soleil, te dire que le monde est beau et que c'est beau d'aimer
J'aurais aimé t'écrire le plus beau des poèmes et construire un empire juste pour ton sourire
Devenir le soleil pour sécher tes sanglots et faire battre le ciel pour un futur plus beau
Mais c'est plus fort que moi tu vois je n'y peux rien ce monde n'est pas pour moi ce monde n'est pas le mien



Tandis que ses yeux glissent d’Aodhan vers les verres, vers un point fixe au loin, n’importe où mais loin de ces infinis océans bleutés, elle pense à son père. Pendant toutes ces années, ils n’avaient jamais reparler de sa mère. Ils s’étaient séparés peu après sa naissance, parce que c’est ce qui leur semblait le plus juste, parce que Liv avait sa vie en Islande, la terre de ses aieux et Nicolas la sienne en France, ou l’entreprise familiale l’attendait. Parce qu’ils n’avaient été qu’une brève passion et elle une heureux circonstance. Pourtant, jamais ils ne lui avaient donner l’impression de ne pas avoir été désirée, jamais elle ne s’était sentie un poids dans leur vie. Ils ne cessaient de lui répéter qu’elle était la plus belle chose que l’univers ai jamais créer. Pourtant, le folie, leur passion, Bérénice n’avait pas suffit pour les maintenir ensemble. Et pourtant elle sait, elle est persuadée qu’ils n’ont jamais arrêtés de s’aimer. Que sa mère a demander à être incinérée avec ce bracelet de rubis qu’il lui avait offert. Cela n’apportait rien, au fond. Mais elle avait toujours penser que c’était l’intention qui compte.  Elle sait qu’elle n’avait jamais connu de relation sérieuse à son père, jamais quelqu’un qui n’avait réussi à efleurer la surface de son cœur. Etait-il lui aussi devant une bouteille d’alcool, a se souvenir de ces quelques moments de bonheur infini, vieux de presque trente ans ? Ils s’aimaient, comme des fous, et pourtant ils n’avaient pas réussi à être plus heureux ensemble que séparés. Et Bérénice se demande si c’est ce qu’elle est sensée vivre aussi, si elle ne preferera pas éternellement l’enchantement de la passion contre un morne quotidien. Si elle était damnée à aimer, a en etouffer, a en mourir, et a ne jamais voir cette passion se refléter. L’évoquer, c’était la tuer un peu. La partager, c’était l’anéantir.

Mais pour Aodhan, tout est différent. Parce qu’il n’avait jamais cru, à cet amour. Il n’avait jamais cru en être capable, et encore moins qu’il ne soit retourné. Parce qu’il s’était sûrement imposé à lui doucement, en remarquant que son absence faisait plus mal que sa présence, que son silence était préférable à la solitude. Elle ne sait pas. Peut être. Il reste un mystère, malgré tout. Malgré les heures passées ensemble, il reste aussi un diamant. Enfoui sous la roche, brute, caché. Il fallait d’abord le trouver, percer chacun de ses secrets. Pourtant, elle avait remarqué des le début que sa valeur était inestimable. Que c’était cette couche de roche qui le protégeait qui avait fait de lui ce qu’il est. C’est presque vertigineux, d’avoir quelque chose d’aussi précieux face à soi. De ne pas savoir comment l’approcher, comment le toucher, comment l’aborder. D’avoir peur de le briser, alors qu’il est la chose la plus solide qu’elle ne connaisse. Chaque élément à une faille, il suffit de la trouver. Et parfois, elle ne réside pas là ou on le pense.

Elle répond à sa question en éludant, en tournant autour du pot. Parce que soudainement, tout ça lui semble bien exagéré. Parce que de son point de vue, cela ne faisait pas de sens, de fuir. Parce qu’elle ne pouvait pas lui expliquer ses peurs sans devoir expliquer son histoire, et qu’il ne voulait sûrement pas l’entendre. Une vérité, noyée sous des artifices. Elle avait appris cela de James, sûrement. Ne jamais rester trop longtemps sérieux. Ne jamais devenir trop pesante. Ne jamais s’abandonner au mélodrame. Si ils n’étaient pas eux. Si elle arrivait à être quelqu’un d’autre un peu plus longtemps. Si elle n’avait pas envie de noyer cette trop longue absence par une proximité trop débordante. Alors elle se rapproche doucement de lui, et son cœur se met automatiquement à battre plus vite. Trop vite. Le sien aussi ? Il était toujours tellement maitre de ses émotions. C’est a peine s’il se redresse et se raidit. A peine il feint de remarquer sa présence, si proche et si lointaine. A ce bof si innocent, c’est elle qui se raidit. Parce qu’il y a quelque chose qu’elle ne comprend pas. Parce qu’elle essayait constamment de chercher comment lui donner ce qu’il veut, sans pour autant le blesser. Et qu’il acceptait tout avec ce masque d’indifférence. Il se relève et son visage se décompose dans son dos. Pas longtemps pourtant, puisqu’il revient se glisser à ses côtés, la laissant si c’est possible encore un peu plus perdue qu’avant. Était-ce un jeu, pour lui ? Poser des questions pour mieux la fuir ? Pour réaliser qu’ils se sont trompés depuis le début, qu’ils n’ont rien en commun ? Qu’il est amoureux d’une illusion ?

Elle se prend à se jeu étrange entre eux et s’approche à peine de lui, assez pour le toucher. C’est le jeu du chat et de la souris, sauf qu’ils n’ont plus quinze ans. « Jamais ». Jamais quelque chose ne pourrait être trop avec lui. Surtout pas l’intimité. Parce qu’il s’arrêterait bien avant qu’elle lui puisse y songer, parce qu’il avait échouer une fois. Elle était certaine que cela n’arrivera pas une deuxième. Il continue avec les questions et pendant quelques secondes, elle se demande si elle ne ferait pas mieux de boire. Peut être avait-elle espérer qu’ils commenceraient doucement. C’était un jeu après tout, n’est-ce pas ? La technique serait donc de commencer par des questions embarrassante pour forcer l’autre a boire, et laisser le temps, et l’alcool, délier la parole aux questions plus sérieuses. Mais c’est Aodhan, encore une fois. Alors elle répond. « C’est de ma faute, j’imagine. Je n’ai pas été honnête. Je pensais que j’étais capable de l’aimer, que cela ne me faisait plus peur… » Il lui demandera ce qui lui faisait peur. Peut être. Si cela l’intéresse.« Pour l’autre… Je suis partie sans un mot, j’ai disparu de sa vie. J’imagine qu’il veut me retrouver, même si c’est assez tard maintenant. C’était il y a longtemps. » Et pourtant, c’était comme hier pour elle.

Elle s’avance quand même vers son verre et boit. Mauvaise joueuse. Mais la boisson avait au moins le mérite de la réchauffer, quoique ses mains restaient glacées. Comme si les souvenirs de cette période qu’elle n’arrivait jamais vraiment à effacer ne se contentaient pas juste de glacer son ame, mais se propageaient doucement à son corps entier. Si elle était restée à la maison, peut être que James serait rentré maintenant. Peut être qu’ils auraient pu être Bonnie et Clyde, Laurel et Hardy, Rackham et Bonny. Un de ces couple mythique lié pas forcément pas un amour mais une amitié indéfectible. Par une confiance aveugle en l’autre. James l’aurait prise dans ses bras jusqu’à ce qu’elle ne suffoque, James n’aurait pas poser de question après le premier soupir. Et pourtant, elle ne regrettait pas d’être venue. Parce qu’elle devait au moins ça a sa mère. De faire des efforts. De se surpasser. D’abattre d’elle-même un peu les murs qu’elle avait construit trop haut pour se protéger. Discrètement, elle jette un coup d’œil a Aodhan. Il semble plus impénétrable que jamais. Demande moi mon plus grand secret, qu’on en finisse. Ma plus grande honte. Ma plus grande erreur. Demande moi ce que je te cache et que tu aperçois pourtant dans chacun de mes regards fuyant, dans mes reculs brusques, dans mes contacts hésitants. Demande moi, qu’on en finisse. Quand tu le pourras. « A mon tour. » C’est tranchant. Ca ne laisse place à aucun marchandage. Il avait assez demander, ce n’était pas un jeu si elle était la seule à y jouer. Et puisqu’il ne semble pas vraiment accorder une grande importance à la délicatesse ce soir, elle entre dans le vif du sujet. Dans une de ces choses qui la tourmente depuis le tout début. De une de ces choses desquelles ils n’avaient jamais reparler. « Ton meilleur ami… Je ne connais même pas son nom. Comment vous vous êtes connus ? Comment est-ce que ça a fini, si on part du principe que la mort est une fin ? » Elle a envie de prendre sa main. Elle a envie de lui dire qu’il n’est pas seul et qu’importe sa réponse, elle comprendrait. Ces sentiments qu’une pression de la main pourraient mieux exprimer que n’importes quel mots. Mais elle se retient, se contente de tourner la tête vers lui et de lui sourire doucement, tout en continuant à voix basse, presque inaudible « Deux, pour le prix d’une. Tu peux boire si tu veux. » Comme si elle avait besoin de se justifier. Comme si elle avait besoin de le rassurer.

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Aodhan O'Flahertie
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MessageSujet: Re: Vergissmeinnicht. | Aodhan ♥   20.02.19 22:33

Elle se dévoile, et pourtant pas vraiment. C’est comme l’illusion d’une vulnérabilité, ou d’une force, il ne sait plus vraiment. Parce que quand elle tremble, elle ne semble devenir que de la peur, ne fait plus de sens. Parce que la logique s’échappe quand elle ressent. Parce qu’alors qu’il pose ces questions, il a peur de forcer un ressentiment plutôt qu’une réponse. Parce qu’elle semble ne pas vivre dans le même monde, pas dans le monde des faits. Parce qu’il a l’impression que s’il lui demandait pourquoi elle allait mal, elle ne le saurait pas elle-même. Que les raisons n’arriveraient jamais à encapsuler tout ce qui est ressenti. Qu’elle se ferait dévorer par des images plutôt que par des mots, par des sentiments plutôt que par des paroles. Pourtant, les questions sortent, parce que lui ne peut pas s’empêcher de se demander. Elles s’échappent de ses lèvres, et meurent aussitôt, sans attendre de réponse, en attendant une réaction. Parce qu’il n’arrive pas à sortir ses yeux de son esprit, et parce qu’il vendrait son âme en cet instant pour savoir ce qui peut la forcer à rester éveillée une fois la nuit tombée. Parce qu’à trop se laisser lire, elle devient indéchiffrable.

C’est comme une danse sans fin, alors qu’elle se rapproche, alors qu’il se relève et ne s’éloigne que pour s’approcher encore plus. Mais si lui comprend qu’elle a peur de le blesser par sa proximité, elle ne comprend pas pourquoi ce n’est pas le cas. Même lui ne comprend pas. Si la proximité a toujours été un problème, pourquoi celle qu’il aime pourrait être proche sans que son cœur ne souffre et son corps n’agonise ? Tout ce qui est logique semble s’être évaporé au moment où le whisky est entré dans la pièce, et ils n’ont même pas vraiment commencé à boire. C’est comme une autorisation silencieuse de franchir les limites. Comme avoir une échappatoire pour les questions difficiles, une échappatoire que probablement aucun des deux ne prendra. C’est autoriser l’autre à demander tout ce qui lui passe par l’esprit. Alors il commence directement. Parce que la vie est courte, et qu’il n’y a pas de temps à perdre. Parce qu’il veut lui laisser la possibilité de boire sans que l’alcool ne l’influence d’ores et déjà. Parce qu’il veut une réponse tremblante mais consciente.

Pourtant quand elle répond, une moue s’installe sur le visage d’Aodhan, et il l’observe alors qu’elle boit, alors que ses propres mains vont chercher son verre pour laisser une gorgée lui brûler la gorge, pour cacher une déception et entamer une réflexion. De nouveau, elle tourne autour du pot. Elle ne répond que vaguement en sachant qu’il ne pourrait pas comprendre. Elle joue le jeu, sans y jouer. Peut être qu’elle n’est pas suffisamment à l’aise. C’est la conclusion la plus logique, en la voyant boire ce liquide qu’elle aime si peu pour se donner du courage. C’est probablement ça. Et pourtant, il ne peut pas cesser de tourner ses mots dans sa tête, formant des questions si nombreuses qu’il ne sait plus par où commencer. Peur de quoi ? La question est au bout de ses lèvres, et pourtant, il a conscience qu’elle serait trop étrange. Que venant de lui, lui qui lui avait volé ce baiser quelques semaines auparavant, lui qui avait déjà de la chance qu’elle accepte toujours de se tenir dans la même pièce que lui, cette question aurait trop de doubles sens qu’il n’espère même pas. Parce que peu importe qu’il l’aime. Peu importe l’amour en général. Pourquoi la peur, surtout ? Et pourquoi fuir l’autre, il y a longtemps ? Pour la même peur, sûrement. Étrange. Perturbant. Sa bouche s’ouvre pour demander cela, pour confirmer un amour qui fait fuir, pour essayer d’avancer pas à pas, comme face à un animal sauvage. Ne pas l’effrayer. Commencer fort, mais lentement. Jusqu’à ce qu’elle parle d’elle-même, jusqu’à ce qu’elle accepte de lui faire comprendre la vérité, si elle le fait un jour.

Mais elle coupe l’herbe sous ses pieds, d’un ton tranchant, comme un ordre qui pourtant apporte un sourire amusé à ses lèvres. Elle ne se laissera pas dépasser deux fois. Alors il hausse les épaules, le verre porté de nouveau à ses lèvres, le liquide coulant dans sa gorge avant la première question, pour se donner du courage, pour essayer de ne pas craindre le manque de contrôle que cette situation promet. Et pourtant, quand la question – les questions – vient, c’est comme un coup de poing dans le ventre, et il relève les yeux sur elle sans réussir ne serais-ce qu’à penser à cacher la surprise sur son visage. Comme si le monde devenait blanc entre ses deux oreilles, pendant un millième de seconde qui semble durer une éternité. Parce que s’il a attaqué fort, elle a presque l’air de se venger. Parce que si elle a pu tourner autour du pot, elle ne lui en laisse pas la possibilité. Une milliseconde où il réalise que même si elle ne le sait peut être pas, elle est sans doute bien plus douée à ce jeu que lui. Qu’ironiquement, c’est elle qui ne s’embarrasse pas de son envie de ne pas brusquer l’autre. Qu’elle ne lui laisse qu’un choix autre qu’une réponse franche et douloureuse, le choix du jeu – rien d’autre. Pas de voie de secours, aucune manière de s’échapper. Un millième de seconde, avant qu’il ne croise son sourire, avant que la surprise ne laisse place à une hésitation.

« Je … » C’est étouffé, un peu. C’est comme être pris en embuscade, comme tomber de son cheval. Il n’y a plus aucun filet de sécurité, tout à coup, et il ne sait plus comment gérer la situation. Peut être que c’est ça, qu’elle voulait. Le décontenancer. Lui faire perdre son bouclier, et pouvoir lire sur son visage comme lui lit sur le sien. Si c’est cela, ça fonctionne, au moins. « Seamus. » C’est un murmure, alors que ses yeux agrippent le fond de son verre, qu’ils bougent sur sa main à elle, comme une tentation trop proche et trop éloignée à la fois, avant de revenir sur le whisky. Et avant même qu’il n’ait pu y réfléchir, dans un dernier sursaut de son corps pour conserver un semblant de carapace, il boit. Il ne boit que pour tousser un peu après, pour essayer de stabiliser sa voix. Pour répondre. Parce que si lui ne joue pas le jeu, elle n’aura jamais aucune raison de le faire. Parce que si lui garde le silence, il n’aura jamais de réponse à ses questions en retour. « On était dans la même école, quand on était enfants, et après. Mais on s’est pas vraiment adressé la parole avant de s’engager dans la même organisation. » Ses yeux rencontrent les siens, et il se demande, quelques secondes, si ce ne serait pas plus simple, de tout dire. Au moins de dire le nom, de prononcer ces trois lettres qui lui suffiraient à comprendre, mais qui pourraient aussi suffire à juger. Qui pourraient suffire à la faire fuir, de nouveau. « Et il est mort … » Les mots se bloquent, quelques secondes. Au combat ? En mission ? Certainement pas en faisant ce qu’il aimait. Certainement pas en faisant quelque chose de bien, peu importe la justice de la cause. Certainement pas heureux. Vite, au moins. Jeune, surtout. « D’une balle dans la tête. Proprement, je suppose. » C’est sûrement mieux qu’une bombe. Probablement mieux qu’en prison. Certainement mieux qu’en fuyant. Peut être même mieux que d’être celui qui est resté debout après ça.

Ca revient en pagaille, les bruits, les odeurs, ceux qui ne partent jamais vraiment mais ne ratent pas une occasion de devenir ras de marée pour tout écraser sur leurs passages, et avant qu’il n’ait pu le réaliser, il a avancé sa main vers la sienne pour la saisir doucement, comme si elle risquait de se briser alors qu’elle semblait être la seule chose au bout du tunnel. Précautionneusement, et au diable le sang, au moins pour l’instant. Au moins tant qu’il peut la regarder dans les yeux et l’ignorer. Au moins tant que plus rien n’a d’importance que ce visage qui reste le même malgré les voix du passé qui semblent continuer à hurler, comme un souvenir qui ne s’arrête jamais de repasser. « Pardon. » C’est un murmure qui ne sert plus à rien, et un léger sourire vient flotter sur ses lèvres alors qu’il secoue la tête. « Proprement. Probablement pas le meilleur mot à utiliser dans ces circonstances, hein ? » C’est amusé, ironiquement. Parce que le mal de cœur a toujours plus ou moins été présent, mais son oreille à elle non. La satisfaction d’avoir pu répondre pour pouvoir demander non plus.

« A mon tour. » Sa main ne tient pas l’autre, pas vraiment. Elle flotte au dessus d’elle, à ses côtés, en la touchant mais en la laissant libre, pour la laisser s’enfuir, pour ne pas en faire un oiseau en cage. Et pendant ce temps, l’autre re-remplit les verres de whisky et lui met le sien dans les mains en récupérant son regard. Il est loin d’être impassible, maintenant. La douleur, les souvenirs, la tristesse, l’appréhension, l’anticipation, l’enthousiasme, le frisson de bien-être, un capharnaüm d’émotions qu’il n’essaie même plus d’identifier, toutes lisibles jusqu’au bout de ses doigts. Peu importe. Il fallait choisir entre demander et se dévoiler ou rester roche et ne jamais toucher la vérité de l’océan. Le choix est fait, si s’en était réellement un. « Pourquoi t’as peur ? De quoi ? De qui, sinon ? Qu’est ce qui t’as rendue si effrayée ? » Ce n’est qu’une question, tournée d’une multitudes de façons, pour ne pas lui laisser d’échappatoire à elle non plus. Parce que personne ne peut fuir, cette fois. Parce qu’ils se prennent au piège mutuellement pour mieux se comprendre, eux, les éternels muets désormais forcés de parler.
(c) AMIANTE

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MessageSujet: Re: Vergissmeinnicht. | Aodhan ♥   22.02.19 2:47

I'll be seeing you in every lovely summer's day, in everything that's light and gay
I'll always think of you that way I'll find you in the morning sun and when the night is new
I'll be looking at the moon but I'll be seeing you



Elle le blesse, en évitant de répondre à ses questions. Elle le déçoit. Elle ne suit pas les règles d’un jeu auquel elle a accepté de jouer. Elle le voit, à la moue qui s’installe sur son visage. Mais ce qu’il lui demandait, elle ne pouvait pas y répondre. Parce qu’il l’aimait et que pour elle, cela surpassait tout. Il l’aimait de cet amour si pur et désintéressé qu’elle ne pouvait juste pas se résoudre à tout lui dévoiler. A lui dire qu’elle avait été assez bête un jour pour se faire manipuler, devenir si minuscule et insignifiante qu’elle n’était plus que silence. Et pas de ce silence plaisant qu’il y avait entre eux, pas ce silence que la symbiose de deux esprits provoquait. Elle était devenue quelqu’un qui n’avait plus rien à dire parce que plus rien n’en valait la peine, parce que son avis n’était pas important. Elle ne pouvait pas lui parler d’Ezra et de ce qu’il avait fait sans avouer qu’elle était salie. Il ne voudrait plus jamais lui parler alors, pas alors qu’elle le dégoutait avec sa seule présence à ses côtés, pas alors qu’il devait se lever pour la fuir quand elle s’approchait. Pas une seule fois, elle ne s’était imaginé que si elle pouvait avoir peur des gestes brusques et des regards sombres, lui pouvait avoir peur du contact. C’était forcément de sa faute à elle. Elle s’obstinait à croire que c’est pour le protéger lui, qu’elle ne parlait pas d’Ezra. Mais en vérité, c’était pour se protéger elle-même, pour ne pas mettre en danger cette amitié a laquelle elle tenait tant et qu’elle avait déjà faillit briser. Encore un peu de patience mon amour, s’il te plait.

Il n’en a pas encore fini, avec cette question. Pas tant qu’elle ne lui aura pas répondu franchement. Elle le voit à son regard qui se fixe tandis qu’il réfléchi, tandis qu’il essaye probablement de nouveau de recouper ses phrases pour leur donner un sens, pour savoir ou attaquer ensuite pour la faire craquer. Mais elle ne lui laisse pas le temps, parce que cela lui semble injuste qu’il n’y a qu’elle qui doive répondre à des questions. Même si elle ne répond pas franchement, elle répond. Et elle aussi à le droit de savoir, de comprendre. Sauf qu’elle ne se rend pas vraiment compte que quand Aodhan reste évasif dans ses questions, qu’il reste prudent pour ne pas trop la brusquer, pas trop demander en une fois, elle entre directement dans le vif du sujet. Elle ne lui laisse aucun moyen de fuir autre que de boire. Et puisqu’ils semblent s’être accordés à répondre plutôt que boire… Elle regrette ses questions presque immédiatement, sûrement avant d’avoir fini de les prononcer déjà. Parce que rien ne pourra jamais effacer le souvenir du choc qu’elle a inscrit sur son visage. Peut être que les morts devraient être une exception, dans le jeu. Ils ne pouvaient plus être là pour donner leur version des faits, alors c’était un peu injuste. Ou inclure un joker qui permettait de sauter une question. Tout et n’importe quoi, juste pour effacer cette franche surprise sur son visage. Mais elle ne fait rien de toute ça et essaye simplement de le rassurer d’un sourire. Parce que depuis le premier jour, rien ne l’intriguait plus que cette tombe sans identité. L’intriguait, et l’angoissait tout à la fois.

Parce qu’elle n’était sûrement pas prête pour la réponse qui allait venir. Si la question était plusieurs fois venue tracasser son esprit et troubler son sommeil, elle n’avait jamais sérieusement réfléchi à une possible réponse. Par respect, peut être. Par peur de son imagination, de voir jusqu’ou elle serait capable d’aller. Des gens meurent tous les jours à tous les âges, cela fait parti de la vie. Mais étrangement, elle n’arrivait pas à se dire qu’il serait mort d’une mort naturelle, emporté par la maladie comme sa mère, ou par un stupide accident de voiture. A la sourde colère qui emplissait toute l’âme d’Aodhan, à la façon dont la simple évocation de ce meilleur ami suffisait à le mettre à nu, elle se doutait que c’était bien plus profond que ça. Que c’était bien plus lourd que ça. Elle pourrait formuler milles hypothèse, et aucune ne serait probablement à cent pourcents juste. Naïvement, elle espérait qu’Aodhan n’ait aucune part de responsabilité dans cette mort. Elle ne pouvait pas aller jusqu’à espérer qu’il ne se sente pas coupable pour. Parce que la personne laissée derrière se sent toujours coupable, se dit toujours que c’est elle qui aurait du être fauchée plutôt que l’autre personne. Qu’elle aurait volontiers perdu sa vie pour que l’autre la retrouve. C’est seulement une fois qu’une personne a disparu qu’on se rend compte à quel point on l’aimait. Et a quel point elle nous manque.

Il commence à parler, il cherche ses mots, n’arrive qu’a en prononcer un qui n’a pas de sens. Ce je sans attache suffit à réveiller chaque instant dans le corps de Bérénice. Elle lui trouve un air d’enfant, soudainement. Elle voudrait le prendre dans ses bras et le consoler pendant de longs moments. Elle voudrait dire autre chose pour détourner son attention, pour faire oublier les dernières minutes. Pourtant elle ne fait rien. Parce que ce serait le torturer deux fois, de l’évoquer puis de l’ignorer. De laisser Aodhan seul avec ses souvenirs. Elle voulait au moins partager sa colère et sa tristesse. Elle voulait comprendre. Un prénom d’abord, qu’elle répète dans un murmure après lui « Seamus ». Cela sonne bien de sa bouche à lui, et ridiculement vulgaire de la sienne. Doucement, elle glisse encore un peu sa main vers lui afin de la faire reposer sur le bord de sa cuisse. Légère, juste pour lui rappeler qu’elle est là, qu’elle l’écoute, qu’elle lui laisse le temps qu’il lui faudra. Mais elle le voit boire et elle se dit que ça y est, cette question restera sans réponse. C’était le jeu. Elle s’apprête à en poser une autre, mais les mots viennent soudainement. Elle plisse les yeux quelques secondes quand il évoque une organisation, mais elle ne le questionne pas dessus. Pas immédiatement. L’histoire est courte, et probablement pas comme elle l’avait imaginée. Le seul son qu’elle arrive à émettre est un « oh » un peu brisé. Devait-elle s’excuser, le réconforter, exprimer ses condoléances ? Rien de tout ça ne le ramènera à la vie de nouveau. Elle essaye pourtant, mais à son tour elle n’arrive qu’à murmurer « je… » avant de refermer sa bouche. Elle n’avait pas de mots pour exprimer tout ce qu’elle ressentait.

Elle a l’impression de rêver, quand il vient doucement saisir sa main, comme si elle était la chose la plus fragile au monde. Comme si elle pouvait disparaitre d’une seconde à l’autre. A peine, elle exerce une pression sur sa main. Je suis là, Aodhan. Leurs regards se croisent et se bloquent, et pourtant il ne la voit pas, pas vraiment. Elle en est persuadée tant elle peut presque voir les flots de souvenirs qui dansent dans ses pupilles. Des années à se connaitre et a se chercher stoppées d’une balle dans la tête. Elle voudrait lui dire à quel point elle est désolée, mais il recommence à sourire doucement et elle en fait de même, tandis qu’elle serre de nouveau sa main, furtivement, avant de dire d’une fois étouffée « Probablement. » Mais peut importe que ce soit les bons ou les mauvais mots, tant qu’ils étaient justes pour lui. Finalement, elle murmure plus pour elle-même que pour lui et d’une voix tellement basse qu’il ne l’entend sûrement pas. « Je suis désolée ».

Il reprend les rennes du jeu en main tandis qu’ironiquement, la sienne se fait de plus en plus lointaine. Pas absente, juste lointaine. Il re-remplit leurs verres et ces quelques secondes d’inattention permettent à Bérénice d’essuyer les quelques larmes qui s’étaient accumulée aux bords de ses yeux avant qu’Aodhan ne pose son verre dans sa main libre. Et elle se doutait bien que cette fois, il ne lui laisserait pas la possibilité d’éviter la question, pas après ce qu’elle avait fait. Mais elle était prête à lui répondre cette fois, quoi qu’il demande. Si lui pouvait s’ouvrir à elle, elle lui devait d’en faire de même. Même si ce n’était pas facile. Ce n’était jamais facile, d’avancer, de se surpasser. Mais oh combien gratifiant. Elle accueille sa question posée sous une multitude de formes avec un petit rire et un sourire narquois « Quatre pour le prix d’une ? » Pourtant la réponse est plus dure à trouver qu’elle ne l’aurait pensé. Parce qu’elle n’a pas l’impression de pouvoir synthétiser cela en quelques mots, mais qu’elle n’a pas non plus envie de s’étendre sur le sujet sous peine de paraitre ridicule. Parce qu’il lui demandait d’expliquer un sentiment plutôt qu’un moment de sa vie. Elle soupire doucement et son regard se pose sur leurs mains qui se repoussent comme deux pôles et finissent quand même toujours par se retrouver comme deux aimants. « Mon petit ami, quand j’habitais à Paris. Ezra. Il… Je sais pas. Tout avait si bien commencé, et c’est devenu un cauchemar. Il m’intimidait. Il me manipulait à sa guise. Il me battait parfois, pas trop pour que personne ne le remarque, mais trop pour ne pas être qu’un jeu comme il le disait. » Elle marque une légère pause le temps de capter son regard, le temps de sourire, toujours timidement. « Et puis un jour il y a eu la goutte d’eau qui a fait déborder le vase comme on dit, et je suis partie. Donc si tu me demandes de qui j’ai peur, c’est de lui. Mais j’ai surtout peur de revivre ça. J’ai peur de reperdre mon identité et tout ce que j’ai construit. » Même si elle avait perdu bien plus encore. Même si elle avait perdu des choses qu’elle ne pourra sûrement jamais reconstruire.

Hésitante, sa main vient se glisser sur celle d’Aodhan, et elle la tient à peine, juste assez pour glisser son pouce sur la surface lisse du dos de sa main. Elle lui laisse le temps de remplir le tableau des phrases qu’elle avait prononcé ce soir, parce qu’elle restait plus énigmatique que lui. Plus vulnérable. Elle boit une autre gorgée de whisky avant de s’écrier précipitamment « Eh tu savais que tu partages ton nom de famille avec Oscar Wilde ? » Pas une question à proprement parler. Juste un léger répit, le temps qu’ils digèrent tous deux les réponses déjà apportées et celles qui restent à venir. Le temps qu’il continue son investigation, probablement. Parce qu’Aodhan n’allait pas se laisser avoir par une telle diversion. Elle l’entend presque déjà lui demander C’était quoi, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ? Et pour ça, elle n’est pas encore prête. Elle ne sera jamais prête. Et pourtant elle est aussi certaine qu’elle finira par lui dire, parce qu’il n’y a qu’ainsi qu’il pourrait complètement la comprendre. Et la quitter.

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MessageSujet: Re: Vergissmeinnicht. | Aodhan ♥   25.02.19 22:42

Prononcer les quelques mots semble être une tâche bien plus difficile qu’il ne l’avait prévu. Parce qu’il faut trier les souvenirs pour en sortir les faits, parce qu’il faut ignorer l’angoisse des odeurs et des sons qui reviennent, la tristesse et la colère qui ne sont jamais vraiment parties pour en sortir une réponse. Parce qu’il ne faut pas non plus tout dévoiler trop vite, tout avouer, surtout ce dont elle ne se doute même pas. Parce que mentir serait idiot, mais que tout dire serait suicidaire. Une balle dans la tête. Voilà tout. Une balle qui aurait pu être pour n’importe qui qui portait la mauvaise couleur. Une balle qui aurait même pu être perdue, si personne n’avait pu témoigner avoir vu l’autre tirer. Une balle qui, si elle était partie quelques centimètres à gauche, aurait dû le toucher lui, sûrement. Ce n’est qu’une balle. Ca ne veut rien dire. Et pourtant, ça en dit trop long. Mais il n’y a plus de raison de parler de Seamus sans parler de cette balle, maintenant. Il n’y a plus de raison de parler de Seamus, d’ailleurs. Il n’y en a pas eu jusqu’à aujourd’hui. Pas dans ce pays glacial, et pas avec ceux qui étaient restés derrière. Comme un tabou levé. Peut être que ce n’était que justice, d’en parler à Bérénice quand elle était la seule qui avait fait battre son cœur si vite depuis cette balle. Peut être que Bérénice, c’était la balle qui lui était désignée à lui.

Pourtant il ne donne que quelques faits, comme elle n’a donné que des explications vagues. Parce que c’est plus facile, sûrement. Parce que ça le protège, aussi. Parce que si elle pense qu’il la verrait comme salie après sa vérité, il est persuadé qu’elle ne laisserait plus sa main si blanche s’approcher autant du carmin de la sienne qu’en cet instant précis après la sienne. Et il vendrait son âme au diable pour cette pression de main qui ne semble envoyer qu’un frisson agréable dans sa colonne vertébrale alors qu’il se tait enfin, alors que les souvenirs viennent prendre le dessus et qu’elle les chasse comme de simples poussières, d’une simple pression. Le sourire vient presque trop naturellement, et ça devrait lui faire peur, mais ça libère trop pour effrayer. Peu importe la guerre et les cris si la main de Bérénice reste dans la sienne, alors. Tant que toute la vérité n’est pas sortie. Tant qu’elle n’ouvre pas les yeux.

Sa main serre doucement la sienne en retour avant de se faire volage, les mots muets flottant entre eux et trouvant une réponse dans son sourire. Parce qu’il ne les entend pas, mais qu’il sait qu’elle les pense. Qu’elle les murmure, dans un coin de son âme. Bien sûr qu’elle est désolée. C’est Bérénice. Elle aurait été désolée même s’il était mort après avoir trop bu, dans un ravin ou un autre. Mais ça soulage, que quelqu’un d’autre soit désolé, pour quelques secondes. Ca aide à respirer autre chose que des cendres. Ca aide à remettre son esprit dans le jeu, à revenir sur ses questions. Et peut être qu’il aurait dû profiter de l’occasion pour alléger un peu la conversation. Peut être qu’il aurait dû la laisser souffler, après avoir trifouillé une plaie ouverte, plutôt que d’appuyer de nouveau dessus directement. Peut être qu’il aurait dû réfléchir, un peu. Peut être qu’il aurait dû se taire, surtout.

Pourtant il la pose, parce que c’est la suite logique. Parce qu’il a le droit. Parce qu’il veut savoir. Parce que s’il parle, elle le doit aussi. Parce que l’amour ne le rend pas plus clément. Parce qu’il n’a jamais eu pitié de Bérénice. Parce qu’il a été inquiet pour elle, il a eu peur de la blesser, il a été intrigué par cette fragilité trop forte qu’elle porte, mais il n’a pas ressenti de pitié. Peut être qu’il aurait dû. Il ne se dit pas qu’il devrait, quand elle lui sourit en se moquant, quand il hausse les épaules avec un sourire amusé pour toute réponse. Il se le dit après, quand elle parle. Quand c’est comme un coup de couteau dans l’estomac, et que son sourire timide ne fait que le tourner dans la chair à vif. Pourtant, la pitié n’est toujours pas venue. La peine, oui. La colère, aussi, alors que ses yeux se ferment un millième de seconde et qu’il essaie d’enregistrer l’information sans la laisser gagner.

Pourtant, la main sur la sienne empêche tout d’un coup tout tremblement, et ses iris se rouvrent sur la peau blanche qui caresse la sienne comme si c’était lui qui avait besoin de réconfort en cet instant précis. Et ça lui fait mal au cœur, de penser qu’elle pense à lui, en ce moment. Ca réchauffe autant que ça refroidit. Et pendant quelques secondes, alors qu’il retourne sa main pour prendre la sienne en otage, il imagine des bleus sur sa peau de porcelaine, il revoit la peur dans son regard, et il le rattrape pendant qu’elle boit. Mais toujours pas de pitié, étrangement. Il devrait, sûrement. Il devrait lui dire qu’il est désolé. Il devrait lui dire qu’elle ne méritait pas ça. Il devrait laisser la colère gagner pour qu’elle puisse voir à quel point il ne supportait pas l’idée qu’on puisse lui faire du mal. Qu’on puisse lui faire penser qu’elle était moins que ce qu’elle était. Qu’on puisse la manipuler comme si elle n’était qu’une poupée de chiffon. Parce que ce n’est jamais les coups, le problème. Seulement au début. Seulement les premiers. C’est les marques qu’ils laissent dans l’âme. C’est le sentiment d’infériorité et d’humiliation qui ne vous quitte jamais. Pas de la pitié. Une nouvelle forme de respect, une qu’il ne pensait pas pouvoir rajouter à la liste. Parce qu’elle est partie. Parce qu’elle a fuit alors que c’est toujours plus facile de rester. Parce qu’on s’habitue bien trop vite, et qu’on devient une victime bien plus facilement qu’un survivant. Parce qu’elle s’est relevée quand elle était à terre, et que c’est probablement plus difficile que n’importe quel travail d’Hercule.

Sa question le prend par mégarde, et pendant quelques secondes, il reste muet, son pouce caressant doucement la peau à sa disposition, avant qu’il ne tousse légèrement pour récupérer sa voix, avant que sa toux ne devienne un léger rire. Alléger l’atmosphère quand lui en avait été incapable. Toujours là pour nous surprendre, Bérénice. « Il paraît, oui. Ma mère criait sur tous les toits qu’on était des descendants éloignés, mais la vérité c’est que c’est juste un nom répandu, en Irlande. » Et que c’est impossible, puisque sa descendance est connue, et qu’aucun de ses parents n’en faisait partie. C’est le calme au milieu de la tempête, un ralentissement, les vagues qui recommencent enfin à s’écraser doucement sur les roches, alors qu’au loin, le ras de marée se prépare toujours. C’est un courant d’air frais dans une chaude journée d’été. Et le sourire sur ses lèvres revient, doucement, alors qu’il garde ses yeux sur leurs mains pour ne pas risquer de retenir ses paroles face à ses yeux trop profonds.

« Bravo. D’avoir réussi à partir. Ca devait être dur. » Ca devait être insurmontable. Ca devait être impossible. Ca devait demander tout le courage qui restait à un corps mort, à une âme vide. Un courage inexistant. Un courage qui n’était né de rien, si ce n’est d’un désir de vivre. De cette pulsion de vie qui battait en elle et qui l’avait époustouflé dès les premières secondes. De celle qu’il aimait tant qu’il n’arrivait plus à l’imaginer sans. A l’imaginer à cette période. « Enfin, j’ai sûrement aucun droit de te dire bravo, c’est pas comme si tu l’avais fait pour qu’on te félicite, mais je … Je trouve ça impressionnant. C’est tout. » Il aimerait lui dire qu’elle n’a plus rien à craindre, et qu’il sera là si quelque chose se passe mal, mais c’est une promesse qu’il a appris à taire une fois rompue. Parce qu’on ne pouvait pas protéger quelqu’un. Parce qu’une balle arrivait bien trop vite pour que qui que ce soit ne puisse y faire quoique ce soit. « Mais si tu perds ton identité je te secouerai dans tous les sens jusqu'à ce qu’elle revienne et que tu me tapes sur les doigts. » Doigts qui sont toujours bloqués dans les siens. Doigts qui commencent probablement à être imbibés de sang. A contre cœur, il délasse simplement ses doigts des siens, l’un après l’autre, pour lui laisser la possibilité de partir de la flaque de sang qui semble s’être formée, qui semble faire de leurs deux mains réunies une seule masse informe. Pour lui laisser la possibilité de la laisser quand même.

« A Paris, hein ? T’es repartie chez ton père, alors ? » Elle lui avait dit, un jour, que son père vivait là bas. Il ne sait pas grand-chose de lui. Il ne sait que ça. Et la question n’a peut être aucune importance, mais elle ne semble pas frapper directement dans le vif du sujet, dans les questions qui s’imposent suite à sa révélation mais qui lui demandent encore un moment pour respirer, pour la laisser respirer. Parce que ça aussi, il voulait le savoir, mais de toute façon, il voulait tout savoir. Parce qu’il voudrait que ce jeu des questions dure éternellement pour pouvoir en poser le plus possible, et pour pouvoir garder sa main dans la sienne aussi longtemps que possible.
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MessageSujet: Re: Vergissmeinnicht. | Aodhan ♥   28.02.19 22:32

That's me in the corner
That's me in the spotlight
Losing my religion
Trying to keep up with you
And I don't know if I can do it
Oh no I've said too much
I haven't said enough
I thought that I heard you laughing
I thought that I heard you sing
I think I thought I saw you try



Elle repense à cette balle et elle se fait violence pour ne pas le serrer dans ses bras. Parce qu’il devait être là, quand c’est arrivé. Parce que cette balle, elle aurait sûrement pu être pour lui. Proprement. Si le destin en avait décidé autrement, si ce jour là les deux amis auraient échangés leurs positions, Aodhan ne serait pas assis à côté d’elle. Il ne serait pas statue de marbre et chaleur réconfortante. Juste statue. Elle ne l’aurait jamais connu. Elle n’aurait sûrement pas encore rendu visite à sa mère et essayer de faire son deuil. Elle n’aurait sûrement pas fini Anna Karénina. Elle n’aurait pas eu l’impression d’être aimée pour ce qu’elle est plutôt que pour ce qu’elle renvoi. Elle lui doit tant qu’il est simplement inimaginable de ne pas l’avoir a ses côtés. Et pourtant, quelques secondes, quelques centimètres, et tout pourrait être différent. Quelque secondes, contre une vie. Mais le serrer dans ses bras n’arrangerait rien. Cela ne rappellerait seulement encore plus au vivant qu’il est vivant, que son corps bat, qu’il l’entend battre plus vite dans sa poitrine comme l’autre qui lui fait face. Aodhan n’avait sûrement pas besoin qu’on lui rappelle qu’il est vivant tandis que Seamus est mort. Et surtout, il n’avait pas besoin qu’elle lui rappelle qu’elle l’aime, mais pas assez. Il ne lui reste que cette main fragile à laquelle se raccrocher, et le souvenir d’un baiser volé.

Pendant quelques instants, elle a l’impression de devoir être forte pour eux deux si elle ne voulait pas qu’il ne perde pieds. Alors elle répond à sa question le plus honnêtement possible, cette fois. Sans entrer dans les détails, comme il l’avait fait. Perdue dans ce jeu qu’elle maitrise pourtant mieux que lui, elle se transforme en miroir, retournant une question à chaque fois que lui en pose une, répondant quand lui répond. Ils n’avaient jamais vraiment penser boire ce soir. Pas pour éviter une question en tout cas. Parce qu’ils avaient toujours voulu tout savoir de l’autre tout en se sentant trop inutile pour demander. Cette nuit ne devrait jamais avoir de fin. Elle voudrait revivre chacun de ses jours, quand il n’était encore qu’un jeune enfant innocent, quand il avait la tête pleine de rêve et d’espoirs. Elle voudrait le voir dans ses meilleurs et dans ses pires moments, elle voudrait savoir à quel moment il a arrêté de rire et de sourire, si c’est Seamus ou avant, déjà. Mais elle utilise une question pour une chose stupide et sans importance pour effacer ce reste de tristesse dans son regard. Était-ce encore pour sa propre peine ou pour les révélations qu’elle venait de lui faire ? En lui racontant, elle s’était sentie détachée de tout. Comme si c’était arrivé à une autre Bérénice, une Bérénice déjà brisée et beaucoup trop naïve, une Bérénice qui avait viscéralement besoin de l’amour que sa mère ne pouvait plus lui donner. Elle l’avait cherché autre part, contre tout prix. Mais avec Aodhan, elle se sentait différente. Meilleure. Elle avait toujours encore peur, peut-être plus encore, mais elle se sentait forte. Elle se sentait intouchable. Éternelle.

Elle voit son hésitation, les quelques secondes qu’il lui faut pour encaisser la question et un petit sourire triomphant vient fendre ses lèvres. Elle a réussi à le surprendre. Plus encore, c’est maintenant sa main qui vient caresser la peau de Bérénice tandis qu’une agréable chaleur parcours ses joues. Sa réponse la fait rire tandis qu’elle secoue la tête « Mon père est persuadé qu’il descend de Pouchkine. Pourquoi est-ce que les gens s’obstinent à chercher la gloire dans leur passé plutôt que dans leur futur ? » C’est une question sans en être une. C’est une question qui ne demande pas de réponse. Le simple constat que si on devait se souvenir d’elle, ce serait pour ce qu’elle a fait de son vivant, et pas parce qu’elle est la lointaine descendante d’un poète mort stupidement en duel. C’était sûrement toujours encore meilleur que d’être descendant d’un écrivain qui a fait a peu près tous les mauvais choix qu’il pouvait faire dans sa vie avant de finalement perdre le combat contre un morceau de papier peint. Mais ce sujet est trop épineux pour être abordé. Quelqu’un lui avait un jour dit que les irlandais étaient particulièrement patriotiques, et cette personne avait même fini sa phrase par tous des cons, ces irlandais. Si c’est vraiment le cas, l’exception qui confirme la règle se trouve à ses côtés.

Parce qu’il est tout sauf idiot, lui. Et plutôt obstiné, apparemment. Elle pensait naïvement qu’ils allaient continuer le jeu des questions, mais après un court silence, c’est quelque chose qui ressemble à un compliment qu’il prononce. Et c’est à son tour, d’être surprise. Parce qu’elle n’avait jamais vraiment été fière de partir. Elle avait toujours trouvé que c’était la solution des faibles, plutôt que de rester et de le confronter. De lui montrer ce qu’il avait perdu et qu’il n’avait pas réussi à briser. Mais il avait réussi, et elle avait fuit. C’est ainsi qu’elle l’avait toujours vu. Ses joues s’empourprent encore un peu plus tandis qu’elle boit une autre gorgée. On s’habitue au gout, a force. Elle lui jette un rapide coup d’œil avant de fixer un point au loin de nouveau. Il n’avait pas pitié d’elle. Peut être parce qu’il ne connaissait pas le point final de l’histoire. Peut être parce qu’il n’y avait aucune raison, d’avoir pitié d’elle. Reconnaitre son courage, elle pouvait vivre avec ça. « Merci, j’imagine ? » Un petit soupire amusé, tandis qu’il continue. Parce que ses réponses ne sont pas franchement sérieuse mais puissantes. Et réconfortantes. Pour la première fois, elle a l’impression d’avoir fait ce qu’il fallait. Doucement, il délace leurs doigts tout en gardant sa main contre la sienne, et elle vient à peine la serrer de nouveau. Elle n’était pas encore prête à la lâcher. Pas alors qu’elle avait l’impression que ces mains liée étaient tout ce qui les liait, eux. Pas alors qu’elle avait besoin de son réconfort, autant moralement que physiquement. « Honnêtement, je sais pas ce qui a été le plus dur, de rester ou de partir. J’ai tant perdu, dans les deux cas. Même si aujourd’hui, je pense que c’était la meilleure chose à faire, parce que j’ai pu reconstruire ce que j’ai perdu en fuyant. Je sais pas si j’aurais pu me reconstruire en restant… » Probablement pas. Parce qu’elle avait perdu James de vue en partant, mais elle l’avait aussi retrouvé. Si elle était restée, c’est plus que son âme qui se serait évaporée. C’est son envie de vivre. C’est son feu et sa rage. Eux, étaient toujours intactes. « Tu peux pas vraiment me secouer pour quelque chose que je recherche encore. Mais j’avance, un pas après l’autre. Et je ne te toucherais jamais autrement que pour panser tes blessures. » De ça au moins elle était certaine. Elle serait incapable de lui faire du mal, physiquement. Peut être parce qu’elle le respectait trop. Sûrement parce qu’elle avait peur de lui, au fond. De ce qu’il pourrait répondre.

Une autre question. Elle accepte d’y répondre, puisqu’il n’avait pas demandé une réponse auparavant. Juste elle qui se sentait obligée de rétablir des tords. Le flot de ses pensées est soudainement interrompu par un nez humide se faufilant entre leurs deux corps et poussant doucement contre leurs mains jusqu’à les séparer. En gémissant, elle s’exclame « Eh ! » tout en caressant néanmoins la petite tête d’Oblivion qui avait décidé qu’il était bien plus confortable d’établir son domicile entre deux cuisse plutôt que sur un fauteuil moelleux. Avec un soupire, elle repose son verre sur la petite table et se détend un peu. Son père. Elle pouvait parler de lui. Il était tout ce qu’il lui restait, et même s’il n’avait pas été un père pendant dix huit ans, il s’était rattrapé comme il pouvait. « Oui. Mon père habite Louvencourt, un petit village de la Somme qui est connu pour avoir été au cœur de la première guerre mondiale. Plus de tombes que d’habitants, là bas. » Celle de Roland Leighton, qu’elle avait fleuri de violettes le plus souvent possible. « On a jamais été très proches, avant que je ne débarque devant sa porte recouverte de neige, un mois après le décès de ma mère. Ils se sont connus ici en Islande, et il est reparti dans sa famille quand j’avais à peine un an. J’imagine qu’ils avaient des plans différents pour la vie. » Elle sourit en repensant à cette première vraie rencontre entre eux. Elle était venue lui rendre visite quelques fois quand elle était plus jeune, mais elle s’ennuyait souvent dans cet endroit qu’elle ne connaissait pas. Avec le temps, ils s’étaient contenté de cartes postales, de lettres, d’appels téléphoniques ou de visioconférences. Mais ce soir là, ils étaient tombés dans les bras l’un de l’autre, poussé par le même chagrin. « Je faisait des aller-retour entre les deux villes pour finir mes études, c’était un peu un bordel. A vrai dire, je me souviens plus vraiment de cette période, j’étais en auto-pilote, j’imagine. C’est marrant parce que quand j’y repense, j’ai l’impression d’avoir vécu les meilleurs moments de ma vie à Paris, je trouve toujours encore cette ville magnifique, mais elle me dégoute. » C’était sûrement une réaction logique aux événements. Elle ne savait plus, et essayait d’y penser le moins possible.

A force de laisser glisser sa main sur le doux pelage du chaton, ce dernier s’était endormi entre eux. Que la vie devait être belle quand on était un chat d’intérieur dont le pire problème était de trouver l’endroit le plus inconfortable du foyer et de quémander à manger quand le fond de la gamelle se faisait apercevoir. Doucement, en essayant de bouger le moins possible pour ne pas réveiller le fauve, Bérénice s’incline a peine, de façon a pouvoir poser sa tête contre l’épaule d’Aodhan. La tête lui tourne, un peu. L’alcool, ou les trop nombreuses confidences de cette soirée ? Certainement les deux. Mais c’était agréable, un peu comme un rêve dont on ne voudrait jamais s’éveiller. « Désolée, tu voulais sûrement pas en savoir autant. » Mais elle, oui. Si Aodhan avait su depuis le premier jour que sa mère était morte et qu’elle avait laisser échappé quelque informations sur son père ensuite, et sur ses acariâtres grands-parents maternels bien heureusement décédés, lui n’avait jamais dit un seul mot sur sa famille. Il ne parlait jamais de sa vie avant qu’il ne vienne en Islande. Pourtant, il avait vécu la plus grande partie de sa vie en Irlande. Ou ailleurs, en tout cas. Il n’était venu ici qu’il y a une dizaine d’années, elle se souvient de cette information. « Tu ne m’as jamais parlé de ta famille, toi… » C’est murmuré. C’est hésitant. Parce que si la question sur Seamus paraissait légitime, celle si semble être une intrusion. S’il n’en parlait pas, c’est qu’il ne le voulait pas. Mais c’était le cas pour tout ce qu’ils s’étaient dit ce soir.

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MessageSujet: Re: Vergissmeinnicht. | Aodhan ♥   01.03.19 17:57

Il sourit à sa réponse et sa question qui n’en est pas vraiment une. Il hausse les épaules, parce qu’il n’y a rien à dire, parce que son cerveau a déjà enclenché des réponses qui ne plairaient à personne et qui ne lui suffiraient pas. Parce que c’est plus facile et presque aussi glorieux de descendre de quelqu’un qui a fait quelque chose que de faire quelque chose soit même. Parce qu’admirer ses ancêtres est presque un pré-requis, mais que chercher la gloire est idiot. Parce que c’est bien plus simple d’être que de faire. Parce qu’on sait pourquoi on se souvient de ceux qui sont passés mais qu’on ne peut pas savoir comment notre histoire va être racontée. Parce qu’on risque toujours de devenir le méchant de l’histoire si nos ennemis écrivent les livres. Parce que la gloire ne peut être atteinte qu’après la mort, et qu’on vit dans la frustration de ne jamais en voir les fruits, alors on se repait dans les fruits de ceux qui sont déjà enterrés plutôt que d’essayer soi même. Parce qu’il faut de l’espoir pour croire en l’avenir, et uniquement de la nostalgie pour se tourner vers le passé. Parce que c’est plus facile.

Elle rougit, et lui boit en détournant le regard, comme si elle avait besoin d’intimité pour être gênée, ou touchée, qui sait. Il se dit qu’il devrait apprendre à tenir sa langue alors qu’elle le remercie et qu’il hausse les épaules avant de continuer. Parce qu’elle n’est certainement pas venue chercher des compliments, ici. Déjà parce que ce serait idiot d’attendre ça de lui, mais surtout parce que répondre à ses questions incessantes doit être plus un fardeau qu’autre chose. Pourtant, elle répond. Et le simple fait qu’elle le fasse, malgré tous les mauvais souvenirs qui s’enclenchent, malgré l’impression de mourir qui doit revenir à la charge, réchauffe un peu plus son cœur tremblant. Peut être que c’était ça, qu’il leur fallait. Prétendre un jeu pour pouvoir demander, pour pouvoir dire. Peut être qu’ils étaient tous les deux en train de se demander quand les informations seraient trop pour l’autre, quand il décidera de partir et de ne plus jamais regarder en arrière, parce que ce sera plus facile.

Elle serre sa main, et lui les regarde en ignorant le sang pour l’écouter. Peut être que c’était la dernière fois qu’ils parlaient. Parce que s’il lui pardonnerait sans doute tout, il ne pouvait pas savoir quelle bombe elle allait pouvoir lâcher. Parce que si elle voulait tout savoir, elle allait peut être finir par être dégoûtée par le sang sur leurs mains, elle aussi. Parce que peut être que résister à cette envie de poser des questions, c’était la chose la plus intelligente qu’ils avaient pu faire, jusque là. Peut être qu’ils signaient la fin de leur amitié, si cette relation était une amitié. Sans doute. Peut être que sans le savoir, elle était vraiment venue prononcer un adieu. Mais pour l’instant, peu importe. Pour l’instant, c’est ses paroles et le courage qu’elle ignore qui importent tant. Pour l’instant, c’est le léger sourire qu’elle fait pousser sur ses lèvres en lui répondant qui a toute son importance. « Avance, plutôt, déjà. Je préfère ça. » Parce qu’on ne peut pas soigner correctement soigner les autres si on est malade soi-même. Parce qu’elle manquerait d’équilibre. Parce que ses plaies à lui peuvent bien rester béantes si ça peut lui permettre de laisser les siennes cicatriser. A moins qu’elle ne s’en serve pour s’appuyer contre quelque chose en route. Ca, c’est envisageable.

Oblivion décide de ruiner le moment, et il rit doucement en laissant leurs mains se détacher pour se retrouver sur le chaton, toujours liées par ce qui les avait rapprochés, la première fois. Et Oblivion ronronne, incapable de réaliser qu’il est le maillon qui tient leurs chaînes ensemble depuis le premier jour, aveugle à sa propre importance dans les évènements de ces derniers jours. Ou indifférent, en tout cas. Mais ses yeux se relèvent bien vite sur elle, alors qu’elle parle, alors que les paroles coulent plus naturellement qu’avant, alors qu’une simple question devient une réponse complète, et il sourit un peu plus. Peut être que c’était ça, qu’il fallait faire, pour la mettre en confiance. Trouver les questions qui ne lui brisaient pas le cœur. Trouver celles qu’elle pourrait murmurer sans craindre la réponse. Alors il écoute, récupérant son verre pour le siroter, remerciant silencieusement le whisky qui délie les langues et qui occupe les mains.

Milles autres questions restent sur le bout de ses lèvres alors qu’elle dévie sur Paris, sur cette phrase qui en dit long, et il les tait pour l’observer quelques secondes de plus. Un père pas vraiment absent, pas vraiment présent, une mère morte, un rêve à Paris qui tourne au cauchemar. Tout semble doucement s’accorder et avoir du sens, comme si toutes les informations qu’elle lui donnait étaient censées le mener à une conclusion, à une ultime question, à quelque chose sur quoi il n’arrive pas à mettre le doigt mais qu’il n’a pas envie d’aborder tout de suite. « Je vois. C’est mignon, un peu, comme rapprochement. Et Paris fait un joli cadre pour le tout, pourtant. » Mais elle avait sans doute ses raisons pour être dégoûtée. Mis à part l’hygiène qui laissait à désirer, lui n’en garde que des souvenirs plus ou moins agréables. Mais lui n’avait pas vécu comme elle à Paris, pas vraiment, pas longtemps, pas pleinement. Lui n’avait pas perdu un bout de lui-même dans un appartement parisien.

Les cheveux qui viennent frotter son visage lui signalent une intrusion, mais pourtant, son corps sans doute rendu plus amorphe par l’alcool ne décide pas de réagir brutalement, et il ferme les yeux un millième de secondes pour essayer d’enregistrer ce moment comme une peinture dans son cerveau avant de prendre une nouvelle gorgée. Peut être que le whisky commence vraiment à les atteindre. Peut être que la soirée prend un nouveau tournant, et que les barrières s’affaissent totalement, cette fois. Peut être, peut être. Un léger rire s’échappe de sa gorge alors qu’elle s’excuse, et il secoue sa tête doucement en la regardant du coin de l’œil. « Oh, je me plains pas. Je veux tout savoir de toute façon, je l’ai jamais caché. » Tout, dans les moindres détails. Parce que chaque nouvelle information ne sert qu’à lui donner envie de poser de nouvelles questions, comme un oasis qui ne sert qu’à assoiffer.

Pourtant, il ne réalise que quand elle murmure une question qui n’en est pas vraiment une, que si elle est bien meilleure que lui pour rendre ses réponses vagues et hésitantes, il est bien meilleur que lui pour ne rien dire sans une bonne raison. Parce qu’il n’avait aucune question en réserve sur sa mère ou sur sa famille, alors qu’elle ne savait rien de la sienne si ce n’est leur nom de famille. Alors sa bouche s’ouvre et se referme légèrement, et il se retient d’hausser les épaules pour ne pas casser son coussin de fortune. Pour ne pas qu’elle s’éloigne. Pas encore. Pas déjà. Pas maintenant. « Ah c’est vrai, tiens. C’est ta question ? C’est vague. » C’est moqueur, un peu. C’est presque tendre, pourtant. Parce qu’il aurait sans doute pu le faire avant, parce qu’il n’avait pas grand-chose à cacher, parce que ce n’est qu’une preuve de plus qu’elle n’osait pas poser les questions les plus naturelles, en temps normal, alors que lui était incapable de voir dans sa propre histoire quoique ce soit qui pouvait avoir de l’intérêt. Même dans ce qui avait fait de lui qui il était.

« Ben j’ai deux parents, qui ont pas vraiment de boulot parce qu’ils sont aristo, à la base, même si en vrai les aristocrates ils servent plus à rien, mais ça ils ont pas trop compris encore. J’ai quatre frères et sœurs, aussi, parce que plus t’as d’enfants plus t’es bien vu, je suppose. Ou alors c’est juste qu’ils sont trop religieux pour se protéger. C’est possible. » C’est moqueur, de nouveau. Toute trace de respect pour eux avait sans doute dû disparaître quand il était encore enfant, de toute façon. Les visages vagues qui lui restaient en mémoire n’étaient plus que des personnages ridicules qui vivaient dans le passé et qui étaient incapables de comprendre les problèmes de leur monde. « J’ai jamais vraiment été proche d’eux. J’étais assez intenable quand j’étais gamin, et tout leur rôle dépendait de leur bonne image, alors je les ai pas beaucoup aidés. Du coup mon père passait son temps à essayer de me recadrer et j’avais aucune envie de voir les autres. »

C’est dit avec un sourire amusé, et ça l’amuse, presque, maintenant. Pourtant ce n’est pas censé le faire. Pourtant, c’était tout sauf amusant. Pourtant, même aujourd’hui, les seuls souvenirs qu’il en gardait étaient les coups et les injures, les regards fuyants et les rapides changements de pièce quand il entrait. Pourtant, il pouvait encore sentir la douleur qui allait avec la colère, pour le calmer, ou pour l’énerver plus encore. Pourtant, quand il se battait contre des inconnus, il se battait toujours un peu contre lui. Mais ça n’avait plus vraiment d’importance. « Je suis parti jeune, et j’ai pas vraiment pris de nouvelles. Je suppose juste qu’ils sont en vie parce que j’ai pas eu de carton d’invitation pour des enterrements, encore. » Même si ça ne veut probablement rien dire. Même s’il était invité, il n’y mettrait pas les pieds. C’est cynique, mais c’est murmuré avec un sourire, pourtant, alors que ses yeux passent du chat au front de Bérénice. De toute manière, ça n’avait sans doute jamais été eux, sa véritable famille. Eux n’étaient que les responsables de quelques cicatrices. Eux n’étaient que les premiers à ne pas avoir su éteindre la colère. Eux, ce n’était rien, alors qu’en cet instant précis, Bérénice et Oblivion, c’était tout.

Sa réponse s’arrête sur ces quelques mots, et il ne sait plus s’il en dit trop ou pas assez. Il ne sait plus s’il devrait lui dire qu’il a appris la haine grâce à eux, ou s’il a sans doute ruiné leur vie en allant en prison si jeune. Il ne sait pas s’il veut qu’elle sache que c’est sans doute une de ses plus grandes fiertés. Il ne sait pas ce qu’elle veut savoir, et pourtant il sait qu’elle veut tout savoir. « C’est à peu près tout ce qu’ils sont pour moi. » Des imbéciles. Ils ne méritent sans doute pas plus d’explication. Ils n’expliquent sans doute rien. Sauf l’aversion au contact, sûrement. Sauf l’instinct de survie trop vite développé trop jeune. Mais alors que ses yeux restent sur Bérénice, son bras passe dans son dos doucement pour lui caresser les cheveux, et il décide de la laisser comprendre cela par elle-même. Parce qu’il ne voulait pas plus recevoir de pitié qu’en donner. Parce qu’elle se sentirait sans doute trop mal s’il le lui disait aussi facilement. Parce qu’elle ressentait alors qu’il disait, et qu’il était incapable de savoir l’importance qu’elle donnerait à cette réponse. « Si ta mère était encore là, tu penses qu’elle dirait quoi de ce que t’as réussi et pas réussi dans la vie ? De ce que t’es devenue ? » Ce n’est pas un fait, cette fois. C’est sans doute plus intime encore qu’un fait. C’est sans doute lui demander de réfléchir, et lui faire de la peine en la laissant imaginer. C’est un petit espoir qu’elle soit forcée de se complimenter elle-même, si le spectre du doute de soi ne vient pas obstruer son jugement, aussi. C’est curieux, surtout. De cette mère qui semble avoir tant d’importance alors même qu’elle est partie des années auparavant. De ce manque qui ne la quitte jamais, et de ce fantôme qu’elle traîne dans son sillage. Est-ce que le fantôme serait fier ? Pas les faits, les sentiments. Pas son monde à lui, son monde à elle.
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MessageSujet: Re: Vergissmeinnicht. | Aodhan ♥   08.03.19 10:38

Is it possible to love someone so completely they simply can’t die ?


Il y a des combats en lui dont elle n’a pas idées. Des combats qui dépassent la simple notion de bien et de mal, des combats qui dépassent l’affirmation d’être un bourreau et non pas une victime. Il y a ces balles perdues qui se trompent de victimes, celles qu’il a sûrement tirées et celles qu’il a miraculeusement évitées. Un miracle oui, qu’il soit toujours en vie. L’un de ces miracle inexplicable que l’on accepte parce qu’on est bien forcé de le faire, parce qu’on n’a pas le choix. Un peu comme cette amitié qui les lie, cette amitié que rien ne prédisait, qui défie toutes les possibilités. Cette amitié viscérale et instinctive, cette envie de protéger l’autre à n’importe quel prix, au cout de sa propre vie. Il y a ce sang qui lie leurs mains sans qu’elle ne le réalise, sans qu’elle ne puisse l’imaginer. Il y a ce sang entre leurs mains qui n’est pas réel, qui est uniquement le fruit de son imagination, mais qu’elle partagerait même rouge et poisseux, même si cela les salie. Ils n’ont jamais été propres, de toute façon. Leur corps et leur esprit à été jeté et battu bien trop de fois pour cela. Peut être étaient-ils semblables au fond, alors que tout semblait les repousser en premier lieu. Elle était si fragile, si apeurée, une brindille qui suivait le cours du vent. Il était si droit et si fier, il était un roc immuable qu’elle a pourtant presque immédiatement attendri, tandis que lui prenait le plus grand soin de ne pas froisser la brindille. Mais aujourd’hui tout est inversé. Aujourd’hui, c’est lui qui a perdu toutes ses défenses, ses murs si bien construits. C’est elle, qui prend sur elle pour ne pas davantage le fissurer. C’est inégal, comme échange. C’est maladroit. A leur image. A l’image de leurs questions qui viennent briser le silence. Qui sonnent comme des vagues s’écrasant sur la falaise, emportant un morceau de cette dernière a chaque fois qu’elles se retirent.

Avancer, alors que le passé est plus rapide. Avancer, alors que tout la renverse. Ça n’a jamais été facile d’avancer. Devait-elle en tirer une quelconque fierté d’essayer ? Parce qu’elle n’avait jamais fait plus qu’essayer. Depuis neuf ans, elle vivait ce qui lui semblait un cauchemar éveillé. Et si parfois elle pensait s’éveiller, ou se mettre à rêver, le cauchemar était toujours plus fort. Pourtant elle voudrait tellement avancer, faire un pas en avant sans en faire deux en arrière. Pour lui. Pour qu’elle arrête de lire ce mélange de peine et de douceur au fond de son regard. Pour James, qui osait à peine la regarder certains jours tant elle reflétait ses propres démons. Pour elle, qu’elle aurait voulu aimer. Dignement. Pour sa mère, qu’elle voudrait imaginer fière d’elle mais qu’elle ne peux qu’imaginer désolée. Pour elle-même peut être, finalement, pour pouvoir panser les plaies des autres sans en infliger d’autres. Dans son égoïsme, elle ne pouvait pourtant pas s’empêcher de penser aux autres avant elle. De penser à cette main dans la sienne que la vie avait déjà assez marquée.

Il y ce chaton qui se fait une place entre eux, qui leur rappelle qu’il était la avant les questions et avant le baiser. Il semble leur dire vous êtes là pour moi. Et c’était le cas, au début. Quand la seule crainte de Bérénice était encore de savoir si elle ne lui avait pas infliger une tache trop lourde en lui confiant la garde de cette petite chose. Mais l’inquiétude s’était bien rapidement transformée en admiration. Cette même admiration qui la reprend tandis qu’elle le voit rebondir, passer de question en question sans trop s’attarder, sans vraiment hésiter. Alors qu’elle ne savait même pas comment aborder le sujet d’un père dont l’histoire tenait en quelques mots. Ils avaient été forcés de se serrer les coudes, pour le meilleur et pour le pire. Et même si elle en était venue à aimer cette figure paternelle lointaine, elle ne pourra sûrement jamais vraiment lui pardonner de ne pas avoir davantage essayé, quand elle était plus jeune. Mais Aodhan s’accroche à Paris plutôt qu’a Nicolas. Bien sur que cela faisait un joli cadre. Pour la majorité des personnes, cette ville n’était pas un synonyme de prison. Pour eux, c’était les marches de Montmartre et les couloirs du Louvre, un diner sur les quais de la Seine et une photo ou l’on s’embrasse devant la tour Eiffel. Ce n’était pas les poutres au plafond d’une chambre trop vue.

Elle ne sait pas si c’est son imagination ou juste son propre cœur qui délire, mais quand sa tête vient se nicher dans le cou d’Aodhan, elle le sent à peine se figer. A peine il remet en question cette présence avant de simplement l’accepter. Et si le cœur de Bérénice bat la chamade, elle n’a plus la force de lutter pour ne pas briser celui de son hôte. Son rire semble encore plus beau de cette perspective, son souffle contre son crane encore plus doux. Il fait tout voler en éclat de quelques mots. Bien sur qu’il voulait tout savoir. Il avait lancer le jeu. Il voulait surement en savoir plus qu’elle, dans sa façon de poser des questions pertinentes. Comme s’il y avait réfléchi toute sa vie, alors qu’elle improvisait, n’ayant jamais ne serait-ce qu’oser les imaginer. Comme cette question hésitante, cette façon de lui laisser le choix cette fois. De lui laisser décider où et quand se situe la limite de l’avouable et de l’imaginable. Elle écoute chacun de ses mot tandis que ses yeux se ferment parfois pendant quelques longues secondes, essayant de les imaginer, ces parents aristocrates, cette fratrie dont elle n’avait jamais ne serait-ce que soupçonner l’existence. Elle l’avait toujours imaginé fils unique, tant il semblait indépendant. Tant il semblait avoir l’habitude d’être seul et de ne pouvoir compter que sur soi. Elle ferme les yeux aussi pour voir tout ce qu’il tait. Pour découvrir qu’elle le connait assez pour savoir qu’il n’avait surement pas juste été recadré par des mots. Qu’elle venait certainement de là, cette aversion à être touché. Cette rage qui ne le quitte jamais, même avec elle, cette envie de détruire pour ne pas être détruit. Cette envie de lutter pour quelque chose aussi, aussi vain le combat soit-il. Aussi désespéré. Une violente envie de s’en prendre à tout ceux qui auraient pu lui faire du mal un jour la prend. Mais ils se ressemblaient sûrement sur cet autre point. Il ne voulait pas de pitié. Et c’est tout ce qu’elle pouvait lui donner.

Elle reste sans mots, tandis que son nez remonte simplement un peu plus contre son cou, qu’elle se laisse enivrer par son odeur bien plus attrayante que le whisky, bien plus dangereuse. Bien plus addictive. Parce que cette situation ne se présentera probablement plus jamais, et qu’elle n’était pas certaine de pouvoir la mettre de côté et l’oublier. Comme ce baiser qui ne devrait pas avoir autant d’importance. Un léger frisson la parcours quand sa main glisse dans son dos alors que c’est à son tour de murmurer « Je vois ». Que dire de plus ? Tout à été dit. Ils ne sont rien pour lui. Ils ne méritaient pas plus d’importance. Et la prochaine question d’Aodhan vient tout chambouler, il ne lui laisse pas le temps de s'attarder. C’est un ouragan qui se forme devant ses yeux ébahis, elle ne peut pas l’empêcher. Et la première réponse est instinctive. « Je ne sais pas ». Elle n’avait jamais réussi à la voir autrement qu’avec ce voile d’amour maternel qu’elle avait toujours porté. De son vivant, qu’importe ce que Bérénice faisait, elle avait toujours été fière d’elle. Mais c’est après, que tout était devenu plus compliqué. Quand elle avait perdu tout ses repères. Quand la brindille s’était éloignée de la clairière.

Elle se concentre sur quelques poils de chat qui s’étaient déposé sur le haut d’Aodhan avant de soupirer légèrement. Encore une réponse qu’elle est incapable de contrôler. Un soupire pour son impuissance, pas pour les intrusions d’Aodhan. Un soupire pour toutes ces choses auxquelles elle n’a pas de réponse à donner. « Elle serait fière de mon métier je pense. C’est bête, mais je pense que je l’ai fait pour elle. La littérature, le surréalisme, c’était son monde, pas forcément le mien. Une fois qu’elle n’était plus là, c’était un peu mon seul moyen de l’avoir proche de moi encore. De me souvenir qu’elle a exister. » La partie facile. La partie qui ne demandait pas de se juger soi-même. C’était juste des faits. « Elle serait fière que je suis venue ce soir. C’est ce qui m’a motivée, je crois. Ça fait neuf ans aujourd’hui. Et j’ai pensé qu’elle aurait préféré que je partage ce moment avec quelqu’un que j’aime plutôt qu’avec un fantôme ». Mais ce n’était pas ce qu’il voulait entendre. Elle ne pouvait pas lui donner cette réponse. Elle n’avait jamais réussi à imaginer sa mère et Ezra, sa mère et les conséquences de ses actes. C’était deux mondes opposés, deux mondes qui ne pouvaient trouver aucun terrain d’entente. Aucun chaton pour les lier. « Si elle était encore là, je n’aurais pas fait pleins d’erreurs que j’ai faites. Mais j’ai jamais réussi à imaginer ce qu’elle devait penser de moi. Parce que c’est son absence qui a fait de moi qui je suis. Si elle était encore là, je ne serais sûrement jamais allée à Paris. Je n’aurais jamais… » Pendant quelques millièmes de secondes, elle avait faillit finir sa phrase par été violée. Parce que cela aurait été si simple, d’en finir avec ce mystère comme ça. Aussi facilement. Mais ce n’était pas juste. Parce que cela lui retirait son importance. Parce que cela donnerait surtout l’impression que sa mère était fautive dans ce cas. Elle ne l’était pas. Personne ne l’est. Tout le monde l’est.

Quelques larmes viennent mouiller le bord de ses paupières et elle se contente de les ignorer tandis qu’elle conclut par un « c’est incompréhensible. Je sais pas comment répondre, je suis désolée ». Elle l’était, réellement. Parce que tout se mélangeait beaucoup trop dans sa tête et qu’elle se sentait au bord de l’abime, si proche de craquer. Et elle ne pouvait se l’autoriser. Parce que si lier Ezra et sa mère c’était la rendre responsable, craquer devant Aodhan, c’était le rendre coupable de questions trop intrusives, trop acérées. C’était faire deux pas en arrière et retrouver le silence et les retranchements, les barricades. Presque brusquement, elle se détache d’Aodhan pour récupérer son verre et en boire le reste du contenu d’une traite. Un frisson se propage dans son corps tandis que le liquide brule tout sur son passage. Fait moi oublier, Aodhan. Doucement, elle se relaisse tomber en arrière et reprend sa position, espérant que rien n’allait changer. Que les doigts d’Aodhan allaient se remettre à jouer avec ses cheveux, envoyant une multitude d’électrochocs le long de sa colonne vertébrale. Par pitié. L’une de ses propre main s’était remise à caresser Oblivion, qui avait ouvert un œil inquisiteur au mouvement. Elle hésite, toujours. Elle ne sait pas comment rebondir, après ça. Elle voudrait lui retourner la question en prenant Seamus comme exemple. Mais il lui semblait que pour lui, cela n’avait pas d’importance, ce que les morts pourraient penser. Alors elle pose une autre question beaucoup trop directe, une question qu’il ne peux pas fuir, sinon à travers la boisson. « Quelle organisation ? » Elle n’avait certainement pas besoin de préciser pour qu’il comprenne de quoi elle voulait parler. Et elle n’avait pas non plus besoin de préciser qu’elle ne se contenterait pas juste d’un nom.

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Aodhan O'Flahertie
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MessageSujet: Re: Vergissmeinnicht. | Aodhan ♥   18.03.19 19:58

Elle fait attention. Elle marche sur des œufs, dans ses questions, dans sa manière de l’aborder, toujours. Comme ces messages qu’elle n’a pas envoyé pour ne pas lui faire de mal, comme cette impression constante qu’elle semble porter, cette peur de déranger, cette peur de faire le geste de trop, le pas de trop, de dire le mot de trop. Elle fait attention à tout quand il est concerné, alors même qu’elle n’arrive pas à réaliser totalement qu’il a abandonné ses défenses avec elle depuis le baiser. Comme s’il était fragile. Comme s’il pouvait se briser au moindre faux pas. Elle maîtrise ses paroles alors que lui n’y pense même pas, que lui ne calcule pas les conséquences de ses actes ou ses mots, pour une fois. Que lui ne compte pas l’épargner. Si elle lui laisse des questions ouvertes, lui ne veut pas lui laisser d’échappatoire. Si elle lui laisse toujours la possibilité de répondre à côté ou de ne pas répondre, il essaie de s’efforcer à trouver ce qu’elle veut vraiment savoir, pour se justifier lui-même de poser des questions trop serrées, trop directes. Parce que c’est sans doute la seule et unique fois où ils pourront se poser des questions sans que l’autre ne réponde avec une citation. Parce qu’il ne peut pas la laisser partir sans comprendre pourquoi l’océan pleure derrière son regard.

Alors il essaie de tout dire, et pourtant il ne dit pas tout. Parce que c’est difficile, de savoir ce qui a de l’importance dans le passé. Parce qu’à refuser la pitié des autres, il s’en refuse aussi envers lui-même. Parce qu’il n’a jamais vraiment été victime, mais toujours un bourreau d’une forme ou d’une autre. Parce que c’est plus facile de se dire que ce que l’on est n’est rien de plus que la manière dont on est nés, plutôt que de trouver des raisons, des incidents, des personnes responsables. Parce qu’il a toujours été énervé, et qu’il ne voit pas que ça n’a fait que l’enrager un peu plus. Parce que si la violence résout tout, alors lui est un problème qui ne peut être résolu. Parce que c’est du passé, et que personne n’est responsable sauf lui, sauf la vie, sauf le cours des choses. Parce que peut être que lui aussi, il marche un peu sur des œufs, avec elle. Peut être que lui non plus, il ne veut pas l’effrayer. Parce qu’elle fait déjà attention à ne pas le brusquer, et qu’il ne veut pas lui donner une raison de plus pour ne pas l’approcher trop vite, trop soudainement, trop brutalement. Parce qu’il ne veut pas qu’elle arrête de se rapprocher, quand bien même lui est incapable d’établir des connexions physiques. Parce que c’est sans doute la première fois que des cheveux sont si proches de son visage dans ces circonstances, mais que c’est agréable. Qu’elle sent bon. Qu’elle est belle. Qu’il peut la toucher sans penser qu’il la salit, pour une fois. Qu’il peut la toucher sans qu’elle ne prenne peur. Qu’il se sent animal apprivoisé plutôt que sauvage, avec elle, en cet instant, et qu’il ne pensait pas une seconde que ce serait si plaisant.

Son nez frôle sa peau, et il se sent frissonner un peu de tout autre chose que l’appréhension de la suite, alors il ne relève pas, alors il fait comme si c’était normal. Pour qu’elle n’arrête pas tant qu’elle ne le veut pas. Pour que son souffle plein de vie continue de parfumer sa peau de statue, parce qu’elle semble vivre sous ses lèvres. Elle voit, et c’est tout ce qui compte. Elle ne voit sans doute que trop bien dans ses non-dits, et il acquiesce simplement avant de passer à autre chose, parce qu’il n’y a rien à ajouter, ni pour elle, ni pour lui. Parce que ce n’est que ça, maintenant. Une vie passée et totalement laissée derrière, à laquelle il ne pense plus, jamais, pour ne pas se souvenir du sentiment d’impuissance, pour ne pas nourrir la haine un peu plus. A part pour penser à un petit être qui sait à peine marcher. A part pour se laisser aller à un élan de nostalgie d’un semblant de vie qu’il avait laissé derrière en perdant un bout de son âme. Une exception parmi les ténèbres. Une exception qui reste sous silence, parce qu’elle mériterait une place à elle toute seule, et parce qu’en parler serait sans doute impossible, douloureux, et trop triste. Un autre sujet.

Il sourit, à peine, en l’entendant répondre qu’elle ne sait pas, tant c’est naturel. Tant elle avoue qu’elle n’y a jamais réfléchi. Il s’excuserait presque, de la forcer à le faire, si les règles du jeu n’avaient pas été si cruelles dès le départ. S’il n’avait pas conscience qu’elle demanderait pire, et lui aussi. Et il détourne le regard, quand elle dit qu’elle l’aime, parce qu’il lui paraît toujours aussi étrange que ce genre de mots soient échangés, qu’ils se prononcent plutôt qu’ils ne se lisent, qu’elle puisse le murmurer au milieu d’une phrase sans y voir aucun problème. Peu importe l’amour si s’en est un. Tous les amours lui semblent toujours imprononçables, de toute façon.

Mais Paris, de nouveau. Lui, de nouveau. Cette ombre au tableau, cet homme qui a déjà fait trop de chose. Et ces phrases qui restent en suspend, toujours. Il imagine le pire, et pourtant il s’empêche d’imaginer. Il ne veut pas imaginer. Il ne peut pas imaginer. Mais la question est là, sur le bout de sa langue, de plus en plus présente à chaque réponse qu’elle lui donne. C’est Paris, la véritable réponse. Il en est sûr, maintenant. Toutes les réponses semblent mener à celle-là, à celle qui est encore muette et qui pourtant hurle pour qu’on la découvre. Celle qui est cachée sur son visage. Celle qu’on peut lire dans ses yeux, si seulement on décide de le faire. Celle qu’il a sans doute compris le jour même de leur rencontre, quand elle a fait un pas en arrière, quand une vie est passée derrière ses pupilles, et qu’il a décidé d’occulter. Comme tout le monde, sûrement. Comme tous ceux qui ne veulent pas bousculer, qui ne veulent pas mettre mal à l’aise, qui ne veulent pas faire de vagues. Qui ne veulent pas vraiment savoir. Mais pas ce soir. Ce soir, il veut savoir. « C’est pas incompréhensible. » Ca ne l’est que trop, en fait. Ca ne lui permet que de savoir ce qu’il faut vraiment demander. Parce qu’il ne tournera plus autour du pot, maintenant. Parce que la vérité essaye de sortir, et qu’il est prêt à l’entendre si elle est prête à la dire.

Mais elle se détache de lui, et il se fige, sentant les larmes dans ses yeux plus qu’il ne les voit, se faisant statue de sel en attendant de voir quelle direction elle décide de prendre. Si elle va fuir, maintenant, sans jamais lui révéler le secret de ses larmes et de son chaos, ou si elle va revenir. Si c’est ainsi que leurs histoires se terminent, avec chacun qui en sait un peu plus, mais pas assez. Elle boit, et lui meurt un peu en ne recommençant à respirer que quand ses cheveux reviennent frotter son nez, que quand sa main peut timidement revenir jouer avec. Que quand elle rouvre la bouche pour poser une question et qu’il comprend qu’elle aussi, elle a sans doute fini de tourner autour du pot. Qu’elle aussi, elle ne compte plus taire ce qui est caché en pleine vue. Alors il inspire, un peu, il regarde la tête de Bérénice qui se soulève en même temps que sa propre cage thoracique, et il cherche quoi répondre. Il cherche s’il a envie de répondre. Mais pour la question qu’il va poser, il ne peut que donner une réponse en retour. Pour ce secret trop bien caché, il se doit d’honorer sa partie du marché. S’il veut savoir, il doit dire.

« L’IRA. » C’est un murmure calme, bien trop posé pour tout ce qu’il veut dire. Mais ce n’est pas ça, qui est difficile. Il n’a pas honte de ça. Il est fier de ça. C’est sans doute eux, la famille qu’il a choisi. C’est Seamus et ceux qui sont tombés et ceux qui sont restés et ceux qui sont partis. C’est des idéaux et des belles paroles et des rêves et des discussions pour refaire le monde et des plans dignes des plus grands. « C’est pas vraiment une organisation. C’est pas vraiment une armée non plus. Mais je suppose que tu sais ce que c’est. » C’est des armes et des bombes et des innocents qui tombent et des pleurs et du sang sur les mains. C’est des idées nobles et des moyens barbares, c’est des barricades qui explosent et des enfants qui pleurent et qui meurent. Ce ne sera jamais tout à la fois pour qui que ce soit d’autre que lui, sans doute. « J’y suis entré quand j’étais jeune, et il s’est passé plein de choses, et j’ai fini par devoir me réfugier ici pour ne pas que les choses empirent. Mais c’est mes meilleurs souvenirs. Et les pires, aussi. » Aucun n’empêchant l’autre, et l’un ne pouvant vivre sans l’autre. Parce que rien ne vaudra jamais un sourire au milieu de l’Enfer, une chanson au milieu du bruit des bombes, un espoir dans le néant.

Il la regarde, quelques secondes, et il se demande si elle comprendra ce que la vie et ses choix ont fait de lui. Si elle aussi, elle finira par voir le sang qu’il a réparti sur ses cheveux. Si elle, elle serait capable de le voir, alors qu’il délaisse les mèches brunes pour glisser sur sa main, alors qu’il rouvre la bouche pour parler et interrompre le fil de ses pensées. Attend avant de me détester, Bérénice. Dis-moi avant. Laisse-moi voir ce qui est caché au fond de tes yeux, avant. « Qu’est ce qui s’est passé, vraiment, à Paris, Béré ? » C’est un murmure. C’est doux, presque. Parce qu’il sait que c’est cruel. Parce qu’il ne devrait pas lui demander ça, tant il est évident qu’elle ne veut pas le revivre. Parce qu’elle le déteste peut être déjà. Mais elle savait qu’il demanderait. Mais elle est assez intelligente pour voir qu’il a compris où était le secret. Mais elle ne s’attend certainement pas à ce qu’il se taise. Mais tout ce jeu avait un but depuis le départ, et il a sans doute libéré suffisamment de secrets pour savoir le sien. Mais si elle doit le voir comme le reste du monde le fait, lui veut la voir entière, avec sa douleur et son traumatisme.
(c) AMIANTE

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